L'ouvreuse : sa mine à séries

2013 à la douzaine

affiche Hannibal Quand on parle de saison 2012 / 2013, on est tenté de penser "hiver" (qui est bien coming pour le coup). 

Mais c’est pour débattre de séries TV que se sont réunis les fringants rédacteurs de L’ouvreuse dans un lieu tout à fait respectable afin de partager leurs découvertes autour d’une limonade. Alors, quoi de neuf en 2013 ?


NDLR : pour chaque série évoquée, sera notifiée entre parenthèses la chaîne de diffusion d’origine, les chaînes françaises la diffusant et l’éventuelle distribution en DVD et/ou Blu-ray en France. 


GUENAËL EVENO
Peu de bonnes nouveautés, rien de très étonnant de mon côté : l'année dernière Homeland (Showtime, Canal +, DVD/BR), Once Upon A Time (NBC, M6, DVD/BR) et surtout Enlightened (HBO, OCS Novo) étaient venus pimenter une saison en pilote automatique.
Cette année les bonnes livraisons proviennent surtout de la mi-saison, aux alentours de mars. En ce qui me concerne, la meilleure nouvelle série est Hannibal (NBC), et de loin. Bryan Fuller, le cerveau de Dead Like Me et Pushing Daisies, fait le grand écart avec l'histoire de Ned et de ses tartes pour reprendre Dragon Rouge de Thomas Harris sous forme de série, avec le célèbre psychiatre cannibale immortalisé par Anthony Hopkins, ici joué par Mads Mikkelsen.
On pourrait croire au départ à un procedural dans le style des Experts, il faut dire qu'on n’est pas aidé par la présence de Laurence Fishburne et de la police scientifique du FBI. Mais dès le troisième épisode, Fuller insiste plus sur l'ambiance, travaille le son et l’image et nous livre tout sauf ce qu’on attend d’une série de ce style.

Hannibal Lecter paraît d'abord en retrait, puis vient progressivement sur le devant de la scène tout en manipulant son monde, Mikkelsen s’appropriant à merveille le personnage : psychopathes, psychanalyse et dégustations entre gens de goût, tels sont les trois mots d'ordre de ce Hannibal. J'ajouterai que les visions du profileur / médium à demi autiste incarné par Hugh Dancy sont rendues par un procédé intéressant, et ce n'était pas une mince affaire que d'innover à ce niveau.
Si vous comptiez vous promener aux cotés du Hannibal cabotin de la version ciné de Dragon Rouge, du film de Ridley Scott ou même un nouveau Dexter, il vaut mieux passer votre chemin. Hannibal, c'est du condensé de Thomas Harris, qui lorgne vers le Silence Des Agneaux de Jonathan Demme avec une petite touche de morbide à la Millenium (la série de Chris Carter, pas le polar nordique). Fuller ne cache d'ailleurs pas ses influences cartériennes en psychanalysant Lecter par Gillian Anderson ou invitant Lance Henriksen.

On se doute que pareille série est peu adaptée à un network comme NBC, ce qui lui a valu d'être sur le départ pendant plusieurs semaines (audiences en chute libre…), avant d'être finalement renouvelée pour une saison 2 après des rumeurs de reprises par d'autres chaînes. Je souhaite à Bryan Fuller de ne pas renouveler la malédiction Dead Like Me et Pushing Daisies et d'aller nettement plus loin que la fatale seconde saison.

Hannibal
Deuxième bonne surprise de cette année, Bates Motel (A&E), qui vient d'achever sa première saison et qui conte la jeunesse du célèbre Norman Bates de Psychose avec sa maman Norma à leur arrivée au sinistre motel.
Une construction sérielle avec un arc, sans épisode indépendant, on s'éloigne de l'aspect
Norman Bates Begins qui aurait pu être proposé sur une chaîne plus adolescente comme CW. Il y a bien sûr quelques scènes lycéennes, mais l'essentiel est porté sur le personnage de Norma Bates et son rapport avec fiston, parallèlement aux intrigues de leur nouvelle petite ville. 
Dans le rôle du jeune Bates, Freddie Highmore (le Charlie de Charlie Et La Chocolaterie) est très bon, il y a des chances que ce soit le rôle qui lui fasse passer le cap difficile d'enfant star à acteur adulte. Vera Farmiga en fait trois tonnes, mais on n’est pas censés avoir d'empathie pour son personnage donc ça passe, et Bates Motel est d’ores et déjà renouvelé, cumulant les bonnes audiences.

Les anglais ont encore frappé fort cette année avec une belle brochette de mini-séries et quelques shows renouvelés. Celle qui a le plus retenu mon attention est Ripper Street (BBC 1), huit épisodes qui relatent le quotidien d'une brigade dans le quartier de Whitechapel juste après les meurtres de Jack l'Eventreur. Elle devra gérer les retombées de l'affaire tout en enquêtant sur des cas plus typiques d'un quartier propice au développement des plus bas instincts humains.
Meilleure série policière anglaise depuis Luther (BBC 1, Canal +, Jimmy, DVD/BR), Ripper Street propose une belle reconstitution de l’époque victorienne, des scripts solides, une photo léchée et une attention particulière à la réalisation, si bien que chaque épisode est un vrai plaisir à regarder. Et puis ça n’est pas un, mais presque tous les personnages qui se révèlent charismatiques ici. Matthew McFadyen, Jérome Flynn (Bronn dans Games Of Thrones) et Adam Rothenberg (en américan ex-Pinkerton) forment un très bon trio. Ripper Street est renouvelée pour une deuxième saison.

NICOLAS ZUGASTI
A propos de personnages charismatiques, The Wire se pose là aussi ! J’ai commencé la série il y a peu (les deux premiers épisodes, je ne peux pas avoir votre rythme de visionnage !) et c’est vraiment prenant. Tout de suite on remarque la précision de l’écriture tant les persos sont parfaitement caractérisés en très peu de temps. Et Idris Elba putain, le charisme de malade ! En une seule scène, sa première à l’audience au tribunal, on ressent l'importance, la crainte qu’il insuffle, et ce en ne disant pratiquement rien et en levant à peine les sourcils !

Et comme découverte récente, il y a sans conteste Hatufim (Channel 2, Arte) série israélienne de Gideon Raff qui a inspiré Homeland (Showtime, Canal +, DVD/BR). Les deux sont vraiment aux antipodes même s'il y a une ossature comparable. Si Homeland est plus trépidant, se rapprochant d'un 24 Heures-like, Hatufim discoure plus précisément sur le Post-Traumatisme Stress Disorder des soldats de retour de captivité après dix-sept ans, et cela englobe aussi leurs familles. Le retour à la maison est aussi difficile pour les ex-captifs que pour leurs proches, les premiers étant complètement dépassés par toutes les évolutions de la société auxquelles ils étaient déconnectés mais sont aussi devenus quasiment des étrangers à leur famille.
Hatufim avance plus lentement mais les protagonistes sont beaucoup mieux caractérisés et plus passionnants (la fille d'un des soldats libéré n'est pas aussi crispante que son pendant américain). La tension ne repose pas sur la possibilité d'un attentat dont il faudrait d'abord découvrir la nature pour le déjouer mais sur tout un tas d'attitudes, de comportements équivoques (que ce soit de la part des anciens prisonniers mais aussi de leurs alliés). Il y a bien un fil rouge concernant la possible trahison, du moins le retournement des deux survivants mais c'est saupoudré parcimonieusement pour relancer le récit. L'équilibre entre traumas, suspicion et désorientation quant à leur nouvelle vie est vraiment bien dosé.


Hatufim
Pour l'instant deux saisons ont été tournées (la troisième est apparemment en préparation). Pas encore terminé la seconde mais l'introduction du premier épisode de cette dernière est grandiose, nous plongeant dans une prise d'otages d'une remarquable authenticité où la tension est à son comble tout en installant des éléments narratifs futurs importants. C'est du tout bon. 
Petite précision, Raff scénarise et réalise chaque épisode, pas un mince exploit quand on voit la cohérence et la construction psychologique de l'ensemble.

CLÉMENT ARBRUN
En ce qui me concerne (bonjour), j'ai décidé de me mesurer à La Bête, le Tout-Puissant, l'Immensité... en absorbant d'un coup sec les quatre premières saisons de Breaking Bad (AMC, Arte, OCS Choc, DVD/BR).
On a beaucoup parlé des personnages de la série, quitte à en oublier l'essentiel : au fil des épisodes, chacun devient plus substantifique, plus intéressant, donc plus attachant, et ce malgré le fait qu'au fond, il n'y ait pas de héros (tous souffrent de blessures).
Si le public est d'emblée collé aux basques de Walter White, l'homme aux deux identités qui ne cesse de cacher son vrai visage (et énormément d'idées visuelles fortes démontrent ça, comme ce plan de visage déformé), l'épaisseur que prend Hank est plus surprenante par exemple, puisqu'il passe de gros dur un peu beauf à figure plus vouée à l'intellect, d'autant plus que Vince Gilligan souhaite nous rapprocher de lui en centrant pas mal d'épisodes sur les fissures de son couple (tout comme il le fait avec le couple Walter / Skyler). Peu à peu, chaque création gagne considérablement en épaisseur, ce qui rend l'épisode suivant d'autant plus redoutable et inattendu (en cela, chaque segment devient expérimental, et pas seulement picturalement) se jouant des attentes de spectateurs désormais autant liés à un protagoniste "bad" qu'à un autre "bad" guy hallucinant de carrure, le fameux Gus. On ressent alors cette ambition, limite ce que ferait Balzac s'il était devenu scénaristes de séries TV : Walt, Jesse (chaque saison rajoute une couche supplémentaire à sa personnalité), Hank, Gus, Saul Goodman, tous pourraient avoir leur propre show, chaque coup de focus étant d'une précision impeccable.

Breaking bad


Bref, ce qui dynamise tout, au-delà de cet univers visuel très atypique et de ce montage qui l'est tout autant (Gilligan envisage le montage comme une autre écriture), c'est que cet enrichissement permanent est permis par une patience dingue, par une certaine lenteur rythmique : si la saison 2 n'avait pas été aussi conçue comme une sorte de longue montée "marche après marche", c'est toute la puissance des histoires suivantes qui auraient pu être anéantie. En gros, c'est une quête de réalisme, une narration "pas à pas" à la Scorsese (
Les Affranchis, Casino), mais tout cela englobé dans le monde de Gilligan et de ces scénaristes, avec ce que cela implique d'ironie extra-mordante et perpétuelle, de tragédies et de suspens dingue.

Mon second gros choc estival, c'est un petit classique qui attire pourtant moins l'attention que les bêtises de Chuck Lorre (Big Bang Theory, Mon Oncle Charlie) : cet autre instant d'expérimentation, cette fois plutôt comique, qu'est la série Eastbound And Down (HBO, OCS Novo sous le titre Kenny Powers), mise en place par des pros du genre : Jody "SuperBad" Hill en est le co-créateur et David Gordon Green souvent à la réal'.
Cette série insiste en permanence sur la dualité (et la fusion) entre le rire pervers et la pure émotion. On nous bâtit un gros anti-héros, un ex-sportif en tout point antipathique, sauf qu'il a droit à ses instants-larmes, une immense mélancolie se mélangeant à un art de la vanne politiquement incorrect, les dernières minutes vous fracassant sur place comme une poupée de cire. Ça se mesure direct au meilleur de
Extras (saison 2) ou de The Office UK, par ce regard profondément humaniste qui n'empêche pas le malaise, le rire jaune et tout le bataclan. Sympa de voir que certains savent manier à la perfection cette facette très casse-gueule de l'humour qu'est le Pathétique. Il faut en manger, c'est bien corsé.

G.E.
Dès le 11 août prochain, retour de Breaking Bad pour LE GRAND FINAL. Vivement.

Concernant les bonnes surprises de l'année coté nouveautés, j'ai oublié de parler de House Of Cards (Netflix), coproduite et réalisée par David Fincher. Il y a pire comme carte de visite.
On y suit Francis Underwood, membre du Congrès dont l'ambition est simplement de monter les échelons politiques. Fincher est en terrain connu : anti-héros sociopathe qui n'hésite pas à parler au spectateur pour le rendre complice de ces petits jeux, incarné ici avec délectation par Kevin Spacey.

House Of Cards


Pas de révolution, on suit la veine de Jim Profit dans Profit (si vous ne connaissez pas, c'est visionnage obligatoire), mais la transposition dans les arcanes de Washington est très bien vue. Sont bien mises en évidence les règles du milieu taillées pour un type de sa trempe : Underwood (Spacey) vient de manquer un poste de Secrétaire d'Etat, mais est bien décidé à rectifier le tir. Pour cela il jouera à un jeu donnant-donnant (forcément biaisé) avec une jeune journaliste ambitieuse (Kate Mara). Les intérêts politiques rejoignent très vite les intérêts médiatiques, exposant la proximité des différents acteurs de la nébuleuse du pouvoir et leurs interconnexions. Les rapports entre Underwood et sa femme, qui ont conclu une sorte de pacte pour le faire accéder au plus haut, sont également très intéressants, d'autant que celle-ci, incarnée par Robin Wright, n'a rien à lui envier en matière de coups bas.
House Of Cards est une série particulière car c'est la première à être co-produite et diffusée dans son intégralité par la plateforme Web Netflix, qui se positionnait jusqu'ici uniquement sur le créneau de la diffusion. Les networks devront suivre de près cette concurrence parce qu’ils ont du flair.

Netflix a de plus lancé à la fin du mois de mai la diffusion simultanée de tous les épisodes de la quatrième saison de Arrested Development (DVD). Belle initiative et événement de l'année pour qui a eu la chance de voir la sitcom de Mitchell Hurwitz, qui fut annulée prématurément en 2006.
Le format a un peu changé, mais l'esprit de la série est toujours là, avec un travail béton d'écriture sur les points de vue. Chaque épisode mettant au centre un membre de la famille Bluth, chacun des personnages influe plus ou moins directement sur les autres intrigues, ce qui rend l'ensemble d'autant plus ludique. Ou comment retourner des impératifs de production en un atout. On a même l'occasion de faire participer le narrateur / producteur Ron Howard ainsi que d'autres personnages secondaires d'habitude en arrière-plan. Que du bonheur.

Nouvelle un peu moins réjouissante, Netflix ne diffuse toujours pas en nos contrées, c'est donc un joyeux bordel pour pouvoir voir ses séries, même si on est prêts à sortir la carte de crédit. Ça changera peut-être prochainement.

NICOLAS BONCI
Pour ma pomme, cette année de séries TV aura été celle du mieux : Dexter (Showtime, Canal +, TF1, NT1, DVD/BR) a réussi à éviter le gouffre qu'on lui promettait après ce jumping the shark en conclusion d'une saison 6 vraiment embarrassante. La relation entre Debra et son frère redevient cohérente à défaut d'être passionnante, l'obligation du "serial killer de la semaine" est mieux intégrée à l'intrigue générale et les scènes entre Michael C. Hall et Ray Stevenson, bien que trop rares, ont rappellé les sommets des quatre premières saisons. Bref, de quoi maintenir l'envie de suivre le show pour la dernière année (il faut que ce soit la dernière). (1)

N.Z.
Pas encore vu la 6 mais j'ai adoré la cinquième avec la relation émouvante entre Dexter et Lumen. Et puis il y a Peter Weller, qui déchire en flic ripoux en en faisant le minimum. Quelle gueule !, quelle présence ! Pourquoi plus personne fait appel à lui au cinoche ? Il serait parfait dans un futur opus de Quentin Tarantino.

N.B.
Pour The Walking Dead (AMC, OCS Choc, NT1, DVD/BR) idem, du mieux, mais Zug a déjà tout dit dessus. J'ai toutefois du mal à comprendre les tombereaux de reproches que se mange le show, car malgré ses défauts, je ne parviens pas à oublier que c'est une SÉRIE AVEC DES ZOMBIES. Faut-il rappeler ce que l'on se mangeait il y a encore dix ou quinze ans à la télé ? Ne sommes-nous pas devenus un tantinet trop exigeants ?

N.Z.
Ouaip, c'est vrai que l'on a tendance à minimiser le fait qu'il y a désormais régulièrement des zombies à la télé. Mais faut dire aussi que le traitement des saisons 2 et 3 n'aide pas vraiment à s'enthousiasmer.

N.B.
Cette année, même How I Met Your Mother (ABC, NT1, DVD/BR) a réussi à relever le niveau, c'est dire. Les gags, effets et routines sont, à de rares exceptions, toujours aussi ringards (incroyable contrecoup après avoir pulvérisé la sitcom), et cette saison 8 patine dans la semoule jusqu'aux six derniers épisodes, quand enfin les scénaristes entérinent l'histoire entre Barney et Robin - ont-ils compris qu'on s'en foutait ? - pour mieux redynamiser celle de Ted (c'est juste le titre du show). La "révélation" de la mère reste par contre un modèle d'anti-climax. Huit ans pour voir une brune acheter un billet de train. Sérieux les gars...

Misfits
Du mieux aussi pour la quatrième saison de Misfits, (E4, OCS Choc, DVD/BR) qui continue de prouver qu'on peut produire une série fantastique à forte identité visuelle avec peu de moyens (l'absence de figurants dans les rues rappelle l'ambiance particulière des shows UK à la The Avengers). Pas que la saison 3 baissait en qualité, mais entre les morts et les acteurs quittant le show (Lauren Socha, snif...), la valse des personnages devenait un brin déroutante. D'autant que le premier épisode de cette saison introduit les deux nouvelles recrues au sein d'un flashback durant lequel les anciens misfits sont sous influence et agissent de manière totalement WTF. Il y a mieux pour adhérer à un nouveau run, mais c'est aussi le charme de l'écriture de Howard Overman que de se cogner des règles du genre pour mijoter sa petite sauce perso. 
J'ai très peur du remake US, notamment pour cette ambiance si particulière, et comme pour Life On Mars, je pense que je ne le regarderai pas (point snob, oui).

Restons en Grande-Bretagne avec le choc Black Mirror, (Channel 4) créé par Charlie Brooker, à qui on devait déjà Dead Set.
Sur le papier, c'est ce que les chaines de télé françaises clament vouloir faire depuis dix ans mais n'arriveront à produire que dans quinze. Pour cause, Black Mirror, c'est terrifiant et actuel, c'est effroyablement conscient et merveilleusement ludique. L'œuvre d'un vrai entertainer, un amoureux de la mise en situation et du gravier dans le soulier, qui sait regarder en arrière pour fantasmer le futur via les outils du présent ; les grandes fictions ne naissent pas autrement. Car on a tendance à oublier que pour créer des séries qui marquent les spectateurs, il faut vouloir (pouvoir ?) se mettre à la place des spectateurs.

Black Mirror
On passera par contre sur Utopia (Channel 4), série niaise qui se donne de grands airs avec des gimmicks visuels trop prémédités pour être honnêtes (ce sac jaune semble implorer le culte) : une bande de geeks qui se connaissent via un forum sur le Net se retrouvent en possession du manuscrit d'une BD dans laquelle un chercheur a caché le plus grand secret scientifique de ce siècle...
Oui, toi aussi tu as écrit ce pitch au collège lors d'un cours d'histoire-géo, et toi aussi tu en avais honte en le relisant au lycée. Pas les auteurs de ce machin aux cliffhangers faignants, effets clinquants et résolutions stupides (les dernières minutes de cette première saison ressemblent à un pastiche). Pour donner une idée du niveau, l'un des héros est un survivaliste qui a appris à se démettre les pouces pour se libérer de menottes, au cas où. Cela tombe bien, dans l'épisode suivant les bad guys lui passent les menottes pour le torturer (piment, sel et sable dans les yeux). Notre survivaliste aux pouces souples attendra d'être énucléé pour se libérer. Voilà. C'est Utopia et c'est ainsi durant six longues heures.

Pendant qu'on est dans les trucs à éviter, ayons une pensée pour la saison 4 de Community (NBC, Numéro 23), ce crève-coeur. Un seul segment à sauver parmi ce désastre, le très bel épisode 8 Herstory Of Dance, écrit par Jack Kukoda du site The Onion. Une telle réussite que les fans veulent que Dan Harmon - qui revient aux affaires pour la cinquième saison - le recrute.

G.E.
Je suis moins catégorique pour cette saison de Community. Un bon épisode sur deux (Herstory Of Dance est le seul à vraiment être au-dessus du lot) et quelques bonnes idées (dont la Changnesia), mais à forcer les caractéristiques des personnages on se retrouve avec des moments bien embarrassants, comme l'épisode musical avec les marionnettes. Ce qui n'était pas le cas en saison 3, même si on sentait une petite baisse d'inspiration. Mais Si Dan Harmon a accepté de revenir pour la prochaine livraison, c'est qu'il doit avoir de bonnes idées.

N.Z.
Pour moi, la saison 4 de Community est malheureusement parfaitement synthétisée dans la séquence finale du troisième épisode (la convention de Inspector Space Time) lorsque, après remaniements édictés par Pierce, l'on voit le résultat du remake américain de cette série anglaise adorée par Abed : l'apparence de Inspector Space Time mais saveur frelatée. Autrement dit, c'est comme si avec l'éviction de Harmon, Pierce avait pris le pouvoir et avait totalement dénaturé la série !
Le pire du pire est sans doute l'épisode Community Origins avec en point d'orgue l'explication du pourquoi Magnitude s'exclame seulement par des "Pop, POP !".
Ah non, le pire est le dernier avec ce gloubiboulgaesque paintball / darkest timeline / tout se passe dans la caboche de Jeff. L'épisode que vous évoquiez, le 8, était effectivement le plus sympa parce que justement le seul qui n'essayait pas de reproduire servilement la patte Dan Harmon mais s'intéressait uniquement aux personnages et leurs intrigues.

N.B.
Je finis avec les valeurs sûres qui assurent : tout a déjà été dit sur cette saison 3 de Game Of Thrones (HBO, OCS Choc, Canal +, DVD/BR). Tout, sauf ce que le désormais fameux 3x09 doit à la mise en scène de l'excellent David Nutter, pilier de la série US et notamment de X-Files, et dont on peut regretter que son seul passage au grand écran ait été cette bande d'exploitation mal écrite (par Scott Rosenberg, rien d'étonnant) qu'est Comportements Troublants. Avec cet épisode (et le 3x10) à la mise en scène effarante de justesse, Nutter et l'équipe de GoT signent une date dans la fiction télé.

Game Of thrones
South Park (Comedy Central, Canal +, NRJ 12, DVD/BR), pour qui suivrait de loin, semble dans son petit train-train pénard, ses routines et scandales convenus. Loin de là : la saison 16 (déjà) est toujours aussi inventive, réactive et rentre-dedans, le duo Parker & Stone affinant son art de la métaphore qui cingle (si pas vu, jetez-vous sur le making-of Six Days To Air produit il y a deux ans). Ces lascars semblent toujours taper dans le tas avec des battes de baseball, mais finissent irrémédiablement par frapper chirurgicalement. Je retiendrai le huitième épisode, Sarcastaball : la dérive sécuritaire cotonneuse se voit violée par l'absurde, Butters fait commerce de sa semence et Randy Marsh devient une machine à sarcasmes. Dans le suivant, Cartman affronte Honey Boo Boo et James Cameron devient héros de l'intérêt général. Trey Parker et Matt Stone lisent dans mes rêves. Je ne vois pas d'autre explication.
30 Rock (NBC, Canal +, Direct Star) se conclut avec les honneurs au bout de sa septième année. On ne peut pas vraiment dire que le show tournait en rond, mais un trou d'air s'était fait sentir pour la reprise de la saison 6 et l'absence prolongée de Tina Fey. Je vais toutefois la regretter, car les séries mettant en avant la sous-culture non pas pour créer un lien artificiel avec l'audience mais pour exprimer la prégnance de ce lien dans la culture anglo-saxonne ne sont pas si nombreuses (c'est tout de même fort de se moquer durant plus de cent épisodes de Tyler Perry et de son bizness sans jamais rabaisser le public qui paye pour ses "films" et spectacles). Tandis qu'on croule sous le meta qui n'explore pas grand chose, Tina Feye a montré pendant sept ans, directs à l'appui (et en jouant avec des memes produits par les fans), que la mise en abyme reste encore un biais pertinent pour parler au spectateur sans lui faire des ecchymoses dans les côtes.
Concernant Modern Family, (ABC, Paris Première, M6, DVD/BR) j'ai énormément de mal à convaincre mon entourage que cette série est fabuleuse, et pourtant, bien qu'elle en soit déjà à sa quatrième saison, elle continue d'effectuer un saut qualitatif incroyable année après année. A la fois adorable et irrévérencieuse, Modern Family fait partie de ces shows qui vous font un grand sourire pour mieux brailler "Fuck off!". Il paraît qu'elle s'inspire d'une série de chez nous, Fais Pas Ci, Fais Pas Ça. Faut que je regarde ?

Niveau découvertes, notons Portlandia (IFC) : Fred Armisen du Saturday Night Live et sa pote Carrie Brownstein tapent sur les hipsters, les vegan, les "artistes conscients" et globalement tous ceux qui s'habillent chez Abercrombie et foutent des oiseaux partout ("Birds!"). Certains tableaux sont un peu datés mais d'une manière générale they do the lol. Mention à Kyle MacLachlan en maire évaporé.
Enfin, dans Wilfred (FX), Elijah Wood tape des douilles avec le chien de sa voisine, qu'il voit sous forme humaine, comme si Calvin et Hobbes avaient la trentaine et passaient leurs soirées à voler les pochons d'herbe du bully du quartier. Venant de collaborateurs de Seth MacFarlane, on pouvait craindre un show basiquement basique se contentant de glapir de l'absurde en pilotage automatique. Étonnamment, Wilfred se révèle plus fin et profond, grattant l'air de rien la condition désorientée des trentenaires d'aujourd'hui.

Bon, maintenant il faut que je voie Boss (Starz, OCS Novo, DVD/BR).

G.E.
Pour Boss, tu m’en diras des nouvelles !
Ça me fait bien plaisir que tu parles de
Wilfred, déjà parce que c’est d’actualité (2), mais aussi parce que c'était une de mes grandes surprises de l'an dernier. Du coup, je me suis maté la série australienne d'origine (SBS One) et, chose rare dans le cas d'une adaptation US, la version américaine emporte le morceau. Mais FX demeure une bonne garantie sur les sitcoms qui tabassent et honteusement peu connues / inédites/ seulement en DVD en France.

Its Always Sunny In Philadelphia
Cela fait huit ans que It's Always Sunny In Philadelphia (DVD/BR) enterre quasiment toutes les autres sitcoms américaines en dépit d'une faible exposition médiatique.
Pour ceux qui ne connaissent pas, le show n'a rien à voir avec son titre. Sunny raconte les turpitudes d'une bande qui tient un bar à Philadelphie. On ne peut pas parler d'une bande de potes,plutôt de gros opportunistes qui peuvent aussi bien se retourner l'un contre l'autre. Quatre jeunes glandeurs dans la trentaine et le père de deux d'entre eux (Danny De Vito) qui symbolisent la connerie dans toute sa magnificence. Sur les premières saisons, on verra au moins l'un d'eux essayer de revendre à un musée le costume de nazi du grand-père, acheter du crack pour pouvoir toucher l'aide sociale, envoyer une cassette dans le style Al-Qaïda pour intimider le juif qui a racheté leur terrain, draguer le professeur accusé de pédophilie parce qu'il ne l'a pas choisi à l'époque, et j'en passe.
On est un peu dans l'esprit d'un New Kids Turbo / Nitro et des fois ça part en live comme du South Park. Les acteurs, Charlie Day en tête, sont terribles.

Toujours du coté de FX, cela fait quatre ans que Archer truste la mi-saison. Cette série animée nous fait suivre les aventures d'un agent secret au coeur d'une agence d'espionnage tenue par sa mère. De temps à autre, quelques guests apparaissent (Burt Reynolds, Bryan Cranston, Jon Hamm...) mais surtout un cast vocal béton. Imaginez James Bond qui rencontre Arrested Development et vous aurez un peu idée de ce que à quoi ça ressemble.

Même à coté de tout ce beau monde, la sitcom du moment reste pour moi Parks And Recreation (NBC), spin off de The Office US (NBC) qui se passe dans le dit service d'une municipalité des Etats-Unis, Pawnee. Amy poehler, qui a contribué au Saturday Night Live dans les années 2000, y joue le rôle d'une femme née pour la politique et qui ne cherche rien d'autre que faire le bonheur de sa ville.
Autour d'elle, une belle brochette de personnages qui ne font que devenir plus attachants avec le temps, interprétés par le top de la nouvelle garde comique aux Etats-Unis (Nick Offerman, Aubrey Plaza, Chris Pratt, Rachida Jones, Aziz Ansari, Adam Scott...) et Rob Lowe dans son meilleur rôle. La cinquième saison accuse une petite baisse de régime mais reste toujours bien au-dessus des concurrents, et parfois diablement émouvante. Et en plus Mike de Breaking Bad y apparaît en guest !

parks and recreation


N.Z.
Bon dieu, toutes les séries dont vous parlez ont l'air super intéressantes ! Ça va être compliqué de faire un choix (tout voir est humainement impossible ! Simi comment fais-tu ? On va te rebaptiser Spectator Space Time !!)

Sinon, une série qui a l'air intéressante, au moins de par son sujet, est Hell On Wheels de Joe & Tony Gayton (AMC, D8 depuis fin juin, DVD/BR). Je fais ma feignasse et je vous cite le synopsis de Wikipédia : "La série commence dans les années 1860, après la fin de la guerre de Sécession, et se concentre sur Cullen Bohannon, un ex-officier confédéré à la recherche des soldats de l'Union qui ont assassiné sa femme. Sa quête vengeresse l'emmène à l'ouest, dans la colonie itinérante appelée "Hell on Wheels" au Nebraska, qui suit la construction du premier chemin de fer transcontinental aux États-Unis. Toutefois, les choses se compliquent quand une tribu Cheyenne attaque la construction ferroviaire, de peur de voir leur terre envahie par « le progrès »."

Pour l'instant, il y a deux saisons de dix épisodes chacune. Visuellement, ça n'a pas l'air dégueulasse, l'ambiance semble lorgner du côté de Deadwood (DVD/BR), il y a un bon potentiel narratif avec cette construction du chemin de fer en parallèle des mutations de l'Amérique. Apparemment, les premiers retours critiques US ne sont pas fameux mais la série se paye une jolie note sur IMDB (8,2/10) ; oui je sais, ça ne garantit pas de la qualité.
Chose amusante, l'acteur du rôle principal, Anson Mount a des faux airs de Taylor Kitsch dans John Carter.

Cette série m'a titillé parce que ça m'a rappelé que King Hu avait pour projet de faire un film sur les immigrants chinois qui ont aidé à la construction du chemin de fer (et que voulait reprendre un moment John Woo), une histoire évoquée au détour de quelques scènes dans 3h10 Pour Yuma de James Mangold. Hell On wheels semble plutôt se focaliser sur la quête vengeresse du héros mais peut-être que cette partie de l'Histoire ricaine est évoquée d'une manière ou d'une autre...

G.E.
Je rebondis sur la question des mieux en citant Boardwalk Empire (HBO, OCS Max, Paris Première, DVD/BR). La saison 3 aura été celle qui la fait passer de correcte à très bonne. Après les événements de la fin de la saison 2, on aurait pu penser que Terence Winter, Scorsese et leurs compères avançaient à vue en fournissant la page de reconstitution élégante de la prohibition de la semaine. C'est en fait tout sauf vrai. En plus d'asseoir des personnages précieux pour la série (Richard Harrow la gueule cassée en impose encore plus), ils ont introduit un concurrent à la hauteur pour Nucky en la personne de Gyp Rossetti, tout en accentuant les conflits de manière à mener la série vers du vrai Scorsese type Les Affranchis. La fin de saison est hyper tendue et on a qu'une envie, voir la 4. Ce qui n'était pas le cas avant.

La grosse déception de l'année aura été l'arrêt de Enlightened après une deuxième saison aussi formidable que la première. L'an dernier, Amy Jellicoe (Laura Dern) se rendait compte que tout ce qu'elle avait essayé pour changer le système avait abouti à des impasses. La saison commençait avec une envie de tout détruire, d'exposer au monde les dysfonctionnements de l'entreprise qui l'a reléguée et du monde en général, ce qui la fera passer par la presse.
Le personnage, toujours aussi égocentrique, oscille toujours entre l'agacement et le sourire, et c'est là toute l’ambiguïté de Enlightened, (HBO, OCS Novo) qui restera la meilleure série sur la crise et en même temps une magnifique étude de personnages en but à l'indifférence et à l'apathie moderne. Les meilleurs épisodes sont d'ailleurs toujours ceux qui se concentrent sur un personnage, écrits avec une finesse et une empathie qu'on ne trouve pas ailleurs. Mike White a vraiment du talent, et si on perd beaucoup avec cette série, on entendra sûrement reparler de lui.

Enlightened
L'autre coup de gueule de cette saison, pour d’autre raisons, c'est Elementary (CBS, bientôt M6). Mais je préfère oublier. D'ailleurs je maudis mon complétisme envers Sherlock Holmes depuis que j'ai vu la fin de cette saison. Une question me vient à ce propos : quelle est votre limite en matière de séries TV ? Y a-t-il des productions que vous regarderez même si vous savez pertinemment que ça n'en vaut pas la peine ? Etes-vous prêts à poursuivre longtemps une cause perdue par espoir d'un mieux, attachement aux personnages ou par masochisme ?

N.Z.
Clairement la saison 4 de Community...

N.B.
Le temps c'est de l'argent, mais c'est surtout des films et bouquins à avaler. Donc non, ce qui n'en vaut pas la peine, je zappe. Avec l'expérience, heureusement, on apprend à cerner le potentiel d'une série sur la base de son postulat, ses intentions, ses auteurs et autres paramètres essentiels. J'avais ainsi mis à la poubelle tout Prison Break et Big Bang Theory (ABC, NRJ 12, DVD/BR) au bout de deux épisodes le coeur léger.

En matière de séries TV, d'une manière générale j'utilise le filtre de mes connaissances et j'attends de voir ce qui remonte, et ce qui remonte longtemps (si on en parle encore un ou deux ans après le "buzz", pas après trois semaines). Cela permet d'éviter les séries qui ne fonctionnent qu'à l'annonce et l'excitation du moment. L'inconvénient c'est qu'on a toujours un peu de retard, mais et d'une si la série est bonne ça se rattrape vite, de deux, on s'en cogne du retard.

Restent les séries qu'on suit malgré leur décrépitude car après x années d'investissement, on veut connaître le fin de l'histoire. Voir How I Met Your Mother. Bon, c'est aussi la force et l'avantage de la série sur le film de cinéma : avec le temps, on est forcément amené à s'attacher à quelque chose. Et ce même si la série n'est pas particulièrement bien écrite. De nombreux shows en profitent. Après, c'est au téléspectateur de faire la part des choses entre émotion née de la qualité intrinsèque de la série, et émotion née du confort et de l'habitude. Si la première est vraiment trop déficiente, il faut lâcher l'affaire.

C.A.
En parlant de séries plus ou moins fraîches, j'ai grignoté la première saison de Real Humans (SVT1, Arte, DVD/BR). C'est une série suédoise influencée par le A.I de Spielberg, qui prend le temps de nous présenter ses personnages, tous un peu losers il faut bien l'avouer.
Dans cette histoire d'anticipation, des sortes d’humanoïdes d'une redoutable intelligence, baptisés hubots, accompagnent les citoyens dans leurs actes quotidiens, leurs tâches ménagères, mais pas que : ces êtres alternatifs, d'une humanité effrayante, au physique troublant de mimétisme, servent aussi de compagnons de vie pour célibataires ou... de jouets sexuels, florissant dans le marché de la prostitution et autres bars topless. Cette frontière mince entre humains (agressifs, ou parfois peu expressifs) et hubots égare le spectateur, questionne ses attentes et sa morale, ce qui rend le spectacle imprévisible, vrillant volontiers au glauque à certains instants. Mais ce qui est le plus réussi à mon sens, ce n'est pas la construction scénaristique de la série, nous emmenant progressivement vers quelques cliffhangers ou twists désarçonnants, mais bien tout le côté formel, l'univers esthétique qui est déployé, au-delà des FX impressionnants. Par exemple, de véritables bains de lumière pure, blanche, à la manière de la plus idyllique des pubs familiales, offrent à la série une patte visuelle atypique, mais également une facette ironique bienvenue, le cadre familial n'étant pas des plus joyeux. Il faut patienter pour savoir si tout cela n'est que du vent relançant l'intérêt du spectateur par quelques effets choc, ou si les prochaines saisons confirmeront la qualité de la chose, et sa richesse. Wait and see.

Real Humans
Et puisqu'on cause Seth McFarlane (ce sacripant de nicco en dit du mal plus haut, le voyou), je ne saurais trop conseiller cet énième sympathoque décalque de son humour habituel (même genre de persos et de situations) qu'est The Cleveland Show (Fox, France O), moins connu que Family Guy – Les Griffin (FOX, Canal +, Paris Première) ou que le brillant American Dad (FOX, NRJ 12, Teletoon). 
McFarlane se réapproprie toute la culture black à travers une famille pas piquée des hannetons et s'amuse encore une fois comme un fou, se permettant certes quelques vannes à la Griffin, mais aussi de sacrés délires rappelant le meilleur de American Dad (il suffit de voir, dans cette dernière série, l'excellente parodie de The Office, pour comprendre que Seth ne fera jamais mieux). A ce titre, un des plus réussis épisodes du Cleveland Show se veut, à la façon d'un délire simpsonien, une histoire basique jouée face à un public (un vrai public. Animé, oui, mais vrai). Ça vrille alors au pastiche de sitcom et au gros bordel, comme de bien entendu. Si vous aimez le rire potache et le bazar assumé, ça en vaut la chandelle.

Sinon, concernant les coups durs dont vous parlez, j'ai l'impression que la vision de Community (heureusement, il n'y a eu que trois saisons) a anéantit mon côté "trop bon public tout ça" : la découverte d'un personnage tel que Abed me fait dire que je ne pourrais plus jamais mater un seul Big Bang Theory (Ah ah ces cons sont tout le temps ridicules du coup c'est réaliste et on s'identifie lol) ou un seul IT Crowd (Ah ah il a une coiffure toute naze c'est cool mdr) sans pleurer et zapper immédiatement. Hé, c'est la vie.

G.E.
Real Humans a aussi été une bonne surprise pour moi. Arte a fait du bon boulot cette année avec sa case séries européennes du jeudi soir. Real Humans, Whitechapel (ITV, DVD/BR), Hatufilm, The Hour (BBC 2, OCS, DVD/BR en septembre), maintenant Odysseus (DVD/BR). Les séries diffusées sont d'origines diverses et ont toutes quelque chose d'intéressant à proposer. Ça tombe pile poil dans la mission d'Arte de promouvoir l'Europe sous toutes ses facettes, mais c'est une alternative salutaire à la catastrophe des grosses chaînes (dont les chaînes publiques) et de la TNT.
France 4 fait pas mal d'efforts sur les gros titres de la BBC, notamment par la diffusion de Dr Who (DVD/BR) (3) ou de Sherlock (DVD/BR) mais à côté c'est un vide créatif. Les séries diffusées sur les nouvelles chaînes de la TNT sont pour la plupart des séries annulées en une saison ou moins, ou qui ont pour but de combler de l'espace avec une diffusion à la chaîne d'épisodes. On a beau aimer Community, on a peut-être pas envie de s'enquiller cinq épisodes à la suite, qui plus est trois ans après la diffusion américaine de la série. How I meM Your Mother, Big Bang Theory, Futurama (4) et American Dad subissent le même destin, avec dans ces derniers cas une rediffusion des épisodes déjà vu les semaines suivantes ad vitam, jusqu'à ce que, ô miracle, un ou deux inédits viennent conclure le blow d'épisodes ! W9 a-t-elle un contrat qui impose un nombre de diffusion réduites ou nulles des épisodes post-saison 10 des Simpson ?

C.A.
L'avantage de cette rediffusion massive des Simpson (ne rajoutez pas de S à la fin, sinon vous brûlerez en Enfer), c'est qu'elle permet de s'accorder à une évidence quasi scientifique: c'est-à-dire que revoir les mêmes vieux épisodes, les classiques des classiques, te fait comprendre que ce n'est pas toi qui a changé (lassitude envers le show, maturité à la noix) mais la série. Qui est devenue un peu moisie. Bientôt, Grampa va tomber amoureux de Moe, Homer inventera le jazz (il a déjà inventé le grunge alors bon), Tahiti Bob reviendra pour le millième fois, déguisé en Marlon Wayans. Je m'attends à tout.

En terme de shortcom (on en parle rarement, étonnant hein) (nd nicco : c'est qu'on n'est sensé parler de séries), c'est-à-dire de divertissement humoristique court et trop fun, puisqu'on parle TV, rappelons au spectateur égaré que la chaîne France 5 passe depuis un bail Dr Cac. Un hommage appuyé à ces chefs-d'oeuvres que sont Message A Caractère Informatif et La Classe Américaine, où toutes les branches, cases et nuances de l'ECONOMIE (partez pas !) sont expliquées minutieusement, entre deux doublages moisis et trois vannes bien débilos. Ça détourne à fond comme le premier Mozinor venu, sauf que ça cause taxes, impôts et assurances. Quelques minutes d'humour bien dosé et bien de chez nous, c'est rare, alors vaut mieux en dire deux mots, pour les retardataires. Vu qu'on retrouve les mêmes gags vocaux, la même structure et le même perso charismatique (le docteur) à chaque épisode, permettez-moi d’appeler ça une série. (nd nicco : bon ok)

DR CAC


N.B.

Restons dans l'Hexagone avec un petit mot sur Les Revenants (Canal +, DVD/BR), car malgré tout c'était la sérieévènementdecanal+. Et malheureusement comme toutes les autres sériesévènementsdecanal+, ce qui caractérise ces Revenants est un casting qui tire la tronche du début à la fin, confirmant qu'aux yeux du PAF, "modernité" égale "sinistrose générale". Le systématisme d'une telle démarche, si son confort fait illusion un temps (et encore), ne peut au final illustrer qu'une vision déshumanisée du monde (ou, pire, de la fiction).
Ce qui quelque part sied bien à une adaptation du film de Robin Campillo (duquel le showévènementdelachainecryptée s'éloigne rapidement). Les deux premiers épisodes le prouvent d'ailleurs, avec une mise en place efficace, les suspicions succédant aux malaises, les intrigues développant l'empathie pour les personnages et la cohérence de leurs interactions. Nous nous voyions alors partir pour un une traversée des diverses étapes du deuil en zig-zag. Las, on restera là.
Outre l'arc général de cette première saison (une seconde a été commandée) qui a au moins le mérite d'être ambitieux, et une direction artistique soignée (la série a un univers, élément assez rare pour être souligné), les sous-intrigues et personnages font un surplace douloureux, l'exemple le plus frappant étant le personnage d'Anne Consigny, qui voit son adolescente de fille revenir à la vie, et qui donc chiale au premier épisode, au deuxième épisode, au troisième, quatrième... Bref, que sa fille revienne l'emmerde beaucoup, visiblement.
Si, bien évidemment, le retour de disparus amène troubles et questions diverses (la foi est très présente), à aucun moment un minimum de célébration de la vie ne pointe le bout de son nez. Est-ce cela finalement la modernité ?

A noter le score insupportable de Mogwai, qui s'inscrivent dans la grande tradition des artistes internationaux venant escroquer les producteurs français.



C.A.
Tiens, pour conclure cette discussion, pourquoi pas causer d'un épisode culte ? Vous savez, ce genre d'épisodes qu'on aimerait se remater à l'infini, cet épisode-là que tu montres à tout le monde en disant : "Voilà, cette série, c'est ÇA", cet épisode qui est tellement bon que tu te fais tatouer le titre sur le torse. Appelons-donc cette mini-chronique : L'EPISODE SPEGGEL DU MOIS.

Certes, le fin sérivore pourrait direct balancer du Malcolm, du Futurama ou du Seinfeld pour faire déchanter toute polémique. Mais non. Faisons découvrir des trucs, et si possible, des trucs qui en valent la peine. Parlons de cette série, furtivement diffusée de 2009 à... 2009. Une série... française ! De grande qualité ! Et dont les huit épisodes sont dispos sur le Tube ! Le genre de divertissement que t'es obligé de promouvoir à répétition pour qu'enfin certains soient convaincus.

Et l'oeuvre en question, c'est Inside Jamel Comedy Club.

djamel comedy club

Le concept : balancer un faux docu sur la tournée du Jamel Comedy Club. Transformer la lourdeur des vannes communautaires Jamel approved en réel dynamisme comique, fait de malaises, de piques méchantes dans le pur humour noir qui fait rire jaune. Entre un modèle de burlesque (la mort d'un des membres de la bande comme ressort à vannes détonantes), d'innombrables fulgurances bien pathos comme il faut (à la façon de cet épisode dans lequel Pascal Légitimus semble condamné à rester "le troisième Inconnu") et autres cruautés (LE NAIN), il y a un véritable discours critique tout à fait réjouissant. L'un des épisodes les plus plaisants de l'unique saison existante est l'épisode 3.
Un opus 3 qui met au devant de la scène les talents de Fabrice Eboué et de Thomas N'Gigol par Blanche Gardin. C'est bien simple, tout est là. La mégalomanie d'Eboué (qui se compare à Desproges), la prétention comique de bas étage qui se rêve plus grand que ça (N'Gigol raillant la qualité d'un public de vieux, se marrant "de ta vanne le lendemain au réveil"), l'absence de tout recul moral rendant attachant le mec le plus con, à l'image de ce Thomas qui affiche son je-m'en-foutisme d'incapable comme running gag constant.

Mais, plus que tout, cet épisode est un superbe pied-de-nez aux principes balourds du Jamel Comedy Club. Ces clins d'oeil saoulants à la banlieue, aux "communautés", cet espèce d'anti-racisme évident qui rend Jamel insupportable. Lors d'un détour périlleux en banlieue, les comiques de bas étage feront les pires effronteries. Jouer les gros snobs apeurés en marchant près des HLM. Insulter son public à foison. Démontrer tout le simplisme des "comiques engagés" (les émeutes en banlieue ? "Bah, euh... j'crois qu'on était pour, quoi" balance un Fabrice on fire). Ou encore, lors d'un brillant instant, mettre plus bas que terre tout discours gnan-gnan typique ("Chuis black et j'ai réussit lol") par la réplique-bazooka d'un Eboué possédé par l'esprit de Dieudonné : "Y a pas forcément besoin d'être juif ou homosexuel pour réussir". Et le même enfoiré de vomir à la gueule d'un public en osant les pires saloperies : "Et après vous vous plaignez parce que y a des jeunes de vos cités qui se font abattre ! Mais vous savez comment ça s'appelle ? Ça s'appelle la justice, bande de lâches !". Tout le génie de l'épisode est là-dedans : faire un gros doigt d'honneur au principal public visé (celui des banlieues), doigt asséné par de vilains garnements qui n'auront jamais de meilleurs rôles que ceux qu'ils se sont attribués : des médiocres. Et c'est là toute l'ironie de la situation.
Une merveilleuse étude du stand-up comedian et du milieu du spectacle, qui sera seulement détrôné par un ultime épisode subversif, point d'orgue d'une indispensable série.
Et au cas où vous ne seriez pas convaincus...

N.B.
C'est notre 30 Rock alors ?
Sinon, mon épisode speggel à moi étant le crossover entre La Croisière S'Amuse et Drôles De Dames, je pense qu'on peut s'arrêter là.


Voilà, c'est fini.
Bon été sériel à tous !



(1) C’est bien la dernière et elle est diffusée depuis le 30 juin sur Showtime.

(2) Démarrage de la saison 3 sur FX le 20 juin dernier.

(3) Dont on entendra parler à la rentrée, pour cause de 50ème anniversaire du show en novembre.

(4) La saison finale de Futurama est diffusée sur Comedy Central depuis le 24 juin.




   

Commentaires   

 
0 #1 RenSarr le jeudi 18 juillet 2013 à 12:53
Merci pour le catch-up. Ça m'a permis de voir la saison 2 d'Enlightened, que j'avais probablement pas vu à cause de son annulation (alors que j'avais beaucoup aimé la S1), et je rejoins Guenaël là dessus, c'est toujours aussi bien.

"But I didn't know all along".
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