Dexter

Cynique et sang complexe

Affiche Dexter

Produit par Showtime (responsable des Masters Of Horror) et adapté du roman Darkly Dreaming Dexter écrit par Jeff Linsday en 2004, la série Dexter est ce qui pouvait arriver de mieux sur le câble ces dernières années.

Elle dépeint le quotidien d’un spécialiste des projections de sang de la police de Miami nommé logiquement Dexter. Mais ce dernier n’est pas celui qu’il parait, bon garçon le jour, il se laisse aller la nuit à des activités meurtrières car il se trouve être en réalité un "serial killer" de la pure souche qui essaie d’assouvir ses besoins morbides en ne s’attaquant uniquement à ceux qui, à ses yeux, le méritent. C’est alors qu’une affaire bien particulière concernant un psychopathe va attirer son attention, provoquant en lui une fascination particulière pour l’auteur de ces crimes. Mais la suite des évènements va le forcer à revenir sur son passé tortueux et sur des souvenirs qu’il pensait à jamais enfouis dans son insondable inconscient.


ANTISOCIAL QUI GARDE SON SANG FROID
Non, vous ne rêvez pas, ce pitch de départ est bien le sujet d’une série télé. Pourtant, ce n’était pas gagné, un opportunisme flagrant se faisant ressentir devant un tel synopsis, et les emprunts à Hannibal Lecter, Patrick Bateman et même May ne sont jamais dissimulés. Mais un traitement subtil et un style particulier parviennent à nous le faire vite oublier malgré les multiples clins d’oeils et le traditionalisme de la recette ; Dexter marque une évolution considérable dans le genre télévisuel et surtout la consécration de son acteur principal ; Michael C. Hall.
Cet acteur, déjà remarquable dans Six Feet Under en homosexuel introverti marchant courageusement sur les traces de son père en quête de reconnaissance, change carrément de cap et campe un personnage plus froid, plus inquiétant et plus sûr de lui même si, par la force des choses, David et Dext évoluent dans des milieux sensiblement identiques. Ce juge meurtrier a en fait été adopté par un policier qui l’a retrouvé sur les lieux d’un crime et l’a éduqué comme son fils. Mais l'enfant montre vite des signes d’animosité et conscient qu’il ne pourra jamais inhiber cette rage, le père adoptif tente de lui apprendre à canaliser sa violence (je n’en dirai pas plus pour ne pas dévoiler le reste de l’intrigue). Dexter apprend aussi à jouer la comédie, à s’intégrer à la population dite normale pour ne jamais éveiller les soupçons et camoufle en permanence l’insensibilité qui le caractérise, l’obligeant à calibrer son comportement, même avec sa sœur Debra, fille naturel de son père adoptif.

Dexter
 


LA CONDITION HUMAINE
Elle aussi cache son petit secret, ayant toujours ressenti une sorte de préférence de la part de son père envers Dexter, son caractère entier et spontané exprime un énorme besoin de faire ses preuves comme si elle espérait au fond d’elle de surpasser la réputation de son père. Pourtant, malgré sa volonté et son côté attachant, elle se bute au chef du service qui n’hésite pas à lui mener la vie dure.
Ce schéma s’applique d’ailleurs sur chaque intervenant de la série, qu’il soit de passage ou régulier, fonctionnant sur un schéma commun ; et si certaines interactions trahissent de temps en temps leurs émotions et leurs peurs c’est pour mieux nous rapprocher d’eux et forcer leur intimités. Chacun d’entre eux a donc son jardin secret qui se doit d’être protégé et dont le comportement contrebalance les faiblesses. Nous tenons ici la première force de la série, Dexter Morgan n’est finalement que le porte parole de ce microcosme dont les intervenants n’essaient pas d’exister d’eux-mêmes mais à travers les autres, que ce soit pour se fondre dans la masse ou pour assouvir un besoin vital.
ette méthodologie rappelle fortement la fabuleuse série Hill Street Blues car outre une enquête jouant à fond la carte du thriller, on assiste conjointement à l’analyse d’une communauté et de ses composantes en nous intégrant à la vie de ce service. En adoptant ce point de vue social (plus réaliste que pour Les Experts) parfois un peu trop proche du soap mais jamais poussif, l’ensemble s’oriente finalement vers le pamphlet grâce à l’interprétation personnelle de notre "anti"-héros.


NOTRE FRÊLE FAMILLE
Il est donc la voix off, le sombre narrateur de cette singulière série et ses commentaires cyniques dressent un portrait décapant de notre mode de vie, que ce soit les sourires sur les photos ou les réunions familiales, son inaltérable impassibilité lui permet de mieux souligner certaines incohérences et disproportions de nos habitudes tout en proposant une véritable remise en question de nôtre comportement. Déphasé et incompris dans son environnement dont il est pourtant l’élément hostile, son besoin de confession parait alors inévitable à long terme pour lui permettre de tomber le masque, seul moyen envisageable pour garder son équilibre moral malgré les retombées que cela pourrait engendrer. Mais notre découpeur reste une personne raisonnée tentant par tous les moyens d’assujettir ses penchants. On est donc bien loin de Jarod (Le Caméléon) et de sa consensuelle justice des causes perdues ou la punition devient un outil de remise en question, technique seulement valable dans un contexte utopique.
Il est bien évident que la souplesse du ton et l’esprit décomplexé désamorcent forcément la profondeur de la thématique (Dexter parait beaucoup plus sociable que Hannibal) mais cette approche pleinement assumée finit par nous bluffer grâce à sa maîtrise et son accessibilité. Un moyen efficace de faire passer un message véridique et inoffensif par le biais d’une œuvre récréative aux relents réflexifs.
Ces intentions sont vites perceptibles et ce, dès les premières notes du génériques ou Michael C. Hall, en bon Américain qu’il parait être, se prépare pour démarrer humblement sa journée de travail. Cette introduction aligne donc des plans communs tel que la toilette ou la préparation du petit déjeuner, mais grâce à une habile mise en image, on peut deviner à travers chaque plan un sous entendu renvoyant à la nature de l’assassin, comme si l’action en elle-même était juste un emballage dissimulant un sous-texte plus explicite. Du coup, ses mains serrant les lacets d’une chaussure ou l’enfilage de son tee-shirt prennent une signification morbide dès lors qu’un psychopathe les effectue.

Dexter
 


PSYCHO PORTRAIT OF A SERIAL KILLER
Cet exemple exprime à lui seul la volonté des auteurs et cette impression ne fera qu’accroître au fil des épisodes. La construction de l’histoire est à contre courant de ce que l’on peut voir actuellement et rien n’est laissé au hasard. Les douze épisodes que comporte la saison évitent toute surenchère en ciblant uniquement le trauma de Dexter et aucune des intrigues secondaires ne viendra la parasiter, bien au contraire, elles l’accompagnent pour mieux l’humaniser. En effet, quoi de plus humain que de chercher d’où on vient et pourquoi certains de nos souvenirs nous détruisent par les imposants regrets qu’ils provoquent ou par l’énorme frustration qui nous envahit lorsque l’on tente de les extirper de notre esprit.
Pour illustrer ce besoin, Le premier meurtre de notre sociopathe concerne un prêtre tueur d’enfant et son bourreau prendra la peine de déterrer les cadavres pour symboliquement lui exposer la partie qu’il essaye de cacher aussi bien aux autres qu’à lui même. Ce procédé n’est pas innocent puisque Dexter est également obsédé par ce passé trouble dont les flash-back tétanisants le forcent à tenter de découvrir la vérité.

Niveau mise en scène, difficile aussi de faire la fine bouche, elle est dynamique et ne profite jamais de son propos pour franchir les limites du mauvais goût. Bien au contraire, la violence discrète et les rares effets gore ne sont la que pour appuyer la tension dramatique ou conserver un aspect clinique permettant de délimiter à chaque fois ce qui se rapporte à l’intrigue et ce qui reste du domaine de la profession. La majorité des meurtres n’est donc jamais montré et même les activités nocturnes de notre protagoniste ne se limitent qu’au minimum tout en restant significatives. De plus, le récit s’étale sur l’ensemble des épisodes et évite les loners superflus dont la nécessité se limite souvent à augmenter la durée de la saison. Chaque châtiment a donc son importance et prend une place primordiale dans la diégèse. Cette progression ne dérivera jamais, clôturant de manière intelligente la saison sur un double épisode bien troussé ne pouvant que rassurer les coutumiers du cliffhanger poussif et utile à provoquer la dépendance.
Cette initiative prouve bien que Dexter est une série étonnante aux antipodes des dernières productions et qui passionne plus par la profondeur de son sujet que par les artifices qui auraient pu la mettre en valeur, une chose trop rare de nos jours pour ne pas être soulignée, un peu à l’image de son héros : car malgré l’immoralité du propos, on ne peut s’empêcher d’apprécier…ce cher Dexter.


DEXTER
Réalisation : Michael Cuesta , Tony Goldwyn, Robert Lieberman…
Scénario : Drew Z. Greenberg, Daniel Cerone, Melissa Rosenberg…
Production : Daniel Cerone, John Goldwyn, Sara Colleton…
Photo : Romeo Tirone
Montage : Elena Maganini, Scott K. Wallace, Louis F. Cioffi…
Bande originale : Daniel Licht
Origine : USA
Durée : Saison 1 de 12 x 52 minutes
Sortie française : Diffusée depuis le 17 mai 2007 sur Canal + (sous peu sur TF1 en version TF1 : scènes coupés, doublages idiots et épisodes dans le désordre)




   

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