Edito

      "- Qu'est-ce que tu penses de la violence au cinéma toi ? - Je me mets toujours au premier rang, alors ce qu'il se passe dans la salle..."
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Dexter Suggérer par mail
Série TV par Isokilla le 30 avril 2008

Cynique et sang complexe

Affiche Dexter
Produit par Showtime (responsable des Masters of Horror) et adapté du roman Darkly Dreaming Dexter écrit par Jeff Linsday en 2004, la série Dexter est ce qui pouvait arriver de mieux sur le câble ces dernières années.

Elle dépeint le quotidien d’un spécialiste des projections de sang de la police de Miami nommé logiquement Dexter. Mais ce dernier n’est pas celui qu’il parait, bon garçon le jour, il se laisse aller la nuit à des activités meurtrières car il se trouve être en réalité un "serial killer" de la pure souche qui essaie d’assouvir ses besoins morbides en ne s’attaquant uniquement à ceux qui, à ses yeux, le méritent. C’est alors qu’une affaire bien particulière concernant un psychopathe va attirer son attention, provoquant en lui une fascination particulière pour l’auteur de ces crimes. Mais la suite des évènements va le forcer à revenir sur son passé tortueux et sur des souvenirs qu’il pensait à jamais enfouis dans son insondable inconscient.

Antisocial qui garde son sang froid
Non, vous ne rêvez pas, ce pitch de départ est bien le sujet d’une série télé. Pourtant, ce n’était pas gagné, un opportunisme flagrant se faisant ressentir devant un tel synopsis, et les emprunts à Hannibal Lecter, Patrick Bateman et même May ne sont jamais dissimulés. Mais un traitement subtil et un style particulier parviennent à nous le faire vite oublier malgré les multiples clins d’oeils et le traditionalisme de la recette ; Dexter marque une évolution considérable dans le genre télévisuel et surtout la consécration de son acteur principal ; Michael C. Hall.
Cet acteur, déjà remarquable dans Six Feet Under en homosexuel introverti marchant courageusement sur les traces de son père en quête de reconnaissance, change carrément de cap et campe un personnage plus froid, plus inquiétant et plus sûr de lui même si, par la force des choses, David et Dext évoluent dans des milieux sensiblement identiques. Ce juge meurtrier a en fait été adopté par un policier qui l’a retrouvé sur les lieux d’un crime et l’a éduqué comme son fils. Mais l'enfant montre vite des signes d’animosité et conscient qu’il ne pourra jamais inhiber cette rage, le père adoptif tente de lui apprendre à canaliser sa violence (je n’en dirai pas plus pour ne pas dévoiler le reste de l’intrigue). Dexter apprend aussi à jouer la comédie, à s’intégrer à la population dite normale pour ne jamais éveiller les soupçons et camoufle en permanence l’insensibilité qui le caractérise, l’obligeant à calibrer son comportement, même avec sa sœur Debra, fille naturel de son père adoptif.

Dexter

La condition humaine
Elle aussi cache son petit secret, ayant toujours ressenti une sorte de préférence de la part de son père envers Dexter, son caractère entier et spontané exprime un énorme besoin de faire ses preuves comme si elle espérait au fond d’elle de surpasser la réputation de son père. Pourtant, malgré sa volonté et son côté attachant, elle se bute au chef du service qui n’hésite pas à lui mener la vie dure.
Ce schéma s’applique d’ailleurs sur chaque intervenant de la série, qu’il soit de passage ou régulier, fonctionnant sur un schéma commun ; et si certaines interactions trahissent de temps en temps leurs émotions et leurs peurs c’est pour mieux nous rapprocher d’eux et forcer leur intimités. Chacun d’entre eux a donc son jardin secret qui se doit d’être protégé et dont le comportement contrebalance les faiblesses. Nous tenons ici la première force de la série, Dexter Morgan n’est finalement que le porte parole de ce microcosme dont les intervenants n’essaient pas d’exister d’eux-mêmes mais à travers les autres, que ce soit pour se fondre dans la masse ou pour assouvir un besoin vital.
ette méthodologie rappelle fortement la fabuleuse série Hill Street Blues car outre une enquête jouant à fond la carte du thriller, on assiste conjointement à l’analyse d’une communauté et de ses composantes en nous intégrant à la vie de ce service. En adoptant ce point de vue social (plus réaliste que pour Les Experts) parfois un peu trop proche du soap mais jamais poussif, l’ensemble s’oriente finalement vers le pamphlet grâce à l’interprétation personnelle de notre "anti"-héros.

Notre frêle famille
Il est donc la voix off, le sombre narrateur de cette singulière série et ses commentaires cyniques dressent un portrait décapant de notre mode de vie, que ce soit les sourires sur les photos ou les réunions familiales, son inaltérable impassibilité lui permet de mieux souligner certaines incohérences et disproportions de nos habitudes tout en proposant une véritable remise en question de nôtre comportement. Déphasé et incompris dans son environnement dont il est pourtant l’élément hostile, son besoin de confession parait alors inévitable à long terme pour lui permettre de tomber le masque, seul moyen envisageable pour garder son équilibre moral malgré les retombées que cela pourrait engendrer. Mais notre découpeur reste une personne raisonnée tentant par tous les moyens d’assujettir ses penchants. On est donc bien loin de Jarod (Le Caméléon) et de sa consensuelle justice des causes perdues ou la punition devient un outil de remise en question, technique seulement valable dans un contexte utopique.
Il est bien évident que la souplesse du ton et l’esprit décomplexé désamorcent forcément la profondeur de la thématique (Dexter parait beaucoup plus sociable que Hannibal) mais cette approche pleinement assumée finit par nous bluffer grâce à sa maîtrise et son accessibilité. Un moyen efficace de faire passer un message véridique et inoffensif par le biais d’une œuvre récréative aux relents réflexifs.
Ces intentions sont vites perceptibles et ce, dès les premières notes du génériques ou Michael C. Hall, en bon Américain qu’il parait être, se prépare pour démarrer humblement sa journée de travail. Cette introduction aligne donc des plans communs tel que la toilette ou la préparation du petit déjeuner, mais grâce à une habile mise en image, on peut deviner à travers chaque plan un sous entendu renvoyant à la nature de l’assassin, comme si l’action en elle-même était juste un emballage dissimulant un sous-texte plus explicite. Du coup, ses mains serrant les lacets d’une chaussure ou l’enfilage de son tee-shirt prennent une signification morbide dès lors qu’un psychopathe les effectue.

Dexter

Psycho portrait of a serial killer
Cet exemple exprime à lui seul la volonté des auteurs et cette impression ne fera qu’accroître au fil des épisodes. La construction de l’histoire est à contre courant de ce que l’on peut voir actuellement et rien n’est laissé au hasard. Les douze épisodes que comporte la saison évitent toute surenchère en ciblant uniquement le trauma de Dexter et aucune des intrigues secondaires ne viendra la parasiter, bien au contraire, elles l’accompagnent pour mieux l’humaniser. En effet, quoi de plus humain que de chercher d’où on vient et pourquoi certains de nos souvenirs nous détruisent par les imposants regrets qu’ils provoquent ou par l’énorme frustration qui nous envahit lorsque l’on tente de les extirper de notre esprit.
Pour illustrer ce besoin, Le premier meurtre de notre sociopathe concerne un prêtre tueur d’enfant et son bourreau prendra la peine de déterrer les cadavres pour symboliquement lui exposer la partie qu’il essaye de cacher aussi bien aux autres qu’à lui même. Ce procédé n’est pas innocent puisque Dexter est également obsédé par ce passé trouble dont les flash-back tétanisants le forcent à tenter de découvrir la vérité.

Niveau mise en scène, difficile aussi de faire la fine bouche, elle est dynamique et ne profite jamais de son propos pour franchir les limites du mauvais goût. Bien au contraire, la violence discrète et les rares effets gore ne sont la que pour appuyer la tension dramatique ou conserver un aspect clinique permettant de délimiter à chaque fois ce qui se rapporte à l’intrigue et ce qui reste du domaine de la profession. La majorité des meurtres n’est donc jamais montré et même les activités nocturnes de notre protagoniste ne se limitent qu’au minimum tout en restant significatives. De plus, le récit s’étale sur l’ensemble des épisodes et évite les loners superflus dont la nécessité se limite souvent à augmenter la durée de la saison. Chaque châtiment a donc son importance et prend une place primordiale dans la diégèse. Cette progression ne dérivera jamais, clôturant de manière intelligente la saison sur un double épisode bien troussé ne pouvant que rassurer les coutumiers du cliffhanger poussif et utile à provoquer la dépendance.
Cette initiative prouve bien que Dexter est une série étonnante aux antipodes des dernières productions et qui passionne plus par la profondeur de son sujet que par les artifices qui auraient pu la mettre en valeur, une chose trop rare de nos jours pour ne pas être soulignée, un peu à l’image de son héros : car malgré l’immoralité du propos, on ne peut s’empêcher d’apprécier…ce cher Dexter.

Dexter
Réalisation : Michael Cuesta , Tony Goldwyn, Robert Lieberman…
Scénario : Drew Z. Greenberg, Daniel Cerone, Melissa Rosenberg…
Production : Daniel Cerone, John Goldwyn, Sara Colleton…
Photo : Romeo Tirone
Montage : Elena Maganini, Scott K. Wallace, Louis F. Cioffi…
Bande originale : Daniel Licht
Origine : USA
Durée : Saison 1 de 12 x 52 minutes
Sortie française : Diffusée depuis le 17 mai 2007 sur Canal + (sous peu sur TF1 en version TF1 : scènes coupés, doublages idiots et épisodes dans le désordre)

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 1 Posté par geouf le 30 avril 2008 à 11:50 | website

Un bien bon article ma foi, sur une serie qui le merite amplement. Et la saison 2 est encore meilleure, explosant totalement les bases du show. 
Je me permets de faire un peu de pub pour la petite bafouille que j'ai redige sur la saison 2. Par contre mon article est bourre de spoilers... 
 
http://www.cinegeouf.com/2008/04/04/dexter-saison-2/
 2 Posté par Beat Kiyoshi le 30 avril 2008 à 13:31 | website

J'aime beaucoup le "Diffusée depuis le 17 mai 2007 sur Canal + (sous peu sur TF1 en version TF1 : scènes coupés, doublages idiots et épisodes dans le désordre)" 
 
Pour une série comme celle-la, ça pourrait être une sacrée expérience de mater les épisodes dans le désordre : 
"comment ça Rita veut pas baiser alors que y'a deux semaines elle se jetait dans ses bras ?" 
"Tiens c'est marrant l'infirmier de l'estropié il me dit quelque chose..."
 3 Posté par Isokilla le 30 avril 2008 à 16:13

Moi j'ai hate de voir Rome diffusé sur France 3 ...en prime (quoique sur TF1 ça serait bien aussi) 

 
"Putain les gars Gé vu Rome hier, chavais pas qu'en fait César il é pas mort tué, il a disparu comme par magie c'est les martiens vous croyez ???"
 4 Posté par Riddick le 01 mai 2008 à 11:01 | website

Très bon article (comme d'hab sur louvreuse) dommage que la saison 2 n'est pas developper car comme le dit geouf si elle n'est pas meilleurs (car sans la 1ere, la deuxième n'aurait pas autant d'impact) elle est tout aussi bien et ne se repose pas sur ses acquis (narration etc.) au contraire on voit un dexter completement perdu et remettant " son code" en question ! une putain de série !
 5 Posté par isokilla le 01 mai 2008 à 23:36

Je te dirai ça quand je l'aurai vu entière et j'ai hate ...
 6 Posté par Vaecordia le 02 mai 2008 à 02:35 | website

Déjà vu la saison 1 et 2, et je dois dire que c'est du très bon.  
Humour noir, crise identitaire (j'adore l'idée de "the dark passenger = l'hôte funeste") , critique de la société faite par un marginale déguisé, une intrigue très bonne, un jeu d'acteur super de la part de Michael C. Hall etc. Comment ne pas tomber sous le couteau... euh charme ? 
 
Mais si la série doit passer sur TF1... putain de merde. Les bofs vont connaitre une série superbe, ne rien y comprendre, et tout le temps citer un truc qu'ils ont appris pleins de fois comme des imbéciles. Puis en plus oui, version TF, ça donne envie -_-"
 7 Posté par Isokilla le 02 mai 2008 à 19:36

DIsons qu'ils vont être déçu si ils s'attendent à un ressucé des experts, après il se peu justement que la surprise entraine le succès, mais faut pas rêver ...
 8 Posté par Pad' le 15 juin 2008 à 14:46

HS mais je n'arrive pas à vous contacter :( 
Une critique du Docteur House ? IL serait intéressant de voir comment les critiques de l'Ouvreuse prennent une série qui parfois, leur ressemble ... ;]
 9 Posté par L'ouvreuse le 15 juin 2008 à 15:03

Hum ? Le formulaire marche bien pourtant
 
Sinon il y a toujours les adresses mails dispatchées un peu partout : webmaster@louvreuse.net 
 
(et personne ne boite par ici)
 10 Posté par Bouhtiti le 23 août 2008 à 02:04 | website

Excellente cette série!! 
Il faut s'accrocher sur les 3-4 premiers épisodes de la saison 1, mais j'ai vraiment pas regretté... Peut-être une des meilleures séries que j'ai pu suivre... Rahhhh vivement la saison 3, en espérant que le niveau sera toujours là
 11 Posté par Halv le 30 mars 2009 à 01:37

J'en suis à l'épisode 6 de la première saison, et je ne suis pas emballé. Pour une série qui met en scène un serial-killer comme personnage principal, elle me semble bien proprette, polie et politiquement correcte. 
 
Le côté réflexion sociale et condition humaine, je ne le sens pas tellement (à part pour une pauvre phrase balancée à chaque début d'épisode), et surtout, je trouve ça tellement lisse que ça pourrait être confondu avec Les experts. 
 
A aucun moment ça ne fait vaciller ou même douter le spectateur, Dexter tue une personne tous les trois épisodes, et ce sont toujours des super méchants encore plus cinglés que lui, on ne voit rien, tout est rejeté dans des ellipses faciles. A aucun moment il ne fait peur ou même n'inquiète. 
 
Comme il est en plus très intelligent, il n'est jamais mis en danger (sauf dans 1 épisode, mais il reprend vite tout ça en main). Son activité nocturne est montrée en parallèle de l'intrigue principale, et n'a quasiment aucun lien avec elle (si ce n'est que le tueur qu'il traque la connaît, mais on sait très bien qu'il ne la révèlera pas avant d'être capturé). C'est une sorte de bonus insipide, puisque de toutes façons tout est fait pour que ce ne soit pas choquant. 
 
A partir de là, ça n'est donc qu'une série d'investigation scientifique, que je trouve en plus assez peu inventive. 
 
J'attends de voir la fin de la saison, et peut-être tenter la 2ème, dont j'ai eu de meilleurs échos.
 12 Posté par Isokilla le 30 mars 2009 à 09:46

Quand j'ai vu les premiers épisodes de la séries (il y a 2 ans), j'avais apprécié la démarche du personnage principal qui est une menace. 
 
La première moitié de saison est effectivement (et volontairement)un peu répétitive, mais elle est necessaire à mettre en place les personnages et à assimiler le raisonnement de Dexter. 
 
Quote:
elle me semble bien proprette, polie et politiquement correcte.

 
 
je n'ai vraiment pas eu cette impression à la fin de la saison 1. 
 
Quote:
Je trouve ça tellement lisse que ça pourrait être confondu avec Les experts.

 
 
Tu es sur que tu parles de Dexter la ? Honnêtement, je n'ai pas vu de séquence ou des gens manipulent des tube à essai sur du massive attack ou du SEBastian. 
 
Quote:
ne voit rien, tout est rejeté dans des ellipses faciles

 
Disons que c'est moins tape à l'oeil que Hannibal c'est évident, en même temps je ne pense pas que l'intérêt soit là. 
 
Quote:
il n'est jamais mis en danger

 
ça me parait logique pour un début de saison, mais tu verras, ça pourrais bien changer. 
 
 
Quote:
A partir de là, ça n'est donc qu'une série d'investigation scientifique, que je trouve en plus assez peu inventive.

 
 
Non, mille fois non, ce n'est pas une succession de loners qui n'entretiennent que d'infimes liens. Je pense que tu le verras peut être dans les épisodes suivants.

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