Masters Of Horror - Saison 1

Horreurs en série

Affiche Masters Of Horror

Zombie flicks, ghost stories, survivals, thrillers horrifiques, slashers ne se sont jamais aussi bien portés depuis quelques temps, à croire que la population a été infectée pour des raisons inconnues (un virus peut être) mais le résultats est là, il ne se passe pas un mois sans que plusieurs oeuvres du genre soient présentes dans les salles.


Ce phénomène touche même la France qui a produit en quelques années pas moins de cinq films, un exploit (même si cela parait insuffisant) en comparaison au trente années précédentes. Nos confrères européens, eux, font un étonnant retour, rivalisant avec les américains. Si les italiens se font de plus en plus discrets, les anglais et les espagnols (et bientôt certains pays d’Europe du nord-est) ont tout récemment démontré qu’ils étaient en passe de devenir des références en la matière. Pourtant, malgré cet engouement, la petite lucarne est au point mort, se contentant simplement de livrer leurs doses habituelles (Ghost Whisperer et autres Supernatural) de séries types.


OPÉRATION PEUR
Ces  programmes, formatés pour un public assoiffé de divertissements fastidieux et donc apaisants, n’hésitent pas à recycler maladroitement les codes les plus répandus. Parallèlement, la boite de production Showtime (Dexter, Californication) prend un risque en acceptant de financer le projet de Mick Garris, provoquant de surcroît l’une des plus insupportables attentes imaginables pour le résultat que l’on connaît. Ce semi échec interpellera pourtant d’autres chaînes, puisque NBC en reprend les commandes non sans avoir changé quelques règles (durée et budget sont réévalués). Ce "Masters Of Horror 3", rebaptisé Fear Itself, arrive sur les grilles de programmes et sa réussite risque d’être déterminante pour la suite des évènements. Les espagnols eux aussi on tenté d’exploiter le filon avec Películas Para No Dormir, petite anthologie similaire où les artisans maison (De la Iglesia, Balaguero) réalisent une poignée d’épisodes en suivant studieusement le modèle.


Imprint
 

Un modèle carré, chaque réalisateurs disposant d’un budget, d’un temps et d’un format limité, et avaient carte blanche sur le contenu. Mick Garris a fait preuve d’intégrité et les réalisateurs sollicités pour la première saison n’ont rencontré aucun  problème excepté Dario Argento qui verra deux de des scènes de son opus coupées et Takeshi Miike dont l’épisode sera carrément privé de diffusion (j’entends d'ici nicco s’exclamer "Bien fait !!" d’un sourire satisfait) (nd nicco : ha bah non, pour une fois qu'il y avait que 60 minutes à subir...) et dont le Imprint sera visible en DVD, nous laissant plutôt supposer un coup de pub. Pour le reste, l’équipe se compose de John Carpenter, John Landis, John McNaughton, Lucky McKee, Don Coscarelli, Joe Dante, Tobe Hooper, Larry Cohen, William Malone, Stuart Gordon et Mick Garris lui-même, s’auto-proclamant maître de l’horreur pour l’occasion.


LES TREIZE DE L'APOCALYPSE
Pourtant, malgré ses prédispositions d’auteur attitré de Stephen King (loin derrière Frank Darabont) notre wannabe a d'énormes progrès à faire pour prétendre à un tel titre, et ce ne sont pas les téléfilmesques La Nuit Déchirée et Le Fléau qui attesteront du contraire. Son épisode Chocolate ne sera qu’une tentative inutile de plus de jouer les copycat d’Argento (dans sa bonne époque) dans laquelle un homme subit des phénomènes extra sensoriels et tentera de découvrir leur provenance. Le final giallesque nous pousse à soupirer tellement l’expérience peut paraître vaine. Mick, si tu nous lis (nd nicco : c'est le cas, il me l'a dit), sache que la volonté ne suffit pas. Le plus attristant dans tout cela est de voir à quel point le bonhomme s’est investi dans le projet. Cependant, ce naufrage n’est pas un cas isolé et la suite nous prouve qu'une armée de vétérans ne garantit pas forcément un résultat conforme à nos attentes, malgré le contentement que provoquent leurs présences.
On peut ainsi sans honte jubiler de voir rassemblées des références telles que Carpenter, Dante et Argento qu’on croyait portés disparus depuis pas mal de temps. De leurs côtés Hooper, Cohen et Coscarelli ne provoquent plus la même exaltation malgré leurs tentatives répétées de revenir à leur premier succès. Quant à Stuart Gordon, il reste fidèle à lui-même, ses dernières productions fauchées ne parviennent pas à écailler son image de bon artisan de l’horreur. Reste les cas Landis et McNaughton qui, comme chacun sait, ont été étiquetés pour des titres mémorables mais n’ont jamais tenter de persévérer dans cette voie. Si bien que leur présence demeurent presque un mystère.


TERREURS FATALES
En dépit de ce menu alléchant, on s’aperçoit dès le début des festivités que la frustration nous envahit progressivement. Nous apprécions bien entendu le mémorable épisode de John Carpenter Cigarette’s Burns, qui exprime de manière subtile son parcours artistique et les motivations qui l’ont mené jusqu’ici. Sa contribution se révélant être une sorte de confession dans laquelle le directeur d’un cinéma part à la recherche d’une bobine de film ultime censurée pour ses effets dévastateurs. Sa progression lui fera vivre un périple cauchemardesque où il découvrira comment une œuvre mystique peut attiser les convoitises. L’ambiance est lourde et l’intrigue déstabilisante, dommage que le final en dévoile trop sur ce film, gâchant un final plutôt expéditif.

Cigarette Burns
 

De l’allégorie, il y en a aussi chez Dario Argento, autre surprenant retour. Jenifer relate la déchéance d’un flic qui s’éprend d’une femme humanoïde bestiale ayant sur lui une emprise diabolique. Leur liaison dont le dénouement prévisible mais ô combien choquant s’avère être un pamphlet sur la phallocratie au travers de cette femme dont le comportement oscille entre sexualité compulsive et voracité dérangeante. L’aveuglement du mâle lui sera fatal et la conclusion de cet essai effrayante. La mise en scène se veut dépouillée, aux antipodes des œuvres cultes du maître fatigué, qui prend tout de même un réel plaisir à tendre vers la caricature morbide.

Il en est de même pour Homecoming, qui dénonce cette fois l’hypocrisie politique suite au réveil de soldats américains morts, désireux d'exprimer leurs idéaux suite au discour d’un candidat aux élections. Joe Dante réussit un coup magistral en mélangeant zombies et comédie satirique aux relents contestataires évoquant ses précédentes œuvres, relevé par un ton plus acerbe qu’à son habitude. On est  enchanté de le retrouver en forme malgré tout les échecs qu’il a dû encaisser ces dernières années.

John Landis, réalisateur culte de Blues Brothers et du Loup-Garou De Londres, se permet un petit caprice. Peu intéressé par les sujets proposés, il décide de rédiger un scénario à l’aide de son fils Max Landis (on peut appeler ça du piston) et le résultat ne vole pas très haut : Deer Woman est une histoire de femme sauvage parmi tant d’autres, une légende urbaine mêlant horreur (pour ados) et comédie. Son style léger ne réussit pas à compenser un manque évident d’inspiration. Si la scène présentant les différentes hypothèses est plutôt cocasse, elle reste l’unique point positif de cette enquête banale malgré la présence d’acteurs charistmatiques (Brian Benben et Sonja Bennett). Le réalisateur de Innocent Blood aurait dû éviter de jouer les indépendants (il se rachètera avec la saison 2) et de se reposer sur une notoriété flétrie avec les années.

Larry Cohen aussi va réussir à frustrer son monde avec son Pick Me Up. S'il est plutôt plaisant de retrouver la troublante Fairuza Balk coursée par deux tueurs en série rivaux, la série n’exploite jamais son sujet à fond, le résultat en devient trop prévisible et inoffensif en dépit de quelques savoureux moments.

Malgré ses qualités, l’opus de Takeshi Miike n’en comporte pas plus, sauf qu’ici c’est le but recherché, le réalisateur de L’Audition puisant dans la littérature pour nous brosser le portrait de deux femmes. Tortures et freak show vont une fois de plus déstabiliser le spectateur qui passera inconsciemment du dégoût au sourire. Le réalisateur choque pPas autant qu’on nous l’a fait croire) et interpelle à maintes reprises mais reste tout de même appliqué (pour une fois) dans la mise en scène. Imprint demeure donc plutôt intéressant et malgré un rythme au ralenti plombant les intentions reste néanmoins une sacrée expérience injustement précédée par sa réputation.

D’autres par contre n’ont pas réussit à conserver la précieuse renommée qu’ils avaient acquise par le passé. A commencer par Tobe Hooper qui pensait peut-être épater la galerie avec son très décevant Dance Of The Dead. Pitch peu exploité, réalisation en roue libre pourvue d’effets douteux, il est difficile de s’imprégner de son ambiance. Même la présence de Robert Englund ne sauvera pas les meubles. On ne peut que constater la dégression du créateur de Texas Chainsaw Massacre, et son récent Mortuary ne fait que confirmer cette tendance.

Un de ses acolytes, Don Coscarelli, parviendra lui, grâce à un script intelligent, à concevoir un efficace divertissement à l’ancienne. Ce survival racontant comment une femme se retrouve poursuivit par un monstre ne sort des sentiers battus seulement pour tous les sous-textes qu’il contient. Le final, symbolique au possible, permet de clôturer Incident In And Off The Mountain Road honorablement malgré quelques maladresses dans la réalisation. Cela reste tout de même supérieur au pétard mouillé nostalgique qu’est Bubba Ho-Tep.

Incident On And Off A Mountain Road
 

Pour Stuart Gordon et John McNaughton, c’est un peu plus délicat. Leurs contributions ont beau être pétries de bonnes intentions et bien ancrées dans le genre, elles n’emportent pas totalement l’adhésion. H.P. Lovecraft's Dreams In The Witch House s’associe très bien à la personnalité du premier, celui-ci s’abandonne à ses coutumières habitudes au détriment du métrage. On apprécie donc modérément les hallucinations cauchemardesques de cet étudiant, tour à tout délirantes et effrayantes, puis on s‘engouffre graduellement dans une bouffonnerie qui ne colle plus vraiment au sujet rappelant à quel point le créateur de Re-Animator se complait dans le jusqu’auboutisme. Un parti-pris qui ne fait malheureusement pas l’unanimité.

Si Haeckel's Tale laissait aussi présager le meilleur, c’est d’une part pour le sujet dérangeant abordant les morts-vivants et pour son metteur en scène, responsable de l’intrigant et passionnant Henry, Portrait Of A Serial Killer (film le plus réaliste sur le sujet d’après les spécialistes). L’amertume nous envahit lors de la progression d’un récit lent et trop contemplatif sur son sujet. On touche le fond avec ce virage à 180° brutal et mal venu dans le dernier quart. Ce n’est donc pas tant le scénario (quoique  pas bien génial) qui dérange mais plutôt son illustration incongrue. On aurait espéré plus respectueux de la part d’un auteur aussi polyvalent.

Un respect que l’on ressent par contre chez William Malone, dont le dernier petit succès date de 1999, et qui s’applique ici avec Fair Haired Child. Ses effets "clippesques" dont il abusait pour House Of The Haunted Hill sont ici recyclés à bon escient. L’histoire se révélant assez traditionnelle, l’accent est mis sur une ambiance poisseuse avec un soupçon de surréalisme étouffant. Sans véritable génie, Malone réussit à retenir notre attention et à gagner une certaine crédibilité qu’il avait perdue depuis Feardotcom.

Idem pour Lucky McKee, jeune réalisateur passionné qui verra avec les Masters Of Horror l’opportunité d’approfondir son thème de prédilection (à la manière de Brad Anderson pour la culpabilité), à savoir la condition féminine. Relatant l’idylle liant deux jeunes filles isolées, McKee se délecte à en décrire les tenant et aboutissant. A la fois hommage et portrait, Sick Girl se permet donc, grâce à un simple élément fantastique, d’explorer le désir féminin de manière caricaturale mais sincère. En récupérant Angella Bettis toute droit sortie de May, le cinéaste triture l'image qu’il avait subtilement façonnée dans son précèdent film. Il est d’autant plus dommage que ses obsessions altère un peu l’intérêt du scénario.

Homecoming

 

SERIAL KILLING
Quelle curieuse surprise de constater que ce premier lot s’oriente autant sur la femme : indépendante dans Pick Me Up, révoltée dans Incident In And Off The Mountain Road, elle se révèlera tour à tout manipulatrice (Jenifer), amoureuse (Sick Girl) ou bien féministe (Deer Woman). Tant de représentations différentes et captivantes qui alimentent une thématique que l’on imagine involontaire puisque certains épisodes n’y participent pas. Il est d’ailleurs frustrant de constater que l’inégalité de ces épisodes empêche l’analyse de la position détenue par la femme contemporaine (Deer Woman se focalise trop sur l’intrigue principale), démontrant qu’un sujet aussi passionnant qu’il soit n’engendre pas forcément une œuvre qualitative, l’œil du réalisateur devient à ce niveau un facteur important dans sa matérialisation (McKee et Coscarelli). Difficile néanmoins de faire la fine bouche devant une telle cohérence et une telle diversité. Parallèlement, on observe une controverse concernant la popularité de chaque épisode puisque aucun d’entre eux n’a provoqué les mêmes réactions d’une personne à l’autre. Prouvant que l’objectivité n’est pas forcément au rendez-vous, et que cette première saison a réussi, d’une certaine manière, à combler ne serait-ce qu’une seule fois le fan d’horreur qui sommeille en nous.

D’ailleurs, Il est presque étonnant de voir à quel point ces œuvres isolées n’ont pas obtenues de véritable place dans la filmographie de leurs géniteurs. Si Jenifer a réveillé un semblant d’enthousiasme envers Argento, l’épisode (pourtant génial) du maître du giallo n’est que rarement évoqué, comme si cette participation ne témoignait que d’une valeur formelle. Cet exemple montre que l’œuvre télévisuelle n’est pas encore assimilée à une démonstration ou un moyen d’expression. Elle est perçue majoritairement par les cinéphiles et autres consommateurs comme une alternative voire un succédané mais en aucun cas un nouveau support artistique. Alors que les premières séries cultes ne datent pourtant pas d’hier, ce n’est que récemment que bon nombre de réalisateurs et producteurs y prêtent une attention particulière. Mais cet intérêt soudain ne cible malheureusement que le grand public pour des œuvres casées communément en prime time.

Jenifer
 

Si bien que l’on se questionne sur l’avenir de la série horrifique à la télévision. La prolifération des séries fantastiques peut inquiéter : en sevrant le spectateur à des programmes normalisés, aura-t-on prochainement droit à des séries plus ambitieuses comme Masters Of Horror, des séries où prime avant tout le besoin d’accomplir un idéal artistique. Les règles de cette production (que les artistes ont appréciées) rendent bien évidement hommage au cinéma sans contrainte et sans moyen mais débordant de passion. Un cinéma où primaient ardeur et système D. En annulant le projet, on finit par dénaturer ces valeurs et renier les origines de l’horreur.
On souhaite donc vivement que ce type de show se réitère dans un avenir proche et on se souviendra une dernière fois de la formule qui mit le feu au poudre : "Les maîtres de l’horreur vous souhaitent un bon anniversaire !". Merci pour le cadeau les gars.


MASTERS OF HORROR - SEASON 1
Année : 2005
Origine : USA
Durée : 12 x 60 minutes

Incident On And Off A Mountain Road
Réalisateur : Don Coscarelli
Scénaristes : Don Coscarelli, Stephen Romano
Interprètes : Bree Turner, Ethan Embry, John De Santis, Angus Scrimm

Dreams In The Witch House
Réalisateur : Stuart Gordon
Scénariste : Stuart Gordon & Dennis Paoli
Interprètes : Ezra Godden, Chelah Horsdal, Susanna Uchatius, Jay Brazeau

Dance Of The Dead
Réalisateur : Tobe Hooper
Scénariste : Richard Christian Matheson
Interprètes : Jonathan Tucker, Robert Englund, Marilyn Norry, Jessica Lowndes

Jenifer
Réalisateur : Dario Argento
Scénariste : Steven Weber
Interprètes : Steven Weber, Carrie Fleming, Harris Allan, Laurie Brunetti

Chocolate
Réalisateur : Mick Garris
Scénariste : Mick Garris
Interprètes : Henry Thomas,  Matt Frewer, Paul Wu, Katharine Horsman

Homecoming
Réalisateur : Joe Dante
Scénariste : Sam Hamm
Interprètes : Jon Tenney,  Robert Picardo, Sean Carey, Beverley Breuer

Deer Woman
Réalisateur : John Landis
Scénariste : John & Max Landis
Interprètes : Brian Benben, Anthony Griffith, Andy Thompson, Alex Zahara

Cigarette Burns
Réalisateur : John Carpenter
Scénariste : Drew McWeeny & Scott Swan
Interprètes : Norman Reedus, Udo Kier, Zara Taylor

Fair Haired Child
Réalisateur : William Malone
Scénariste  : Matt Greenberg
Interprètes : Lori Petty, Jesse Haddock, Lindsay Pulsipher, William Samples

Sick Girl
Réalisateur : Lucky McKee
Scénariste : Sean Hood
Interprètes : Angela Bettis, Erin Brown, Marcia Bennett, Mike McKee

Pick Me Up
Réalisateur : Larry Cohen
Scénariste : David J. Schow
Interprètes : Fairuza Balk, Warren Kole, Michael Moriarty,  Crystal Lowe

Haeckel’s Tale
Réalisateur : John McNaughton
Scénariste : Mick Garris (on comprend le résultat)
Interprètes : Derek Cecil, Jon Polito, Leela Savasta, Gerard Plunkett

Imprint
Réalisateur : Takashi Miike
Scénariste  : Daisuke Tengan
Interprètes : Billy Drago, Youki Kudoh




   

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