John Carter

Mars aux Tharks !

Affiche John Carter

A Princess Of Mars, puis John Carter Of Mars, et tout simplement John Carter. Les changements de titre successifs tout au long de la production du premier film live d'Andrew Stanton illustrent l'embarras rencontré par Disney pour communiquer sur le Cycle De Mars d'Edgar Rice Burroughs.


Séjournant quatre-vingt ans (!) en development hell (l'animateur Bob Clampett devait porter Carter à l'écran dès les années 30), l'adaptation de cette œuvre séminale de la SF s'est vue entre temps devancée par une palanquée de sagas s'en inspirant à des degrés divers : Flash Gordon, Buck Rogers, Chroniques Martiennes, La Ligue Des Gentlemen Extraordinaires, Star Wars, Dune, Superman, The Chronicles Of Riddick, Avatar…(1) A partir de là, difficile de vendre ce John Carter sans donner l'impression d'un patchwork opportuniste recyclant les hits de la culture nerd. Tâche d'autant plus ardue que l'univers désertique de Mars (nommée par ses habitants Barsoom) renvoie directement à deux catastrophes récentes du genre : Prince Of Persia et Star Wars : Episode 2 (voire trois avec Cowboys Et Envahisseurs). Ce fût une gageure pour le département marketing (2), on imagine le casse-tête pour Stanton et son équipe… 

John Carter
 

A l'instar de l'équipe Moffat / Wright / Cornish sur le Tintin de Spielberg, décision a été prise par Stanton, Mark Andrew et Michael Chabon de combiner plusieurs tomes du Cycle De Mars, probablement avec l'idée que plus riche sera le récit, moins la sensation de redite avec certaines œuvres cultes sera prégnante. En résulte un scripte dense à qui est demandé d'exposer en deux heures vingt minutes l'histoire de John Carter, capitaine de cavalerie usé par la guerre de Sécession tentant d'échapper à l'armée et accidentellement projeté sur Barsoom, planète toute aussi fatiguée que lui. Grâce à une gravité moins importante, Carter y gagne en puissance, peut effectuer des bonds prodigieux et acquiert une constitution plus solide. Il devient alors malgré lui un acteur majeur des conflits qui opposent les trois grandes ethnies de Barsoom.

Pour un premier tournage "en dur", Andrew Stanton n'a pas choisi la voie de la facilité, s'imposant un métrage au rythme soutenu, presque trop, les enjeux complexes et multiples impliquant l'exposition de plusieurs cités, cultures, personnages et jeux de pouvoir. Au final plus que le dépaysement, c'est la frustration qui l'emporte tant on profite peu de la magnifique direction artistique de l'ensemble. Stanton qui avait su filmer un autre monde à l'agonie, celui de Wall-E, avec toute la mélancolie requise se contente avec ce projet de quelques courts plans d'ensemble pour laisser apprécier ici un village désagrégé, là des vestiges martiens. Toutefois cette nécessaire concision motive quelques belles idées, telle la caractérisation du personnage principal à travers une séquence tout en ellipses lorgnant vers le slapstick, et surtout lors d'une monstrueuse scène de bataille où Carter affronte seul une horde de Tharks, rappelant par son procédé l'attaque suicide sur le Pelennor accompagnée du chant de Pippin du Retour Du Roi.  

John Carter
 

Si l'on fait fi des facilités inhérentes à un scénario trop généreux (le monologue face caméra de la Princesse répétant son discours pour re-éclaircir les enjeux, vraiment ?), John Carter reste un spectacle pulp comme on voit que trop peu, respectant aussi bien Burroughs (malicieusement impliqué dans le film) que les illustrations de Frank Frazetta (costumes et cadres rappellent son travail). Bien qu'ouvertement moins à l'aise que son collègue de Pixar Brad Bird, parti lui aussi tâter du "monde réel" sur Mission Impossible – Protocole Fantôme, l'auteur du Monde De Nemo se démène malgré tout pour maintenir un certain souffle épique sur son space opera, faisant preuve d'un gros savoir-faire pour masquer ce qui sur le papier est fatal à tout film d'aventure (personnages spectateurs par endroit, allers/retours pas franchement nécessaires), d'autant plus qu'il ne cède jamais aux effets cyniques en vigueur dans les blockbusters actuels (Guy Ritchie on parle de toi).

Alors que The Artist et Hugo Cabret rencontrent un succès aussi bien public que critique, il serait vraiment bienvenu que les spectateurs réservent un accueil semblable à ce spectacle s'inscrivant dans la même démarche : ressourcer notre désir de fantaisie au cinéma avec le potentiel quasiment illimité des outils d'aujourd'hui.  


(1) Ha tiens ce n'était pas Pocahontas :o 

(2) Au point qu'il lâcha tout simplement l'affaire avec une campagne bâclée. Ce sont les fans, ces pirates, qui prirent le relais pour produire des bandes-annonces présentant correctement l'univers de la saga.  

7/10
JOHN CARTER
Réalisateur : Andrew Stanton
Scénario : Andrew Stanton, Mark Andrews & Michael Chabon d'après Une Princesse De Mars d'Edgar Rice BurroughsProduction : Jim Morris, Colin Wilson, Lindsey Collins…
Photo : Daniel Mindel
Montage : Eric Zumbrunnen
Bande originale : Michael Giacchino
Origine : USA
Durée : 2H12
Sortie française : 7 mars 2012




   

Commentaires   

 
0 #1 youli le samedi 08 juin 2013 à 00:17
Bon je ne l'ai pas vu au ciné, mais en HD sur ma TV les effets spéciaux étaient sacrément dérangeants. Animations floues ou saccadées, incrustations dégueulasses, textures des martiens parfois grossières, ça fait mal pour un film à si gros budget... (surtout que ça gâche une direction artistique pas mal, comme dit dans cette critique)
Et si on ajoute à ça des personnages monolithiques, une narration parfois bancale et une quasi absence de sous-texte, je comprends mieux pourquoi le film a été si décrié.
Mais du coup je comprends pas trop pourquoi sur l'ouvreuse il est tant admiré, si ce n'est par amour pour Burroughs et Stanton....
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