The Walking Dead - Saison 3

Shériff, fais-moi peur

Affiche The Walking Dead saison 3A l’instar des morts-vivants, chaque saison de The Walking Dead semble illustrer une nouvelle étape de décomposition du show. Si par rapport à la précédente, cette troisième fournée permet un regain de vitalité, il n’est au final qu’un réflexe post-mortem.


La caractérisation des personnages est toujours aussi lénifiante, la structure narrative est tout aussi problématique et le rythme globalement cacochyme oscille irrégulièrement entre le calme plat et l’action soutenue sans qu’une tension plus ou moins durable ne soit instaurée. Les nombreux manquements de la série peuvent logiquement être imputés à la succession de
showrunners (trois pour quatre saisons) mais ne saurait tout expliquer et encore moins excuser.
Car les atermoiements au sein d’une seule et même saison ne sont pas uniquement les fruits des réajustements opérés d’une saison à l’autre.
Si la saison 2 laborieuse et catastrophique à tous les niveaux ne lassait pas d’exaspérer, la conclusion montrant l’entrée en scène de Michonne et le revirement de Rick annonçant la fin du fonctionnement démocratique de son groupe laissait présager un traitement plus énergique et déstabilisant (le sheriff Grimes comme mal insidieux à combattre ?). Seulement, nous en
 resterons au stade de promesses inabouties pour la plupart.

The Walking Dead saison 3

Les survivants de l’attaque de la ferme d’Hershell sont repartis sur la route, cherchant un endroit pour s’installer plus durablement qu’habituellement afin de rendre les conditions de la venue du bébé de Lori, dans son dernier mois de grossesse, les moins pénibles possibles. Ils prennent possession d’une prison infestée de marcheurs en parvenant à regrouper à l’extérieur des grilles les zombies claudiquant et en épurant de manière expéditive ceux qui se trouvent dans le sous-sol.
Pendant ce temps, Andréa, qu’ils croient morte, se débat en compagnie de Michonne et ses zombies en laisse. Elles finissent par trouver refuge à Woodburry au sein d’une communauté constituée et soudée par le charisme et l’autorité d’un homme que ses administrés ont surnommés "le Gouverneur". Il accueille les deux vagabondes, leur offrant même l’opportunité de faire partie intégrante de leur population. Si Andréa, sous le charme de cet homme, ne se fait pas prier, Michonne en revanche est plus réticente, soupçonnant des aspects malsains sous ce verni d’une cohésion presque parfaite dans le contexte de délabrement mondial. Evidemment, l’instinct de la tueuse noire au katana ne la trompe pas puisque les desseins du gouverneur et sa manière de cimenter son groupe sont pour le moins contestables et déviants. D’autant que l’on retrouve à la tête de la milice chargée de maintenir l’ordre et assurer la sécurité de cette ville retranchée, Merle, le frère psychotique de Daryl.

The Walking Dead saison 3

Cette saison va donc s’articuler plus ou moins adroitement sur le parallèle tiré entre les groupes et surtout leurs leaders respectifs, tous deux se perdant dans leur vision unilatérale de ce qu’il y a de mieux pour la perpétuation, la survie de leurs ouailles. Si Rick avait déjà montré son implacabilité par le passé, il va adopter une stature encore plus rigide et impitoyable, effrayant même ses partenaires quand il s’agit de décider du sort des prisonniers demeurés dans l’enceinte du pénitencier après l’infestation. Une menace intérieure qui en restera aux limites de l’extrémisme et qui tendra à progressivement s’évacuer à partir de son pétage de plomb solitaire (où il parle au téléphone avec un interlocuteur inaudible et invisible) suite à un évènement traumatisant ? Le shérif est inquiétant certes, mais pas trop.

Dans le même temps, l’apparence de l’homme affable du Gouverneur se lézarde, dévoilant un taré de première dont on attend désormais le pire à la moindre de ses réactions. David Morrissey prête ses traits au personnage (pour le coup physiquement à l’opposé de son pendant dessiné), excellant dans la fascination et la cruauté qu’il diffuse. De même, l’autorité de chacun des chefs de clan est remise en cause sinon menacée. Ce traitement est intéressant mais peine malgré tout à livrer toute sa sève tant l’opposition à cet Ordre apparaît plus ou moins timorée. La loyauté se voit ainsi questionnée et à ce niveau, Merle en est un intrigant curseur de par ses positionnements, tout comme, dans une moindre mesure, Andréa.


The Walking Dead saison 3

Les péripéties avec les zombies sont plus nombreuses et dynamiques et le récit se complexifie enfin, donnant corps à des menaces non issues de la seule confrontation avec une altérité aux chairs pendouillantes. Cependant, cela s’accompagne par l’adjonction d’une pléthore de nouveaux personnages mal définis (le groupe de détenus, les rescapés débarquant en milieu de saison à la prison) dont le développement superficiel s’effectue au détriment des héros mis en scène depuis la saison inaugurale. Certains perdant dans l’opération une bonne partie du bénéfice du capital sympathie qu’ils avaient su faire ressentir (Maggie et Glenn, notamment). Le comble étant que la mort de plusieurs personnages "historiques" ne suscite absolument aucune émotion ou attendrissement. Pire, on est généralement heureux d’être débarrassé de visages devenus parfois excessivement horripilant.
Globalement, le traitement des persos répond au principe des vases communicants. Le jeune Carl s’endurcit, sa froideur glaçant même le sang, Andréa parvient au fur et à mesure à quelque peu atténuer son statut de gourde naïve mais dans le même temps, le dommage collatéral le plus important frappe durement Darryl, l’âme du groupe, qui s’efface, reste de plus en plus en retrait, se comportant comme le toutou de son maître Rick. Il ne représente plus une opposition constructive, une alternative comportementale de référence. Certes, cela permet à son frère Merle d’être une force de proposition plus ambigüe et violente mais alors, le conflit entre les deux frangins s’en trouve largement amoindri.

The Walking Dead saison 3

Parmi les points positifs de cette saison, outre le gouverneur, retenons bien évidemment le personnage de Michonne (Dunai Gurira). Taciturne et s’exprimant le plus souvent en dégainant son sabre, Michonne est badass à souhait, une sorte de rônin apocalyptique suffisamment mystérieuse (on ne connaît pratiquement rien de son passé) pour intriguer. Et si les épisodes de cette saison sont de qualité inégale, le numéro douze sort clairement du lot. Tellement réussi que l’on croirait que Darabont est revenu en catimini pour le réaliser. Si on pense irrémédiablement à lui c’est parce que cet épisode renvoie au pilote avec le retour de Morgan Jones, le black qui avec son fils avaient les premiers recueillis Rick après son déstabilisant retour parmi les "vivants", et par l’utilisation efficiente des personnages, la capacité à poser en quelques minutes une ambiance plus pesante qu’à l’accoutumée et faire en sorte que l’action ou l’inaction (ici de Rick, Carl et Michonne) engendre des répercussions émotionnelles et morales bouleversantes pour retrouver une force sensitive depuis diluée. Détaché de l’intrigue principale, cet épisode voit donc le trio explorer l’ancienne bourgade du shériff et son fils et tomber sur le camp retranché de Morgan, désormais seul.
Une solitude horriblement pesante (d’autant plus au vu des circonstances) l’ayant rendu instable mentalement, ne s’embarrassant plus de différencier les humains des rôdeurs. Les retrouvailles avec Rick sont l’occasion d’un affrontement aux puissantes résonances métaphoriques (on pourrait quasiment avancer que Grimes affronte alors la représentation physique de sa culpabilité) tandis que l’expédition menée à l’écart par Carl et Michonne dans un bar infesté de zombies donne lieu à un intense partenariat qui les verra lutter côte à côté dans ce qui peut s’apparenter à la fois comme un rite de passage et une évaluation des capacité de combat.
Sans parler de la terrible conclusion mutique empreinte d’une profonde détresse. Du haut niveau qui ne sera malheureusement même pas effleuré dans les quatre derniers épisodes qui, à force de différer le grand affrontement entre les factions antagonistes, va carrément les désamorcer.

The Walking Dead saison 3

Le summum étant atteint avec le season finale qui au lieu de susciter une attente fébrile de la saison 4 (ou au moins une étincelle d’intérêt) laisse sur sa faim. A tel point que l’on se surprendra à guetter si un dix-septième épisode n’aurait pas finalement été ajouté en dernière minute. Le prototype même de la conclusion anti-spectaculaire et anti-cliffhanger.

Conclure sur la mort d’un des principaux protagonistes devrait produire un choc émotionnel plus ou moins intense sur le spectateur assidu mais ils sont dans l’ensemble si mal écrits que le résultat engendré ici est une vague réaction marquée par le haussement paresseux d’un sourcil. Inutile de préciser que l’on se trouve à des années lumières du traumatisme causé par la fin de l’épisode 3x09 de Game Of Thrones ! Pourtant, il avait plutôt bien débuté, avec une intro bien tordue où le Gouverneur intime à son aide de camp d’éliminer le personnage prisonnier (oui, évitons le plus de spoilers possible au cas où il resterait des obstinés pas encore découragés pour s’enquiller cette saison) et devant son hésitation, lui loge une balle dans le buffet. La blessure mortelle fera de toute manière son œuvre pour passer de vie à trépas puis à zombification, le mort se relevant pour attaquer cette chair fraîche attachée en guise d’offrande.

Mais ce n’était qu’un dernier soubresaut d’une saison en souffrance, l’épisode se poursuivant sur un faux rythme et laissant place à un abandon pour le moins déroutant. Ceci histoire de conserver quelques cartes à balancer ? Encore faut-il qu’ils n’aient pas déjà épuisé tous leurs atouts…


THE WALKING DEAD - SEASON 3
Réalisateurs : Ernest R.Dickerson, Gwyneth Horder-Payton, Guy Ferland, Michelle MacLaren, Bill Gierhart
Scénario : Franck Darabont, Robert Kirkman, Tony Moore, Charlie Adlard, Glen Mazzara, Scott M.Gimple, Evan T.Reilly, David Johnson, Angela Kang
Production : Franck Darabont, Robert Kirkman, Gale Ann Hurd, Glen Mazzara…
Photo : David Boyd
Montage : Julius Ramsay, Hunter M.Via, Nathan Gunn
Bande originale : Bear McCreary & Rohn Schmidt
Origine : Etats-Unis
Durée : 16 x 45’




   

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