Arrested Development

Family business

Affiche Arrested Development

Et maintenant l’histoire d’une riche famille qui a tout perdu et du fils qui n’a pas eu d’autre choix que de les garder réunis.


Voici le speech très court qui ouvre chaque épisode d’Arrested Development. Créée par Mitchell Hurwitz et co-produite par Ron Howard, cette série narre effectivement le quotidien de Michael Bluth qui doit reprendre l’entreprise familiale et aider à faire subsister sa famille tant bien que mal alors que le père purge sa peine pour abus de biens sociaux. Un pitch qui pourrait être celui d’une sitcom parmi tant d’autre, mais il se trouve que celle-ci n’a pas grand chose à voir avec ses consoeurs. Originellement programmé sur la Fox, Arrested Development n’aura duré que trois ans mais raflé au passage six Emmy Award et un Golden Globe, preuves de ces indéniables qualités qui se situent autant au niveau de l’originalité de la réalisation et des mécanismes de narration que des personnages et de l’univers qu’ont su développer ses créateurs durant ces trois saisons d’existence cathodiques.


FAMILY FIRST
Si on peut construire un drama convenable avec des personnages moyens, on ne saurait réussir une sitcom sans des caractères de haut vol. Le succès des archétypes de Friends est témoin qu’en la matière on ne saurait faire dans la demie mesure. Arrested Development propose des personnages aux caractères bien définis, pour la plupart complètement égoïstes et lancés dans des concours de mauvaise foi souvent impressionnants. Voguant sur le terrain du politiquement incorrect d’un Earl ou d’un Malcolm, la série ne se préoccupe guère de rendre attachante cette famille. Hurwitz a néanmoins réussi à renouveler la palette de caractère basiques associées aux sitcoms US en confiant à ses personnages des particularités originales, crédibles et un background suffisamment étoffé et habilement distillé au fur et à mesure des épisodes sans qu’ils ne souffrent jamais de l’amnésie des auteurs.

Arrested Development
 

"Family first", comme le veut la maxime de Michael Bluth alors faisons d’abord un petit tour du coté du freakshow. Le père, George Senior (Jeffrey Tambor), entrepreneur peu regardant sur la loi, a entretenu des années durant avec l’argent de sa société une femme narcissique et manipulatrice (Jessica Walter) et des enfants qui piochaient dans les comptes comme bon leur semblait. G.O.B, fils aîné, magicien de son état, bon à rien et séducteur notoire, est particulièrement doué pour le drame. Lindsay Bluth (Portia De Rossi) est abonnée aux grandes causes qui servent à gonfler son égo. Elle traîne un mari ancien psy, Tobias Funke (David Cross), qui veut devenir acteur et dont les tendances homosexuelles transpirent dans chacune de ses paroles (et chacun de ses actes). Leur fille adolescente Maeby (Alia Shawkat) dont on comprend aisément la rébellion finira par devenir une des plus jeunes exécutives de studio hollywoodien. Buster (Tony Hale), le petit dernier, a quand à lui effectué un nombre incroyable de cursus universitaires sur des matières qui ne servent à rien et il ne parvient pas à rompre le cordon que tire vers elle sa manipulatrice de mère. Au milieu se trouvent Michael (Jason Bateman) et son fils George Michael (Michael Cera, hilarant), ce dernier étant surprotégé par le père, timide et secrètement amoureux de sa cousine. Les interactions de tout ce petit monde constituent un défi que relèvent les scénaristes de la série avec une délectation visible. Ils sont aidés en cela par l’interprétation unique des acteurs, qui participent également à la réécriture du scénario. Véritable réservoir de talents, Arrested Development a révélé Michael Cera (SuperGrave, Juno) et Jason Bateman (Hancock, Juno aussi), confirmé Jeffrey Tambor (Hellboy) et Portia DeRossi (Nelle dans Ally McBeal) et a surtout permis au génie comique de Tony Hale,  Will Arnett et David Cross de pouvoir s’exprimer sans limites. Les second rôles ne sont également pas en reste. Il serait difficile d’énumérer le nombre de guest qui ont hanté les trois saisons de la série, pour chacun dans des rôles mémorables qui dépassaient la simple apparition, venant enrichir des intrigues déjà bien fournies avec la seule famille : Liza Minnelli en amie / concurrente de Lucille Bluth, Henry Winckler en mauvais avocat, Charlize Theron, Ben Stiller en magicien, Carl Weathers en Carl Weathers, James Lipton en directeur de prison, Heather Graham en prof d’éthique, Thomas Jane en SDF…


EN DIRECT CHEZ LES BLUTH
Une des particularités d’Arrested Development est de faire de sa narration un mécanisme humoristique qui accentue l’impact de la performance des acteurs. Le nombre des décors, même s’il existe des lieux récurrents, n’est pas limité. La réalisation du show fait intervenir deux caméras qui les suivent, leur accordant plus de liberté dans leur jeu. Elle donne l’illusion d’une caméra cachée qui observe continuellement les protagonistes à leur insu. L’inspiration des docu-réalités est très prégnante, ce qui n’est guère étonnant vu que la famille Bluth est célèbre pour ses frasques, perpétuellement couverte par les médias, ce qui fait du spectateur un témoin privilégié de leur décadence. Ce parti pris permet de les suivre en jouant sur le décalage entre les personnages et l’omniscience du spectateur, d’exploiter les blancs et les gènes, de souligner une réaction, un quiproquo (ils en sont friands) ou un élément du cadre qui fait que la scène prend tout son sens. Arrested Development n’insiste jamais sur les gags, il n’y a pas de rires intempestifs, l’humour est très fin car tout est fait pour ne pas être "joué". Les choix de réalisation autant que le montage sont ainsi des éléments déterminants à la réussite d’une scène.

Arrested Development
 

Le seul élément de connivence, le véritable lien avec le spectateur, se trouve en la personne du narrateur, Ron Howard himself. Ses interventions fort à propos font souvent mouche, donnant une information nécessaire à la compréhension de l’intrigue, rappelant un détail évoqué précédemment ou soulignant avec professionnalisme l’élément qui prouve la mauvaise foi d’un personnage. A la fin de chaque épisode, un next week développe les idées les plus improbables issus de l’épisode, idées parfois laissées pour mortes mais souvent reprises pour amener les intrigues encore plus loin dans les segments suivants. Dès la saison #2, Hurwitz installe également le twist comme particularité de narration jusqu’à le systématiser sur la troisième saison. Et il va sans dire que les twists d’Arrested Development auraient de quoi inspirer bon nombre de scénaristes d’Hollywood.


CONTINUED DEVELOPMENT
Le développement d’un large univers au fil des saisons mène très vite la série à une suite de références à sa propre mythologie. Un véritable monde est étalé, on y explore la vie de tous les jours à travers un prisme déformant, souvent vraisemblable mais qui confine à l’absurde. Chez les Bluth une passerelle d’aéroport sert le temps d’un plan à l’évasion d’un taulard, on découvre un syndrome qui n’existe pas dans le dictionnaire, le "never nude", on apprend qu’une marionnette peut être raciste, qu’on pourrait très bien baser une série de vidéos sur le manque d’estime de soi des jeunes femmes, qu’un mauvais père peut utiliser un manchot pour donner une leçon à ses enfants et que même chez les anciens riches, il y a toujours un événement pour prouver qu’on est mieux que sa voisine. L’award de la meilleure situation revenant à une représentation exceptionnelle de Godzilla au milieu de japonais consternés. De nombreux éléments reviennent des épisodes précédents pour attester de la cohérence de cet univers (une chanson, un gimmick…). Chez les Bluth, plus on avance, plus on va loin dans cette absurdité, en étonnant le spectateur habitué aux intrigues balisées et en menant jusqu'au bout les idées les plus extravagantes. Le job de Maebe, l’intégration de Miss Featherbottom (homologue de Mrs Doubtfire campée par Tobias) dans le quotidien de la famille ou la recherche du père de Steve Holt en sont d’excellents exemples. Alors que développées sur un épisode, ces idées auraient pu être sympathique, les mettre en fil rouge accentue leur banalité et décuple les potentiels des situations. Le parcours d’Annyong, jeune coréen adopté par la famille Bluth, sera un des plus remarquables et des plus discrets fils rouges de la série.

Arrested Development
 

Ces références continuelles ne rendent pas Arrested Development hermétique au monde extérieur. La série a conscience du milieu dans lequel elle évolue. On y évoque souvent les médias et divers programmes faisant du beurre sur la célébrité des Bluth : plusieurs épisodes font référence à un docu-fiction risible dans lequel Tobias campe (très mal) le rôle de George Sr., un simili Michael Moore lance un défi à Lucille aux conséquences fâcheuses... Lorsqu’au milieu de sa troisième saison, la situation de la série est au plus mal, les créateurs confondent réalité et fiction, réunissant les clichés de ce que les chaînes demandaient pour faire remonter l'audience : un dîner de soutien de la famille Bluth avec les coups de théatre, la mort d’un personnage et des célébrités. L’univers des Bluth est aussi très marqué par son époque. La série évoque longuement la guerre en Irak, allant jusqu’à se moquer de la psychose américaine (la photo d’armes de destruction massive révèle les parties génitales d’un personnage) et organiser un lien probant entre les maisons fabriquées par Bluth Industry et Saddam Hussein, une intrigue qui se poursuivra sur le long terme. Enfin, Arrested Development a conscience de l’intelligence du spectateur, car chaque caractéristique humoristique de chaque personnage est réexploitée quand la situation s'y prête et il faudra bien plusieurs visions pour dénicher tous les détails soigneusement cachés. L'ensemble est bien sûr à savourer en version originale, sous peine de passer à coté de la plupart des gags et des double sens révélateurs de l'homosexualité larvée de Tobias.

La sitcom la plus innovante et la plus drôle de cette décennie n'aura duré que trois ans, ce qui est déjà une grande victoire compte tenu des difficultés qu'elle a eu à se maintenir à flôt dès sa deuxième saison. Nous pouvons néanmoins nous consoler car un film, qui réunira le casting au complet, est actuellement en production. Avec un peu de chance, il devrait arriver sur nos écrans en 2010.


ARRESTED DEVELOPMENT
Réalisation : Joe Russo, Paul Feiq, Lee Shallat-Chemel...
Scénario : Mitchell Hurwitz, Jim Vallelly, Chck Martin...

Production : Mitchell Hurwitz (showrunner), Ron Howard, Brian Grazer, David Nevins.
Compositeur : David Schwartz
Interprètes : Jason Bateman, Michael Cera, Will Arnett, Portia De Rossi, Tony Hale, David Cross, Jessica Walters, Jeffrey Tambor, Alia Shawkat, Ron Howard, Liza Minelli, Henry Winckler...
Origine : USA 




   

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