Doctor Who 2007

Coincés dans le temps, perdus dans l’espace

Affiche Doctor Who

Durant cette saison 3 de la nouvelle série, le Docteur voyage au temps de Shakespeare et au New-York de la Grande Dépression. Il fait un crochet par New New York, l’année 1913 et même par la fin du monde. Pourtant son esprit de Timelord est ailleurs.


Le départ de Rose a replongé notre sémillant Docteur dans la solitude qu’il traînait depuis la disparition de Gallifrey et des siens. Le moment est donc très bien choisi pour voir réapparaître le spectre du passé en la personne du Maître, un autre Timelord, qui devient ainsi le fil rouge de la saison. Son ombre contrôle un présent qui attend un funeste futur. Durant cette année 2007, le Docteur et Martha, sa nouvelle compagne, sont parallèlement à leurs voyage en état de suspension dans ce présent sur une durée de trois jours (Apparition de Martha/ Election d’Harold Saxon) sans se rendre compte que l’ombre guette, jusqu’au moment fatal où ils se retrouveront eux-même coincés dans notre époque. Une manière de faire le point sur un Docteur qui a du mal à garder le contrôle. Coincé. C’est aussi la position du Docteur Lazarus, vieux savant prêt à devenir un monstre pour éviter la mort (3.06), de tous ces automobilistes de New-New York (3.03), d’un chef Dalek prêt à conduire sa race vers l’hybridation avec des humains pour éviter son extinction (3.04/05), celle de victimes d’anges en pierre dispersés aux quatre coins du temps (3.10) et condamnés à vivre loin des leurs. Mais c'est aussi la position du Maître (3.11) et du Docteur lui-même.

L’espace de deux épisodes, par le biais du Chameleon Arc, le Docteur devient John Smith, un être humain professeur d’une école militaire en 1913 (3.08/09). Poursuivi par une famille d’E.T dématérialisée, il fait en sorte d’oublier qui il est. Il connaît l’amour avec une infirmière et il commence à voir ce Docteur qui hante ses rêves comme la plupart des hommes le voient : un être puissant et solitaire inspirant la crainte. John Smith est pleutre et faillible. Il refuse dans un premier temps de laisser tomber sa vie d’humain pour redevenir un Timelord. Il y’a tant d’expériences champêtres et familiales qu’il pourrait encore vivre avec les siens, coincé dans son petit monde et dans son époque. Ce John Smith pourrait bien exprimer l’inconscient du Docteur de cette saison 3, solitaire, plus suicidaire et plus torturé qu’il n’a pu l’être en deux saisons. Le Docteur ne voudrait-il pas coincer le Timelord dans une montre pour pouvoir vivre parmi les hommes ? Ce double épisode brillant et poétique signé Paul Cornell se conclura par un final à la hauteur de la légende et une renaissance bienheureuse du héros. Mais pour voir cela, il faudra passer une début de saison très contrasté. En dépit d'idées originales disséminés ça et là et de reconstitutions élégantes, les épisodes semblent désincarnés quand ils ne sont pas des "copiés/collés" de films fantastique et de SF sans réelle valeur Whosienne ajoutée. Le meilleur exemple de ce creux est un épisode dans l'espace, mix improbable entre Sunshine et Jason X ou rien ne décolle vraiment (3.07).

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SI VOUS CLIGNEZ DES YEUX, VOUS ÊTES MORTS
C’est souvent au milieu du tumulte et de l’incertitude que naissent les perles (on se souvient de "Hush" dans la saison 4 de Buffy Contre Les Vampires), l'épisode Blink (3.10) présente une des meilleures histoires de la série, et de toutes séries fantastiques confondues, admirablement mise en scène et interprété par une héroïne comme on aimerait en voir plus souvent. Sally Sparrow et Kathy Nightingale y visitent un manoir où le nom de Sally est inscrit sur les murs. Quelqu’un sonne à la porte. Sally va répondre et Kathy disparaît subitement…en 1920. Pendant ce temps, le visiteur transmet à Sally une lettre de Kathy qui raconte qu’elle est morte il y’a vingt ans et qu’elle a vécu une longue vie heureuse, puis il se présente comme le petit fils de Kathy. Pas complètement remise, Sally rend visite au frère de Kathy, Larry, vendeur dans une boutique de DVD. Sur un écran, elle voit le Docteur qui tient un étrange monologue. Larry lui explique que ce monologue est un "œuf de Pâques" présent dans dix sept DVD différents. Ils devront bientôt faire face à la mystérieuse menace qui a happé la vie de Kathy : des statuts d’ange de pierre présentes dans le manoir.
Des êtres d’un autre monde qui ne peuvent pas être vus en mouvement car ils se figent dès que quelqu’un les regarde, puis se déplacent quand la personne tourne la tête ou cligne des yeux pour la rayer définitivement du présent. Ils se nourrissent ainsi de l’énergie potentielle des moments que leur victime ne vivra pas dans le présent. Blink est un véritable jeu de piste entre les époques. La clé du TARDIS est dans le manoir et le TARDIS parmi les objets trouvés de la police. Martha et le Doc ont été envoyés par les anges en 1960 . Le Doc prend contact avec Sally grâce aux œuf de Pâques placés quelques années auparavant dans les DVD de sa future collection, qui représentent eux-même des morceaux d’une conversation qu’ils n’ont pas encore eue. Tout ça pourrait vite devenir casse tête mais le scénario est tellement malin qu’on ne s’y perd jamais. On se laisse emporter dans ce jeu de piste qui réserve autant de surprises que d'angoisses jusqu’à sa dernière minute. Au final, l'épisode se passe presque de Martha et du Docteur, jonglant habilement avec le temps et déconstruisant totalement l’idée de celui-ci comme une continuité logique. On se retrouve dans un gros bordel temporel qui échappe au contrôle de tous. Déjà auteur d’un des meilleurs épisodes de la saison 2, The Girl In The Fireplace, monsieur Moffat peut se targuer d’avoir pondu un nouveau chef-d’œuvre.

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VOTEZ SAXON !
Le gros bouleversement temporel de la saison mènera inexorablement le Doc et sa compagne à l’élection du Maître dans le présent, mais il faudra d’abord passer par la fin des temps pour savoir comment tout a commencé (!), le temps de réintroduire le Capitaine Jack et de rencontrer l’ennemi, lui aussi caché dans une montre (3.11). L’inéluctable futur conduira à l’inéluctable présent. L’élection d'Harold Saxon, aka le Maître, aux fonctions de premier ministre de Grande-Bretagne n’était pourtant que le point final d’une intense et minutieuse préparation. Appropriation d’un réseau de télécommunication, conditionnement des foules par un message subliminal et transformation du TARDIS en gigantesque machine à paradoxe temporel (pour soutenir le twist). Le premier épisode du dyptique final pointe avec un manque de retenu jouissif la manière dont le destin du monde peut-être modifié par un vote malencontreux pour un irresponsable. Il montre aussi à quel point l’électorat peut être malléable, conditionné par des éléments qui passent à l’as la compétence et les propositions d’un candidat. Le Maître enfonce le clou en utilisant les peurs liées aux dernières invasions d’E.T et sourit en toute occasion, jetant dès son élection une note de cynisme enlevé en raillant la versatilité des opportunistes qui l’ont rejoint alors que le vent tournait (bande d’amateurs !). En somme, le digest du parfait politicien contemporain, mais surtout un appel à la responsibilité citoyenne dans une Angleterre troublée par les choix malheureux d’anciens dirigeants en matière de politique internationale. Le Maître demeure le plat de résistance de ce final, et sa confrontation avec le Docteur est savoureuse, même si elle ne dure pas très longtemps.  Celui-ci représente l’opposé du voyageur, mais ils sont les deux faces d’une même pièce. Celui qui est devenu humain pour fuir les Timelord contre celui qui l’a fait pour épargner ses ennemis, celui qui veut reconstruire Gallifrey contre celui qui défend notre Histoire (malgré les descriptions "gondoriennes" qu’il donne de sa défunte planète), celui qui pense qu’une pensée synchronisée par tout les hommes peut être décisive contre l’âme diabolique qui considère les Télétubbies et leur téléviseur intégré comme une phase charnière de l’Evolution.

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MARTHA JONES, APPRENTIE DOCTEUR
C’est une habitude bien anglaise de compenser une compagne par une autre. Déja John Steed dans Chapeau Melon Et Bottes De Cuir en avait eu sa part (et pas des moindres). Le Docteur mettra pourtant longtemps à considérer Martha Jones comme autre chose qu’une simple touriste. Puis il lui donnera progressivement le téléphone, la clé et le contrôle du TARDIS et celui de sa propre vie lorsqu’il sera dans la peau de John Smith. Martha est amoureuse du Docteur, et c’est en grande partie pour ça qu’elle le suit. A l’origine étudiante en médecine, elle devient l’élève douée, l’assistante qui doit passer par une série de tests pour obtenir la confiance, la reconnaissance de son professeur avant de faire elle-même ses preuves. L’heure de l’examen sera son affrontement avec le Maître (3.12/13) quand de retour dans son époque, elle se retrouve dans une situation où les siens et son monde sont menacés. Dans les derniers épisodes de la saison, Russell T.Davies a boosté le potentiel du personnage par l’importance que lui accordent successivement le Docteur, le capitaine Jack et le maître, par le traitement de sa famille et surtout par sa place au sein de la Résistance. Cette flambée ne serait-elle pas une ultime perche tendue à un personnage qui n’arrive pas à se hisser à la hauteur du show et pour qui une grande partie des épisodes de la saison ont dû être mis à niveau ? La fin du premier épisode du dyptique se veut épique avec grande musique et promesses à l’appui. L’ellipse d’un an au début du second et la neutralisation apparente du Docteur évaluent le coté désespéré de sa mission. Martha Jones est devenue un nom parmi les combattants, mais on a toujours du mal à comprendre pourquoi le maître lui accorde autant d’importance (il en va de même pour ses parents et sa sœur). A travers ce dernier, les scénaristes feront référence à l’inutilité de cette compagne par rapport à Rose qui avait absorbé le vortex du TARDIS en son temps. Martha aura tout de même droit à la conclusion victorieuse qui donnera une place à son personnage au sein de l'univers de la série. Son rôle est finalement celui d'un lien avec humanité, de l’étincelle qui fera s’enflammer un brasier qui libérera un Docteur coincé dans un vieillissement accéléré, avant de retourner chez les siens en loupant au passage sa dernière scène.

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Dans cette saison, le questionnement ontologique et l’expérience humaine ont court-circuité le voyage et l’ailleurs. La relation fusionnelle a laissé place au décalage entre le Docteur et sa compagne. Il est donc normal de se retrouver avec une héroïne contrant la nature aventureuse de Rose. Martha n’est pas faite pour voir sa vie bouleversée par un Timelord, elle rejoindra les siens après avoir exposé ses motivations très terre à terre dans son discours final. Chacun des trois comparses retrouvera d’ailleurs sa maison, enrichi par des réponses ou une expérience vécue dans cette année partie en fumée (un peu à la Donnie Darko) : Martha retrouve sa famille réunie, Le Docteur son Tardis et le Capitaine Jack la médiocrité de Torchwood. Ce dernier épisode est finalement très bon, rempli d’idées cocasses et littéralement investi par John Simm, mais il manque à tout ça une partie de la magie du show. On reste néanmoins avec une saison supérieure à la plupart des séries du moment, en grande partie grâce à un sursaut d’efficacité dans la deuxième partie.

Mais la transition est finie et la renaissance du Docteur fait qu’on est en droit d’attendre bien mieux pour l’année suivante : Au programme du crû 2008 une chanteuse australienne dans le Titanic, un ride avec Donna Noble, la mariée de l’épisode de noël de 2006, le retour de Martha Jones (rétrogradée dans Torchwood dans le but inavoué d’améliorer le capital sympathie de l’équipe), et puis enfin la promesse d’un comeback de Rose dans un bouquet final détonnant. Une manière de fêter dignement la dernière vraie saison de Russell T. Davies et Julie Gardner à la production du show et de David Tennant dans le rôle-titre. Cette année 2009, la dernière avant le passage du relais au génial Steven Moffat et au futur nouveau Docteur, le jeune Matt Smith (c’est officiel !), ne produira en effet que quatre épisodes sous le format d'une heure. L’attente va être rude.


DOCTOR WHO - SEASON 3
Scénario: Russell T.Davies, Steven Moffat, Paul Cornell, Gareth Roberts, Helen Raynor, Stephen Greenhorn, Chris Chibnall
Réalisation : Euros Lyn, Charles Palmer, Richard Clarke, James Strong, Hettie McDonald, Graeme Harper, Colin Teague
Producteurs: Russell T. Davies, Julie Gardner, Phil Collinson
Compositeur : Murray Gold
Interprètes: David Tennant, Freema Agyeman, John Barrowman, John Simm, Derek Jacobi...
Origine: Royaume-Uni




   

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