Edito

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Sur Ecoute - Saison 1 Suggérer par mail
Série TV par Simidor le 18 juillet 2008

Baltimore confidential

Affiche Sur Ecoute
David Simon est un ancien reporter ayant travaillé au Baltimore Sun, puis il s’est consacré à un livre suivant pendant un an les enquêteurs de Baltimore, Homicide : A Year In The Killing Street. Du succès de ce livre est née la série Homicide, produite par Barry Levinson et Tom Fontana (Oz) : une plongée de six saisons au cœur de la vie de ces flics, et ce qui reste la meilleure série du genre des années 90.

Simon sera ensuite bien plus impliqué dans The Corner, une mini-série coécrite avec Ed Burns et qui tourne son point de vue vers les ghettos de Baltimore. Sur Ecoute, leur création la plus récente, est tout à la fois et même bien plus. Elle ne pouvait se dérouler qu’à Baltimore, cité moderne et terne, malade des retombées sociales et économiques de l’ère industrielle.

Tout commence à un procès pour meurtre. L’accusé, D'Angelo Barksdale, est le neveu de caïd local. Le juge remarque la pression qu’exercent plusieurs personnes sur les témoins. Il en parle au détective McNulty, et celui-ci lui révèle la main mise de Barksdale et de son second Stringer Bell dans le business de la drogue. Le juge en avertit les hauts lieux, qui en réfèrent aux services de police. Mais Avon Barksdale n’est connu de personne et si l’affaire doit être résolue, elle nécessite peu d’investissement. McNulty se fait remonter les bretelles et il est intégré dans la division spéciale du lieutenant Daniels, composée de flics des stup’ et de la crim' chargés de faire tomber Barksdale et son réseau. L’équipe, complétée des derniers déchets de la police, est transférée dans des locaux insalubres, un placard honteux qui ne les empêchera pourtant pas de mettre à jour quelque chose de bien plus ambitieux.


Sur la forme, on est aussi loin de la caméra à l’épaule prisée par Friedkin (et réutilisée jusqu’à la corde pour The Shield) que des faux raccord toniques de Homicide. Sur Ecoute pose une histoire et la conte, elle ne suit pas l’action mais la précède, évitant les effets qui pourraient doper le ressenti pour se concentrer sur l’histoire et la prestation des acteurs. Ainsi les treize épisodes de la première saison définissent une intrigue, et ils suivent la ligne vers l’inéluctable conclusion, en passant par l’exposition, le développement et le climax, comme le ferait un roman. Le style de HBO qui produit et diffuse la série y est particulièrement reconnaissable. Il correspond parfaitement à cette volonté d’organiser une série par chapitre au sein d’une œuvre globale. Il aide par ailleurs Simon et de Burns à mieux placer sur le fond leur intention documentaire, notamment en explorant en temps réel les difficultés des enquêteurs dans la mise en route de telle procédure (un épisode entier pour pouvoir légalement installer une écoute, sans toutefois ralentir le récit).
Sur Ecoute est lent à démarrer, mais le jeu en vaut la chandelle car même dans les passages les plus insignifiants, rien n’est gratuit.
Le rythme consommé de la narration permet de préparer au climax en plus de présenter un nombre impressionnant de personnages qui auront aussi leur place dans les saisons suivantes et de s'immerger dans les affaires, au même titre que les flics de cette brigade que le hasard et beaucoup de mauvaise volonté politique a réunis.


Sur Ecoute

Car ici, l'immersion est le maître mot. Les créateurs de Sur Ecoute exploitent leur format télévisuel en créant une familiarité entre le spectateur et les "surveillés" basée sur la répétition du quotidien. Au départ incrédule face au quotidien du Westside et de ses petits dealers à la solde d'Avon Barksdale, on finit peu à peu par retenir des noms, puis à s'acclimater. Ainsi Simon et Burns réussissent à nous rendre proches de ces personnages, gagnant le premier pari d’accepter avant de comprendre.
Sur Ecoute est aussi claustrophobique. Les lieux sont circonscrits, peu nombreux, la photo n'est guère chaleureuse et le jeu des acteurs est d’un réalisme surprenant.

Les épisodes d’exposition nous aident à intégrer cette notion de claustration qu’exprime D'Angelo lorsqu'il est entendu par les protagonistes dans le dernier épisode de cette première saison. Et on ne ratera pas une occasion de la souligner, que ce soit dans la scène d’ouverture de la série, à travers l’indic’ Bubbs en lutte pour sa désintox, le cas de conscience du jeune Wallace, qui deale dans les pavillons ou bien le retournement final, aussi inéluctable qu’amer : l’homme est coincé et il se débat contre le piège du quotidien, la pression du groupe, de la famille et du "jeu", comme ceux qui y sont coincés se plaisent à l'appeler. Tout ce qui fait que la personne n’est plus vraiment maître de ses choix, et que ceux-ci peuvent entraîner des conséquences encore moins maîtrisables.
Au fil des épisodes, le travail des scénaristes devient presque invisible, suivant l’évolution du quartier au gré du quotidien. Ils nous tendent des perches mais n'hésitent pas à ouvrir des intrigues ou de partir à l'opposé, laissant des lignes narratives comme autant de matériel potentiel pour la suite. Malgré cette inéluctabilité qui drape le destin de ses personnages, cette saison est pourtant imprévisible et laisse ses personnages exister. Beaucoup tentent de vivre en dehors de ces espaces claniques dans lesquels ils sont nés et ont été circonscrits, mais ce n'est pas simple. D’autant moins simple que les point de vue et les schémas de pensée sont différents à l’extérieur du clan. Dès lors, les écoutes ne sont qu'une astuce narrative qui permet de toucher au plus près à ce monde, encore plus près que les flics eux-mêmes. En vérité, le spectateur en sait toujours plus sur l’objet de l’enquête que les hommes de Daniels, ce qui permet d’anticiper les clashs et de maintenir un suspens habile sur les confrontations entre personnages.
Ces écoutes n’en demeurent pas moins un gage de vérité, encore bien plus probant qu’un témoignage humain, une trace objective des événements dans un monde ou on reconstruit l'Histoire et ou la vérité est souvent travestie ou dissimulée pour d'autres intérêts, parfois par la police elle-même.
Le jeu se poursuit au delà des dealers, et "la piste de l'argent" suit la piste de la drogue. On pourrait même dire la piste de l'ambition et du pouvoir.
Sur Ecoute se pose d’emblée comme la série la plus fidèle aux écrits de James Ellroy en ce qu'elle se plaît à exposer les tenants et les aboutissants d’un système : "The Big Picture", comme on pourrait dire. Et cette image, comme le présente l'auteur du quatuor de L.A. n'est pas glorieuse. La mise à jour minutieuse des faits se heurte à plusieurs reprises à la politique, aux chaînons de commandements, aux ambitions de ceux qui sont plus bas ou aux intérêts personnels des plus hauts placés. Dès le départ, au sein des forces de police, on nous présente pléthore de personnages qui sont définis principalement par leur grade. Cette hiérarchie institutionnelle renvoie ouvertement aux chaînons de commandement de la grande entreprise de Barksdale. L’analogie est même appuyée par le montage qui va jusqu’à accoler des situations similaires se déroulant dans les deux camps. Le lieutenant Daniels en charge de l’unité, au départ partie intégrante de cet autre jeu, devient une sorte de Ed Exley, un fin stratège qui prend goût à la vérité et à la constitution de cet incroyable dossier. Mais il n'y aura pas de Dudley Smith, une nemesis qui cristallise à elle seule toute la corruption. La comparaison avec Ellroy s'arrête donc ici, d'autant plus justement que dans Sur Ecoute, rien n’est romancé. La nemesis est le système dans lequel évoluent ces détectives, et on ne peut l’écraser seul.
Cette saison illustre ainsi avec finesse et intelligence le thème inusable de l’Homme contre la Machine. Dans cette lutte, nul n’est parfait et chacun peut contribuer à faire capoter l'enquête. Il n'y a malheureusement pas d'indépendance totale, pas d’omniscience pour les personnages et la responsabilité comme le sens moral se conservent au prix de nombreux sacrifices, que ce soit pour ses proches ou pour soi-même. McNulty a beau être suffisamment solitaire et perturbé pour être indifférent aux pressions extérieures, son attitude ne sera pas sans conséquences pour sa famille ou ses collègues. Un minimum de liberté et d’intégrité ne peut pas se faire sans un minimum de bouteille et pas mal de débrouillardise.

Sur Ecoute

Au terme de ce voyage, il y’a beaucoup de questions, pas vraiment de réponses et au fond une profonde amertume de ne pas pouvoir tout contrôler, de se retrouver comme un pion au milieu de tous ces intérêts convergents qui n’ont qu’une idée en tête : faire fonctionner le "jeu".
Le récit est également contextualisé à un niveau plus grand. On nous dépeint de manière très juste les préoccupations des Etats-Unis suite aux attentats du 11 septembre. Le FBI se voit imposé des directives qui placent au second plan la politique intérieur et la lutte contre la criminalité dans ses propres murs au profit des politiques anti-terroristes. Ce qui aura effectivement un impact sur l’enquête principale.

Les personnages se dévoileront au fur et à mesure dans leurs réactions envers ces institutions et certains répondront à d'autres. Difficile de ne pas voir en McNulty ce qu'était son collègue avant d'être muté dans l'endroit qu'il déteste le plus ou bien en Carver la triste prophétie du destin de Daniels. Le temps et les gens évoluent, mais les règles et les punitions restent les mêmes. Un peu de lumière réside néanmoins dans la rédemption des anciens et étonnamment dans le personnage de Greggs, le seul qui soit porteur d’une lueur d’espoir (au point que ce qui lui arrive en milieu de saison force encore plus à l'implication).

Poussés par l’évolution de l’enquête, Prez passe également du rôle de petit con à la gâchette facile à celui d'habile détective. Il devient aussi l'âme de ces vieux bureaux et c'est lui qui les quittera en dernier dans une scène bien émouvante. Tous ces personnages montrent peu à peu des facettes qui les rendent uniques, sans être pour autant simplistes ou manichéens. De l'autre coté, la même absence de manichéisme se révèle dans le parcours de la copine de D'Angelo ou celui d'Omar, étrange personnage qui semble n'obéir qu'à sa propre loi et qui est fortement à guetter pour la suite.
Les qualités d'écriture de ce chapitre d'introduction ne sont réellement flagrantes qu'en moitié de chemin, mais elles ne se démentissent pas par la suite. On se retrouve littéralement happé par les cinq derniers épisodes de la saison et la suivante est encore plus passionnante. Ce léger effort n’a pourtant pas été du goût de tous car la série, qui a été diffusée sur Canal Jimmy, fut retirée de l’antenne faute d’audience. On pourra néanmoins se rabattre sur les coffrets DVD français, pour l’instant trois saisons d’une série qui en comprend désormais cinq et qui gagnerait à remplacer nos cours de sociologie.

The Wire
Réalisation :  Joe Chapelle, Ernest R. Dickerson, Daniel Attias…
Scénario : David Simon, Ed Burns, Chris Collins…
Production : Bruno Heller, Todd London, Eleanor Moran
Producteurs exécutifs : Bruno Heller, John Milius, William J. MacDonald, Frank Doelger, Anne Thomopoulos
Compositeur : Jeff Beal
Interprètes : Dominic West, John Doman, Wendell Pierce, Lance Reddick, Deirdre Lovejoy, Sonja Sohn, Domenick Lombardozzi, Clarke Petters…
Origine : USA














 1 Posté par Mr Prezbo le 18 juillet 2008 à 10:15

On l'a attendu votre article sur The Wire mais on l'a eu! :)  
Et ça fait vraiment plaisir d'autant que c'est certainement la meilleure analyse que j'ai pu lire sur la série (en français tout du moins), un putain de monument télévisuel qui révolutionne la narration de ce média. Oui, je suis très enthousiaste mais attendez de voir le show dans son intégralité et de constater la cohérence absolu de cette univers, c'est bluffant.  
C'est la naissance d'un monde, sa mort puis sa renaissance. 
J'ai envie d'appeller ça de la science-fiction naturaliste tiens!  
 
(Puis sinon, vu que c'est un peu le bordel dans l'épicerie d'à côté, ça fait plaisir de vous avoir Madame l'Ouvreuse ;) )
 2 Posté par macfly le 18 juillet 2008 à 11:20 | website

L'épicerie d'à côté dégage comme des relents d'oeufs pourris, vous trouvez pas ? 
 
Et il voudra combien de tomates fraiches du jardin ?
 3 Posté par Bayeur le 18 juillet 2008 à 12:44

Oui non mais alors là, vu que c'est l'heure des réformes, serait-il possible que notre cher Président Bruni nous fasse passer à la journée de 48 heures, parce que de ma vie je n'aurai jamais le temps de voir toutes vos séries géniales là. 
 
ça devient du sport, en fait.
 4 Posté par Riddick le 18 juillet 2008 à 15:30

C'est Goldfrapp qui va etre content depuis qu'il demande une analyse sur l'ouvreuse
 5 Posté par L'ouvreuse le 18 juillet 2008 à 16:23

C'est vrai. Il faudra qu'il fasse un gros poutou à Simidor alors.
 6 Posté par Sven le 18 juillet 2008 à 16:42

The Wire est même recommandé par Alan Moore, qui la décrit comme ceci : "It's the most stunning piece of television that has ever come out of America, possibly the most stunning piece of television full-stop." 
 
Si c'est pas argument ça... J'ai les 5 saisons en ma possession, j'ai hâte de m'y mettre. :zzz
 7 Posté par Gomldfrapmpm le 18 juillet 2008 à 21:30

Mais mec tu es aller au-delà de mes fantasmes les plus fous! 
Simidor je t' aime. 
 
Merci mec, merci l' ouvreuse et merci la vie. 
 
PS;Bon Riddick c' est quand tu veus :(
 8 Posté par simidor le 18 juillet 2008 à 21:42

Ben merci à vous tous, et de rien Goldfrapp. 
La saison 2 étant encore plus incroyable et dense que la première, possible qu'il y'ait un deuxième article. 
Et Alan Moore a bien raison (comme souvent).
 9 Posté par Vendie le 19 juillet 2008 à 02:40

Et en plus, tu parviens à nous placer un "clanique". Respect, mec. Respect. 8)  
 
(sérieux, ça donne envie)
 10 Posté par Banchiviste le 19 juillet 2008 à 16:54 | website

Il y a une interview (un peu courte) de David Simon dans le dernier numéro (34) de La Gazette des scénaristes. 
Il y cause de Generation Kill ainsi que de son futur projet qui se passe dans la Nouvelle Orléans post-Katrina.
 11 Posté par belou le 22 juillet 2008 à 11:51 | website

Et je voudrai rajouter à cela l'effet étrange que ça m'a fait de regarder the wire. Je n'ai pas pu regarder d'autre série pendant bien deux mois ensuite, celles ci me paraissant fades, enfantiles, mal filmées, mal jouées. 
 
Que dis-je deux mois, pendant quatre, la seule que j'ai pu apprécier c'est How I Met Your Mother. 
 
Pas réussi à voir la saison 6 de the shield, le contexte me semblait faux, grossier, des enquetes qui se finissent en une journée, des réseaux démantelés en quelques temps, tous me semblait vulgaire pour mon intelligence d'une enquete de police. 
 
The Wire, série ultime, faites attention.
 12 Posté par Goldrapp le 22 juillet 2008 à 14:43

Je n' osais pas le dire (en fait je l' est peut etre trop dit "emoticone qui rougit") mais c' est vrai que sorti de la cinquiéme et derniere saison de se monument, j' ai repris the shield là ou je l' avais arreté il y a de cela presque trois ans (au niveau de la fin de la deuxieme). 
Me suis arreter au 4é ep de la troisieme, c' etait juste plus possible. 
Pourtant j' etais putain d' accro, mais naturelement et sans aucune mauvaise foi, la serie me parut terne et les persos genre la flic noir dessiné au pistolet à peinture (la grogniasse arriviste mais qui boss bien quand meme....subtile), je ne parle meme pas de Vic qui passe surtout pour un samaritain qui s' incruste dans toutes les histoires en gérant super bien ces magouilles (son coté Jack Bauer). 
Apres on m' a dit que la troisieme etait la plus mauvaise mais bon rien que le dernier ep de la 2é saison avec l' ex mari de la flic qui est tué avec ca fille qui ressurgit... bah c est vrai qu' apres the wire ca passe pas trés bien. 
Alors on va evité en plus de parler des policiers des networks genre CSI vu que The Wire le fait à notre place (" Look at you Bubs, going all CSI and shit") mais quand meme le format d' episodes de quarante minutes avec coupure pube et resolution a la fin c' est trop frenetique! j' ai l' impression qu' on me fout un entonnoir dans la gueule et qu' on me bourre avec leur intrigue. 
Sans rentré dans le debat de la perception du publique de ce qu' est la justice a travers de tel programmes (" CSI killed us, man. Now every jury ask us where are the fibers. " )

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