Entretien - Nanarland

Les Z à la débauche

Affiche Nanarland

Les bières sont tièdes, les paquets de chips vides s’accumulent près des jaquettes criardes, visuels croquignolettes de précieuses VHS poussiéreuses ou de triviaux DVD à deux Euros. L’extinction d’un éclat de rire marque la fin de cette énième "ultimate experience" entre quêteurs nanarophiles du Graal.


Mattei, Wiseau, D’Amato et Pallardy ont une nouvelle fois été célébrés entre amusement, énervement et émerveillement. La semaine prochaine on déversera sa verve salée sur du Neil Breed qui déride, du slash qui fait splash, du boulard barbare voire du bis turque qui fout la trique. A n’en pas douter, le nanar est plus qu’une déviance fétichiste "pour amateurs du genre" (air connu) ou un phénomène culturel pré-adolescent : c’est une philosophie de vie subversive. Pierre Bourdieu ne disait-il pas : "le nanar est un sport de combat" ?

C’est de cela - et de bien d’autres choses - dont parle Nanarland : le livre des mauvais films sympathiques, extension monographique très classieuse éditée par le Label 619 du fameux site populaire. Esthétiquement parlant, l’objet, péchu en diable, rappelle le Rockyrama Ultimate VidéoClub de l’an dernier. Niveau historiographie de la cinéphilie, humour bon enfant et érudition passionnée, on pressent l’influence indéniable de Jean-Pierre Putters.
Il était alors nécessaire de s’épancher sur "le versant cauchemardesque de l’usine à rêves" aux côtés de François Cau, journaliste pour So Film, coordinateur/plume de cette Bible pour fins gourmets et rédacteur depuis près de quinze ans au sein de Nanarland.com.



L’actualité éditoriale est cohérente : en parcourant les librairies on trouve les trois membres d’une même famille : le second tome de Midi-Minuit Fantastique, Le Brady, cinéma des damnés et le bouquin Nanarland se rejoignent sur une même idée, la transmission culturelle d’une certaine histoire de la cinéphilie.

Je suis content que le rapprochement soit fait. Ces trois ouvrages sont complémentaires et je suis ravi que les gens nous incluent là-dedans.

Ze Craignos MonstersEn terme d’écriture, Nanarland : le livre des mauvais films sympathiques est beaucoup plus proche de la plume d’un Robert Paimboeuf (Starfix) ou d’un JPP (et plus précisément de ses Craignos Monsters) que des bouquins de François Forestier. D’ailleurs, le chapitre "Créatures de rêves" appuie cette filiation avec Ze Craignos Monsters !

Le clin d’œil est évident ! Le chapitre dont tu parles aurait pu s’appeler "Craignos Monsters" d’ailleurs. C’est un ouvrage qui a marqué toute une génération de cinéphiles et particulièrement la nôtre. Sur l’approche en elle-même, il y avait dans les Craignos Monsters ce côté érudit (derrière la déconne) qu’on essaie de se réapproprier à notre façon. On reconnaît que c’est quelque chose d’important dans notre parcours de cinéphile.

JPP fouillait les tiroirs et consacrait des pages entières à Al Adamson, Bruno Mattei, Andy Milligan, Charles Band : on les retrouve tous sur Nanarland. Plus généralement, l’intention derrière le Mad Movies des 80's était d’interroger les hommes de l’ombre, les maquilleurs en priorité. En parcourant le site, avec ces entretiens de ninjas, de producteurs voire de doubleurs, j’ai l’impression qu’au cœur de Nanarland il y a cette même volonté d’archiviste ?

En fait, on a le problème opposé de Jean-Pierre Putters : on a Internet. A son époque la notion d’archiviste était encore plus nette. Avec Internet, faire des notules de films à travers lesquelles on recopie la fiche Wikipédia n’a pas trop d’intérêt, ni pour le lecteur ni pour nous. Au fil de l’évolution de Narnarland, on est effectivement passé de la pizza/bières à quelque chose de plus profond. A la base, l’interview c’est un jeu pour retrouver tous ces gens-là... Quand tu as quelqu’un qui s’appelle Stuart Smith à interviewer (figure mythique du cinéma de Godfrey Ho, ndlr), c’est une belle gageure que je te laisse imaginer. (rires) Ensuite, il y a le besoin essentiel de savoir ce qu'il s’est passé. Quand tu découvres Jaguar Force, tu te demandes : "Ils ont craqué ?!". Puis tu comprends que ce sont les doubleurs qui sont en partie responsables, et c’est une vraie découverte. Après, les rencontres sont toujours délicates. A partir du moment où tu dis que c’est un mauvais film, beaucoup le prennent mal. On a eu des soucis de communication avec Jean-Marie Pallardy, la première prise de contact était violente.



White Fire est un film fascinant, fabuleux, quelqu’un essaierait de refaire ça, il n’y arriverait pas. Quelque part ça touche à une forme de génie. Même en étant un escroc flamboyant, Pallardy croyait quand même en ce qu’il faisait, même si ce n’est ni Sergio Leone ni Orson Welles. Et quand il y a des grigous comme nous qui débarquent en disant "Hey, regardez, il fait de la merde !", évidemment ça l’énerve. Mais on est parvenu à lui faire comprendre qu’on avait évolué à ce niveau-là, par rapport au commencement du site, qu’on n'était pas dans une démarche malicieuse, qu’on n'irait pas le faire tourner en bourrique. A partir de là, ça se passe bien.

White Fire

Puisqu’on parle d’interviews, j’imagine que chaque nanardeur a un fantasme secret. Par exemple, l’idée de rencontrer Patrick Sébastien pour revenir sur la genèse et le tournage de T’aime est-elle toujours d’actualité ?

Houlà, je n’ai pas encore vu T’aime ! Et je t’avoue, j’y vais plutôt à reculons (rire), ça me fait un peu peur. C’est chaud. T’aime, Patrick Sébastien, tout ça, c’est quand même particulier. A titre personnel, pour ce qui est des interviews je pencherais plus vers Tommy Wiseau, qui en public est tout à fait dans ce qu’on est en droit d’attendre de Tommy Wiseau. Il assure le service après-vente tout en se plaçant un peu au-dessus.

Tu cites Tommy Wiseau qui a fait son beurre avec une démarche assez désabusée. Dans le livre, des films comme Birdemic II ou Turkish Star Wars II sont désignés comme des projets cyniques car auto-parodiques. Ces œuvres respirent la conscience du nanar alors que les grands nanars comme Eaux Sauvages ou Ninja Terminator, les "figures totémiques" pour reprendre l’expression du bouquin, sont avant tout des produits de l’inconscient. La dérision autocentrée de Wiseau n’est-elle donc pas l’antithèse du nanar ?

Wiseau, c’est quand même un cinéma différent de Birdemic II ou de Turkish Star Wars II. Il est en marge. Par rapport aux films que tu cites, je parlerai plus de James Nguyen, le réalisateur des Birdemic. Avec Birdemic II, il atteint un haut level d’incompétence, il essaie de faire du second degré, il n’y arrive pas, ça donne du troisième degré, et quand il essaie de faire de l’humour ça donne du quatrième degré !



En fait, ce sont surtout les gars de SciFi et de The Asylum, et ceux qui les valident, qui tuent le nanar et l’intérêt artistique qu’on peut y trouver. Tommy Wiseau capitalise sur le succès de The Room en participant aux séances de minuit et en vendant des produits dérivés. A côté de ça, c’est curieux de le voir être réapproprié dans une optique rigolarde en compagnie de Tim et Eric (les seuls à l’avoir compris artistiquement) ou les gars qui ont fait une émission de jeux vidéo avec lui. Mais le mec est tellement bizarre, étrange et hors du temps... C’est ce qui le rend assez fascinant. Quand Greg Sestero écrit The Disaster Artist (roman publié en 2013 revenant sur le tournage de The Room. Seth Rogen et James Franco planchent encore sur son adaptation, ndlr), tu sens qu'il a cherché tout un agencement dramatique et des formules ironiques bien senties en se moquant de Wiseau d’une manière un peu facile, mais malgré ça Wiseau reste un mec indomptable. Récemment il a fait une sitcom très étrange, The Neighbors, qui n’est rien de moins qu’une espèce de "Friends par Tommy Wiseau" ! J’ai vu le pilote, c’est limite irregardable car il essaie de faire de l’humour !

Tu me tends une perche en parlant de Tim et Eric. Je trouve que The Tim And Eric Awesome Show est l’emblème - ravagé - d’une époque. Celle du second degré généralisé en tant que premier degré de lecture. Montages kitschos, interprétations douteuses, débilité outrancière, nullité affirmée, les sketchs de Tim et Eric symbolisent toute une production audiovisuelle popularisée où le "nul" vrille à la Grâce. Dans ce contexte qui est aussi celui de Sharktopus et compagnie, le terme "nanar" a-t-il encore un sens ?

Ce qui m’intéresse surtout avec le Tim And Eric Awesome Show est cette aura d’étrangeté. Je ne conteste pas les termes que tu emploies, mais là il y a un côté carrément lynchien, même si le terme est un peu tarte à la crème. Je pense avoir déjà fait des cauchemars qui ressemblaient à ça. Voici la raison pour laquelle ces mecs sont parvenus à réutiliser Tommy Wiseau hors The Room, dans un cadre qui n’est pas le sien, avec quelque chose qui ne ressemble à rien d’autre.



Pour répondre à ta question, le problème avec le cinéma contemporain est cette volonté de tout faire rentrer dans des cases. Le nanar passe par ce schéma-là, qui est universel par défaut (tous genres, toute époque, tous pays confondus) mais il suffit d’un simple élément qui dévie des repères esthétiques que nous avons en tant que spectateurs pour que l’on puisse alors parler de nanar. Le concept du nanar est donc trop large pour rentrer dans des cases. Or, le travail de niche, inconscient de leur part en vérité, de SciFi et de The Asylum est de limiter ça aux effets spéciaux pourris, aux acteurs de série Z, aux répliques volontairement clichées, sacerdotales et mal écrites, et quoi qu’on en dise c’est une niche qui représente seulement 5% du nanar. A Nanarland on ne se laisse donc jamais emprisonner là-dedans. C’est pourtant à partir de ce cinéma en particulier que les gens essaient de faire du nanar quelque chose d’appréhendable, mais ce n’est pas du tout le cas.

Causons de Nanarland en soit. Il y a cette page d’intro assez géniale dans le livre, façon promotion du Dobermann de Jan Kounen, qui compile les avis de lecteurs plutôt… véhéments à l’égard du site : "Vous encensez des merdes finies", "Il peuvent aller se pendre" (sic), "Un pur concentré d’immaturité", "La gerbe", etc. Nanarland est-il encore un site contesté voire détesté ?

Détesté est un mot fort... Mais il faut savoir que les cinéphiles qui “détestent” Nanarland sont des gens très butés, focalisés sur leur propre éthique du cinéma. Ce sont des spectateurs pour qui les nanardeux sont avant tout des zozos qui pètent dans la soie ! Ils ont une conception de l’objet film comme d’une relique sacrée. A l’origine, je pense que cette opinion est juste due un problème de communication en fait.

Les festivals de geeks, c’est très sympa, mais plus tu pousses dans la soirée, plus tu discutes avec les gens et plus tu te rends compte qu’ils ont des avis très tranchés sur des sujets qui ne sont pourtant pas des débats de politique internationale ! Comme le mec qui te déclare : “
tu n’as pas le droit de dire que Munich de Spielberg est un chef-d’œuvre ! Sors de chez moi !” (j’en ai rencontrés). D’un côté, ces personnes prennent un sujet tellement à cœur que tu ne peux que les respecter, même si ce n’est pas réciproque.
Si tu prends une vieille chronique de
Nanarland, quand c’était encore un tout petit site, tu verras qu'on était beaucoup plus dans la trivialité (au fur et à mesure on a enlevé beaucoup d’approximations et appris de nos erreurs). Si tu creuses davantage, là le dialogue est possible, il suffit juste que les gens prennent la peine de discuter avec nous. Nous sommes très ouverts. Ce qui m’a le plus touché d’ailleurs était cette discussion pendant la 17ème édition du Festival de Gérardmer en 2010. La Horde était projeté et j’ai pu rencontrer Rafik Djoumi que je lisais du temps de Mad Movies, qui est quelqu’un que j’aime beaucoup comme critique, qui m’a donné envie d’exercer dans ce milieu. Je me suis présenté en tant que nanardeur et il m’a dit : "Au début je pensais que vous n’étiez qu’une bande de petits cons qui crachaient sur les films, puis j’ai vu que vous faisiez des interviews, que les papiers étaient plus fouillés que je ne le pensais". La reconnaissance ! J’avais limite le jingle de Fan 2 dans la tête.
Voici ce qu’on essaie justement de faire. C’est ce que démontre la citation de
Pierre Tremblay dans l’intro du bouquin, un acteur de ninjateries qui nous a dit qu’au début toutes ces moqueries ne lui ont pas plu. Puis au final il s’est mis à rire avec nous. L’intérêt de Nanarland est là : ne pas rire DE, mais rire AVEC.

Challenge Of The Ninja

Challenge The Ninja avec Pierre Tremblay

On en vient à la difficulté de la chose : à travers l’exercice de la critique, la frontière est mince entre la raillerie pure et le respect de l’artiste ou de l’artisan. Au coeur de Nanarland il y a donc une vraie politique éditoriale, résumée par la présentation de la rubrique "Interviews" : “Si nous aimons rire d'un certain cinéma déviant, nous sommes très loin de mépriser les hommes et les femmes qui s'y sont impliqués ou compromis”.

En fait, l’idée est simple : dans l'absolu avec la critique tu peux tout te permettre, il faut juste que ce soit correct factuellement parlant. Tu vois la critique de Pan dans Les Inrocks ? (articulée entièrement autour de l'exploitation par Disney de ses franchises, le film de Joe Wright étant une production Warner, ndlr) Ben voilà : il n’y a pas de bonne ou de mauvaise critique mais en tout cas la critique ce n’est typiquement PAS ça ! (rires) Tant que la critique n’est pas de la méchanceté gratuite pour blesser, tu peux tout dire.

Je me reconnais dans les propos de Pacôme Thiellement, je suis très stimulé intellectuellement par ce qu’il écrit, même si trop d’interprétations tue peut-être l’interprétation... Toujours est-il que je suis d’accord avec lui : à partir du moment où un artiste offre une œuvre à un public, chacun peut en faire ce qu’il en veut en restant dans les "contraintes" que je t’ai indiquées. C’est super facile d’écrire un texte destructeur. Faire partager un film que tu aimes, c’est beaucoup plus dur. L’intérêt de
Nanarland est de faire découvrir des choses inédites qui nous semblent remarquables.

Et puisqu’on parle d’"interprétation", la définition du nanar semble être au cœur même de ta réflexion personnelle. Sur le site, tu as beaucoup écrit sous le blaze de Drexl pour la rubrique "Au-delà du nanar", tu y traites de films qui dépassent le nanar tout en investissant le même langage comme Orgazmo, les films de la Troma, Le Retour Des Tomates Tueuses, Hyper Tension II ou Piège A Hong-Kong... Comme si, au-delà de la galéjade, le site consistait aussi à définir, à questionner le concept du nanar.

Oui, même si les exemples que tu cites, qui me tiennent beaucoup à cœur, sortent des canons traditionnels de la production, de la mise en scène, de la direction d’acteurs. On peut les considérer comme des “nanars” mais ils restent de bons films. Ce sont des ovnis conscients de leurs limites et de leur côté azimuté, mais ils vont jusqu’au bout. Parler de ce genre d’exemples permet de montrer le risque de confusion éditoriale au sein du site, ça laisse planer le doute…
Le seul de ces films-là qui se retrouve dans le bouquin est
Terror Firmer. Il s’agit d’une mise en abyme des conditions de tournage de la Troma. On avait envie de rendre hommage à Lloyd Kaufman, qu’on adore. On l’a rencontré en Suisse en mars 2008 à La-Chaux-de-Fonds, ce fut une expérience folle durant les trois jours du festival passés avec lui. Je ne suis pas fan de Class Of Nuke 'Em High mais j'adore Terror Firmer, Tromeo Et Juliet, Poultrygeist. Il faut que ce mec continue à faire ce qu’il fait, j’aime ce qu’il représente, même s’il est un peu aigri maintenant. Il voit les petits jeunes qu’il a lancés cartonner, comme James Gunn (mais aussi Samuel L. Jackson ou Kevin Costner, ndrl), sans avoir vraiment de retours alors que c’est quelqu’un d'assez vieux et ruiné...



Avec leurs poulains, on peut rapprocher Lloyd Kaufman de Roger Corman...

Oui ce sont des parcours similaires mais ce ne sont pas les mêmes. La grosse différence est que Corman n’a jamais perdu d’argent ! Alors que Kaufman va s’endetter pour la quatorzième fois et s’engueuler avec sa femme pour tourner Nuke ‘Em High II

Revenons à Nanarland : c’est un site générationnel. J’ai dû entrer au collège deux, trois ans après la création du site en 2001 et on parlait déjà de Nanarland.com dans la cour de récré avec des gosses qui n’avaient pas encore vu un seul Scorsese ou Fincher. Tout en puisant dans une culture antérieure (les travaux de la team "Christophe Lemaire") Nanarland est finalement devenu le site de ma génération, et c’est cette particularité qui fait sa force.

Oui, c’est vrai... Mais je crois que Nanarland est à la croisée de plusieurs générations. Il y a effectivement la génération Internet : les courts extraits de films sont adaptés pour devenir des phénomènes viraux (les répliques de films de ninjas, de Jaguar Force). Sauf que chez Nanarland on ne l’a jamais pensé comme ça ! Mais sans passer pour un vieux con, nous sommes la génération d’avant, celle qui valorise l’objet film : on a grandi à l’époque où tu savais que tel film déviant ne sortirait jamais en VHS, et c’est une période qui fait suite à un temps encore différent, celui de Christophe Lemaire, où il n’y avait tout simplement aucun support, il fallait aller voir tel film à tel endroit sous peine de ne jamais le voir avant dix ans !

A l’époque, le film était mystique : mine de rien tu conférais plus de valeur et plus de crédit à un film qui n’en méritait pas forcément autant.
Nanarland finalement, c’est un mix entre cette approche-là et la dimension “mème” avant l’heure, ce qui était totalement inconscient de notre part. Mais tu dois prendre aussi en compte le fait qu’il y ait plusieurs générations au sein de notre rédaction. La plume la plus âgée a passé la quarantaine, en moyenne on a la trentaine et une nouvelle génération de rédacteurs, dans la vingtaine, débarque. L’histoire de Nanarland, ce n’est pas tant celle d’une génération que du croisement des générations.

On retrouve cet entremêlement des cultures dans Too Many Cooks de Casper Kelly qui puise dans le réservoir de séries cheesy des années 80 mais se nourrit des forums Reddit, des YouTube Poops, des mèmes et des Gifs. Comme si à l’heure actuelle n’importe quel happening absurdos sur un thread obscur pouvait potentiellement être l’œuvre d’un nouveau Andy Kaufman et n’importe quel troll le descendant d’un Tony Clifton...

(Rires) Ah, Andy Kaufman, ça relève d’un génie supérieur. Moi aussi je le rapprocherais de Too Many Cooks, que j’aime beaucoup. Too Many Cooks ne repose pas sur le clin d’œil et les références, mais les digère afin de te diriger vers un ailleurs inédit. Bon, j’aimerais poser une limite à ce qui pourrait être (mal) interprété à travers ce que tu dis : un Norman ou un Durendal ne pourrait clairement pas être un Andy Kaufman.



Puisqu’on parle forums et mèmes, l’intérêt de Nanarland n’est-il d’ailleurs pas cette proximité entre le nanardeur et ce "public geek" que tu décris ? Sur le forum on peut partager des montages, troquer des VHS, proposer des papiers. Et surtout, les analyses du site sont structurées comme les messages d’un thread : le film est commenté progressivement, avec humour, le rédacteur instaure un dialogue complice avec le lecteur.

C’est vrai ce que tu dis sur les chroniques, mais ça démontre surtout la possibilité de l’emploi d’un outil qu’on aurait jamais pu utiliser avant, à savoir la capture d’écran, le fait d’instaurer un dialogue à partir de ça. Forcément, c’était quelque chose de très intéressant, en 2001 on découvrait, on tâtonnait...
D’ailleurs, connais-tu Tonton Paso ? C’était un blogueur qui, à travers ce que tu racontes sur le rapport au lecteur justement, représentait le paroxysme absurde de tout ça. Il s’est mis à écrire pour le blog du
Nouvel Obs et réagissait régulièrement aux commentaires des internautes. C’était à mourir de rire. Un lecteur gueulait "C’est qui ce connard ?” et il répondait : “Je viens du ciel, et les étoiles entre elles ne parlent que de toi". J’en chialais de rire. Nous n'allions pas jusque-là évidemment. (Vous pouvez retrouver la vanne en question sous l’analyse dudit Tonton Paso consacré à La Cabane Dans Les Bois, ndlr)

Tonton Paso

Tonton Paso, 2012

L’autre mode de traitement du nanar, tout aussi actuel, est sa réappropriation par certaines instances. Par le biais d’une thèse comme "Le nanar : cinéma de genre et cinéma populaire, des années 1960 à nos jours" de Nicolas Lahaye, la “nanarologie” comme cinéphilie à part entière investit le champ des recherches universitaires. Je me demande d’ailleurs si la rubrique "Philosophie" ne tournait pas cela en dérision avec des analyses comme “Stoïcisme et pensée platonicienne dans Road House”. Aujourd’hui, le nanar est à la Cinémathèque !

Ces parodies étaient surtout une façon de se réapproprier la “novlangue” universitaire et s’amuser à partir de ça. Mais la situation que tu résumes n’est pas tant une sanctuarisation qu’un projet précieux aux yeux de Jean-François Rauger, le directeur de la Cinémathèque. Il prend en charge une bonne partie de la programmation, il est profondément érudit et a très tôt considéré le cinéma bis comme un cinéma à part entière, c’est un vrai spécialiste de la production érotico-pornographique. D'ailleurs, son rejeton Clément fait partie des forumeurs historiques du site !
Pour ce qui est de la reconnaissance du nanar, c’est encore un truc de niche à mes yeux. Des mecs comme Cauet ou Hanouna croient comprendre ces codes “nanars” et les reprennent sur la TNT, et là c’est une concordance qui nous échappe. On ne va pas s’en attribuer le mérite, faut pas exagérer. Mais comme tu le disais, on est arrivé au bon moment : entre ceux qui respectent l’objet film et la génération Youtube-kikoolol.

L'Empire Des Fourmis Géantes

L'Empire Des Fourmis Géantes de Bert I. Gordon projeté à la Cinémathèque en 2014

Dans ton avant-propos tu présentes le nanar en causant de Lynch, d'inconscient et d'Art Brut. Et il y a cette phrase assez fascinante qui fait suite à ces références : tu écris que le bon nanar “restructure [nos] repères” et a la “capacité à bousculer le regard hors de ses zones de confort pour l’emmener dans un ailleurs inédit”.
C’est justement cette notion d’inédit que met en avant Frank Henenlotter quand il oppose Devil Story de Bernard Launois aux "navets sortis d’Hollywood" car à ses yeux “Il est unique ! Rien ne se passe comme dans les autres films !”. Le nanar n’est-il pas essentiellement défini par le regard du spectateur, son implication dans la fiction, les émotions contradictoires qu’il ressent et l’expérience qu’il en retire ? En cela, le nanar est-il expérimental ?

Oui, expérimental pour le spectateur ! Après, pour l’auteur c’est autre chose. Je ne pense pas que Neil Breen l’ait sciemment pensé genre "je vais bousculer les codes !" (rires). Ce sont le bricolage et les contingences de production qui amènent à outrepasser les limites et à compenser de façon impulsive, et là ça donne quelque chose d’inédit. Des œuvres qui dépassent le champ/contrechamp ou la règle des 180°. Ces mecs n’ont pas les moyens de mettre en pratique ces règles de grammaire élémentaires et inventent donc leur propre grammaire. C’est dès cet instant que ça devient quelque chose de complètement fou. Souvent ça ne marche pas, puis parfois tu ressens ce "flottement" dans la folie. Par exemple à Nanarland quelqu’un comme Neil Breen ne plait pas à tout le monde. Un de nos nanardeurs, avec qui on a regardé son dernier film, Fateful Findings, s’endort et se réveille seulement pour dire "Ah ok, c’est pour ça que je n’aime pas Neil Breen".



Tout se fait donc effectivement à travers le regard du spectateur, et c’est là que c’est salutaire. Le cinéma n’a jamais été aussi standardisé que maintenant, surtout dans le cinéma de genre. Même dans le cinéma d’auteur contemporain d’ailleurs. Tu as entendu parler de
Tangerine de Sean Baker ? Un produit pour Sundance tourné à l’iPhone... Au secours, c’est ça le cinéma contemporain ? Un truc filmé à l’iPhone avec du dupstep sur la bande son ? Aaargh. Du coup, à côté de ça un Neil Breen passe pour un génie conceptuel. Ses codes, ses repères esthétiques ne sont pas les mêmes, c’est un espèce de diamant brut en comparaison ! Et c’est pour cela que les meilleurs, ce sont les Tommy Wiseau, Jean-Marie Pallardy et autres Neil Breen. Ils ne viennent pas du milieu du cinéma. Ils se disent seulement : "j’ai envie de raconter des histoires, et de les raconter comme je veux". Pas en copiant, en reproduisant une méthode, c’est leur propre imagination qui créé quelque chose de nouveau. Et c’est pour cela qu'il y a des nanars que je mets au même niveau que mes films préférés qui entreraient dans un top 10 sans problème, sans hiérarchie de goûts.


Affiche Brigade Des MoeursLe nanar demeure tout de même paradoxal. Par exemple, les films de Philippe Clair, de Max Pécas, certains Claude Zidi ou Francis Perrin étaient les représentants emblématiques d’un cinéma très commercial, le sigle même du cinoche populaire. Or avec Nanarland ces films sont "re-adoptés" comme s’il s’agissait d’une forme de contre-culture...

Bien sûr, et justement je me demandais si dans vingt, trente ans, les films de Kev Adams seront considérés comme des nanars à l'instar du Führer En Folie. Je ne suis vraiment pas sûr. J’ai plus de respect pour Pécas et Clair que pour Pef. Parce que Philippe Clair, tu diras ce que tu voudras, mais c’est un putain de bosseur. Ses films ne te font pas forcément rire mais ils t’épuisent énormément, ou ils te font rire nerveusement, car les zygomatiques c’est un muscle-réflexe, comme le sphincter. Je ressens la même chose avec Les Visiteurs II : Les Couloirs Du Temps par exemple. Mais à côté de ça, Philippe Clair avait des idées extrêmement précises, il story-boardait tout. Ok, Pef te dira qu’il a mis beaucoup de passion et de cœur dans son film mais il n’y a pas cet aspect "ovniesque" propre aux films de Philippe Clair. De Pécas, j’aime bien Brigade Des Mœurs, qui pour le coup est complètement fou. Ses nudies sont plus nonchalants, ça m’intéresse moins, ça rejoint cette tradition de comédies françaises qui aujourd’hui ont un budget de blockbuster.

Puisqu’on parle ciné français, y a-t-il encore des Bernard Launois (Devil Story) en 2015 ?

Hélas, non. Figure-toi que Launois ou Pallardy veulent encore tourner. Mais le système actuel de standardisation amène ce genre de mecs à disparaître au sein de la production audiovisuelle. Launois profitait de son statut de VRP pour d’autres boîtes afin de pré-vendre son projet ! Aujourd’hui, tu n’as plus de VRP qui font la tournée des provinces pour vendre les petits films, ça ne se fait plus comme ça, c’est mort. Malheureusement tout cet artisanat est plus difficile désormais, contrairement à ce que pourrait laisser croire la démocratisation des outils numériques et donc, a priori, celle des moyens de production. La situation est assez paradoxale : les tournages, qui ne se font plus en 35mm, sont moins contraignants, pourtant l’évolution des critères concernant la production, la diffusion, la distribution font que ces films n’ont plus les moyens d’arriver sur les écrans. C’est terrifiant.

Devil Story

En parcourant le livre on a l’impression de parcourir un anti-Hollywood. La génération Coppola était le Nouvel Hollywood, la vague porno des 70's "The Other Hollywood" et le nanar serait cet "anti-Hollywood" : Rambo II, Predator, Titanic, Star Wars sont détournés. Et en cette mouvance de productions Marvel vous chroniquez Les Quatre Fantastiques produit par Roger Corman ou The Amazing Bulk de Lewis Schoenbrun... Le nanar est-il l’envers cauchemardesque de l’usine à rêves, ne serait-ce que par le concept du mockbuster ? D’autant plus que dans le livre on trouve une analogie entre les productions Don Simpson et The Asylum...

Pour Asylum, c’est vraiment en plein dans ce que tu dis car ils ne font même pas exprès. Ce sont juste des businessmen qui se trouvent être dans le milieu du cinéma comme ils auraient pu tout aussi bien fabriquer des chaussures. C’est le fonctionnement de la Pyramide de Ponzi : ils continuent à faire des films sinon ils font banqueroute et ne peuvent pas rembourser les investisseurs précédents. J’ai halluciné quand David Rimawi, l’un des fondateurs de The Asylum, a raconté qu’en compagnie de sa copine il avait maté une de ses propres prods en tombant dessus via un service de VOD et qu’il n’avait pas trouvé ça "si nul finalement" ! (rires) Même lui est surpris qu’il ne soit pas "si pourri" ! Là, on assiste à un processus inconscient qui fait de The Asylum le phénomène-miroir d’Hollywood. Chez Nanarland on ne parle pas que des artisans français qui faisaient des films de momies dans les années 80, on illustre aussi cette face cachée théorisable, ces gens qui ne sont que des escrocs purs et simples. Le seul Asylum dont on parle dans le bouquin est Titanic II. Déjà parce que c’est drôle ! Ensuite parce que le film est plus rythmé et moins honteux que la moyenne des Asylum, même si c’est Titanic avec trente figurants en sweat à capuche ! Et le réalisateur, Shane Van Dyke (petit-fils de Dick, ndlr), qui se choisit le rôle du héros beau gosse, c’est quand même génial.




Tu cites plus volontiers Neil Breen que The Asylum. Certains cinéastes sont valorisés chez Nanarland, un chapitre du livre porte le nom de “Politique des (h)auteurs”, deux films du même cinéaste, Bruno Mattei, y sont chroniqués… Je pense alors à cette sentence qui introduit l’analyse de Mad Mutilator sur le site : “Comme auraient pu en témoigner François Truffaut et Ed Wood, le métier de cinéaste est avant tout une affaire de vocation et de passion”. Traiter du nanar, c’est suivre la politique des auteurs ?

Affiche Kill For LoveTu sais, je suis de moins en moins d’accord avec la politique des auteurs. Il faut garder une part d’innocence et de curiosité quand tu visionnes un film. Je déteste les films de David Ayer par exemple, or j’ai vu Fury et je me suis dit “Putain ! Qu’est-ce qu’il s’est passé ?!”. Pareil avec Warrior de Gavin Hood, cette parodie de mélodrame dans le milieu du freefight. Etrangement, ça fonctionne. Et pour les nanars, c’est exactement pareil. Pour reprendre l’exemple de Neil Breen, le mec a son univers mais quand tu vois son dernier film (la fin de la trilogie de la dénonce), tu te dis que ça commence vraiment à tourner en rond. Ça reste très très dur à regarder jusqu’au bout. Pareil pour Bruno Mattei, c’est quand même compliqué d’enchaîner quatre films de zombies…

Donc en pensant le bouquin
Nanarland nous n’avons pas réfléchi en terme d’auteurs, nous avons réfléchi en terme d’œuvres. Quand tu regardes dix "classiques érotiques" de Pallardy, c’est compliqué, ils ne sont pas tous très bons, même selon notre propre conception du “bon”. Mais quand après des années d’attente tu mets enfin la main sur Kill For Love (on avait entendu parler du projet dès 2003 et n’avons vu le film qu’en 2011), tu retombes amoureux comme au premier jour... C’est un truc qui défie tellement l’entendement qu’au final tu arrêtes de relever les faux raccords et les erreurs. Car Pallardy, c’est “ça”, c’est quelque chose d’"autre".

Cette mise en valeur de "l’autre" me fait penser au ton du dossier "Nos 30 nanars assumés" du Mad Movies n°144 dans lequel étaient chroniqués Howard The Duck, Au Temps De La Guerre Des Etoiles, Congo, Ricochet, etc. Vous parlez de mauvais films mais avec une tendresse non dissimulée.

Oui, je vois ce que tu veux dire. Mais en ce qui me concerne, et seulement pour moi, il y a UNE seule exception : Uwe Boll. J’ai vu 90% de ses films, je ne sais pas si j’aurais pu aimer sans rien connaitre de lui au préalable, avec l’esprit vierge. Peut-être qu’en matant Postal je me serais dit : “Tiens, du South Park sans rythme et sans narration”. Concernant Rampage, c’est bizarre car j’ai écrit un scénario quand j’avais quinze ans et ce film c’est ça ! (rires) Sauf qu’Uwe Boll se prend au sérieux. Effrayant. Boll c’est juste pas possible. Même si House Of The Dead est celui qui est le moins polémique au sein du public des nanardeurs : tu vois les rails de travelling dans le champ, il y a toutes ces vannes avec le nom du Capitaine Kirk…
Puis il y a eu l'affaire du combat de boxe ! En l’état, que ce soit une opération marketing ou pas, ça reste surtout un mec qui a un passif de boxeur et se met à tabasser des pauvres gars de 17 ans pas très en forme pas prévenus et venus là pour faire les cons ! En gros, il faut se faire casser la gueule pour aimer son cinéma. C’est aussi le premier mec qui s’est fait détester par les internautes, qui n’a pas cessé de provoquer le public geek... Le personnage public qu’il s’est créé est pathétique. C’est quelqu’un d’extrêmement laid humainement parlant.
Sans parler de ses films ! T’as vu
Blubberella ? C’est une espèce de "Postal II". Je dois avouer qu’en cela Boll est une sorte d’artisan du nanar, de producteur indépendant à l’ancienne : il tourne BloodRayne III sur un plateau de tournage, et c’est sur le même plateau, avec les mêmes acteurs, qu’il tourne Blubberella, une parodie de BloodRayne III dans lequel il joue un nazi (clin d’œil à Postal !). Et juste après il te fait un film super sérieux, Auschwitz, avec les mêmes décors, où il part interviewer des lycéens... Le mec est fou ! Au moins ses films ne laissent pas indifférent.

Blubberella
Tu m’as parlé d’Uwe Boll, de Tommy Wiseau, de Neil Breen... Mais je demande si la philosophie Nanarland ou "nanar" en définitive ce n’est pas avant tout une culture nationale. Le non-sens parfois vertigineux des Nuls, la débilité profonde et le kitsch assumé des détournements de Nicolas & Bruno ou encore le goût du "culte" et de la réplique qui tue propre à La Classe Américaine !

Oui, mais je me suis souvent demandé si cette culture de dérision et de second-degré que tu évoques ne tournerait pas en rond. En festival, en pleine projo, j’ai connu ces moments où tu retrouves derrière deux fans qui font des blagues tout le temps, se font une battle de stand-up, et ça m’a limite gâché la vision. Après les deux premières Nuits Excentriques, je n’y suis pas allé durant deux, trois ans. Puis je suis revenu. Et là, pendant que retentissait le fameux "Je mets les pieds où je veux, Little John", j’ai été terrorisé : les gens récitaient ça comme si c’était la Messe ! Je me suis dit "ça va trop loin...".

Cette année j’y allais donc à reculons. Mais finalement les blagueurs étaient un peu disséminés dans la salle et moins dans le systématisme. Le premier film projeté était
Mad Foxes de Paul Grau (1981). C’était tellement merveilleux, et d’un mauvais goût ! En fait toutes les blagues que tu pouvais sortir étaient au-deçà de ce que te proposais le film, voilà ce qui est exceptionnel avec le nanar. Cette matière est tellement féconde : il y a le cinéma gore, le fantastique, le cinéma d’auteur... et le nanar va croiser tout ça.

Le nanar n’est rien d'autre que le reflet des émotions cinématographiques que tu peux ressentir face à une œuvre artistique. Le nanar incite à ouvrir les boîtes de Pandore cinématographiques : tu découvres alors le cinéma turc, le cinéma indien, et ça n’en finit pas…
Il y a un film bollywoodien super kitschos qui s’appelle
I de Shankar (2015), gavé d’éléments kitsch. Grâce à mon amour du nanar j’ai pu apprécier ce genre de films au premier degré malgré l’écart occidental? Le nanar te permet d’être plus open sur ce genre de propositions sincères. J’étais très “étudiant extrême-gauchiste” puis j’ai découvert mes premiers polars bollywoodiens et là j’ai fermé ma gueule (rires). T’as un mec qui tabasse un terroriste, qui implore "Pitié, Pitié" et le mec répond : "Non, pas de pitié. Faire une erreur c’est humain. Deux, c’est diabolique. Et trois erreurs... c’est Pakistanais". Autant dire que ça remet tes repères en place ! (rires)

Mad Foxes

On en revient à cette relation entre le nanar et son spectateur. Mais finalement, quid de celle entre spectateur et spectateur ? De la communauté Nanarland ?

Entre membres, on se fait encore des soirées nanars. Au début du site, il n’y avait qu’un petit noyau dur à Grenoble. Puis ça a grandi, les affinités cinéphiles se sont multipliées. La rencontre fondamentale fut celle avec Dominique Nadotti, qui vit en Corse. Il a une vidéothèque incroyable et nous fournit généreusement en trucs invraisemblables. Puis il y a eu des connexions avec le reste de la France, Paris notamment, via des rédacteurs comme Barracuda et Zord qui ont également contribué au livre.
Au fil du temps la contribution s’est étendue jusqu’au Québec ou en Asie. Chaque année on se retrouve tous à
La Nuit Excentrique. L’aide précieuse de programmateurs ou responsables de la Cinémathèque permet de mettre la main sur des choses incroyables. C’est comme ça qu’on a découvert Neil Breen via Simon Laperrière, le programmateur du Festival Fantasia.



Le site est donc très bien alimenté. Mais y a-t-il des revues qui reprennent le flambeau concernant le traitement de cette contre-culture ? Nanarland, déjà quinze ans, a-t-il des héritiers ?

Houla, des héritiers !? Déjà, les nanardeurs ne sont pas morts ! (rires) A la limite, il y a quelques cousins consanguins dirons-nous. Comme François Kahn qui vient toujours aux Nuits Excentriques, un Croisé du Bis qui a écrit L’Encyclopédie du cinéma ringard. Il y le Fossoyeur de Films, qui a fait une très bonne vidéo sur les nanars (tu détruis Sharknado ? Dans mes bras !) mais qui de l’autre côté collabore avec le diabolique Durendal, il a donc fait des vidéos plus tarte-à-la-crème… Et il y a évidemment Karim Debbache, avec sa chronique sur Postal par exemple. En terme de vidéos/YouTube au sens large, je découvre tout cet univers-là. J’ai regardé tout What The Cutil y a seulement un mois par exemple, et j’aime bien, c’est bien écrit, le mec passe du temps à le faire, dans la dernière ila pris un doubleur des années 80 pour faire la narration. Mais les vidéos à la Durendal avec des caméos dans lesquelles le gars raconte tout le film durant vingt minutes (alors que logiquement tu l’as déjà vu) avant de conclure en deux phrases par "C’est pas bien parce que j’ai pas aimé, lol". Pfiouuu, ça, c’est de la mauvaise critique.

Il me semble que l’ambition de Nanarland est plus journalistique par nature. Il y a ce goût indéniable de la rareté, et cette valorisation des sujets atypiques, qu'on retrouve beaucoup dans les mooks actuels : je pense à Schnock par exemple et à certains articles/entretiens de So Film (dont celui de Neil Breen, tiens donc), revue à laquelle tu contribues par ailleurs...

Le concept de So Film n’a rien à voir avec Nanarland en soit, puisqu’il est avant tout représentatif de la philosophie de Franck Annese, celle des trois H : de l’Histoire, de l’Humain, de l’Humour. Les films de Neil Breen sont fous et le mec est barjo, c’est donc un sujet en or pour So Film. So Film et Nanarland se rejoignent sur cette volonté de faire découvrir des choses incroyables. D’aller de l’avant. De découvrir des réalisateurs... De rechercher des ninjas moustachus, etc.
Nanarland, c’est ça.


Remerciements à François "Drexl" Cau pour sa disponibilité.




   

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