La Horde

28 ans plus tard

Affiche La Horde

Fin. Générique. Quelques noms se succèdent à l'écran : Arnaud Bordas, Stéphane Moïssakis, Yannick Dahan... Quelques noms qui rappellent des souvenirs aux ex-lecteurs de Mad Movies.


Parce qu'entre vous et moi, on ne va pas se le cacher, L'ouvreuse a été élevée à la dure, dans le froid, les yeux rivés sur son mag préféré à l'arrêt du 52. Sans ces noms et quelques autres, L'ouvreuse n'existerait sûrement pas sous cette forme et vous ne seriez probablement pas en train de lire ces lignes. Inutile de dire, donc, que c'est avec avec une certaine fébrilité mâtinée d'angoisse que nous attendions La Horde, film signé des mêmes mains que LE mag de ciné de nos jeunes années.

Dans les quartiers nord de Paris, un groupe de flics ripoux prennent d'assaut un HLM pour venger la mort d'un des leurs. Alors qu'ils retrouvent les coupables, une bande de gangsters, des zombies débarquent. Ceux qui allaient s'entretuer n'ont alors plus qu'une solution pour assurer leur survie : se liguer.

La Horde

A première vue, le moins qu'on puisse dire, c'est que La Horde n'hésite pas à mélanger genres et influences, naviguant sans complexe du polar au film de zombie en passant par le film d'action, convoquant au passage tout le panthéon du "film viril", de Sam Peckinpah (le titre) à James Cameron (le personnage féminin à la Vasquez), voir à John McTiernan (les gangsters de toutes origines, comme le gang de Gruber dans Piège De Cristal). Une certaine ambition qui pose par contre vraiment problème à cause d'un budget ridicule en regard du projet (deux millions pour un polar d'action avec des zombies, c'est un peu limite). Malgré un emballage de série B décontractée qui fleure bon le cassoulet de Castelnaudary, et le fait qu'on est bien content de tomber sur un film de genre français un peu plus détendu du slip qu'à l'habitude (depuis Total Western, en gros), La Horde s'avère être beaucoup moins intéressant dans ses aspects spectaculaires, parfois franchement trop bricolés par un montage cache-misère, que dans ses parties les plus posées.

Après une première demi-heure franchement bancale à base d'action pas très bien gérée, d'acteurs qui en font parfois trop et d'incrustations catastrophiques (même si on appréciera une mise en place des forces en présence assez subtile), La Horde prend son envol à l'arrivée du personnage d'Yves Pignot, le bien nommé René, véritable contrepoint humoristique qui vient à la fois détendre l'atmosphère et mettre le spectateur face à ses contradictions. La thématique du film, tournant autour de la cruauté inhérente à l'être humain et au rôle de "la famille" dans la morale, est ainsi véhiculée par des personnages tous aussi borderlines les uns que les autres, les méchants pouvant être sympa à l'occasion et les gentils pouvant s'avérer être de gros salopards une fois confrontés à certains évènements. Une thématique assez peu surprenante pour qui a suivi l'émission Opération Frisson, dans laquelle Yannick Dahan improvisait souvent autour du sujet (par ailleurs, les fans auront le loisir de croiser au détour d'un plan le célèbre félin ibérique...) Dommage cependant que le film hésite tant à choisir son héros, démarrant avec le personnage de Ouessem, campé par l'excellent Jean-Pierre Martins, flic le plus "moral" servant de relais au spectateur, mais s'éloignant de lui au fur et à mesure. Il eut peut-être été plus intéressant d'en faire le vrai personnage principal. Ainsi, la scène dans laquelle le vieux René expose la note d'intention en lui déclarant "Si t'es là, c'est parce que t'aimes ça" aurait été d'autant plus forte si le spectateur s'était pleinement identifié à ce personnage, étant comme lui à la fois attiré et dégoûté par la violence des autres personnages (puisque cette réplique s'adresse avant tout au spectateur, à la manière de la fameuse scène des Oiseaux...) Ce manque de héros clairement défini devient aussi vraiment gênant lors d'une scène où flics et voyous commencent à faire mumuse avec une zombiette. Scène tout à fait à sa place au vu de la thématique, mais qui aurait dû être filmé sous le point de vue d'un personnage bien précis (façon Outrages) pour être vraiment efficace.

La Horde
Et ouais, c'est pas tous les jours facile d'entrer dans le cinéma français


Comme on s'y attendait venant de la part de geeks traînant à l'arrière des limousines, La Horde prend le contre-pied des derniers Romero, se positionnant au-delà des débats de deuxième partie de soirée sur France 3. Malgré son arrière-plan à connotation politique, La Horde n'est donc heureusement pas un film "qui dénonce". Le lieu choisi n'est jamais un sujet de débat de société mais bien un simple décor de film d'action (quasi-inédit, d'ailleurs.) On ne vient donc jamais nous la pomper avec un discours moral ou politique prémâché qui n'aurait fait que parasiter le vrai intérêt du film. En fait, la référence sociale est ici intégrée à l'histoire, la première servant la deuxième et non l'inverse.

Le film est malgré tout loin d'être parfait : Claude Perron (qui remplaça au pied levé Audrey Dana) n'est pas franchement le choix idéal pour un rôle de femme flic et les zombies effleurent parfois l'amateurisme... Mais La Horde a un petit quelque chose qui pourrait, mine de rien, remettre le cinéma français sur la bonne voie : René. Ce personnage de gros beauf franco-français rescapé de l'Indochine, cousin germain des bouseux attachants des frères Coen, n'est, à notre grande surprise, pas ridiculisé. Il est au contraire utilisé comme élément comique salvateur et surtout comme métaphore du passé français. La thématique top profonde "La vieille France, c'est l'enfer", qui résumait à elle-seule le lamentable Sheitan est ici prise de court par un personnage qui pour une fois n'est pas traité par dessus la jambe. Il transparaît à travers lui une forme de reconnaissance pour cette France à la bonne franquette, la relation entre les personnages principaux et René représentant, de l'aveu même des auteurs, un passage de flambeau de deux générations de badass motherfucker. Ainsi hallucine-t-on face à une scène incongrue au beau milieu du film où les personnages s'enfilent de la liqueur homemade en échangeant des répliques dans leurs argots respectifs, le tout dans un décor aux tapisseries de chez ma grand-mère. Une situation aussi inattendue que réjouissante, cassant violemment une tradition de notre cinéma de genre local qui voudrait repartir de zéro et éviter à tout prix toute référence à ses origines. La clé du problème pourrait en effet se trouver dans cette scène, qui n'a pas peur de prendre la France profonde dans ce qu'elle a de pire et de meilleur, et tout simplement d'aimer et d'assumer le pays dans lequel nous vivons.

La Horde

Allez, tentons une petite analogie avec le rock européen, qui fait face aux même problèmes d'identité que notre cinéma de genre français. Car tout ça me rappelle un peu comment les métaleux de Rammstein ont réussi à s'approprier ce qui faisait la spécificité culturelle et historique de leur pays d'origine, la RDA (imagerie totalitaire, ambiance industrielle, Goethe). Une politique d'acceptation de ses origines qui tranchait avec pratiquement tous leurs prédécésseurs qui avaient honte / peur et qui étaient du coup complètement bloqués par le passé compliqué de leur pays, tentant en dernier recours de recopier bêtement la musique anglo-saxone.

Car en partant de dialogues à la Audiard / Hazanavicius et d'un genre largement exploré dans l'Hexagone par le passé (le polar), pour dériver sur un argot typiquement "9-3" et un genre encore inexploré (le film de zombies), Rocher, Dahan et les ex-Madeux osent dresser un pont entre notre culture locale un peu vieillotte et une nouvelle culture, venue des banlieues et du cinéma américain. Un travail de réconciliation des Français avec leur culture, leur environnement et leur passé est en route... Pourvu que ça dure, et moi je vais m'arroser un Armagnac sur une petite saucisse de Toulouse pour fêter ça.

6/10
LA HORDE
Réalisateurs : Yannick Dahan & Benjamin Rocher
Scénario : Yannick Dahan, Benjamin Rocher, Arnaud Bordas, Stéphane Moïssakis
Production : Raphaël Rocher, Jean Labadie
Photo : Julien Meurice
Montage : Dimitri Amar
Bande originale : Christopher Lennertz
Origine : France
Durée : 1h30
Sortie française : 10 février 2010




   

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