Titanic

Surfin' USA

Titanic

Parfois, un trop gros succès peut desservir un film.


C'est le cas de Titanic. Malgré son carton au box-office, essayez d'argumenter que le film de James Cameron est un chef-d'œuvre et vous serez sujet au mieux à des petits sourires en coin, au pire à des sarcasmes divers allant de "C'est nul on connaît déjà la fin" à "C'est pour les gonzesses" en passant par "Y a Céline Dion, donc c'est de la merde". Étrange tout de même que l'un des films le plus vu au monde ne soit aujourd'hui pas plus pris au sérieux. À croire que le spectateur aime dénigrer un succès juste pour se distinguer de la masse, quand bien même il chialait sa mère devant ce même film six mois plus tôt.

Mais tout ceci ne serait pas très grave si ce retour de bâton n'avait provoqué une disette d'articles sérieux autour du film. Mais rassurez vous, L'ouvreuse est là ! D'abord, elle a bien remarqué que Céline Dion attendait que le nom de James Cameron soit passé au générique de fin pour commencer à brailler. Elle a aussi noté que le fait qu'on "connaisse déjà la fin" était justement utilisé pour mettre en valeur l'arrogance des personnages qui eux ne la connaissaient pas (on parle quand même du réalisateur des Terminator, où des personnages qui "connaissent déjà la fin" se désolent de l'inconscience de leurs contemporains). Et comme L'ouvreuse est une gonzesse, elle n'a rien contre les films pour gonzesses. Vu l'ampleur de la tâche, elle ne va évidemment pas analyser tout le film, mais plutôt se pencher sur une séquence précise pour voir comment un extrait de plus de trois minutes peut être conçu comme un petit film à lui tout seul avec introduction, développement, climax et une thématique amenée par la seule mise en scène.

Mais d'abord pour vous rafraîchir la mémoire, voici l'extrait en question, situé à vingt-huit minutes du début du film. Jack et son ami Fabrizio ont embarqué de justesse à Southampton suite à une partie de poker gagnante. Le Titanic est passé prendre les derniers passagers à Cherbourg en France et à Queenstown en Irlande. Désormais, prêt à défier les Dieux, le plus gros paquebot du monde fait face à l'Atlantique.

Let's stretch her legs !

 

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Plan 1 : La séquence s'ouvre sur un plan pris de l'arrière du paquebot. Nous pouvons voir la traînée d'écume et la côte à l'horizon. La voix de Rose complète l'information manquante en nous précisant qu'il s'agit de la côte irlandaise : "By the next afternoon we had made our final stop and we were steaming west from the coast of Ireland..."

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Plan 2 : Le Titanic est tout petit au milieu de l'océan. Toujours en voix off, Rose termine sa phrase : "...with nothing out ahead of us but ocean." Ici, la voix paraphrase l'image, appuyant un sentiment de liberté face au large.

 

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Plan 3 : Filmé par un travelling allant du bas vers le haut, le capitaine Smith, sourire confiant, rejoint l'officier William Murdoch et lui donne l'ordre d'envoyer la patate : "Take her to the sea Mr Murdoch... Let's stretch her legs." C'est cet ordre qui "démarre" la séquence. À partir de ce moment et jusqu'à ce qu'à la fin de l'extrait, chaque changement de plan sera systématiquement justifié par le précédent, suivant en cela une logique implacable... Voire mécanique !

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Plan 4 : Murdoch se rend dans la cabine de pilotage et relaie l'ordre du capitaine à James Moody. En travelling latéral, on passe de Murdoch à Moody, puis de Moody au transmetteur d'ordre, cette espèce de machine ronde avec un levier. Les deux officiers tournent les leviers sur "Full". En un plan, l'ordre s'est propagé en deux sous-ordres.

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Plan 5 : Gros plan sur le transmetteur d'ordre. L'aiguille passe de "Half" à "Full".

Bruit de sonnette.

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Plan 6 : L'ingénieur en chef Joseph Bell se retourne. Le spectateur relie ici naturellement le bruit de la sonnette au retournement du personnage, et comme nous ne sommes plus dans le même décor, il comprend instinctivement la fonction du transmetteur d'ordre sans qu'on ait eu à lui expliquer. Bell renvoie oralement l'ordre à ses camarades, ordre encore relayé par un autre personnage hors-champs. La caméra s'avance vers le transmetteur et un homme tourne la poignée jusqu'à "Full", pour communiquer l'information à d'autres (ou envoyer un avis de réception, je ne suis pas sûr... Si des marins lisent L'ouvreuse...).

L'idée est de voir une simple consigne donnée par le capitaine se propager dans tous les corps de métiers concernés. Ce qui permet en même temps de voyager à l'intérieur du paquebot...

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Plan 7 : Travelling avant. On suit Joseph Bell qui regarde ses hommes s'activer. En plus du travelling, la caméra effectue un panoramique vers le haut de la salle des machines pour nous montrer le vaste décor, et pour faire transition entre l'action (l'ordre de Bell au plan 6) et la réaction (les vilebrequins tournent plus vite au plan 9).

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Plan 8 : En un ample mouvement de grue, la caméra suit un homme qui court sur une passerelle pour finir sur un autre homme occupé près d'un gigantesque vilebrequin. Cameron se sert ici de l'homme qui court pour justifier son mouvement de caméra (qui sans cela aurait paru un peu gratuit), et au passage nous montrer une partie de la salle des machines.

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Plan 9 : Contre-plongée sur le vilebrequin, pour accentuer l'énormité de la mécanique et surtout glorifier la puissance de la technologie. Ou pour reprendre les mots que le poète Big Jim utilisait dans son scénario : "The engines thunder like the footfalls of marching giants."

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Plan 10 : Ce plan se focalise sur la partie basse du vilebrequin qui va et vient alors qu'un homme travaille derrière, alternativement recouvert et dévoilé par les allées et venues du mécanisme. Il est littéralement écrasé par la taille de la machine et paraît ici bien impuissant face aux forces mécaniques en jeu. L'idée est bien sûr d'évoquer (subtilement) le danger de la technologie.

On note également que dans tous les plans sur les vilebrequins, il y a toujours un homme dans le champ, à la fois pour faire passer cette idée de danger, mais aussi pour qu'on situe bien l'ordre de grandeur.

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Plan 11 : Pendant que Joseph Bell tourne une manivelle, un travelling avant nous focalise sur des cadrans aux aiguilles qui montent. Côté son, on entend un gros "Pssshhh" et James Horner, qui a lancé une phrase musicale tournant en rond (comme un vilebrequin) depuis le plan 7, passe à la tonalité supérieure, pour accentuer l'idée de moteur qui accélère.

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Plan 12 : La logique parfaite du montage nous amène des cadrans de pression à un plan large dans la fournaise de la salle des machines, ou des hommes (le black gang) remplissent les chaudières de charbon. La lumière rouge-orangée, qui tranche complètement avec le reste de la séquence, évoque l'enfer. A l'inverse, l'escalier avec son ange sculpté dans le bois et son dôme blanc sera le paradis dans lequel Rose retrouvera toutes les âmes des personnages morts pendant le naufrage.

Pour montrer le travail du Black Gang, Cameron va utiliser exactement le même procédé que pour les vilebrequins des plans 7 à 10. Du plan 12 au plan 15, nous allons donc passer du général au particulier, soit dans l'ordre : la salle en plan large, les chauffeurs, le jeté de charbon, la chaudière. Mécanique, qu'on vous dit.

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Plan 13 : Un travelling passe très rapidement d'un chauffeur à un autre, donnant une impression de précipitation.

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Plan 14 : Plan très rapide de jeté de charbon à la pelle.

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Plan 15 : Et enfin le charbon atterrit dans la chaudière. Le tout accompagné d'un petit travelling avant.

Bon, et une fois qu'on a mis le charbon dans le four, qu'est ce qui se passe ?

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Plan 16 : Ça fait monter la pression !

Et donc ?

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Plan 17 : ...Donc, le vilebrequin tourne plus vite.
Panoramique bas-haut puis haut-bas des vilebrequins qui tournent encore plus vite qu'aux plans 8-9-10. Ce double panoramique traduit une fascination pour la machinerie. Ça me rappelle la première que j'ai vu L'ouvreuse : je l'ai maté de bas en haut et de haut en bas. D'ailleurs elle m'en a collé une juste après.

On remarque que la boucle musicale qu'on entend depuis le plan 7 s'arrête enfin de monter dans les aiguës pour être remplacée par des notes longues plus apaisantes.

Mais au fait, un vilebrequin, à quoi ça sert ?

 

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Plan 18 : Ça sert à faire tourner les hélices.

Tu vois Len Wiseman ? C'est pas compliqué le cinéma !

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Plan 19 : Plongée sur l'écume qui s'éclate contre la proue du paquebot. C'est le meilleur plan pour exprimer ici la sensation de vitesse, ce qui n'est pas forcément facile à faire passer (après tout, sur ce genre de bateau, tout est fait pour qu'on ait l'impression d'être à terre.)


Dans la partition musicale, les voix éthérées (entre les voix de synthèse pour le côté technologique et les choeurs bien réels pour le côté humaniste) qu'on avait entendu pendant les 3 premiers plans se font à nouveau entendre. En fait, ces chœurs se manifestent uniquement sur les plans d'extérieur, mais jamais à l'intérieur du Titanic. La musique est clairement plus lyrique que la boucle montante "mécanique" de la salle des machines.

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Plan 20 : Jack Dawson et son ami Fabrizio De Rossi accourent vers l'avant du navire. Notons une nouvelle fois la clarté du montage, qui nous a fait passer des hélices à la proue pour rejoindre "naturellement" les deux personnages.

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Plan 21 : Pendant tous les plans extérieur, on remarque que la caméra est aérienne, en permanence en mouvement, très rarement fixe. Ceci afin de donner une sensation de liberté. C'est la liberté que ressentent les personnages, qui est possible grâce à toute la machinerie au fond du paquebot. La technologie qui permet la liberté, c'est le thème de la séquence, et on en reparlera un peu plus bas.

 
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Plan 22 : Les deux amis regardent sous leurs pieds. La caméra effectue un mouvement de grue pour nous permettre de voir ce qu'ils voient (de revenir au plan 19), et de mesurer la grandeur du bâtiment. Ici encore, la caméra semble flotter dans l'air.

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Plan 23 : Pendant que Fabrizio continue de regarder en bas, Jack regarde l'horizon, en contre-plongée.

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Plan 24 : Le thème musical reprend de plus belle, alors que la caméra effectue un impressionnant travelling avant aboutissant sur le capitaine Smith, toujours au même poste.

Non seulement le plan communique un sentiment de puissance et de liberté, mais en plus il relie les personnages entre eux. Après tout, c'est parce que le capitaine a donné l'ordre d'aller plus vite que Jack et Fabrizio profitent de la vitesse et sont heureux comme des gosses.

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Plan 25 : Murdoch rejoint le capitaine et lui donne la vitesse. La boucle amorcée au plan 3 est bouclée. Traduction en langage cinéma : le plan est pratiquement le même que le 3 (travelling de bas en haut cadré exactement de la même manière.)

 

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Plan 26 : Un léger panoramique du haut vers le bas permet de passer de Smith, Jack et Frabrizio (une nouvelle fois « reliés » dans le même plan) à l'écume.

 

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Plan 27 : Jack montre du doigt quelque chose à son ami. Derrière eux, les reflets du soleil sur la mer défilent très vite à cause du mouvement de caméra latéral, ce qui provoque un effet de vitesse très efficace (proche des lignes de vitesse de la japanime). Faire ressentir ce sentiment de vitesse aux spectateurs est ici primordial pour l'immersion (si j'ose dire) dans le film, et pour la logique de la séquence (Smith a fait accélérer le bateau, nous devons sentir la vitesse)

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Plan 28 : Par un simple raccord regard, on adopte le point de vue de Jack et Fabrizio. Nous voyons ce qu'ils voient : un dauphin qui nage sous l'eau. Du plan 27 au plan 38, on assiste à une simple alternance entre plans des deux personnages qui regardent et plans montrant ce qu'ils voient.

 

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Plan 29 : Gros plan sur Jack Dawson. Ce plan est marquant, car il s'agit du premier gros plan sur un visage depuis le début de la séquence. Jack est visiblement émerveillé, ce qui est assez normal étant donné qu'il n'a très probablement jamais vu de dauphins.

 

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Plan 30 : Un deuxième dauphin rejoint le premier.

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Plan 31 : Un travelling décrit un arc de cercle autour de Jack et Fabrizio, pour faire ressentir au spectateur l'excitation fébrile que les personnages ressentent.

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Plan 32 : Trois... maintenant quatre dauphins !

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Plan 33 : Ce plan décrit lui aussi un arc de cercle. Il semble même être la suite du plan 31, étant donné que la caméra tourne dans le même sens.

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Plan 34 : Plan sur les dauphins, de plus en plus nombreux.

 

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Plan 35 : Encore des dauphins.

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Plan 36 : La caméra continue de tourner autour des personnages.

 

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Plan 37 : Un dauphin bondit. Le thème musical principal repart pour un tour, parfaitement synchronisé avec le saut. Le dauphin est depuis toujours vu comme un animal bienveillant, parfois comme un sauveur des hommes. L'apparition de cet animal amical qui s'amuse à "surfer" juste pour le plaisir devant le Titanic renforce donc l'aspect libre et insouciant de la scène.

Le dauphin étant également le symbole chrétien de la migration des âmes, et la séquence étudiée se concluant par un Jack en position christique, on peut même se demander si la présence des dauphins n'aurait pas un rapport avec les âmes restées dans l'épave du Titanic à la fin du film...

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Plan 38 : Gros plan sur Jack qui pousse un petit cri de joie.
On note la présence du poste de vigie derrière, qui servira un peu plus tard pour la scène de l'iceberg.

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Plan 39 : Un dauphin saute par deux fois, vu de plus loin cette fois.

 

 
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Plan 40 : Gros plan sur Jack qui se baisse, aussi émerveillé par les cétacés que Lindsay Brigman par les extra-terrestres dans Abyss.

 

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Plan 41 : On amène du thé au commandant Smith. C'est un implant pour plus tard, quand on verra Smith inquiet à la vision du citron dans son thé, métaphore de l'iceberg dans la mer.

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Plan 42 : Un travelling du bas vers le haut dévoile derrière la rambarde Jack et Fabrizio sur la proue, si bien qu'on a l'impression que Smith regarde les deux jeunes s'amuser.

Comme pour les plans 24 et 26, James Cameron pose les personnages dans l'espace, les uns par rapport aux autres. Le plan en dévoile aussi un peu plus sur la vie à bord et sur l'architecture du navire.

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Plan 43 : Retour brutal (pour une fois sans aucune transition) dans la salle des machines. Parce que c'est bien joli, on regarde les dauphins et on boit du thé, mais pendant ce temps là y'en a qui triment comme des chiens !

Ceci fait partie du montage parallèle entre les classes sociales qui court tout au long du film, dont certains sont très évidents (la fête des aristocrates montée avec la fête des troisièmes classes), et d'autres beaucoup moins.

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Plan 44 : Un plan serré sur des chauffeurs qui travaillent dur.

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Plan 45 : Dans la même logique d'action-réaction qu'au début de la séquence, on revient sur les vilebrequins qui tournent.

On remarque à gauche du cadre un homme qui se penche pour regarder la machine tourner.

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Plan 46 : Retour sur Fabrizio et Jack qui eux aussi regardent penchés sur une barrière. C'est ce qu'on appelle un effet de montage "par analogie formelle".

Jack grimpe sur la rembarde pour prendre un peu de hauteur.

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Plan 47 : Travelling avant en contre plongée sur Jack (Fabrizio est moins en valeur, pour laisser toute la place au personnage principal.)

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Plan 48 : Fabrizio, désignant l'horizon : "I can see the statue of Liberty already."

Liberté. Le mot est lâché. Cameron cherche ici à montrer l'objectif des personnages : rejoindre le nouveau monde pour trouver la liberté.

"...very small, of course."
Sous entendu : c'est pas gagné !

 

 
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Plan 49 : Le mouvement de caméra est exactement le même que pour le plan 47 : un travelling avant en contre-plongée sur Smith, devant la première cheminée du Titanic. Cette fois c'est clair, Smith observe avec un petit sourire paternaliste les deux petits jeunes en quête de liberté.

Détail technique : mettre un objet derrière le personnage permet de mieux faire ressentir le mouvement de caméra au spectateur. Si le capitaine avait été filmé derrière un ciel bleu uni, le travelling aurait été beaucoup moins efficace.

 

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Plan 50 : Juste après avoir entendu le mot "liberty", Jack Dawson, filmé sous tous les angles possibles et imaginables, lance son fameux "I'm the king of the world !" (Du plan 50 au plan 56 : 7 plans pour 14 secondes de "yeehaa" et autres "woohoo").

Le montage s'accélère tout simplement parce qu'on atteint le climax de la séquence. C'est une sorte d'explosion que tout ce qui a précédé préparait. La puissance de la technologie (les vilebrequins en contre-plongée), la nature (les dauphins), la liberté (very small, of course)... Tout ça explose dans un cri de joie.

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Plan 51 : Dans le mythe grec de Jason et les Argonautes, la "figure de proue" est une statue de Héra conseillant les aventuriers face à certaines épreuves. De manière plus générale, avant sa disparition à la fin des bateaux à voile vers la fin du XIXème siècle, la figure de proue servait à porter chance aux marins, à indiquer le nom du bateau à une époque ou peu de monde savait lire, à exhiber la puissance des propriétaires, ou encore à protéger de manière plus ou moins magique les occupants de l'embarcation.

Or, Jack Dawson, en plus d'être placé au bon endroit, a tout pour être la figure de proue du Titanic
: Il va passer le film à protèger un des occupants du navire, Rose, l'empêchant de se suicider et l'aidant dans quasiment toutes les épreuves qu'elle devra affronter.

De plus, il représente à lui tout seul ce qu'est vraiment le Titanic : un véhicule pour l'Amérique. Autrement dit, dans la tête des émigrés de cette époque : la liberté. Ce n'est pas pour rien que l'un des seuls dialogues de la scène concerne la statue de la liberté (qu'on verra d'ailleurs à la fin du film.) A de nombreuses reprises dans le film, Jack est décrit comme un artiste bohème qui va où le vent le porte sans se soucier du lendemain. Jack incarne littéralement ce sentiment de liberté. Pour aider Rose à se libérer des chaines de l'aristocratie, de la pression de sa mère, il lui apprendra à cracher mais surtout... il l'amènera sur la proue.

Il va donc sauver Rose, l'aider à se transformer en femme du XXème siècle, l'aider à comprendre que son futur n'est pas forcément écrit dans le marbre. Déjà dans Terminator, Kyle Reese aidait Sarah Connor à comprendre que pour se libérer, elle devait admettre que le destin n'existait pas. En cela, Cameron épouse l'une des grandes théories philosophiques du XXème siècle : l'existentialisme. The future is not set, quoi.

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Plan 52 : Jack crie.

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Plan 53 : Idem.

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Plan 54 : Idem.

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Plan 55 : Idem.

 

 
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Plan 56 : Idem.

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Plan 57 : Après ce montage frénétique de plans très courts (2 secondes en moyenne), on passe à un plan très long (38 secondes) qui va conclure en beauté la séquence, et illustrer le thème de ces 3 dernières minutes : la technologie peut conduire à la liberté.

Le travelling part de Jack et Fabrizio statufiés, s'envole au dessus du bateau, passe entre deux cheminées et redescend pour finir derrière le Titanic, qui s'en va au loin. Pendant ce temps là, l
a musique qu'on avait entendu sans discontinuer pendant toute la séquence, s'apaise jusqu'à s'éteindre complètement.

Aujourd'hui en 2008, on peut faire à peu près tout ce qu'on veut avec une caméra, mais en 1998 ce n'était pas du tout évident. Il faut se rappeller qu'un plan comme celui-ci était une prouesse technique incroyable. Grâce aux progrès des images de synthèse, il était devenu possible de faire passer une caméra entre deux cheminée si on avait envie ! Autrement dit, c'est grâce au progrès technologique que le dernier plan de cette séquence fut possible. C'est donc grâce aux progrès technologique que la caméra se "libère" de toutes contraintes pour passer ou bon lui semble, et conclure une séquence consacrée à la libération par la technique !

Si bien qu'on se prend à penser que le capitaine Smith qui regarde en souriant les deux petits jeunes s'amuser à l'avant de son bateau, c'est un peu James Cameron qui regarde les spectateurs de ses films s'émerveiller devant une caméra qui passe entre deux cheminées...

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Scène suivante :
Calés sur la fin du plan précédent, les mots de Bruce Ismay concluent la scène et introduisent la suivante : "she's the largest moving object ever made by the hand of man in the whole history."

Cette déclaration et la séquence entière qu'on vient de voir seront aussitôt remises en question par Rose, pour le moins méfiante à l'égard du paquebot, en invoquant Freud avec un brin de provocation. A la manière de Godfrey Reggio et son génial Koyaanisqatsi, James Cameron dévoile avec Titanic une vision contrastée du monde en étant capable de glorifier le progrès humain pour en faire une critique virulente la minute d'après.

 

TITANIC
Réalisateur : James Cameron
Scénario : James Cameron
Production : James Cameron, Jon Landau
Photo : Russell Carpenter
Montage : Conrad Buff, James Cameron, Richard A. Harris
Bande originale : James Horner
Origine : USA
Durée : 3h14
Sortie française : 7 janvier 1998




   

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