Man On The Moon

Kaufman = Forman au Carrey

Affiche Man On The Moon

Man On The Moon est à première vue un bête biopic de plus, de ceux qui enchaînent les clichés et les événements biographiques sans leur donner la moindre cohérence. Oui mais voilà, derrière la caméra il y a Milos Forman, et devant il y a Jim Carrey. Ces deux là sont des génies capables de transcender un film par leur talent, et surtout par leur amour du cinéma et de la comédie.



Andy Kaufman est un comédien américain, particulièrement connu pour ses dérives et ses canulars qu’il organise la plupart du temps seul ou avec un ou deux complices, trompant son petit monde avec un goût prononcé pour la provocation.
La scène d’ouverture sert de note d’intention pour l’ensemble du film. Andy Kaufman fait son premier canular, et demande très rapidement aux spectateurs soucieux d’avoir une version historique et fort peu enrichissante de sa vie de ne pas s’attarder dans la salle. Forman annonce ainsi très clairement son envie de faire du cinéma, et c’est tant mieux puisque la vie de Kaufman n’est rien d’autre qu’une immense illusion. C’est aussi là que le réalisateur montre qu’il a tout compris sur la manière d’aborder son biopic. Il ne fait pas un film sur Kaufman, mais un film de Kaufman, ce qui en renforce très largement l’intérêt. L’immense performance d’acteur de Jim Carrey enfonce définitivement le clou : Kaufman est bien présent tout au long du film.


Man On The Moon
 

Si la mise en scène est relativement classique, elle intègre assez souvent quelques éléments "artisanaux" (comme la scène d’ouverture ou Kaufman regarde le générique défiler) qui plongent parfaitement le spectateur dans le domaine comique de Kaufman, la manipulation, l’illusion. Forman brille ainsi par sa capacité à absorber l’univers de l’artiste à qui il redonne vie (souvenons-nous de Amadeus et Larry Flint !). Le film est à ce titre une mystification de plus orchestrée par le réalisateur, voire le prolongement des farces d’Andy Kaufman, et certainement le plus réussi par le comédien, à savoir sa mort. Kaufman n’est finalement jamais vraiment mort puisqu’il restera toujours, et en partie grâce à la magie du film, immortel.
Cette œuvre se place donc certainement comme le plus bel hommage qu’on puisse faire à un artiste, le biopic le plus abouti qu’on puisse imaginer.


Man On The Moon
pourrait se découper assez grossièrement en deux parties. La première, qui correspondrait à l’ascension d’Andy Kaufman jusqu’à son rôle dans la sitcom Taxi, permet de découvrir son inébranlable volonté d’évoluer, de se transformer, de toujours être en décalage. Et offre aussi à Jim Carrey son (ses) meilleur(s) rôle(s) au cinéma. Sa capacité d’imitateur (voir la scène d’Elvis Presley) vient confirmer très rapidement qu’il était effectivement le meilleur choix. Il est jusque là impossible de savoir qui est Andy Kaufman.

Man On The Moon
 

La deuxième partie commence avec Tony Clifton. Personnage inventé par Andy Kaufman, celui-ci vient gangréner ses propres shows (à commencer par la sitcom Taxi). Plus Andy se sent enfermé dans des cases et plus il va vouloir provoquer, manipuler, choquer. Une des thématiques intéressantes en ce sens est sa difficulté à mener une vie normale : il lui semble difficile de trouver un équilibre (il se fera par exemple expulser de son cours de yoga (ou quelque chose qui s’en approche) à cause de ses débordements en tant que comédien).

Man On The Moon
 

La frontière entre ses personnages semble s’effacer, il est capable de tous les canulars, de simuler tout et n’importe quoi. Kaufman est, sans faire de cinéma, un grand metteur en scène, et s’il est facile d’en tirer partie, il faut au moins le talent de Forman et Carrey pour comprendre l’artiste et le faire revivre. Sa dernière plaisanterie, sa mort, est donc achevé avec l’hommage qu’ils lui rendent, appuyé par une dernière scène qui confirme une ultime fois si nécessaire l’amour du réalisateur et de l’acteur pour leur sujet, et leur contribution à la légende.


MAN ON THE MOON

Réalisateur : Milos Forman

Scénario : Scott Alexander & Larry Karaszewski

Production : Danny DeVito, Michael Shamberg, Stacey Sher...

Photo : Anastas N. Michos

Montage : Adam Boome, Lynzee Klingman & Christopher Tellefsen

Bande Originale : R.E.M.

Origine : USA / GB / Allemagne / Japon

Durée : 1h58

Sortie française : 15 mars 2000




   

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