The Room

Loft will tear us apart

Affiche The Room

Nanar phénomène porté aux nues outre-Atlantique, The Room a su gagner son lot d’inconditionnels français, au point de casser la baraque pour les premières séances françaises organisées le 16 février dernier par l’équipe parisienne de Panic Cinema. Sans doute le début d’une longue série.


The Room
, c’est Tommy Wiseau. Le physique du hard-rocker épuisé par une vie d'excès, la diction entamée et la grimace terrifiante, l'homme semble ne donner aucune limite à sa mégalomanie. En plus d'en être l' "acteur" principal, Wiseau a occupé la presque totalité des fonctions créatives du film : auteur de la pièce qui a donné le scénario, auteur du scénario, réalisateur et producteur.
Il investit en 2001 une somme de six millions de dollars, un budget énorme pour un résultat à l’écran qui ressemble au mieux à un petit film indépendant tourné entre potes, mais qui se trouve justifié par une production chaotique. La plupart du staff technique ainsi que des acteurs ont dû être remplacés en cours de tournage, et Wiseau a tenu, dans le doute, à tourner son film en 35 mm et avec une caméra HD. Un argument qu'il retourne à son avantage sans aucun complexe, et plutôt deux fois qu'une.
L’énergumène dit puiser son inspiration chez Tennessee Williams et Alfred Hitchcock, des influences que chacun saura retrouver (ou pas) dans le récit déchirant et empli de suspens des aventures de Johnny et Lisa. 

The Room
'Hinhinhinhin'

     
Johnny est un employé de banque dévoué, mais dont les talents ne sont guère reconnus (le pauvre a loupé sa promotion et on lui pique ses idées). Il est comme un père pour le jeune Deny, adolescent perturbant avec un méchant penchant pour la drogue, le squat et le voyeurisme. Le bon Johnny est aussi le meilleur client du fleuriste du coin, parcequ’il  aime couvrir de fleurs sa copine, la perverse Lisa, qui le trompe avec Mark, son meilleur ami.
On suit les interactions du petit groupe formé autour de Johnny et Lisa, souvent dans l’appartement de ces deux-là. Un véritable agora au sein duquel chacun entre et sort pour s’adonner à toutes sortes d’activités : Sexe sur canapé / lit / escaliers, débat d’idées sur la fidélité et les rapports inter-genre,  anecdotes sur le sofa, jeux de ballon, conseils maternels (la maman de Lisa est aussi de la partie), partage de secrets qui pourraient avoir de graves conséquences. The Room se présente comme une étude de l’humanité émanant d’une planète alien qui aurait fait une collecte de données sur notre espèce sans pouvoir donner de réels liens logiques entre les diverses parties et interactions. Le pauvre spectateur ne sera pas non plus en mesure de le faire, coincé à observer des êtres désincarnés se tourner autour et débiter des dialogues d’une telle banalité qu’ils feraient rougir un telenovela. Le héros chevelu au grand cœur, "incarné" par Tommy Wiseau, affiche constamment le même air perdu, même quand il entre dans des phases de sur-jeu lors desquels l’absence de naturel côtoie des élans de colère théâtraux (sans doute l'apport de Tenessee Williams).
Dans la logique de The Room, un personnage peut être évincé arbitrairement du casting suite au tournant dramatique d’une partie de foot improvisée (les dangers du sport sont abordés à deux reprises), un autre peut apparaître et s’ingérer dans l’histoire comme s'il était censé être là depuis le début, un diagnostic de cancer du sein est traité nonchalamment au milieu d’une discussion avant de passer à autre chose, Johnny et Lisa reproduisent exactement les mêmes positions à chaque fois qu'ils font l’amour... Face à cette confusion, Tommy Wiseau sait nous rassurer sur le fait qu’on est toujours à San Francisco à l’aide de plans d’inserts salvateurs, éclairés par une conception minimaliste du travail de directeur de la photographie et réutilisés à l’envie tout le long du film.
The Room se vit de son idyllique début jusqu'à sa fin tragique comme une expérience. Elle put se dérouler dans des conditions optimales pour les quelques centaines d'aventuriers présents au Nouveau Latina ce samedi 16 février.  

The Room
Lisa s'apprête à sauter sur Mark, et à se faire traiter de salope...

  
Il était à l’origine prévu une seule séance pour cette première. La salle affichait complet deux heures après l’ouverture des réservations et l’autre séance ne dépareilla pas, si bien qu’une troisième se retrouva de la partie. Il est pourtant déjà loin le temps où les Etats-Unis ont succombé à ce que son auteur nomme "la pièce".
En juin 2004, peu après la sortie du film, un bouche à oreille persistant dû à la réputation de "plus mauvaise film de l’histoire du cinéma" enjoignit Tommy Wiseau à organiser une séance de minuit. La demande exponentielle l’obligea à renouveler l’expérience, puis à augmenter le nombre de salles. Des célébrités comme Paul Rudd, David Cross (Le Tobias Funke d’Arrested Development) et Kristen Bell (l’éternelle Véronica Mars) firent activement sa promotion, si bien qu’un culte se développa très vite autour du film. Il est aujourd’hui diffusé chaque dernier samedi du mois au Laemmle Theater de Los Angeles dans une ambiance survoltée qui rappelle les grandes séances du Rocky Horror Picture Show. D’autres cinémas des Etats-Unis et à travers le monde (Royaume-Uni, Canada, Australie, Scandinavie) assurent le relais.
Panic Cinema mit les petits plats dans les grands pour l’arrivée de l’engin en nos contrées : présences de Greg Sestero (Mark) et de Tommy Wiseau, mise en place du dress code officiel (smoking pour les hommes, robe rouge pour les femmes), manuel du spectateur distribué à l’entrée pour les quelques néophytes qui n’étaient pas déjà rôdés par la consultation frénétique des vidéos des projections américaines sur la Toile... 

The Room
Peter le psy et Steven le pote de la soirée. Un curieux lien psychique les unit.


Lancers de cuillères (à chaque apparition d’une cuillère à l’écran), reprise en cœur des grandes tirades du film et rudes condamnations verbales des manigances de la diabolique Lisa ponctuèrent la soirée. Une ambiance idéale pour revoir le film à la hausse, comme s’il avait été inventé dans le but d’être projeté au milieu de dizaines de déviants partageant le même délire. The Room n’acquiert pas de dimensions supplémentaires, mais de nouvelles aberrations. Ce fut aussi une occasion de découvrir d’autres détails que les spectateurs avertis auront aisément remarqué.

Le coupable du forfait a saisi la balle au bond et déclare depuis quelques années que son film a toujours été une comédie noire. Ainsi peut-il s’en moquer ouvertement du haut de son effrayante allure (il n’a pas changé d’un poil en dix ans). Se servant du succès de The Room comme d’un tremplin, Wiseau s’est découvert un talent comique qui semble proche du chaos lorsqu’il s’exerce volontairement : un mélange de sitcom vieille de plus de vingt ans et de... Tommy Wiseau. A éviter si vous souhaitez conserver vos points de santé mentale :



The Room
Tommy Wiseau et Greg Sestero lors de la troisième projection du jour. Les paris sur l'âge du premier sont lancés.



THE ROOM

Réalisateur : Tommy Wiseau
Scénario : Tommy Wiseau
Production : Tommy Wiseau
Photo : Todd Barron
Montage : Eric Chase
Bande originale : Miladen Milicevic
Origine : USA
Durée : 1h39
Sortie US : 2003




     

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