Les Esquimaux Euhouards 2008 - La Cérémonie

Affiche Esquimaux Euhouards 2008




EN DIRECT DU PALAIS DES GLACES




Bienvenue à la seconde cérémonie des Esquimaux Euhouards ! La seule remise de prix cinématographiques garantie sans balai dans le fondement offrant aux spectateurs d'autres horizons que les films avec Paris Hilton.

Deux mois après les inévitables nominations et quelques jours avant nos aimés Césars, il est temps de sortir les vainqueurs du frigo, consciencieusement désignés par la Magnum force de la rédaction sous la présidence de vôtre icône glacée préférée, L'ouvreuse !

Savourez bien cette cérémonie, c'est peut-être la dernière. Il est en effet fort probable que le cinéma soit mort l'an prochain, c'est Luc qui nous l'a dit et même très minutieusement expliqué. En tous cas assez minutieusement pour qu'un député sorte sa cape de justicier et ordonne une commission d'enquête parlementaire, puisque l'Etat ne sait pas quoi faire des budgets qu'il n'a pas.

Si jamais les prédictions de ces visionnaires se concrétisent, amenant la disparition du cinéma alors que les entrées en salles augmentent depuis 1999, le paradoxe de la décennie aura au moins le mérite de nous laisser un peu de temps pour organiser ça :




LA RESISTANCE LIVES ON !





ESQUIMAU DE L'ACTEUR OU DE L'ACTRICE QUI FAIT TIEP

Nous nous sommes longtemps demandés si nous avions déontologiquement le droit de remettre ce prix à des non-acteurs, qui font ça en passe-temps, un peu en dilettante, pour dépanner. Puis finalement nous avons décidé que non, nous n'offririons pas cet Esquimau à Louis Garrel, mais plutôt à :

Tous ceux qui donnent la réplique à une balle dans Astérix Aux Jeux Olympiques de Thomas Langmann et Frédéric Forestier !

C'est-à-dire : Tony Parker + son ballon de basket, Zinedine Zidane + son ballon de foot, Amélie Mauresmo + sa balle de tennis, Gérard Depardieu + son ballon de rouge.






ESQUIMAU DU TITRE ÉNIGMATIQUE POUR PUBLIC SOPHISTIQUÉ

Parfois on se complique la vie : à une époque où les labels se substituent aux discours, pourquoi récompenser la mise en scène, les décors, le scénario, le montage, quand souvent seule l'énonciation du titre vous permet d'attirer toute l'attention lors des mondanités, de crédibiliser votre identité de cinéphile moderne et cultivé, et ainsi obtenir le temps de parole nécessaire pour expliciter votre point de vue, forcément pertinent et captivant ?
Essayez d'avoir l'air crédible au sein d'un débat passionné si quelques minutes plus tôt vous avez annoncé fièrement et le sourire idiot aux lèvres que le dernier grand film sur le conflit israélo-palestinien que vous avez vu est Rien Que Pour Vos Cheveux... Alors que si vous aviez cité Papa Est Un Martyr, hop, top crédibilité, plus besoin d'argumenter : on vous écoutait.

A cet exercice délicat du titre noble et énigmatique, cette année c'est Diastème qui emporte l'adhésion avec Le Bruit Des Gens Autour, agencement de mots évocateur, très prometteur, pour le spectateur méticuleux aimant à penser qu'il est magnanime avec le peuple mais que quand même, font chier tous ces gens autour là.

Notons la sortie prochaine du nouveau roman de notre champion en titre Diastème : Bien Le Silence Partout.






ESQUIMAU DE L'AFFICHISTE QUI PARFOIS OUBLIE LA RELATIVE NÉCESSITÉE DE TROUVER UN PUBLIC POUR LA CARRIERE D'UN FILM

Malgré la féroce concurrence d'un Mariage Chez Les Bodin's "enfin au cinéma" (on attendait que ça, Macfly n'en pouvait plus), c'est le film culte de toute une Génération Electro de Christophe Chevalier qui l'emporte haut la main (enfin, le poignet. Ou le coude).


Affiche Génération Electro



Six jeunes nigauds mal fringués avec des couleurs fluo et posant dans des gestuelles absurdes, on attend ça sur une affiche des Power Rangers. Désillusion : dorénavant l'industrie nous explique que c'est ça, l'électro. Pendant que Dave Clarke et Jeff Mills avalent leurs platines, remarquons qu'un film censé promouvoir une danse arbore une affiche où seules les jambes de nos amis ne sont pas présentes.

Esquimau grandement mérité donc, pour un film, une mode même, markettée de A à Z dans le but de glorifier jusqu'à l'abrutissement le plus complet une génération dont le grand talent (le seul ?) est sa capacité à se ridiculiser jusqu'à en être fière.
Par contre le génie au centre a toujours autant de mal à se gratter l'oreille. Mais son collègue derrière commence à maîtriser le bras d'honneur. Rien n'est perdu.






ESQUIMAU DE LA PHOTO VRAIMENT MOCHE QUE MÊME "LES GOÛTS ET LES COULEURS GNAGNAGNA" ÇA PEUT PAS MARCHER LA

La photo…
La photographie d'un film fait partie de ces paramètres essentiels très, trop rarement évoqués par les docteurs ès cinéma qui abondent dans les médias. Ben oui, comprenons-les : il n'y a guère de plan com', de stratégie socio-marketing pointue ou de consensus sur un directeur photo. Donc la photo, on n'en parle pas. Exceptions faites, ô hasard surprenant, des fictions bâclées en vidéo, les dossiers de presse s'empressant de mettre en avant cet argument hautement artistique, preuve ultime de l'indépendance de l'auteur vis-à-vis des diktats marketing tavu.

Et quel risque, mais oui quel risque, que de s'aventurer à émettre un avis sur quelque chose d'aussi subjectif que la perception d'une image, sans guide, sans réflexion pré-mâchée, sans conditionnement culturel ! Puis il faut avoir les mots si jamais l'envie dingue vous prend d'en parler : quand on sait qu'une grande majorité des accrédités presse ne sait pas ce que signifient "diaphragme", "gélatine", "filtre", "profondeur de champ", ça peu devenir compliqué.

Cet obscurantisme permettant à un Serge Kaganski plus évaporé que jamais d'affirmer que le Lady Jane de Robert Guédiguian est "noir et élégant", nous décernons cet Esquimau à Pierre Milon pour une photo en vidéo délavée, baveuse, sans relief, donnant l'impression en salle d'assister à la projection des répétitions. Ce qui est heureusement rare, les répétitions se trouvant le plus souvent dans les papiers de Kaganski.






L'INTERMÈDE MUSICAL (PERMET AUX INTERMITTENTS DE VENIR MANIFESTER)







ESQUIMAU DU FILM DE DROITE : PRIX DE LA PRESSE INDÉPENDANTE

Pour une raison étonnante, les films de droite sont toujours un peu gauches. D'où l'existence de cet Esquimau afin de contrebalancer avec une presse trop fatiguée de crier au "Réac !" et au "Facho !" à tout bout de champ/contrechamp américain pour avoir la force de s'élever contre les fictions révoltantes du pays. Si, il y en a. Pas beaucoup.
Plus que les films de science-fiction hexagonaux toutefois. C'est pour cela que nous avons décidé, à travers cet Esquimau, de saluer un effort particulier du gouvernement, qui nous a présenté en 2008 une vision orwellienne de la société future pour mieux nous informer sur les dangers du contrôle des communications, citant au passage Bradburry avec une dénonciation sans fard de la restriction des accès à la culture gratuite pour les couches les moins favorisées.

Cessons le suspense : le vainqueur cette année n'est autre que : Création et Internet : Le Projet Hadopi de Nicolas Sarkozy & Christine Albanel !

Dommage qu'une fois de plus l'inintérêt chronique des médias pour les œuvres geeks ait mené à un insuccès public conséquent et immérité. En même temps, il faut avouer que le niveau d'écriture d'Hadopi lui permettait de glaner des spectateurs seulement auprès du lectorat d'Okapi, Astrapi et Pomme d'Api.






ESQUIMAU DE LA SUITE OU DE LA PREQUEL QUI N'A PAS ÉTÉ FAITE POUR LA THUNE MAIS PAR NÉCESSITÉ DE CREUSER LES THÈMES PLUS PROFONDÉMENT PARCE QUE TOUT N'AVAIT PAS ÉTÉ DIT

"Celui qui ne cherche qu'à retrouver le brio des trois premières aventures d'Indiana Jones ne sera pas déçu."
Christian Viviani - Positif

"Trop easy ou trop lost, nos raiders n'ont jamais peur de perdre le cap. A force de rester fidèles à leurs rêves d'ados, Spielberg et Lucas risquent de redevenir d'actualité, sinon d'avant-garde."
Eugénio Renzi – Les Cahiers du Cinéma

Plus c'est gros, plus ça passe. En 2008, ça a glissé comme papa dans tonton :


Vous l'aurez deviné, le grand vainqueur du meilleur placement de père de famille est le couple George Lucas / Steven Spielberg pour Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal !

Spielberg a un tel talent qu'il se permet de saloper une franchise mythique juste histoire de prouver qu'il suffit de deux décennies au minimum pour ce qui n'était que de la daube commerciale à destination de gamins attardés devienne "avant-gardiste" quelque soit l'œuvre en question. Après l'épisode Die Hard 4 et avant le vidéo gag du fantôme de Roméro, une preuve de plus que les critiques ne regardent pas des films, mais des concepts.

"Cette résurrection s'avère donc très honorable et nul doute que des visions successives la rendront encore plus réjouissante."
Cédric Delelée – Mad Movies

"A ceux chez qui le film suscite cette attente très particulière que la saga (...) a su nourrir depuis sa création, (...) on peut affirmer que le contrat est rempli."
Olivier Séguret – Libération








ESQUIMAU DU FILM SOUTENANT LE COMMERCE ÉQUITABLE CAR BOUDÉ PAR LA GRANDE DISTRIBUTION

Merde. C'est Frédéric qui va gueuler encore…
Bon, m'sieur Lefèbvre, excusez-nous, devant notre enthousiasme, le passé du réalisateur et la qualité de son film, nous avions oublié que le métrage victorieux de cette catégorie est tellement boudé qu'il n'est même pas sorti légalement en France…

Voilà, nous nous sommes fourvoyés : oui, nous avons téléchargé Southland Tales de Richard Kelly…
C'est combien l'amende ? 300 000 ? Deux chèques, un encaissé à la fin du mois, ça ira ?

Mais non on déconne, rahlalaaa !!! Evidemment qu'on n'a pas piraté des serveurs chinois pour tuer la culture du cinéma de l'art de la musique du CD de la France de Jean-Paul Salomé de l'exception des Droits de l'Homme à nous qu'on a, juste pour découvrir des films que l'incompétence de nos distributeurs laisse en jachère dans nos douanes. Voyons…

En vrai on a fait fort : étant donné que Southland Tales n'existe pas en France (un peu comme le nuage de Tchernobyl et les 188 millions de spectateurs qui vont au cinéma), nous avons été à New York pour le voir en toute légalité, payant notre billet d'avion, assez cher (on a vendu plusieurs caleçons à des fans sur E-Bay – Luc tu reçois les tiens demain), puis on s'est fait arrêter à l'aéroport à cause de nos barbes de trois jours et nos vieux passeports plus aux normes. Arrivés à l'hôtel on a téma une chaîne sur laquelle une ancienne star du porno présentait un débat de société entre deux pubs débiles et racoleuses pour des voitures.
Du coup on s'est dit que la fin du monde selon Richard Kelly n'était pas une si mauvaise idée.

Southland Tales, le film d'anticipation qui se vit au quotidien.






ESQUIMAU DU FILM ENGAGÉ QUI INDIGNE PARCE QUE QUAND MÊME HEIN !

"Engagez-vous, engagez-vous" qu'il disait. Ok, mais ce n'est pas toujours évident d'enfoncer des portes ouvertes avec l'air béat de la découverte. L'an dernier nous avions frôlé les courants d'air avec quantité de métrages documentaires rappelant au spectateur concerné que le monde qu'il avait quitté en allant au cinéma sera globalement le même quand il en sortira. Mais entre temps il aura eu l'occasion de s'effarer (et si, c'est vrai).

Cette année, illustration des angoisses qui assaillent la planète, ce sont les films de fictions qui nous culpabilisent d'avoir un micro-onde et de ne pas savoir choisir entre un candidat débile et un candidat idiot.
Mais comme nous ne voulons rien faire comme tout le monde, point d'écologie, point de politique : pour la rédaction de L'ouvreuse, le film le plus engagé de 2008 est Diary Of The Dead de George Romero !

Car il en faut du courage pour aller aussi loin dans la parodie de soi, et par conséquent démontrer avec à une mise en abyme méta-textuelle reposant sur les éloges insensés d'une presse dépassée (d'environ vingt ans) qu'en effet, la prolifération des images nuit gravement au sens : avec trois films Romero était visionnaire ; avec cinq, il devient scolaire.






ESQUIMAU DE LA SÉQUENCE QUI RESSEMBLE A UN TÉLÉFILM FRANCE 3 PICARDIE

A l'aune du lauréat de cette année, nous nous rendons compte à quel point cet Esquimau est cruel envers les Picards. Nous espérions tout au plus brocarder les axes foireux, les raccords en désaccord, les chutes de décors ou encore les acteurs improvisant une scène d'action mal répétée ("zut, quand je me lève du fauteuil, je vais à droite ou à gauche ? Ha merde c'était à gauche. Ha cool le réa la garde.").

Mais jamais, jamais nous pensions en arriver là :



Par cet hommage cyberpunk à Marie-Pierre Casey et à la pub Pliz dans le déjà culte Tu Peux Garder Un Secret ?, Alexandre Arcady prouve s'il le fallait qu'il reste le plus grand cinéaste populaire hexagonal. On reconnaît là le preneur de risque qu'il a toujours été, comme lorsqu'il osait braver les tabous pour offrir un buddy movie à la France, montrant envers et contre tous la relation sulfureuse entre un juif et un… pied noir. Ha, c'était rigolo L'Union Sacrée quand même.

Vingt ans plus tard, le talent est toujours là, intact. En une quinzaine de plans, Alexandre Arcady tue la compétition pour un paquet d'années. Pour l'éternité, qui sait, car depuis que vous avez commencé la lecture de cette cérémonie 5208 films (et tous français !) ont été volés sur les serveurs terroristes, et donc si ça se trouve il n'y aura plus jamais d'Esquimaux Euhouards.

Alors pour l'Histoire. Pour l'Art. Pour que nos enfants aient une infime idée de ce qu'était ce Cinéma, disséquons la dernière grande séquence du Cinéma Français des Droits de l'Homme :


PLAN 1 : Le mail que Laurence Boccolini s'apprête à envoyer à une amie dans lequel elle décrit son plan machiavélique. Notez le post-scriptum à base de blanquette et de cantine, le genre de détail humoristique jouant piteusement sur le physique des acteurs qui fait le sel des films cultes. Bon en même temps on peut se demander quel est l'intérêt de tout taper sur un clavier et lui envoyer par mail si elle peut lui raconter de vive voix en se tapant de la blanquette quelques minutes plus tard.




PLAN 2 : Attention, première cascade : Laurence Boccolini tournicote le doigt en l'air, qu'on comprenne bien qu'elle est satisfaite de son coup (ambiance décontractée soutenue par Liz Brady sur la bande son). Ou alors elle se languit la blanquette. C'est vrai que c'est bon la blanquette.




PLAN 3 : Deuxième cascade : Laurence Boccolini appuie sur un bouton. C'est l'élément déclencheur de la séquence.




PLAN 4 : Alexandre Arcady connaît le métier : après une action, une réaction silencieuse. Mais là le doigt ne tournicote plus, c'est toute la partie haute du corps qui effectue un brusque mouvement en avant, signifiant une perte de stabilité psychologique chez l'individu.




PLAN 5 : Conctrechamp, nous découvrons ce qui a provoqué ce mouvement : le curseur de la souris était sur la mauvaise icône…




PLAN 5B : Un léger mouvement d'appareil nous confirme que quand l'icône dit "Envoyer à tous", c'est "tous", même au patron. Voilà le genre d'incident qui n'arrive pas autour d'une bonne blanquette.




PLAN 6 : Retour sur l'héroïne. Elle se met à fixer quelque chose hors champ. Le réalisateur crée ainsi de la tension : mais que va-t-elle tenter ?




PLAN 7 : Ha mais oui, évidemment. La prise téléphonique…




PLAN 8 : Retour sur Boccolini. Elle se re-penche sur son ordinateur pour chercher l'information primordiale à cet instant de la scène : "Holala, est-ce que mon pécé il met vingt secondes pour envoyer un mail de neuf lignes par intranet ?"




PLAN 9 : Houla oué, le PC n'a même pas commencé à percuter qu'il doit envoyer un mail. Arcady a probablement le même fournisseur d'accès que Pascal Nègre, ses mails transitent par les douanes chinoises. Ceci expliquant cela.




PLANS 10 et 11 : Retour au champ. L'actrice effectue l'inverse du plan 8, renforçant l'inéluctabilité du choix à faire : la solution passe par la prise téléphonique, et non par le bouton "Annuler", ou par la fermeture du soft de mails, ou par l'interrupteur du PC, ou par le câble de la carte réseau… Non, chez Arcady, la solution passe par l'élément le plus éloigné du bureau et donc le moins évident pour tout être humain travaillant huit heures par jour sur un ordinateur.






PLAN 12 : Donc Laurence se lève et se précipite vers la prise. Là, il se passe un truc : soit elle se rappelle qu'elle a oublié de valider sa grille d'Euro Million, soit un bébé jouait au pied de son bureau… Bref, elle hurle "Meeerdeuh !!". Surpris, ses bras décident de s'enfuir.





PLAN 13 : Isolé, le plan semble montrer une dame qui se baisse pour ramasser un petit chien. Mais le miracle du montage crée une illusion qui embrouille notre perception pour donner l'impression que dans ce plan Laurence Boccolini… se baisse pour ramasser un petit chien (ou un morceau du bébé).




PLAN 14 : Haaaa, mais non, point de bébé : elle dit merde car ses sandales sont restées malencontreusement collées au parquet. Ça arrive si souvent.




PLAN 15 : Un plan furtif sur la femme du patron crée la distanciation de point de vue engendrant le rire chez le spectateur. Bon c'est pas vraiment une science exacte non plus.




PLAN 16 : Alexandre Arcady, toujours aussi généreux, nous entraîne au coeur de l'action avec cette vue subjective.




PLAN 17 : Le point de vue de l'autre personnage, dont la plongée incite à lui conférer un statut divin jugeant le pathétisme de la situation. LA, ça devrait engendrer les rires. Allez quoi.




PLAN 18 : Buccolini arrive au bout de son périple. Dans la vraie vie le mail serait déjà parti, arrivé, lu et transféré. Mais les sandales ? Elles seraient restées collées les sandales ? Encore une mission pour les Mythbusters.




Et voilà comment un modèle de découpage parvient à créer la séquence la plus picarde de l'année. Comme nous savons que tu aimes ça petit déviant, revoici le chef-d'œuvre en mouvement :



Je ne ferai pas ça tous les jours.






ESQUIMAU DE LA SÉQUENCE QUI RESSEMBLE A DU CINÉMA ET NON A UN TÉLÉFILM FRANCE 3 PICARDIE

L'Esquimau le plus prestigieux de la cérémonie, le Prix Häagen-Dazs si vous voulez, récompense ces fous rétrogrades qui osent encore de faire du cinéma.
Vous vous rappelez, "le cinéma" ? Ce truc avec des images, du mouvement, du rythme, du son, de la musique, et dont le tout donnait un sens, un récit, voire des émotions. Voyez pas ? Dommage. Car avant que la Picardie ne soit désignée capitale culturelle de la France, avant qu'on alloue deux à trois fois plus de budget à un tournage en DV dans un trois pièces qu'à un film policier en extérieur, les cinéastes avaient le droit moral de faire du cinéma sans se faire traiter de "clippeur", d'"aimable faiseur" ou de "metteur en scène outrancier".

Cette année, la séquence exploitant au maximum la superficie d'un écran de cinéma, son langage, ses sensations, dure 2h15. En effet, il nous a été impossible d'isoler une scène, un passage ou juste une idée de ce tourbillon fabuleux, cette fontaine de jouvence cinématographique totale qu'est le somptueux Speed Racer de Andy & Larry Wachowski.

Nous vous proposons d'ailleurs un petit jeu : dans ces sept premières minutes de film, combien de présentations de personnages (dont certains deux fois à des âges différents), de flashbacks, de flashforward au sein de flashbacks, d'arcs scénaristiques et de sources de motivations pour le héros sont présentés uniquement par le biais de l'image, du montage et/ou la fusion de plusieurs médias ?



Le gagnant aura le droit de nous expliquer pourquoi chez nombre de nos collègues, un scénario qui favorise le langage par l'image sans donner l'impression que l'auteur répète les informations toutes les cinq minutes est un scénario "con comme un placard à balai".
Parce qu'en vrai le cinéma, c'est mal ?






ESQUIMAU DU SCÉNARIO ÉCRIT PAR MON COUSIN BAPTISTE, 13 ANS (BEN OUI, IL VIEILLIT, COMME TOUT LE MONDE)

Vous l'entendrez samedi prochain sur Canal Plus : "Le cinéma, c'est une grande famille". Mignon euphémisme pour déclarer tranquillement qu'en fait "le cinéma, c'est surtout du piston, grand". La preuve avec cette récompense uniquement créée pour satisfaire les caprices de mon cousin Baptiste, scénariste durant ses heures de colle (sous pseudo. Cody Diablo c'est lui).

Cette année, l'Esquimau couronnant les exquis mots de scénaristes revient à Catherine Johnson pour Mamma Mia! !

Un best of d'Abba, des stars sous taz, une île grecque, et roule ma poule : dans l'avion tu torches ton scénario Ikea en meublant entre tes chansons suédoises, et blam, carton planétaire.

L'hommage, tout de suite, de 50 Cent :








ESQUIMAU DE L'INÉNARRABLE CRITIQUE OEUVRANT AVEC TALENT POUR LA RECONNAISSANCE ET LE RESPECT DE SON MÉTIER

Il suffit ! C'est bon maintenant hein ! Ho, ils cassent les burnes eux, là, "les gars de l'ouvreuse", à toujours baver sur les critiques. "Ouiiiii, ils aiment pas Spid Raceur, c'est des cons, maintenant ils aiment Romero, c'est des opportunistes, gnagnagna, nous on sait, on a raison, mdr, esséterra". Connards oué.

Bonjour, c'est Bayon.
J'ai réussi à pirater ce site de pédophiles génocidaires aigris et fascistes, et je vais vous dire, moi, ce que c'est qu'être un vrai critique de cinéma qui écrit dans une VRAIE revue, et non pour un pseudo blog même pas 2.0, même pas influent, affreusement pas urban : voilà, déjà, y a un chef. Un vrai, qui paye. L'actionnaire qu'on appelle ça. En dessous, y a un autre chef, un faux, qu'est là juste pour pondre un édito, faire la belle et obéir aux ordres du chef, le vrai. C'est un peu l'hôtesse de tête de gondole. Le chef, le vrai, par définition il aime pas les gauchistes, donc quand un chef de la noblesse reprend un journal de gauche, il s'arrange pour pas que ça se voit, histoire que les consommateurs continuent de consommer le papier sans faire gaffe à ce qu'il y a dessus. Et nous, on a trouvé une super solution pour ça : vu que la politique c'est compliqué de la bidonner, ça repose quand même sur des faits, on cache notre asservissement en gonflant le "+ produit rébellion" (comme ils disent au marketing) dans les pages culture. Là c'est facile de dire n'imp' vu que pas besoin de vraiment argumenter, on te dit que l'art c'est subjectif et ta gueule, simple. Après suffit de crier "facho", "réac", "nazi" ou "cinéaste" de temps en temps, l'illusion est sauve et les bobos nous lisent. Pire : nous croient.
La voilà, la vérité bande de moules : je participe à sauver un bastion de l'esprit de gauche en me forçant à jouer l'ado rebelle bas du front adepte du point Godwin, et tout ce que j'ai en retour, c'est ça là ? Cette merde ? Un esquimau ? Bande de sales déistes capitalistes vous allez voir où je vais vous le fout…



Haaaa, ça va mieux…
Donc, les présentations étant faites, je vous confirme, lecteurs, que cet Esquimau de l'inénarrable critique revient au chevalier Bayon de Libération pour son grandiose article sur Speed Racer, qu'on ne résiste pas à reproduire ici dans son intégralité :

"Ni speed ni racé du tout, Speed Racer est un long soap clip de Scalextric colorié. Les héros graisseux et benoîts boivent du lait entre Blancs génocidaires déistes. Leur dieu : la F1 du "car-fu" ; leur diable : l'Argent cynique - gras idem, à cigare.

La star de cette imbécillité manga cylindrée digne des halls à jeux vidéo pédophiles 80 est un Elvis hydrocéphale rejouant à Speedway sur Circuit 24 géant ou à Rollerball miniature.

On a connu cet Emile Hirsch caïd dealer infanticide, puis Kerouac sortie de route ; le revoilà enfantin, comme Christina Ricci son flirt carrossé, qui, à 30 ans tapés bientôt et autant de rôles dessalés, repasse sa communion teen-bop. A Star Is Reborn.

Le prégénérique kaléidoscopique lance le moulinage de foire à quoi se résume ce cyberstock-car sérigraphique et sitôt, pour raisons de pure cinétique, la chose lève le coeur comme une virée en 4x4 sur corniche corse. Les 2h07 de psychédélismes stroboscopiques saucés de vrilles soniques et de travelling ivre sur bolides bloqués train arrière relevé en survirage à 800 km/h zoomés d'anneau de vitesse, sont longues - tout culbuté sans émoi, sens, images au fait.

Tels airs de Chroniques Martiennes sous ciel fuchsia, tel avion mauve posé à la porte, évoqueront quelque anticipation architectonique de Star Wars, les rétrovisions de Pleasantville. Mais l'ensemble reste émarger aux pires Contact (Jodie Foster contacte papa mort au ciel) ou Et l'homme créa la femme. Les méchants enfin tués, Speed Racer décroche la timbale, fin.
"


Dommage que les responsables du site de Libération aient jugé utile de supprimer les commentaires accompagnant ce fin billet... Enfin, celui-ci est encore en ligne, c'est le principal.
Car les publications à la ramasse il y a huit moins ont trouvé la parade idéale pour garder la face tout en rattrapant un coche raté dans les grandes largeurs au moment de la sortie de Speed Racer : engager des pigistes pour chroniquer positivement le film à l'occasion de son édition en DVD. Testée et approuvée par Libération, Première et Mad Movies.






L'ESQUIMAU D'HONNEUR DE L'OUVREUSE








ESQUIMAU DU MEILLEUR FILM BOUDÉ PAR LE PUBLIC

Cette année l'Esquimau du meilleur film boudé par le public est une véritable énigme : projet à grand spectacle, par deux réalisateurs ayant livré une des deux trilogies majeures de la décennie, propulsé par une promo conséquente, sorti sans concurrence juste avant la fête du cinéma et aidé par un très bon bouche-à-oreille (car en général ceux qui l'ont vu l'ont aimé ; ceux qui ne l'ont pas vu le comparent aux seules pauvres références cinématographiques qu'ils possèdent).

Que s'est-il passé ? Pourquoi les spectateurs ne sont pas allés découvrir Speed Racer de Andy & Larry Wachowski en salle, le triste et grand vainqueur de cette catégorie ?
Nous allons tenter d'y répondre en jetant diverses hypothèses là comme ça à brûle-pourpoint :

- Il paraissait tellement futuriste que les gens ont cru qu'il sortirait en 2015.
- Les spectateurs qui hurlaient à leur entourage d'aller voir ce film en salle avaient tellement les yeux qui brillaient qu'on les a pris pour des hippies sous LSD.
- C'est évidemment à cause du piratage : la planète entière a chopé le blu-ray rip et la planète entière a décidé de découvrir ce film sur son écran géant perso, pour mieux aller voir les comédies à la con au cinéma.
- En fait Bayon a vraiment plus d'influence qu'on ne le croit.
- En fait nous avons vraiment moins d'influence qu'on ne le croit.






ESQUIMAU DU FILM ADULÉ PAR LA PRESSE, DÉJÀ OUBLIÉ

Vous devez vous demander ce qu'elle faisait, la presse spécialisée, pendant qu'elle passait à côté de films, de réalisateurs, de courants ou de cinématographies majeurs (qu'elle ne se privera pas de vampiriser sur le tard sans aucun complexe). Elle était tout simplement occupée à louer les qualités, l'avant-gardisme et la liberté de ton d'œuvres complètement tombées dans le domaine de l'anecdotique en quelques mois, soit le temps qu'il faut aux atours marketing pour s'évaporer.

Voici un prix à l'origine de nombreux débats au sein de l'Académie : doit-on y juger l'oubli d'un film en fonction de l'adoration médiatique qui a accompagné sa sortie ou seulement sa propension à totalement disparaître des esprits, bilans et comptes rendus de fin d'exercice alors qu'on nous assurait avoir à faire à un des "films de l'année" ? Ha c'est qu'on déconne pas nous quand on fait les cons.

Non parce qu'en fait on aurait aimé, faut avouer, que l'insipide Juno de Jason Reitman l'emporte, histoire qu'il soit un peu moins oublié qu'il ne l'est déjà. Mais malgré une critique se prenant d'affection pour une ado aussi espiègle qu'un loukoum prise au piège d'une dramaturgie à la Premiers Baisers, nous étions loin de la tornade d'hystéries analytiques et révisionnistes qu'a déclenchée la dissert' du neveu de George Romero.

Car oui, c'est une deuxième récompense qui vient couronner cette demande officielle d'inscription aux cercles des auteurs disparus qu'est Diary Of The Dead.

Thèmes soulignés huit fois au stabilo pour que les journalistes mettent moins de vingt ans à les assimiler, fiction contenant ce qu'il faut de clichés mal fagottés pour que les fans ne le regardent plus jamais, le tout est assez incohérent dans son ensemble pour qu'on se marre comme des baleines en ressortant certains articles dans quelques temps. Bien joué George.






L'EXIGENTE SÉLECTION PARALLÈLE : UN CERTAIN REGARD SUR TON CUL

Un bon plan cul dans un film, c'est un peu comme l'oncle rigolo dans un repas de famille : on vient pas forcément pour lui mais on est content si on le voit. C'est-à-dire l'inverse d'un plan cul chez Damien Odoul ou Catherine Breillat par exemple, dont les films tournent invariablement autour de cette figure, la seule de leur cinéma parvenant à illustrer la marginalité, la subversion et la réflexion qu'ils se prêtent.

Cette année, l'exigeante sélection parallèle Un Certain Regard Sur Ton Cul a choisi de récompenser :

Leonore Watling dans Crimes A Oxford d'Alex de la Iglesia !

Crimes A Oxford

Bravo l'artiste, quel talent.






ESQUIMAU D'OR DU RÉALISATEUR AUSSI RELOU QUE SON FILM

Esquimau d'Or


George A. Romero pour Diary Of The Dead !

Que celui qui n'a pas compris qu'en fait les zombies sont des métaphores dans les films de Romero lève le doigt. Non Laurence tu peux baisser le tien la cascade est finie. Tout le monde a bien saisi combien le réalisateur de La Nuit des Morts-Vivants est un ôteur, c'est bon ? Si vous avez encore des doutes faut faire quelque chose.

Voilà, Diary Of The Dead est le grand vainqueur des ces deuxièmes Esquimaux Euhouards avec trois récompenses dont le prix suprême, et fait un beau successeur à Die Hard 4 et Chrysalis, les lauréats de l'an dernier.

Il est temps d'aller sabrer le champagne et s'envoyer quelques traces de poudreuse parce que ça fatigue toutes ces louanges.


A l'année prochaine, si eMule le veut bien.









   

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