Edito

      "- Qu'est-ce que tu penses de la violence au cinéma toi ? - Je me mets toujours au premier rang, alors ce qu'il se passe dans la salle..."
Lire l'édito de mars...
 
Mamma Mia! Suggérer par mail
Critique par Mérovingien le 16 octobre 2008

Abats

Affiche Mamma Mia!
C’est l’histoire de deux nénettes qui, en écoutant le best of d’ABBA, ont décidé d’en tirer un spectacle musical.

Le constat vous parait cassant et exagéré ? Et pourtant… Pas besoin de s’emmerder à écrire des chansons quand un groupe suèdois a aligné les tubes interplanétaires qui rendent bêtement heureux à leur simple écoute, il suffit de les reprendre tel quel. Pas besoin non plus de s’encombrer d’une histoire puisqu’il y a les chansons d’ABBA qui cartonnent toujours autant depuis trois décennies en club gay. Inutile également de faire preuve d’ambitions chorégraphiques puisque les spectateurs de Mamma Mia! viennent d’abord se décrasser les oreilles en (ré)écoutant du ABBA et pas pour en prendre plein la vue. Le bonheur, c’est simple comme une chanson d’ABBA en fait !

Rarement aura-t-on assisté à un tel renoncement artistique cette année qu’avec ce Mamma Mia! capitalisant exclusivement sur sa bande originale pas si originale pour s’attirer les faveurs d’un public conquis par avance (ABBA, c’est top quand même !). Vous voulez votre dose de SOS, Voulez-Vous, Take A Chance On Me ou Honey Honey  ? Pas de problème, ils sont tous là, avec leurs mélodies entraînantes qui donnent envie de hurler son bonheur à la face du monde entier. Les partitions n’ont subies aucune variation majeur histoire de ne froisser personne, au détail près qu’elles sont chantées comme s’il s’agissait d’un épisode de High School Musical. Il manque systématiquement cette dose de magie délicieusement kitsch qui permettrait à tous ces hits de décoller, la faute à une approche constamment orientée soupe FM pour faire rêver les midinettes. Il faut voir la blonde Amanda Seyfried et le fadasse Dominic Cooper se trémousser sur le sable en tenue légère sur Lay All Your Love on Me pour se demander si c’est bien à du ABBA et non à du AB Production que l’on assiste… Torse musclé imberbe pour lui, pose lascives de simili Britney pour elle, troupes de figurants masculins faisant les mariolles avec des palmes à l’arrière-plan et coucher de soleil à vomir filmé avec un tel cynisme que ça en deviendrait presque vexant. On est bien loin des réappropriations musicales intelligentes d’œuvres comme Moulin Rouge ou Happy Feet qui savaient prendre des libertés avec les mélodies tout en les inscrivant dans une véritable logique narrative assumant à 200 % l’exacerbation des sentiments (voir la maquette de Paris plongée sous les nuages durant la séduction de Satine chez Baz Luhrmann ou les cœurs dessinés par les manchots chez Miller).

Se reposant entièrement sur les tubes d’ABBA, la scénariste Catherine Johnson et la réalisatrice Phyllida Lloyd balancent une vague histoire de mariage en Grèce prétexte à rassembler les trois pères potentiels de la mariée qui ignore lequel est le bon. Les enjeux dramatiques resteront néanmoins à l’état embryonnaire puisque jamais aucun rebondissement ne viendra perturber ce juke-box rétro agrémenté de péripéties jamais préparées, jamais développées et jamais abouties. Le marié fait boudin quelques minutes à sa dulcinée parce que celle-ci lui a menti, les trois pères potentiels décident successivement d’accompagner leur fille devant l’autel mais cela sembleront oublier leur promesse au moment fatidique, un personnage révèle brusquement son homosexualité à la fin avant d’aller se frotter torse nu dans les bras d’un garçon sorti de nulle part…
L’intégralité du casting semble n’être là que pour s’offrir du bon temps au soleil, rarement concerné par ce scénario inepte qui a de toute évidence été improvisé pour caser un maximum de titres incontournables. Comment placer Money Money ? Facile, il suffit de dire que le personnage principal a des problèmes d’argent !  Et Super Trooper ? Intégrons une séquence de spectacle de vioques et le tour est joué ! Et quand y en a plus y en a encore, témoin cette scène totalement gratuite placée là juste pour le plaisir dans laquelle une copine de Meryl Streep s’amuse avec des minets sur une plage en entonnant  Does Your Mother Know. En totale roue libre, les comédiens balancent leurs blagues comme s’ils se croyaient encore à la maternelle, au point qu’on en vient à être gênés pour eux. Car il faut voir Stellan Skarsgard et l’embarrassante Julie Walters marcher à quatre pattes sur un toit, Meryl Streep sauter sur son lit dans un ralenti ridicule ou l’intégralité des figurants faire strictement n’importe quoi pour le croire.

Mamma Mia !
Le Diable s'Habille en Salopette et il danse comme une merde...

Bien partie pour tout rafler aux prochains Esquimaux Euhouards de L'ouvreuse (nd nicco : Y a Lady Jane quand même), la version Céline Dion de The Winner Takes It All s’impose comme LE morceau de bravoure du métrage tant il incarne à la perfection - et durant quatre très longues minutes - tout ce qui ne tourne pas rond dans Mamma Mia!. En plus de reposer sur des enjeux artificiels placés là uniquement histoire d’injecter du drame à l’orée du dénouement ridicule (Meryl Streep en veut à son ex pour une raison X qui pourrait tout aussi bien être Y sans que ça change quoique ce soit à l’affaire), cette séquence nous permet d’apprécier deux grands acteurs en mode Ultimate Cabotinage, transformant ce qui est censé être une séquence dramatique en un grand moment de rigolade involontaire. A ma gauche : Meryl Streep chantant faux et puisant dans tous ses tics d’actrice à oscars : yeux humides, regard fuyant, basculement de la tête… Quand la musique s’emporte, elle s’emporte aussi, ne sachant plus quoi faire de ses bras et se mettant donc à les agiter dans tous les sens. A ma droite : Pierce Brosnan dans un grand moment de solitude. N’ayant de toute évidence reçu aucune consigne de la réalisatrice, il prend la pose d’un acteur de soap opera, mains dans les poches ou dans le dos, mine dépitée. Difficile de rester classe quand on fixe sa partenaire pendant quatre minutes. Alors Pierce se gratte la tête, regarde à gauche, regarde à droite, se regratte la tête en se demandant ce qu’il fait là, regarde en haut, regarde en bas... Il n’est pas aidé, avouons-le, par la mise en scène qui se borne à filmer ses personnages de très près avec un nombre limité de coupes (essayer un peu de braquer une caméra sur un acteur en lui disant "prend l’air concerné pendant  quatre minutes non stop sans rien dire" et vous verrez qu’il y a peu de chance d’aboutir à un résultat convaincant). Une véritable épreuve pour les nerfs récompensée par le climax de la chanson où la réalisatrice s’est cru d’un seul coup à Bollywood, avec des plans en hélico sur un superbe décors au coucher du jour et une Meryl Streep faisant flotter son voile dans le vent avec un tel manque de naturel qu’on se croirait dans une pub pour tampons.

Faussement kitsch, faussement romantique, faussement drôle… Mamma Mia! est une insulte pour tous les fans d’ABBA, un revival trop formaté pour être honnête, s’appuyant uniquement sur des titres immortels et un casting de luxe pour rallier le public à sa cause. Ne comprenant strictement rien à l’essence même de la comédie musicale (la mise en scène n’est JAMAIS musicale ou chorégraphique), les deux auteurs de cet objet préfabriqué font penser à deux gamines de douze ans qui s’amuseraient dans leur chambre en se prenant pour des stars de la pop. Une impression confirmée par l’abominable générique de fin, véritable bonus de mauvais goût vomissant sa bêtise absolue en attendant d’être célébré dans quelques années dans tous les clubs branchés.
2/10
Mamma Mia!
Réalisateur : Phyllida Lloyd
Scénario : Catherine Johnson
Production : Judy Craymer
Photo : Haris Zambarloukos
Montage : Lesley Walker
Bande Originale : best-of ABBA, dispo dans toutes les bonnes crèmeries
Origine : USA
Durée : 1h50
Sortie Française : 10 septembre 2008

OPEN THE NEXT
Google! Facebook! Live! Del.icio.us! MySpace! Technorati! Reddit! Mixx! Yahoo!



 1 Posté par pau le 16 octobre 2008 à 09:34

En même temps, soyons sérieux, associer un pub pour tampons à Moulin Rouge ou Happy Feet, quels que soient les défauts des derniers cités, c'est jamais très flatteur pour la première.  
 
On me signale dans l'oreillette que Mamma Mia était le film, et non pas une campagne de prévention anti-fuites tellement longue que j'ai dû m'enfuir (justement) avant la fin...
 2 Posté par pau le 16 octobre 2008 à 10:32

Ah au fait, allez voir Tonnerre sous les Tropiques. Trois fois, de préférence.
 3 Posté par geouf le 16 octobre 2008 à 14:53 | website

Totalement d'accord avec cette critique, mais par contre, qu'est-ce que j'ai pu rigoler devant ce film ! Parce que franchement, voir Meryl Streep se tremousser comme un sac de patate en massacrant du ABBA, c'est quelque chose qui vaut son pesant de cacahouetes. ET le pauvre Pierce Brosnan qui passe la moitie du film a se demander ce qu'il fout la, et les figurants grecs qui font peur, et les passages d'une vulgarite hallucinante... 
Bref, Mamma Mia est definitivement une grosse merde, mais c'est aussi un hallucinant nanar hilarant de bout en bout... 
Et je confirme, pour voir une tres bonne comedie, allez jeter un oeil au genial Tropic Thunder (et au non moins excellent Pineapple Express quand il sortira en France)
 4 Posté par L'Archigeek le 16 octobre 2008 à 22:43 | website

J'avais chopé y'a longtemps les morceaux du spectacle sur scène (comme quoi j'ai vraiment un flair indéniable pour les succès de merde) et déjà je trouvais qu'il était complètement passé à côté du sujet. En fait y'a bel et bien un film qui se dessine dans les tubes de ABBA, et si vous voulez tout savoir, c'est l'histoire de la pute qu'interprète Sharon Stone dans Casino (écoutez dans l'ordre Money Money Money, Dancing Queen, Super Trooper, Gimme Gimme Gimme et The Winner takes it all, vous verrez) 
 
Et puis, si je puis permettre, Céline Dion n'a pas inventé la reprise de grande classe, téma : 
http://www.youtube.com/watch?v=6TIySyZZIjA
 5 Posté par Mérovingien le 17 octobre 2008 à 04:29

bien vu pour le parallèle avec Casino ! il y avait effectivement possibilité de tirer quelque chose des tubes d'ABBA mais encore aurait-il fallu les inscrire dans une narration élaborée où les chansons aurait eu une vraie utilité dramatique 
 
 
Et wouhaaaa ! en effet, cette vidéo dépote ! c'est tout pareil que dans le film dis donc, public avec néons en moins ! :grin
 6 Posté par Zug le 17 octobre 2008 à 22:14

Méro, comment as-tu pu voir le film en entier ? J'ai même pas pu aller au bout des extraits You Tube de ton article ! 
Et Lady Jane est pire, Nicco ? La vache, on devrait vous décorer pour votre sens du sacrifice, les gars !
 7 Posté par simidor le 18 octobre 2008 à 11:50

Ca a l'air affreux ce truc (la scène du lit avec les vieilles :upset ). 
Si vous voulez voir un bon film avec du Abba, regardez "Muriel" de P.J Hogan.
 8 Posté par Bouhtiti le 18 octobre 2008 à 13:31 | website

Je l'ai vu au ciné, et (allez j'assume le futur lynchage public) j'ai bien aimé! Faut le prendre tel qu'il est, c'est à dire un film sans prétention aucune. Juste nous faire écouter du ABBA, et déconnecter pendant 1h30. L'absence de scénar' on le sait bien rien qu'en regardant la BA. C'est plein d'humour... Evidemment on est très loin d'un Moulin rouge mais tout le monde n'est pas Baz Luhrmann! 
Voili pour moi!  
(et juste en P.S : comme certains foncez voir Tonnerre sous les tropiques :p)
 9 Posté par geouf le 18 octobre 2008 à 16:01 | website

Et vous savez le pire? C'est qu'ici (au Royaume-Uni), ce film est un véritable phénomène de société. Il squatte l'affiche depuis 2 mois, les bonnes femmes retournent le voir plusieurs fois. Ils ont même sorti une nouvelle version "sing along" pour que toi aussi public tu puisses massacrer les chansons d'ABBA avec Meryl Streep. Donc estimez-vous heureux ! 
Et pendant ce temps, Eden Lake ne reste que deux semaines à l'affiche...
 10 Posté par julie le 19 octobre 2008 à 17:21

moi,perso j'ai adorer le film car il est trop bien fait et j'adore les acteurs(surtout dominic cooper alias sky, il est trop trop beau) comme amanda et toute la troupe il sont trop bien  
 
je vous aime julie
 11 Posté par Celtik le 19 octobre 2008 à 17:53

Le "do you want another one?" du générique de fin dans une salle vide ça doit le faire... 
 
J'ai quand même du mal à imaginer un quelconque succès de ce fil... de ce truc en voyant ces extraits.
 12 Posté par Wlad le 30 mars 2009 à 12:04

Bien que je sois en total désaccord (pour tous les éléments cités ici, j'ai beaucoup apprécié le film : je n'écoute pas ABBA donc je ne vais pas crier à la trahison, le côté faussement kitsch avec des décors en carton-pâte qui coûte visiblement la peau des fesses m'a bien fait rire, le jeu de chaussette des acteurs aussi, enfin bref le fait d'être ouvertement victime d'une arnaque monumentale ayant juste consisté à payer à l'équipe du film des vacances en Grèce avait quelque chose de réjouissant), je trouve cette critique excellente. C'est très sincère et bien écrit, je me suis énormément bidonné.

Ouvrez-la ! Avec pertinence et correction. Tout troll sera automatiquement supprimé.
Nom :
E-mail :
Site web :
BBCode :Insérer un lienInsérer une adresse e-mailInsérer une imageTexte en grasTexte en italiqueTexte soulignéCitationCodeOuvrir une listeAjouter une ligne à la listeFermer la liste
Commentaire :



Code de vérification :* Code
Je désire être prévenu par mail des commentaires qui suivront.

 
+ Article précédent   + Article suivant
Le bulletin de notes
 

Derniers commentaires

15/03 | Clemz | Mars 2010
14/03 | Parazite | Inglouriou...
13/03 | pau | Inglouriou...
12/03 | Ox | Inglouriou...
12/03 | gruute | Inglouriou...
12/03 | Clemz | Interview ...
11/03 | ticklish | Interview ...
10/03 | Bob | Lovely Bon...
10/03 | William | Le Vilain
09/03 | nicco | Mars 2010

Le strip de Macfly

 

 

Aeon Flux RSS

Ecrire pour L'ouvreuse - Pointer vers L'ouvreuse - FAQ - Mentions légales - Nous contacter
© 2010 Créateurs d'Univers - Tous droits réservés