Rollerball

Roulettes russes

Affiche Rollerball
[Tribune] John McTiernan est une sorte d’Arche d’Alliance pour les cinéphiles à tendance bourrino-geek, à savoir un gars capable de réaliser des films d’action qui ont cartonné au box-office en mariant efficacité et élégance, jugez plutôt : Predator, Piège De Cristal, A La Poursuite D’Octobre Rouge, Une Journée En Enfer.

Outre ces pépites, pastichées maintes fois, il a également réalisé des semi-succès voire de gros échecs : Last Action Hero, Le 13ème Guerrier, L’Affaire Thomas Crown, Basic, et donc Rollerball.
Ce qui est d’ailleurs notoirement irritant, c’est que la cause de ces échecs est rarement McTiernan lui-même, mais souvent le contexte qui entoure la création ou la diffusion de ces films. En dépit de ses chefs-d'œuvre, McTiernan restera à jamais un réalisateur d’un genre "vulgaire", dont les velléités auteurisantes (il aime expérimenter, réadapter personnellement le scénario qu’il tourne, garder le contrôle sur le montage) s’associent très mal avec le contexte d’une grosse production hollywoodienne. Bourrin vaguement doué pour l’establishment de la critique française, casse-burnes à Hollywood, McTiernan a passé les années 2000 dans la merde, entre une baston avec Michael Crichton (Monsieur Urgences, Jurassic Park, Le 13ème Guerrier, qui a viré le réalisateur de la salle de montage de ce dernier film avec Banderas avant d’opérer des coupes drastiques sur la bobine), et la taule, la vraie, pour une sombre histoire d’écoutes illégales.

Il réalise à l’aube de cette décennie maudite son dernier grand film, L’Affaire Thomas Crown, où Pierce Brosnan et Renée Russo reprennent les rôles de Steeve Macouille et Faye Dunaway avec panache, dans un film d’une beauté classe et rare.
On passera sous silence le cas de Basic, qui démontre que McTiernan sait filmer les dialogues et les intrigues, et rendre un scénario complètement naze plus ou moins intéressant à regarder, malgré l’impression dans les cinq dernières minutes d’avoir les hémorroïdes douloureuses, ou de se trouver face à un épisode de Scoobi-Doo, avec le tueur qui enlève son masque et tout et tout.

En 2002, en plein hype "rapide et furieuse", sort donc Rollerball. Remake d’un film de Jewison, à l’instar de L’Affaire Thomas Crown, Rollerball met en scène une collection d’acteurs cabotins, monocordes ou fadasses, et s’est fait piétiner à sa sortie.  Mais les vrais savent que McTiernan ne réalise jamais de film complètement pourri…

Rollerball

Le pitch (qui signifie à la fois le court résumé du film et le terrain dans les sports de balle, astuce) :
République russophone d’Asie Centrale. Dans pas longtemps. Un sport méchamment violent, le Rollerball, fait fureur, et génère des masses colossales d’argent. Un mafieux, Alexi Petrovitch, contrôle tout le business, truque les matchs qu’il diffuse, et le pays pauvre et minier au bord de l’insurrection dans lequel le match se déroule. Les sportifs occidentaux suspendus ou exclus se voient offrir des ponts d’or pour aller risquer leur vie dans l’arène. John Aton est de ceux-là.

Pour adapter ce scénario, McTiernan se fixe plusieurs objectifs. Le plus important, le film doit être plaisant, une constante chez lui : il faut divertir les gens. Mais il faut y ajouter une connotation politique, en inscrivant d’un côté les matchs de Rollerball dans le contexte global de la révolution que s’apprête à connaître le pays, en montrant le pouvoir de l’image, et de sa manipulation, au moyen d’un montage apocalyptique. Dans un monde où filmer un conducteur en train de passer une vitesse nécessite au bas mot quinze plans, McT veut livrer un maelström visuel, avec plusieurs milliers de plans en tout dans le film. Cette démarche se rapproche d’ailleurs d’un contemporain qui s’est lui aussi intéressé au sport comme caisse de résonnance à la société de consommation et aux intrigues politiques : Oliver Stone.
Montage aux limites du supportable, caricature avant l’heure du style Fast And Furious sorti en 2001, durée fleuve, révolte ouvrière… McTiernan est bien décidé, à la manière de McNulty dans The Wire, à faire chier son monde.

On sait également que McTiernan ne réalise aucun film sans qu’à un moment ou à un autre le langage ne joue une place : ce dernier, pour qui la vocation est venue regardant La Nuit Américaine de Truffaut, sans sous-titre, rêve depuis lors d’un cinéma où le contenu des dialogues seraient rendus inutiles par la juxtaposition des images. Pour cette raison, il sous-titre rarement les langues étrangères parlées dans ses films, prétextant que cela est inutile à la compréhension ou de façon à utiliser ce décalage au service de sa narration. C’est ainsi que, dans Le 13ème Guerrier, le langage est un marqueur des relations entre Ahmed et les Vikings, ou que dans Predator, l’incompréhension des soldats surentraînés face aux propos de leur otage sud-américaine renvoie à leur confusion face à la menace diffuse et implacable qui pèse sur eux.
Grande idée de McTiernan donc, pour Rollerball : foutre de longues scènes en russe, sans sous-titres, démerde-toi mon gars. Cette volonté du réalisateur subsiste dans un générique qui expose la dimension globalisée du sport, noyant le spectateur dans un flot d’images, de textes et de commentaires de toutes les langues : un aperçu en quelques minutes du cinéma parlé mais sans paroles auquel aspire McTiernan. Les frères Wachowski feront de même avec Speed Racer.

On pouvait légitimement se douter que les producteurs ne l’entendent pas de cette oreille, et pour le coup ils se sont montrés particulièrement durs de la feuille. Le film est donc raccourci d’une heure, le montage est édulcoré, dépolitisé, si bien que le résultat final est loin de ce que McTiernan avait envisagé à la base.

Rollerball

REMAKE FOIREUX ?
Coupons net  toute polémique : Rollerball est un film moyen. Premier gros problème : les acteurs. Si Jean Reno nous ressort son cabotinage habituel, celui qui a séduit Hollywood, il faut dire qu’il n’est guère non plus aidé par une écriture complètement nanarde, dans le genre "Je suis le maychant, je suis le maître du monde qui est diabolique et maychant". Après, on a droit à LL Cool J, sympathique mais interchangeable avec n’importe quel autre ex-rappeur gentil rebelle, à milles lieux de son rôle de connard capable de rédemption de L’Enfer Du Dimanche, Rebecca Romijn-Stamos, sorte de Milla Jovovich du pauvre (c’est dire à quel point c’est cheap), et un gars d’American Pie dans le rôle de John Aton. Il faut avouer que même en étant très indulgent, c’est toujours compliqué d’imaginer le héros d’une comédie adolescente  dans le rôle d’un héros épique, véritable Marianne au bonnet phrygien menant une horde de mineurs russophones révoltés. Un speaker assez saoulant se charge de commenter les rencontres de Rollerball de façon assez redondante avec l’image.

Passée une première demi-heure haletante, le film devient assez chiant, la faute certainement aux coupes opérées dans le scénario puis dans le montage, plus grand-chose n'étant à proposer hormis une succession d'évènements convenue, avec une fin abrupte d’ailleurs : on est bien loin du potentiel du sujet.
Cela dit, assiste-t-on à une trahison de l’original ? Et ben non. Parce que Rollerball de Jewison, avec James Caan, a beau être un classique, ça n’est pas non plus la panacée. En gros, on a droit à un mix du roman 1984 avec une esthétique absolument ringarde, et surtout un ton pédant qui ne quitte pas les personnages, sur le mode "Je fais de la philosophie en te disant que je fais de la philosophie sur un fond de musique classique". Pas grand-chose à massacrer, donc, pour McTiernan qui était parfaitement légitime pour se réapproprier le thème global, lui qui avait réussi le tour de force de livrer un remake de L’Affaire Thomas Crown aussi classe et désinvolte que l’original du même Jewison.
Surtout qu’en dépit de ses défauts, le remake de Rollerball est relativement visionnaire et intéressant sous plusieurs aspects.

UNREAL TOURNAMENT ADAPTATION
"En 2291, afin de juguler la violence au sein de la communauté des mineurs de l’espace, le gouvernement de la Nouvelle Terre a décidé de légaliser un sport de combat où tous les coups sont permis. La Liandri Mining Corporation, en association avec le gouvernement, a mis en place une série de ligues et de matchs sanglants. La popularité des combats augmentait avec leur brutalité."

Sur ces mots s’ouvre le jeu vidéo Unreal Tournament. Sorti en 1999, ce dérivé du FPS classique Unreal ne comprenait pas de mode solo à proprement parler, puisqu’il reposait uniquement sur des affrontements (à thèmes) dans des arènes futuristes. Véritable ode au massacre, le jeu savait instaurer une ambiance et un background scénaristique crédible avec cette courte scène d’introduction, ainsi que la présentation de ses classes de personnages, à l’inverse de son concurrent Quake 3, qui se foutait royalement de toute cohérence scénaristique. En effet, là où ID Software faisait s’opposait pêle-mêle démons, extraterrestres, skateurs du futur, Unreal Tournament prêtait à chaque "équipe" un semblant de personnalité.
Des mineurs, un jeu télévisé extrêmement violent, une entreprise omnipotente et omniprésente qui exerce un pouvoir dictatorial sur le peuple : difficile de voir dans le Rollerball de McTiernan autre chose qu’une adaptation déguisée du jeu vidéo Unreal Tournament. Certes, le sport n’est pas tout à fait le même, et une grande part des éléments futuristes du jeu, qui se déroule volontiers dans l’espace avec des robots androïdes et des extraterrestres, passe à la trappe, mais le fond est le même. Il s’agit toujours de montrer une société futuriste au sein de laquelle le peuple serait endormi par le pouvoir au moyen de spectacles télévisuels extrêmement violents et truqués, soit un recyclage de l’adage "Du pain et des jeux".

Rollerball

Comme le dit d’ailleurs John Aton dès le début du film, "C’est du cirque, pas du sport". Au vrai, tout l’habillage de Rollerball et d’Unreal Tournament est conçu comme un spectacle, parfois au détriment de la performance sportive pure : stroboscopes, musique à fond, coupures destinées à faire prendre la pose aux athlètes, à l’image de certaines conventions actuelles imposant aux sportifs la participation à des meetings et tournées promotionnelles éreintantes. Tout est conçu pour que les pulsions primaires du spectateur, soif de sang, besoin d’idoles, se défoulent de façon optimale, la notion de sport étant reléguée au second plan. Le jeu Killer Instinct de Nintendo, qui décrit une variante télévisée et futuriste des combats de gladiateur, avec un sportif déchu en la personne du boxeur TJ Combo, exploite également ce thème.
Le lien entre Rollerball et Unreal Tournament  franchira d’ailleurs un pas supplémentaire avec Unreal Tournament 2003 qui propose un mode "bombe de balle", dans lequel deux équipes s’affrontent pour envoyer une balle dans une cible située dans le camp adverse, et où tous les coups sont permis.

LE COMMENTATEUR SPORTIF, CAMELOT MODERNE
Le commentateur sportif du film est une sorte de pendant au chœur dans les tragédies antiques, sous plusieurs aspects.
D’un point de vue littéral, il est là pour expliquer les règles d’un sport méconnu aux spectateurs, c'est-à-dire nous, ainsi que le déroulement des parties. Il est un adjuvant au spectacle, car il a pour fonction de mettre en valeur les moments notables des performances des athlètes. Ce rôle du commentateur a déjà un intérêt narratif, puisqu’aucun des personnages n’est d’ailleurs capable d’expliquer clairement au héros, ainsi qu’au public, les rouages de ce sport. Il y a le personnage de LL Cool J, qui a incité son pote John Aton à le rejoindre, qui est une star du Rollerball depuis plusieurs saisons, mais qui a décidé de ne pas trop se poser de questions sur la façon dont le pays et le sport fonctionnaient. Puis il y a les autres coéquipiers de John Aton, des locaux, qui ont compris que leur survie dépendait grandement de leur mutisme. En creux, le commentateur est là pour faire comprendre tôt dans le film au spectateur que la médaille que John Aton pense avoir décrochée a un revers, lui le sportif suspendu en Occident et star surpayée en Russie.

D’un point de vue satirique, le commentateur sportif est un complice à part entière de la supercherie orchestrée par le propriétaire du Rollerball. Son résumé des règles annonce la couleur : seul importe le principe de base du jeu, "le reste est en Russe et n’est pas très intéressant", ajoute-t-il, comme pour rappeler que le vainqueur est plus ou moins désigné d’avance. Il récite les CV fictifs des joueurs arborant une mine déconfite, entrecoupe ses commentaires de messages publicitaires, ment sur le déroulement du jeu. De cette façon, il incarne le cynisme qui préside à l’organisation du Rollerball, en acceptant de troquer son éthique contre des avantages en nature.
Mais ce qui pourrait passer pour une pure fiction, est pourtant une version à peine exagérée de la réalité. Il n’y a qu’à voir, ces dernières années, les commentateurs de chaînes télévisées ayant acheté à prix d’or les droits de retransmission de compétitions sportives telles que le Tour de France ou la Ligue 1 de Football. Obligées de rentabiliser leur investissement, et de ne pas se fâcher avec les organisateurs de peur qu’ils n’augmentent les prix, les chaînes adoptent un ton volontairement lisse, ne trompant personne cependant sur la réalité du spectacle, entre une épreuve systématiquement suspectée de dopage ou un championnat à la qualité médiocre. Si le commentaire sportif dispose encore d’une certaine marge critique, elle n’est souvent que factice, ou circonscrite à quelques grandes gueules, payées pour jouer leur rôle, parfois en dépit du bon sens, ou dirigées contre des boucs émissaires non affiliés financièrement au système tels que le corps arbitral.

Rollerball

Dans Rollerball, en l’absence de véritable arbitre autre que l’organisateur des matchs, certains joueurs, et notamment les locaux, forment cette masse d’ouvriers interchangeables et corvéables à merci, sommés de jouer les mauvais garçons pour mieux faire briller les stars occidentales factices.
Sous couvert de simplement expliciter et décrypter des rencontres sportives, le commentateur sportif a pour fonction de vendre le spectacle au public, de l’enjoliver et d’en lisser les aspérités.
A la rigueur, l’analyse technique en profondeur est autorisée, à condition qu’elle n’aboutisse pas à la conclusion que le spectacle est de mauvaise qualité, ou qu’elle s’opère de façon marginale. Surtout, il s’agit d’éviter au téléspectateur de trop avoir à réfléchir, ce qui ferait chuter l’audience. Comment expliquer autrement que des personnalités comme Reynald Denoueix, fin tacticien et brillant analyste du fait footballistique (son palmarès  d’entraîneur parle pour lui), ne soit pas l’animateur vedette de Canal +, et soit le plus souvent cantonné à des rencontres secondaires (rarement le match en prime) ? A la place, l’abonné subira l’expertise d’anciennes gloires du terrain sans aucun recul sur le jeu mais sachant le caresser dans le sens du poil.
Ce rôle a bien entendu disparu dans Rollerball, un sport à l’image de l’oligarchie mafieuse qui contrôle le pays dans lequel se déroule l’intrigue, où la réflexion, potentiellement dangereuse, a cédé le pas à l’abrutissement collectif.

LE SPORT-FICTION : ABOUTISSEMENT DU SPORT-SPECTACLE
Le commentateur sportif, en bon vendeur, vante de façon exagérée les qualités de son produit tout en passant ses défauts sous silence, soit. Ce n’en fait pas pour autant un marionnettiste, seulement une marionnette à qui l’on a donné un peu plus de mou que les autres : le commentateur de Rollerball connaît la supercherie, mais ne la créée pas, se contentant de broder autour d’un canevas préétabli. Au vrai, le canevas est établi par les maîtres du Rollerball, à savoir Alexi Petrovitch, qui s’appuie pour se faire sur une assemblée d’experts.
Pourtant, nul n’est besoin d’écrire en entier le déroulement d’une partie. Il suffit, pour maintenir un équilibre entre la satisfaction du spectateur, la décharge d’adrénaline conférée par l’incertitude du résultat, et le contrôle de la compétition (qui implique une intervention extérieure aux protagonistes de la rencontre), d’opérer quelques "ajustements".

Rollerball

Le sport est en soi une sorte de fiction ultime, un spectacle dont l’issue n’est déterminée par aucun maître, c’est ce qui fait sa force. L’histoire du sport a proposé toutes sortes de configurations possibles, des retournements de situations inespérés, qui ont conduit à la mise en place de situations archétypales, réemployées à l’envi par le cinéma, que le spectateur espère chaque fois retrouver, sans en avoir la certitude. La tentation est grande de générer ces situations sur commande, dès que les circonstances l’exigent.
Les circonstances, dans Rollerball, ce sont les taux d’audience : les retransmissions doivent impérativement générer de l’audience, laquelle génère des contrats publicitaires, qui génèrent eux-mêmes du cash. Si le contrôle de la population est une des fonctions du sport, et du Rollerball, l’argent est la seconde. L’audience est ainsi un protagoniste du sport, les matchs étant littéralement entrecoupés, à la télévision, par des séquences dans lesquelles le taux d’audience est révélé aux téléspectateurs. Lorsque le match est morne, angoisse suprême du mafieux, l’audience baisse. C’est dans ces moments qu’une "intervention" est décidée afin de pimenter le spectacle.
Le système du Rollerball s’écroulera dans le film lorsque les ficelles deviendront trop apparentes. Mais dans sa version discrète, le trucage des rencontres apparaît comme satisfaisant pour la plupart des spectateurs.
Il reste à espérer que le sport ne connaisse pas de telles dérives, encore que la tentation semble forte pour certains de fermer les yeux sur certaines libertés prises avec les valeurs du sport.

C’est ainsi que les joueurs évoluant dans le championnat de football italien ont, durant les années 90 et le début des années 2000, bénéficé de petits coups de pouce pharmaceutiques pour annuler les effets négatifs de l’accumulation des matchs, sans pour autant ressembler à des nageuses est-allemandes. Ou également que l’arbitrage de certains matchs était plus ou moins influencé, sans que cela n’apparaisse non plus trop flagrant, jusqu’à ce que le scandale du Moggiopoli n’éclate en 2006, à la surprise du grand public. En vérité, ce système semblait suffisamment bien organisé, procédant par petites touches sur des actions litigieuses, pour assurer la suprématie de certains clubs sans que cela ne paraisse être de la tricherie. Pourquoi se contenter de la vérité quand un mensonge plait davantage au public ?

Rollerball

DU SPORT DANS UNE DICTATURE DE L'EST ?
Les joueurs de football ont pris l’habitude de s’assurer une retraite encore plus dorée grâce à un dernier contrat signé dans un club évoluant au sein d’une ligue plus que mineure. Cette mode a été inaugurée par les Pelé et Beckenbauer, qui ont posé leurs valises au Cosmos de New York, club présidé par le patron d’Atlantic Records. Aucun enjeu, peu de spectateurs, contrat juteux, le cocktail parfait quand il s’agit d’assurer ses arrières.
Quelques décennies plus tard, le gratin du football européen prend l’habitude de s’échouer dans la péninsule arabique pour payer l’essence de son Gulfstream III. Romario, Batistuta, Desailly, Cannavaro, Juninho, ceux qui ont fait le détour ont découvert un championnat très moyen, dans un pays peu gai, mais en sont revenus encore plus blindés.
Puis ce fut au tour de l’Asie Mineure d’entrer dans la course. 2007, on annonce que Samuel Eto’o va signer un contrat de 40 millions d’euros avec le club leader du championnat… ouzbèque. Coup de communication orchestré par le gouvernement, avec l’accord du FC Barcelone, pour mettre un coup de projecteur sur le football local, et plus particulièrement son club star géré par des proches du gouvernement en place, une sympathique brochette de dictateurs comme on n’en fait plus. Samuel Eto’o ne jouera pas en Ouzbékistan, mais Luis Felipe Scolari, sélectionneur du Brésil puis entraîneur éphémère de Chelsea notamment, fera le voyage, moyennant une rémunération pharaonique.

2010/2011, le Terek Grozny entre à son tour dans la danse. Géré par Kadirov, chef de la Tchétchénie avec l’appui de Poutine, ça vous classe un démocrate, le club remonté en 1ère division recrute Rijkaard, légende sur le terrain et le banc, comme entraîneur et un Roberto Carlos vieillissant, ailier gauche magique aux jambes de cheval, moyennant un pont d’or. Si le niveau du championnat russe est correct, on peut s’interroger sur les motivations profondes qui ont conduit ces sportifs de légende à se mettre dans de telles galères. Le bon Kadirov organise également un match de charité où il convie Maradona, Amoros, Papin, Barthez, Luis Figo et bien d’autres encore, moyennant montres en diamants et cachets de stars
Finalement, Samuel Eto’o signera un contrat avec l’Anzhi Makachkala, un club du Daguestan qui s’entraîne à Moscou pour éviter les attentats, et deviendra le joueur le mieux payé du monde, loin de la pression du championnat italien dans lequel il évoluait. Inutile de préciser que le club est la vitrine du potentat local, arrosant ses stars de dollars tirés du gaz et de voitures avec chauffeur. Il réalisera la première partie de la prophétie de Rollerball : un sportif de génie devenu mercenaire. Pas sûr pourtant que Samuel Eto’o Fils ne devienne le porte-drapeau du soulèvement du petit peuple du Daguestan…

Rollerball

Rollerball
, au même titre que L’Enfer Du Dimanche d’Oliver Stone, est donc un film visionnaire dans le fond, et mérite le coup d’œil, malgré ses détails embarrassants. On peut cependant regretter qu’une personne aussi talentueuse que lui ait dû, au long de sa carrière, constamment gaspiller son énergie pour imposer ses idées, jusqu’à, peut-être, perdre la foi dans son métier. C’est en substance ce que confiait également un autre génie du divertissement filmique pas si mou du bulbe que ça, John Carpenter.




     

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