Urgences

NFS, chimie, rideau !

Affiche UrgencesDimanche dernier sur France 2, les portes du Cook County se sont ouvertes une dernière fois pour un épisode mêlant élan nostalgique et le sens de la retenue qui a fait la force de la série quinze années durant.


Au menu du ce dernier rendez-vous, les retrouvailles d’anciens médecins du Cook County autour de la table du Dr. Carter : Kerry Weaver, Susan Lewis, Peter Benton et Elizabeth Corday (cette dernière saison nous avait déjà fait retrouver Carol Hattaway et Doug Ross dans l’épisode 19, puis Mark Greene lors d’un épisode flashback). Cette réunion à l’occasion de l’ouverture du centre Joshua Carter, est l’occasion d’un très beau discours du médecin en hommage à son fils mort-né. Dans le même épisode, il y a aussi cette externe qui se demande si elle pourra tenir le coup après un cas difficile, qui rentre chez elle et qui revient aussi vite le lendemain. Une adolescente dans le coma après un jeu de boisson et Gates (John Stamos) qui monte sur ses grands chevaux contre des parents irresponsables. Un vieil homme (joué par Ernest Borgnine) qui assiste à la mort de sa femme. Et puis cerise sur le gâteau, l’arrivée d’une fraîche étudiante en médecine, Rachel Greene, fille de Mark Greene, histoire de boucler un peu plus la boucle. Et enfin, cette scène finale dans laquelle tous les médecins sortent sur le parvis de l’hôpital, attendant de pied ferme une ambulance suite à une catastrophe. Autant de moments qui sont des réminiscences d’autres.
Durant toutes ces années, Urgences fut un passage de témoin constant, jouant sur des variations proches, et force est de constater que malgré ces répétitions, elles fonctionnent toujours. La beauté de ce dernier épisode est de rappeler tout en douceur à quel point la série TV est un média à part qui joue sur la mémoire, engrangeant des souvenirs qui peuvent ressurgir à tout moment sur un simple stimulus, un peu comme des bombes. Une série de 331 épisodes, ça fait un grand nombre de souvenirs engrangés et les stimuli furent nombreux dans cet épisode, pour la plupart imperceptibles.


IN THE HEAT OF CHICAGO
Michael Crichton traînait depuis les années 70 son idée de suivre le quotidien d’un service d’urgences urbain balayé par un rythme trépidant. Il faudra le concours de Steven Spielberg pour qu’elle puisse enfin se concrétiser sous la forme d’une série. La production est confiée à John Welles, qui ne quittera pas ce poste. La série est lancée en septembre 1994 sur NBC. Lorsque le Docteur John Carter (Noah Wyle), étudiant en médecine, débute sa première journée d’externe à l'hôpital universitaire du Cook County de Chicago, il est loin de se douter de la tâche qui lui incombera sera aussi passionnante que contraignante, et surtout qu’elle modifiera sa vie de jeune garçon de bonne famille. Les spectateurs rôdés aux codes des séries dramatiques découvrent aussi une véritable révolution en matière de réalisation et de rythme. Une caméra se ballade dans les couloirs de l’hôpital, suivant le rythme des journées au gré des arrivées de patients. Souvent tout s’emballe, faisant du quotidien des urgentistes du Cook County de Chicago au mieux une course contre la montre, au pire une véritable cellule de guerre dans laquelle chaque seconde et chaque décision comptent pour sauver les patients. Une tension un brin exagérée par rapport aux réalités conçue pour accentuer le suspens, mais qui n’occulte pas un rendu réaliste sur le nombre de cas à traiter ainsi que l'étonnant travail sur les scénarios. Les scènes médicales et les opérations ne sont pas édulcorées, les dialogues et les questions scientifiques sont chaperonnées par de vrais professionnels, conseillers techniques permanents de la série (il en est de même pour les traducteurs de la version française). Urgences fait l’effet d’une décharge de 100 000 V dans le monde balisé des séries des années 90, redonnant à la profession ses lettres de noblesse (ce que fera Homicide la même année avec les flics). Rien n’arrête la série au niveau de l’innovation. Elle traîte de sujets en accord avec son temps : paiement des soins médicaux, budgets des hôpitaux, HIV….  On suit également l’évolution des médecins dans le cercle privé sans que le mélo ne vienne entacher un quotidien brillamment décrit. Nous avons à faire à des professionnels ne pouvant épiloguer sur les drames qui surviennent dans le cadre de leur métier, car d’autres patients attendent. La série se classera en tête des meilleures audiences américaines (devançant même le mastodonte Friends) pendant plusieurs années, raflant neuf Emmy Awards dont celui de la meilleure série dramatique.

Urgences
 

Lorsqu’elle débarque sur France 2 en juin 1996, Urgences est déjà auréolée de ce grand succès et sera la première série de la chaîne à supporter une diffusion en prime time à la place de l’habituel film du dimanche soir. Ainsi des milliers de spectateurs pourront suivre l’évolution prometteuse de Carter de la chirurgie aux urgences, accompagner les premiers pas vers la célébrité de George Clooney alias le Docteur Ross, admirer le travail du dévoué Dr. Greene (Anthony Edwards), détester cet énigmatique et froid Dr. Benton (Eriq LaSalle) qui donne du fil à retordre au jeune étudiant, s’amuser de la fantasque et indépendante Susan Lewis (Sherry Stringfield) ou ressentir de l’empathie pour l’énergique Carol Hattaway, infirmière ayant tenté de se suicider lors du pilote et qui intégrera pourtant le casting pour le meilleur. Aux urgences du Cook County, chacun des personnages a sa place au soleil, soit par un épisode spécial qui bouleverse le quotidien soit par une exposition plus poussée lors d’une story arc, les seconds rôles (en particuliers les infirmières et les chirurgiens) trouvant également grâce aux yeux du spectateur. La première équipe de la série emportera une adhésion unanime, nettement méritée par les conditions de tournage, les portraits des personnages, la remarquable direction d’acteur et quelques prises de risquebienvenues. Un épisode sera même réalisé par Quentin Tarantino. Le premier épisode de la quatrième saison (dans lequel apparaît pour la première fois le Dr. Corday / Alex Kingston) sera quand à lui tourné en direct en différents plan-séquences.

C’est ainsi que le Cook County se hissera au-delà des années 90, profitant d’une conjoncture pour les séries moins sélective qu’actuellement ainsi que d'une place au sommet qu’aucun nouveau show n’arrive à lui contester. Son succès en France ouvrira la voie à de nombreuses autres séries en prime et aidera pareillement à remettre le coup de projecteur sur la profession de médecin urgentiste. John Carter passe d’externe à interne et on se rend bientôt compte que la roue tourne. Il est alors temps qu’une nouvelle externe, la jeune Lucy Knight (Kellie Martin) devienne le nouvel identifiant du spectateur. Ce tournant soldera également les premières hémorragies du show. Convoité par Hollywood où il s’envole enfin, George Clooney quitte la série à l’issue de la cinquième saison et sera rejoint par Julianna Margulies un an plus tard. La suppression tragique du personnage de Lucy Knight est éprouvante pour le spectateur peu rompu à ce genre de suspens. Elle inaugure une poussée excessive sur le drama des personnages qui se poursuivra dans des proportions parfois exagérées (trop de morts et de drames parmi les proches des urgentistes) mais avec une efficacité qui sauve la mise. Urgences ne peut stopper l’hémorragie de ses acteurs. A la fin de la saison 8, le personnage de Mark Greene, pilier de la série, meurt des suites d’une tumeur dans un épisode bouleversant alors que le renouvellement de l’équipe d’origine est déjà bien amorcé. Il faut donc compter sur John Carter, devenu titulaire, pour accompagner une nouvelle équipe que l’on peut considérer comme étant la deuxième génération de la série.

Urgences
 


DES HAUTS ET DES BAS
Les intrigues deviennent alors répétitives, les situations over the top (la mort du Dr Romano est un bel hommage à Destination Finale), les départs des plus anciens commencent à passer inaperçus. Le bât blesse au niveau des histoires de couple qui commencent à court-circuiter le rythme de la série, certains personnages ne savent plus trop qui ils sont (la crise de Kovac). L’audimat chute inévitablement et la place de numéro 1 est ravie compte tenu de l’entrée en force d’un nouveau type de séries plus formatées réunissant une poignée d’experts scientifiques. Mais ces déceptions sont sauvées par d’excellents épisodes et des apparitions de guests toujours à la hauteur. Dans le même soucis de réalisme qui a guidé ses premières saisons, Urgences parle de l’homoparentalité, s’installe au Congo le temps d’un épisode avec Luka Kovac (Goran Visnjic) et le Docteur Carter, puis n’hésite pas à s’impliquer dans les conséquences des attentats du 11 septembre en traîtant des départs de soldats en Irak, et cela sans tomber dans les travers des deux cotés de la machine. La saison 10, ventre mou de la série, voit néanmoins arriver le Docteur Neela Rasgotra (Parminder Nagra), le "nouveau Carter" qu’on attendait plus. Elle intègre le groupe des quatre nouveaux internes (une autre est l’infirmière Abby Lockart / Maura Tierney, remplaçant à l'origine Carol Hattaway) destinés à rajeunir le show et à compenser le départ dudit docteur Carter à la fin de la saison 11. La qualité des intrigues développées en saison 12 aide à faire remonter les chiffres. L’arrivée temporaire de John Leguizamo dope le show tandis que les auteurs n’hésitent pas à renouveler sa narration, notamment en adoptant le point de vue des patients. Urgences passe ensuite par le Darfour le temps d’un épisode avec Gregory Pratt (Mekhi Phifer). A l’heure où Grey’s Anatomy instaure une version soapie de la fiction hospitalière, cette brillante saison 12 et une saison 13 correcte ne seront pas suffisante pour redresser la barre ad vitam. Le générique si caractéristique de James Newton Howard est supprimé comme pour dépoussiérer une vieille série qui n’apparaît plus de son temps. L’hémorragie de la deuxième équipe se fait encore plus rapidement que la première et les audiences sont en chute libre. On relève même une tentative de Grey Atomiser le show malgré la qualité constante de la réalisation et le travail toujours impressionnant effectué par John Welles pour que Urgences conserve sa marque de fabrique, en dépit des coupes de budget visibles. Après une annulation annoncée en fin de 14ème saison, la grève des scénaristes et le peu de valeurs sûres de la chaîne lui accordent une quinzième année in extremis. Cette saison permet d'offrir une belle conclusion à cette série qui se suit toujours avec plaisir au terme de ces quinze années. Mais elle permet aussi d’user les dernières cartouches d’une équipe au charisme de plus en plus limité. Il paraît effectivement que cette année était le meilleur moment pour s’arrêter.

Urgences
 

En dépit de ses défauts, Urgences aura réussi à maintenir sur quinze années une qualité et une personnalité presque anachroniques, à faire vivre de vrais héros actifs au sein de problématiques en phase avec leur temps sans embellir ni idéaliser le monde dans lequel ils vivent. Sa spécificité et les souvenirs que laissent cette série s'en trouvent grandis par la nostalgie des apparitions au gré de cette saison 15. C’est donc après plus d’une décennie que nous sommes contraints de quitter le Cook County et tous les grands moments vécus au sein de cet hôpital. Pour les fidèles spectateurs qui ont grandi durant ces treize années, passant leur dimanche soir à entendre parler de NFS, chimie, iono, radio du thorax, ce fut un peu la fin d'une époque.


E.R.
Réalisation : Christopher Chulack, Jonathan Robert Kaplan, Richard Thorpe II...
Scénario : John Welles, David Zabel, R. Scott Gemill (sur une idée de Michael Crichton).
Production : John Welles, Michael Crichton

Compositeur: James Newton Howard

Interprètes: Anthony Edwards, Noah Wyle, George Clooney, Julianna Margulies, Sherry Tringfield, Eriq La Salle, Laura Innes, Gloria Reuben, Alex Kingston, Paul McCrane, Maura Tierney, Goran Visnjic, Mekhi Phifer, Parminder Nagra, Linda Cardelini, Shane West, John Stamos, Scott Grimes, Angela Bassett, David Lyons…

Origine : USA




   

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