Edito

      "- Qu'est-ce que tu penses de la violence au cinéma toi ? - Je me mets toujours au premier rang, alors ce qu'il se passe dans la salle..."
Lire l'édito de mars...
 
Leçons culturelles au profit glorieuse nation France Suggérer par mail
Instant critique par nicco le 22 avril 2009

Synecdoque, Nancy

Leçons culturelles au profit glorieuse nation France
"La France est le seul pays de par son système de production/diffusion/réseau d’exploitation à prouver au monde entier que le cinéma « Art » ça existe et que ça forme des spectateurs exigeants, critiques, bref citoyens. Pour ces raisons, il faut bannir le piratage."

Cette minute d'autosatisfaction arrogante à tendance ethnocentrique matinée d'une hâtive conclusion réactionnaire vous est offerte par le cinéma d'art et essai le Caméo de Nancy dans l'éditorial de sa publication mensuelle.
En fins connaisseurs, nous ne pouvons qu'admettre qu'ils savent recevoir le spectateur à Nancy. Une telle accumulation de clichés doit peser un chouia sur l'estomac, surtout avant une projection, mais qu'est-ce qu'on doit se sentir exceptionnel, intelligent et beau en se rendant au Caméo.

Puis il est toujours rassurant de constater qu'à chaque moment où la culture se trouve au centre d'un large enjeu sociétal, invariablement toutes les strates du milieu hurlent dans un même élan à la face des puissants : "Il suffit ! Le pouvoir au peuple ! La culture dans la rue !".
Enfin ça c'est que j'écrirais si je possédais l'humour de Christophe Honoré. Hélas, je me sens obligé d'être le rapporteur d'une bien plus triste réalité, une réalité que les faits récents et l'apathie de la sphère créative ne permettent plus de renier : une grande majorité des acteurs de la vie culturelle n'en a cure de la fonction première de la culture. Car lorsqu'on en arrive à trouver normal que des artistes insultent leur audience, lorsque des cinéastes préfèrent culpabiliser le public plutôt que remettre en question l'industrie à laquelle ils appartiennent, lorsque le moindre protagoniste du landernau culturel panique à l'idée que la culture soit accessible un peu plus chaque jour au péquin moyen au point d'en fantasmer moult effets néfastes (qu'on attend toujours), c'est qu'il existe un malaise très profond au royaume des arts.

Dans cet éditorial d'un directeur de cinéma "Art et Essai" (bon vieux label flagorneur et sectaire par nature puisqu'il suggère, comme l'avance Rafik Djoumi, l'idée chez ses aficionados que "l'autre cinéma" ne peut jamais prétendre à l'art ni jamais essayer quoique ce soit), nous retrouvons les éternels réflexes protectionnistes, l'éternel discours abscons reposant exclusivement sur de l'auto-conviction (pour ne pas dire propagande) englobé dans une totale et dangereuse absence de réflexion affranchie des positions officielles du ministère dont on dépend, l'éternelle rhétorique bourgeoise rabâchée mécaniquement quel que soit le sujet du débat, tout cela ne visant qu'un seul et unique but : sauvegarder le dernier privilège de certaines couches sociales, à savoir la culture.

Ce texte étant un modèle du genre, compilant tout ce que votre hôte entend depuis une demi-douzaine d'années chez les professionnels de la profession (artistes, producteurs, metteurs en scène, étudiants, journalistes, directeurs de troupes, directeurs de festivals, tourneurs, auteurs, stagiaires régies, assistants café, etc.), tentons alors d'en disséquer les rouages en huit points.


1 - Refaire l'histoire à sa sauce :

"Paradoxalement, l’ensemble de la profession cinématographique de l’exploitation estime nécessaire une loi anti-piratage. Rappelons-en les grandes lignes. Plutôt qu’une loi répressive, la profession a opté pour une loi dissuasive, soit avertissement aux internautes contrevenants, c’est-à-dire à ceux qui piratent ; deuxième avertissement ; puis en cas de récidive, fermeture pour un mois du robinet du net qui alimente leurs ordinateurs. Cette méthode a porté ses fruits aux USA. Elle n’est pas parfaite, mais réduit considérablement (environ 90 %) le piratage."

Etrangement, il nous semblait qu'une loi "anti-piratage" existait déjà, le droit d'auteur qu'on appellerait ça. Etrange également : la si bonne profession optait il y a trois ans pour la sévère loi DAVDSI, rendue quasiment inapplicable par le refus de cette même profession de la licence globale (1). Versatile, la profession. Ou alors se contente-t-elle de suivre rigoureusement les mesures des gouvernements successifs, quelles qu'elles soient, ne s'accordant que sur un unique thème : restreindre les accès à la culture sur les réseaux ?

Tout aussi étrange, la durée de coupure d'accès au Net, qui passe d'une année maximum à un petit mois, et l'oubli sur la double peine (rappelons que si on télécharge illégalement par le biais de votre adresse IP, on vous coupe Internet mais vous restez passibles de poursuites judiciaires, la loi actuelle ne devenant pas pour autant caduque).

Notons l'usage de la référence pratique sur l'instant mais encombrante plus loin : ici, les USA avec un chiffre sorti de nulle part. Que ce soit les States qui servent d'exemple dans ce paragraphe n'en est que plus croustillant lorsqu'on prend connaissance de la suite du raisonnement. Nous y reviendrons plus tard. Passons maintenant à l'axe suivant.

Leçons culturelles au profit glorieuse nation France
« Vous êtes marrants avec vos rêves de cinéma diversifié et transgressif, mais c'est le vrai cinéma là dehors, le vrai cinéma c'est du Dumont, c'est du Larrieu, c'est du Dardennes. Et le vrai cinéma, il se coupe les cheveux. »


2 – Evoquer les traumas révolutionnaires :

"Rappelons qu’en France, le sport national est de transgresser, détourner… et que le nombre annuel de piratages des films est presque égal à celui du nombre de spectateurs dans les salles."

Et ça, la profession, elle n'aime pas beaucoup qu'on transgresse. Cette si bonne profession qui ne peut toujours pas s'émanciper de sa pensée bourgeoise trouve utile, voire malin, de dénigrer le détournement et la transgression pour défendre l'art et la culture.
Est-il besoin d'en rajouter ? Faut-il répéter encore une fois comment les institutions nationales ont figé les idées et créé ce monstre immobile que l'on ose nommer culture, boursouflé d'égo et aveuglément défendu par une armée de sous-fifres quémandant subventions et reconnaissances officielles comme l'on implorait jadis un titre de noblesse ?

Oui, continuons. Car nous voudrions connaître le rapport entre le nombre de spectateur en salles et la quantité de films piratés. La phrase tend ici à sous-entendre que sans le piratage, les exploitants auraient un chiffre d'affaire deux fois plus gros. C'est une façon de voir. Une autre consisterait à simplement observer les chiffres des entrées en salles :

Leçons culturelles au profit glorieuse nation France

[source]

Et d'en conclure que le piratage participerait bien à l'augmentation quasi-constante de la fréquentation des cinémas depuis dix ans (l'ADSL date de 1999). Mais nous nous trompons peut-être, nous ne sommes pas la profession, donc pour une fois adoptons sa grande sagesse et gardons-nous d'émettre la folle hypothèse que plus les gens se cultivent, plus ils ont envie de se cultiver.

Et surtout, surtout, évitons de faire la relation suivante : plus ils transgressent, plus ils se cultivent. Ce serait pire que croiser les effluves.


3 – Assurer d'agir au nom de l'Art et se dissocier de la masse :

"Je commençais cet édito par « paradoxalement ». En effet, l’argumentation du secteur commercial et celui du secteur Art et Essai sont différents. Celui des grands circuits est uniquement économique, d’où un manque à gagner et une désertification des salles. Celui des salles Art et Essai est sans doute économique (nécessité d’équilibrer les comptes), mais avant tout culturel et éthique."

Bien sûr. C'est si évident : des spectateurs qui doublent leur consommation de films pendant que les entrées en salles augmentent, ce n'est pas éthique, ce n'est pas culturel.
Non ce qui est éthique, c'est Alain Corneau engueulant depuis le jardin de sa villa le smicard téléchargeant des films. Ce qui est éthique, c'est pleurer dans la presse que le cinéma français se porte mal, qu'il va "mourir", quand jamais autant de films, et de premiers films d'auteurs !, ont été produits ces dernières années. Ce qui est éthique, c'est mettre en place une loi liberticide coûtant des millions d'euros au contribuable, avec mouchards et coupure à Internet à la clé, au nom de la défense des Majors. Ce qui est éthique, c'est ignorer purement et simplement les chiffres. Ce qui est éthique, c'est afficher sa méconnaissance de l'histoire de l'art pour mieux protéger un système dont la durée de vie ne pouvait dépasser les quarante ans. Ce qui est éthique, c'est défendre un tel projet de loi en y simulant son rôle (selon le point 1 c'est la profession qui a opté pour Hadopi, alors qu'elle ne fait que suivre et acquiescer les Majors et le gouvernement).

Ce qui est définitivement éthique, c'est cultiver le manichéisme élitiste entre cinéma "commercial" et "d'art et essai" quand le second a la possibilité concrète de se différencier du premier dans les actes mais préfère s'allier au discours confortable des potentats tout en se flattant d'être non-conformiste.


4 – Affirmer que le "cinéma commercial" ne vaut même pas la peine d'exister :

"Le cinéma artistique (celui qui nous intéresse) ne trouve sa pleine dimension, son plein ressenti, sa pleine lecture que dans la salle de cinéma. Il est formateur de sensations justes des spectateurs. Tout autre support est réducteur à 90 % des effets produits dans la tête et le coeur des spectateurs. Tout autre support (et je ne parle ici que des supports légaux) permet simplement de prendre connaissance et non de vibrer, d’avoir des frissons esthétiques et d’intelligence."

Passage intéressant visant à conforter son lectorat dans l'idée que le seul cinéma qui vaille le déplacement est "l'art et essai". Le cinéma à grand spectacle ne réussirait donc même pas à s'acquitter de sa tâche, à savoir en mettre plein les yeux sur grand écran ? Ben ça alors… (cette insignifiance attribuée au cinéma "pas artistique" n'est que le corollaire de la théorie djoumienne incluse en introduction). Puis c'est vrai qu'un drame de Damien Odoul sur une toile de douze mètres, c'est tout de suite autre chose.

Nous retrouvons ainsi cette belle valeur éthique du point 3 qui ne cloisonne pas du tout les genres, qui ne formatent absolument jamais les spectateurs, les films et les idées, cette valeur éthique qui prône l'ouverture et met à bas les préjugés et autres combats de clochers, cette valeur éthique qui défend la culture sans jamais ô grand jamais rejeter ce qui n'est pas défini comme "artistique" par une obscure entité suprême, cette valeur éthique qui se garde bien de priver du moindre intérêt culturel ce qui ne rentre pas dans son giron immédiat.

Leçons culturelles au profit glorieuse nation France
« Alors, laquelle veut toucher le cinéma qui a survécu à la télévision de l'ORTF, à la VHS de JVC, au DVD de Sony mais qui risque de ne jamais revenir de sa mission contre les ordinateurs maudits de gus planqués dans des garages ? »


5 – Culpabiliser le citoyen, ne pas critiquer l'Etat ni les institutions :

"Le piratage permet aux internautes de s’approprier des films avant ou immédiatement après la sortie en salle. C’est un détournement complet de la dimension réelle du film et ce n’est pas ainsi qu’on rendra le spectateur critique et citoyen. C’est purement et simplement un consumérisme qui “bousille” le film et tire le spectateur vers une uniformisation du « voir »."

On revient au piratage, associé maintenant au "consumérisme" (sic). Rappelons qu'au point 2, le piratage n'était que "transgression". J'avoue avoir du mal à comprendre comment les deux notions peuvent cohabiter.
Informons tout de même l'auteur de ces lignes que le piratage permet très très rarement aux films estampillés "Art et Essai" d'être disponibles en ligne au moment de leur exploitation. A moins que Les Bronzés 3 ou Wolverine ne soient de l'art et essai et qu'on ne m'aurait rien dit. Informons également l'auteur que la réforme de la chronologie des médias ramenant les fenêtres d'exploitation des films en DVD de six à quatre mois (voire trois) votée au début du mois à l'Assemblée concourt bien plus à détourner "la dimension réelle du film" dans le cas des œuvres artistiques (ou qui essaient de l'être).

Bref, le consumérisme bousille le film, celui-ci devant vivre absolument au cinéma et y mourir de sa belle mort, sauf quand ce consumérisme est encouragé par le gouvernement.
Si la citoyenneté du spectateur est remise en cause sous un prétexte aussi illogique qu'injuste, pourquoi ce spectateur n'aurait pas le droit en retour de décider quelle est pour lui la meilleure façon de découvrir les films ? Et si la meilleure éducation cinéphile et critique pour le spectateur ne serait pas de mettre un terme aux impostures intellectuelles qui se tournent invariablement vers les mêmes coupables ?


6 – Se réfugier dans l'exception culturelle, faire le coq et dénier la réalité de la plus puissante des manières :

"Depuis maintenant 50 ans, le cinéma français tient tête au cinéma américain. La France est le seul pays de par son système de production/diffusion/réseau d’exploitation à prouver au monde entier que le cinéma «Art » ça existe et que ça forme des spectateurs exigeants, critiques, bref citoyens. Pour ces raisons, il faut bannir le piratage. Mais aussi pour ne pas arrêter la chaîne de création des auteurs-réalisateurs, il faut bannir le piratage."

Bon ben qu'ajouter de plus ? What else ? comme dirait l'autre. Nous y retrouvons le combat manichéen "nous / eux", le chant de gloire à la Nation triomphante, l'enfermement sur soi qui empêche de constater comment des dizaines et des dizaines d'autres pays fonctionnent bien mieux que l'Hexagone avec différents systèmes, le culte de "l'auteur-réalisateur" qui n'a rien à faire là mais ça fait bien de balancer du champ lexical, l'idée suprêmement conne que l'on sert encore d'exemple et que notre cinéma est respecté de par le monde, concomitant du fantasme absolu à la limite de la xénophobie voulant que seule la France enfante encore de vrais grands films d'Art.

Non, il a tout mis là. C'est un peu bourratif mais on se régale.
Au risque d'en sortir certains de leur transe un peu brusquement, rappelons que les "spectateurs exigeants critiques bref citoyens" formés par la mirifique sphère du cinéma français ont plébiscité l'an dernier Bienvenue Chez Les Ch'tis, Astérix Aux Jeux Olympiques et Disco quand les ignares d'en face consommaient du There Will Be Blood, du Dark Knight et du No Country For Old Men. Sacrée formation dites donc.
De ce déni des réalités devons-nous en déduire l'incohérente évolution entre l'exemple à suivre du point 1 qui devient ici ce système contre lequel on "tient tête depuis 50 ans" ?

Et juste histoire de chipoter, on va signaler au milieu cinéphile FRANÇAIS (à prononcer avec port altier et menton vers l'avant) l'existence d'un groupe de réflexion pour qui tout n'est pas aussi rose (d'augustes inconnus n'y entendant rien à la profession), à l'origine d'un livre expliquant clairement comment le système de production FRANÇAIS s'est perverti et produit depuis vingt ans l'effet inverse de ce pour quoi il était prévu, proposant de nombreuses et intéressantes pistes à suivre pour relancer l'intérêt du cinéma national sans jamais aborder le cas du piratage.
Car il nous semble que dans les années 80 le cinéma FRANÇAIS n'avait pas besoin du téléchargement pour péricliter dangereusement.

Leçons culturelles au profit glorieuse nation France
« Ha ha, vous voulez dire que le cinéma espagnol, sud-coréen, américain, anglais, mexicain, scandinave… se portent mieux que notre cinéma subventionné par le Général ? Mouhahahaha ! »


7 – Proclamer qu'à partir du moment où un objet culturel est accaparé par le peuple, cet objet n'appartient plus à la culture :

"Il faut savoir choisir : donner le goût du vrai cinéma dans les salles de cinéma aux jeunes générations, ou au nom d’une prétendue égalité à la culture (culture qui ici n’en est plus une, ainsi que nous l’écrivions ci-avant), ouvrir tout grand le robinet du net et légaliser la médiocrité, le consumérisme du n’importe quoi, n’importe comment."

Oui, il faut savoir choisir : continuer d'espérer que des générations n'ayant jamais mis les pieds dans un cinéma d'art et d'essai finissent par s'y précipiter par on ne sait quel miracle (ha oui, c'est vrai, en leur coupant Internet, ils seront d'humeur), ou saisir l'opportunité du téléchargement pour ouvrir les publics à des horizons qu'ils n'auraient jamais fréquentés autrement.

L'élitisme est l'ultime ornement dont se parent les imbéciles descendants de monsieur Jourdain. Donc ne nous leurrons pas, le devenir culturel de la population n'est pas le fond du débat. Il ne l'a jamais été, on l'a vu. Le véritable enjeu est la nature sociologique de la culture dès lors qu'elle coule littéralement dans les foyers sans que l'on puisse en contrôler la nature et le débit. Pour certains, cela la gâte et la transforme en "consumérisme", en "médiocrité" : évidemment, cette culture "contaminée" ne peut plus leur servir d'apparat, il faut la jeter, la brûler. A ces alchimistes de pacotille baignant dans la culture, on serait tenté de rétorquer qu'ils sont les plus parlants exemples de ces mutations redoutées.

Mais on préférera leur répondre que lorsqu'on défend une culture contrôlée et distillée au compte-goutte par les officiels en dépit d'une culture libre, mouvante, désordonnée et illimitée, il est grandement temps d'ouvrir les livres d'histoire.


8 – Reporter ses responsabilités d'acteur du milieu culturel sur la classe politique :

"Nos députés ont la lourde et sérieuse tâche du choix. Subir la technique du net et du vol légalisé et abandonner tout objectif culturel ou en encadrer le fonctionnement au travers d’une loi anti-piratage dissuasive. Il y va de la dimension artistique du cinéma. C’est un véritable enjeu de société : avaliser les méfaits produits par la technique du net, et en faire subir définitivement les effets dévastateurs sur le citoyen spectateur ou encadrer la technique, donc respecter les oeuvres."

On peut choisir de respecter le spectateur aussi. Ce n'est pas incompatible.
Mais on l'a vu, pour en arriver à ce genre de conclusion il y a huit torsions cérébrales à effectuer auparavant.

Toujours les premiers à donner des leçons, toujours les premiers à se laver les mains des conséquences de leurs désirs, ainsi agissent les apôtres de la profession. Vous comprenez, messieurs les députés, les citoyens ne respectent plus le cinéma, mais ce n'est pas parce que nous avons produit et vendu des films comme on produit et vante des paquets de lessive ; les citoyens n'ont plus de sens critique, mais ce n'est pas parce que le milieu, des écoles aux rédactions en passant par les comités, met tout en œuvre pour annihiler les moindres velléités critiques personnelles : non, c'est tout à cause du piratage.
La profession ? Elle est blanche comme neige. Vierge de tout défaut. Elle est, nous pouvons le dire, un excellent produit.

Leçons culturelles au profit glorieuse nation France
Quand tout s'effondre autour de lui, le cinéma français sait rester digne et se remettre profondément en question.


Ces huit points rhétoriques façonnent la pensée d'une large partie des acteurs du monde de l'art, de la culture et du spectacle. Les raisons sont autant historiques, sociologiques et structurelles que bassement idéologiques.
Par expérience, je sais que beaucoup vont réfuter cela et n'y voir qu'un simple exemple parmi tant d'autres de discours maladroit. Soit. Ce qui me conforte dans l'idée que nous sommes vraiment un peuple bien sympathique pour se laisser aussi souvent insulter dans ce qui ressemble trop à une parodie de films populaires des années 60.

Donc pour nous quitter, je vous propose un petit éditorial tout chaud qui ne révèle évidemment absolument rien de la mentalité des élites culturelles qui nous gouvernent :

"Drôle de victoire ! Vingt et un députés socialistes se congratulant après le rejet de la loi internet ! Ils ne réalisent donc pas qu'en défendant le piratage ils se font les avocats du capitalisme sauvage...
Libertaire, le piratage ? Un espace d'échange libre et non marchand ? La vérité, c'est qu'il est libéral. Et même ultralibéral. C'est le sacre de la déréglementation. Des multinationales des télécommunications, pourtant riches à milliards, pillent les catalogues de cinéma et de musique pour stimuler la vente de leurs abonnements internet. Sans payer les artistes ! La «subvention » accordée bien involontairement par le cinéma et la musique aux fournisseurs d'accès représenterait plus de 500 millions d'euros par an ! Or voici la gauche en tête de la croisade pour défendre la liberté du renard télécoms dans le poulailler du cinéma et de la musique. Absurde ! C'est la gauche, avec Léon Blum en 1946, qui a inventé «l'exception culturelle». C'était le refus de livrer les biens culturels aux seules lois du marché.
La sauvegarde de la création et de la diversité artistique est à ce prix. C'est Malraux puis Lang qui ont fortifié cet édifice sans exemple dans le monde. Voilà pourquoi nous sommes le seul pays, en dehors des Etats-Unis, à avoir une musique et un cinéma vivants. Et c'est la gauche qui propose de faire sauter la digue ? «Entre le faible et le fort, c'est la liberté qui opprime et la loi qui protège», disait Lacordaire. Etrange situation française, où la gauche défend la liberté qui opprime et Nicolas Sarkozy, la loi qui protège.
"

Denis Olivennes - Le Nouvel Observateur n° 2319

Denis Olivennes est l'auteur du rapport à l'origine du projet de loi "Hadopi – Création et Internet".
(Sont soulignés les passages se rapportant à un des huit points développés plus haut)



(1) Quelle surprise, le site lestelechargements.com est fermé… On ne peut plus entendre Marc Lavoine nous prédire 400 000 chômeurs dans le spectacle d'ici cinq ans (c'est-à-dire vers 2011).

OPEN THE NEXT
Google! Facebook! Live! Del.icio.us! MySpace! Technorati! Reddit! Mixx! Yahoo!



 1 Posté par Jerome le 22 avril 2009 à 08:45 | website

Avez-vous envoyé votre analyse pertinente au caméo ?
 2 Posté par raphaelB le 22 avril 2009 à 08:56 | website

La citation du point 6 est comment dire...Mmh...Je ne trouve pas les mots...
 3 Posté par Petaire le 22 avril 2009 à 10:10

Putain on est trop forts nous les français quand même. 
Allez je fonce voir cette passionnante biopic de Coco Chanel! Heureusement qu'on a réformé la chronologie des médias pour que je puisse m'acheter le blu-ray de LOL, de ma femme s'appelle Maurice et d'Astérix aux jeux olympiques.
 4 Posté par Macfly le 22 avril 2009 à 10:53 | website

"Elle se dit l'élite des peuples civilisés 
Elle pourrait arborer sans aucune gêne la croix gammée 
Elle a pour principe de protéger les gens 
De leur littérature de leurs pensées de leurs chansons 
Elle dit que c'est fondé sur l'esprit de liberté 
Elle ne fait que parjurer les traités déjà signés 
L'élite est entrée sans prévenir

 
Trust - L'Élite
 5 Posté par Grotesque le 22 avril 2009 à 14:48

Très bon texte qu fait du bien par où ça passe. 
Sinon, c'est fou cette manière de sans cesse se planquer derrière le label "Art et Essai"! 
Surtout quand on oublie de préciser qu'un exploitant de salle classée "Art et Essai" bénéficie d'une aide fiancière de l'Etat (dont j'avoue ne pas connaître l'importance) ; subvention qui est à l'origine de nombreuses tensions dans le milieu ciné puisqu'il y aurait des abus de la part des gérants cyniques (et pas du tout éthiques) afin d'obtenir cette aide en diffusant a minima les oeuvres recommandées "Art et Essai". A noter qu'au CNC, a plusieurs fois couru l'idée de réformer le label en remettant de l'ordre dans ses critères de sélections des oeuvres (je leur suggère de d'abord trouver un nom moins con), ceci afn de rendre à l"art et essai" son but premier: aider à la diffusion de films fragiles et de patrimoines (avec critères de détermination de la "fragilité" cohérents et fixes) et non être un instrument de segrégation élitiste. 
Mais les tentatives ont toutes bizarrement échouées et tous se sont serrés les coudes 
face à cet ennemi commun ô combien plus dangereux: le piratage. 
Sur ce sujet, 
nicco: "le véritable enjeu est la nature sociologique de la culture [...]"  
Effectivement, ça semble bien être le fond du problème...
 6 Posté par Thibault le 22 avril 2009 à 17:24

Et pourtant il leur serait tellement plus rentable de s'adapter rapidement et d'aider à la transition. A mon avis, à ce niveau là c'est purement psychologique, c'est la peur du changement, de l'inconnu, qui guide ces fous à légiférer et faire légiférer n'importe comment.  
Une bonne licence globale il y a quelques années et on en parlait plus. 
 
L'art et essai reste le summum de la prétention. La plus grande intelligence et le plus grand talent consiste justement à rendre accessible et captable la complexité et la beauté. Un grand film est un film évident. Penser le contraire c'est mépriser le plus grand nombre.
 7 Posté par Oui le 22 avril 2009 à 20:55

Vivement la licence globale, que le modèle économique se mette en phase avec (et en face de) la réalité des choses. 
 
Au fait, a-t-on une idée du surcoût induit par cette solution (surcoût qui je suppose est censé s'appliquer aux abonnements internet souscrits) ?
 8 Posté par pau le 22 avril 2009 à 21:20

http://www.lepoint.fr/actualites-technologie-internet/2009-04-22/hadopi-le-parlement-europeen-sur-le-point-d-enterrer-la-loi/1387/0/336853 
 
Peut-être qu'un peu de bon sens transparaît, finalement...
 9 Posté par Christian le 22 avril 2009 à 22:20

nicco: "le véritable enjeu est la nature sociologique de la culture [...]"  
Effectivement, ça semble bien être le fond du problème... 
 
+1 !!
 10 Posté par effixe le 24 avril 2009 à 16:46

à propos de cinéma art-et-essai, je crois savoir que la salle touchant le plus gros montant de subvention à ce titre est l\'UGC ciné-cité des Halles puisqu\'il ne diffuse que de la V.O. (et que cela suffit comme critère...) Mouais....
 11 Posté par Vaecordia le 25 avril 2009 à 01:05

Le téléchargement c'est mal et c'est nul ! 
 
Franchement, en ce qui me concerne, je préfère aller acheter des dvds légalement. C'est bien mieux. Après tout j'ai la qualité dvd, la loi de mon côté et en plus j'ai le droit à des pubs au début, des annonces contre le téléchargement (c'est du vol) et enfin les 10 ou 20 min de présentations de lois répressives selon les pays contre le téléchargement à la fin d'un dvd sans possibilité de revenir sur le menu. 
 
Moi je dis achetez la culture ! 
 
 
(ai-je besoin de préciser mon ironie ? oups trop tard)
 12 Posté par bartavelle le 26 avril 2009 à 10:36

L'UGC des Halles diffusant tous les "supers" films français artistiques, je ne vois pas en quoi il est choquant qu'il se fasse plus de fric que les autres sur cette subvention débile. 
 
Et que le critère de VO suffise ne me choque pas non plus, parce que ça me gonfle fortement de ne pas pouvoir voir les films en VO dès que je sort de paris (du moins dans une salle techniquement correcte).
 13 Posté par Weta le 29 avril 2009 à 17:06

Même si je suis d'accord avec vous sur de nombreux points (prétention de la France à vouloir s'imposer comme LE pays du cinéma, un milieu artistique Français souvent coupé des réalités et de son public, influence d'une certaine presse institutionnalisé dites de prestige (Cahiers du cinéma, Positif, Inrock, Télérama et même Mad Movies) sur le fonctionnement de pensée du milieu... ). 
Je tiens quand même à souligner qu'il ne faudrait pas que vous finnisiez par devenir des Fausto Fasulo qui chaque mois nous balance un édito poussif et immature dans Mad Movies. Car l'article qui je tiens à le préciser EST très bien écrit, mais semble vouloir à tout prix s'en prendre au cinéma d'auteur dans son ensemble. Même si je lui reconnais beaucoup de défauts, il faut quand même avouer qu'il existe des auteurs de "talents" capable d'une reflexion personelle (Desplechin, Jacquot (même si je trouve son cinéma surestimé), Dumont, Kechiche... . Et que même si on adhère pas à leurs vision du cinéma (moi le premier qui je trouve pue l'autosatisfaction et le diktat de la "réalité objective du monde". On ne peut nier qu'ils apportent leurs propres point de vue pertinent sur le monde qui les entoure, et ainsi en respecter le travail et la qualité. 
 
Le problème étant que je n'aimerais pas qu'un site que j'apprécie énormément finisse par devenir ce qu'il combat. 
 
Enfin je pense pas que le milieu du cinéma Français change d'un pouce au cours des prochaines années et ceux pour plusieurs raisons.  
La première étant que nôtre système de production est considéré comme l'un des meilleurs du monde (Ce n'est pas Jan Kounen qui contredira), puisque le fait de ne pas avoir de "retour sur rentabilité" empêche justement de ne pas avoir à subir le "Tu fais plus de deux échecs ? T'es mort, ta carrière est finie." 
Alors qu'il existe des cinéastes talentueux (certes très rares) mais dont les films sont des echecs, mais qui grace à ce système leur permet de pouvoir retenter leurs chance, et de s'améliorer sur ses prochains longs métrages. Même si malheureusement c'est plutot des cinéastes merdiques comme Jean Paul Salomé qui bénéficie de ce système. 
Le deuxième problème, et celui là il est de taille, est que je contaste, tout autour de moi, est que la "nouvelle génération", c'est à dire celle qui rêve de devenir cinéastes et que l'on retrouve dans les écoles de cinéma (FEMIS, Lumière, ESRA...), les prépas, ou comme dans mon cas l'université, est incapable de penser par sois même, et qui ne jure que par ce qu'on leur a montrer ou dit comme étant l'absolu verité, mais qu'ils sont incapables d'en remettre en cause personellement les fondements (pourtant nécessaire à sa propre émancipation).  
Le pire étant que même lorsque ces derniers voyent une personne remettre en question ces propres fondements. Ils prennent ces distances avec lui même lorsqu'il s'agit d'un professeur. La tendance s'étant inversé se sont aujourd'hui (dans mon cas) qui sont plus ouverts et plus à l'écoute que les élèves.  
Enfin cette nouvelle génération d'apprentis cinéastes quand il s'agit d'évoquer le cinéma de genre populaire en reste à la surface, aux réalisateurs qui autrefois méprisés par l'intelligenstia sont aujourd'hui reconnus et adulés (Cronenberg, Argento, Lynch, Burton), sinon pour évoquer des Spielberg, Del Toro, Wachowski, Miyasaki (qui est pourtant reconnu)... Tu peux toujours attendre.  
Enfin le dernier point est d'ordre psychologique et social. Ces apprentis cinéastes finnissent par reproduire le schéma et les mécaniques de la "bulle" : Un groupe d'une dizaine de personnes qui restent ensemble jour et nuit tout le temps (véridique), ne voyant pratiquement jamais personne d'autres n'appartenant pas au groupe. Pensant EXACTEMENT la même chose sur pratiquement tous les sujets possibles et inimaginables, passant leurs temps à jouer ouvertement la carte de "l'artiste maudit", ayant un point de vue extrèmement cynique envers leur propre vie, l'imaginaire, les personnes qui le défendent, ainsi que les personnes ayant un point de vue différent du leur. 
Finissant par reproduire ce schéma ultra cynique dans leurs propres oeuvres.  
A titre d'exemple la seule idée de court métrage fantastique dont j'avais entendu parler était celle d'un univers Onirique qui à se réveler être une imposture. 
Par ailleurs il y a quatre ans le directeur de l'école Lumière c'était plaint que peu d'étudiants s'intérresse au cinéma de genre, préférant le thême du déréglement personnel. Enfin dans une interview un inervenant de la FEMIS se plaignait que bons nombres d'élèves joue la carte de l'artiste maudit. 
Enfin celà fait plus de vingt ans que certains milites et luttent pour la reconnaissance du cinéma de genre populaire et peux de progrès ont vu le jour. 
Il y a bien une dizaine de films de ce type qui ont était produits en france depuis cinq ans . Mais pour deux réussites on doit se taper huit navets. 
 
En définitif "L'avenir du cinoche de genre en France c'est pas gagné." Comme dirait Dahan. 
 
Désolé pour la longeur du post.
 14 Posté par Thibault le 29 avril 2009 à 19:48

Le cinéma de genre n'est pas aidé non plus par la presse généralisée: Elle occulte les oeuvres innovantes, se sert des daubes pour critiquer ou ne cite que des acteurs reconnus -et encore pas tous. Miyazaki en est un bon exemple, on le cite très régulièrement pour symboliser les films d'animation japonais mais c'est l'arbre qui cache la forêt. Dans ces conditions, pas étonnant que si peu ne sortent du tryptique drame/comédie/thriller qui fonde une bonne part du cinéma Français. 
 
Je suis d'accord avec l'ouvreuse sur l'essentiel. Je suis pour le telechargement libre et le gouvernement me fait gerber de honte. Maintenant, mon esprit me titille quand même:A quel point ça va améliorer les choses? 
Ne risque-t-on pas un formatage culturel par l'intermediaire des pubs par exemple?  
Ou est ce qu'à l'inverse la pub sera un support financier suffisant? 
Je sais qu'existent des modèles alternatifs, comme la libre donation -utilisée par Radiohead pour son dernier album- mais je doute qu'ils soient généralisables. 
Est ce que les salles de ciné ne risquent pas de se specialiser uniquement dans les films rentables?
 15 Posté par nicco le 29 avril 2009 à 20:24

Weta > Je ne comprends pas bien votre effroi : l'article n'est absolument pas contre le "cinéma d'auteur" vu qu'il ne traite tout simplement pas de cinéma proprement dit (et quelques archives sont là pour prouver notre diversité éditoriale), mais contre ceux qui ne voient pas plus loin les étiquettes permettant de faire passer des vessies pour des lanternes dans un milieu qui ne supporte pas qu'on le discute sur ce point. 
 
Vous aurez de plus remarqué le nombre d'articles tout aussi critique envers le cinéma plus "commercial" pour ne pas dire de "genre". 
 
Les chapelles, ce n'est pas pour nous.
 16 Posté par Weta le 30 avril 2009 à 15:24

Pour Nicco : J'ai bien compris que l'article ne cible pas le cinéma d'auteur, mais son milieu. Le problème étant que bon nombres de personnes qui ont lu ce texte, l'on très mal pris et on pensé qu'il s'agissait d'une attaque envers le cinéma d'auteur Français en général.  
Le problème étant que malheureusement les gens comme l'Ouvreuse, ou même de simples personnes (comme c'est mon cas), qui essaye de faire accepter une vision du cinéma qui ne soit pas baser sur la hierarchisation culturelle, ou les "chapelles" semble être des fourmis luttant contre des montagnes. :sigh  
 
Désolé de mettre mal exprimé.

Ouvrez-la ! Avec pertinence et correction. Tout troll sera automatiquement supprimé.
Nom :
E-mail :
Site web :
BBCode :Insérer un lienInsérer une adresse e-mailInsérer une imageTexte en grasTexte en italiqueTexte soulignéCitationCodeOuvrir une listeAjouter une ligne à la listeFermer la liste
Commentaire :



Code de vérification :* Code
Je désire être prévenu par mail des commentaires qui suivront.

 
+ Article précédent   + Article suivant
Le bulletin de notes
 

Derniers commentaires

13/03 | pau | Inglouriou...
12/03 | Ox | Inglouriou...
12/03 | gruute | Inglouriou...
12/03 | Clemz | Interview ...
11/03 | ticklish | Interview ...
10/03 | Bob | Lovely Bon...
10/03 | William | Le Vilain
09/03 | nicco | Mars 2010
09/03 | Sloop Clem B | Mars 2010
09/03 | Anonymous | Mars 2010

Le strip de Macfly

 

 

Aeon Flux RSS

Ecrire pour L'ouvreuse - Pointer vers L'ouvreuse - FAQ - Mentions légales - Nous contacter
© 2010 Créateurs d'Univers - Tous droits réservés