Edito

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Le cinéma du milieu Suggérer par mail
Dossier par Nicolas Bonci le 26 juin 2008

Un pont entre deux dérives

Milieu, pont et point de Balrog hélas...
En avril dernier paraissait aux éditions Stock Le milieu n'est plus un pont mais une faille, rapport de synthèse du Club des 13 mené par Pascale Ferran, formé suite au discours de la cinéaste durant la cérémonie des Césars 2007.
Lors de ce fameux discours, Ferran appelait les acteurs de l'industrie cinématographique et les institutions nationales culturelles à se réveiller, à ne pas laisser à l'abandon le cinéma dit "du milieu", ce cinéma sensé être à la fois populaire, donc financièrement viable, et artistiquement convenable. L'auteur de Lady Chatterley insistait sur l'urgence de résorber la fracture idéologique que les systèmes d'aides et les modes de productions hexagonaux aggravent depuis une vingtaine d'années.

Un an et demi après cette intervention et deux mois après la publication des réflexions du Club des 13 (constitué de scénaristes, de réalisateurs, de producteurs, de distributeurs, d'exploitants et d'exportateurs : des représentants de toutes les étapes de la vie d'un film), on ne peut pas dire que l'on sente pointer le vent du changement. Il faut dire que le gouvernement et Christine Albanel ont d'autres chats à fouetter en voulant à tout prix "régler le problème d'Internet" (sic). Et les films du milieu ne concernant ni Christian Clavier ni les autres amis du président à talonnettes, on peut toujours attendre des ébauches de réformes au sein des institutions, et notamment au CNC.
Du côté des professionnels de la profession, comme il fallait s'y attendre, c'est le consensus mou qui règne. Les penseurs, journalistes et observateurs s'inventent un tiède quiproquo histoire de faire semblant de participer au débat tout en évitant soigneusement de donner un avis pour ne fâcher personne, ce qui consiste grosso modo à rétorquer : "Oui, mettre des coups de pied dans la fourmilière et s'agiter pour sauver le cinéma français, c'est bien beau, mais c'est quoi ce cinéma du milieu là ? Comment osez-vous affirmer que tel film en fait partie et pas un autre ?".
Bref, les éternelles circonvolutions de pleutres qui, au moindre mouvement suspect, angoissent à l'idée qu'un premier pas révèle leurs pieds d'argile de colosses auto-proclamés, ne sachant très souvent que peu de choses des sujets invoqués (ou refusant d'en voir les évidences).

 "A force de ne pas dire que les films sont mauvais on finit par les trouver bons."

Cinéma : Autopsie d’un Meurtre - Pascal Mérigeau


POUR TROUVER LE MILIEU, TRACEZ LES DIAGONALES
Le caractère dichotomique du cinéma français peut difficilement passer inaperçu aux yeux de quiconque s'intéresse un tant soit peu à la chose : il est aisément admis qu'il y a d'un côté les "drames d'auteurs intimistes" conçus pour s'adresser à quelques milliers d'happy few, et de l'autre les grosses comédies poids lourdes manufacturées par les chaînes de télé pour "fédérer" papa, maman, mère-grand et le fiston, enfin surtout leur portefeuille, si possible sans toucher au capital neurones de la famille. Entre les deux vivotent difficilement quelques exceptions que le Club des 13 nomme "films du milieu" par commodité.
Ce manichéisme artistique sert généralement d'argument et de motivation idéologique dans les bouches et papiers des chroniqueurs et cinéphiles, bravant courageusement le formatage populaire pour mieux défendre le formatage élitiste. Mais mystérieusement, tout ceci est réduit à l'état de cliché par ces mêmes gens dès qu'il s'agit de remettre en cause le cinéma français dans sa globalité.
Dans un premier temps, on serait bien tenté de leur expliquer que les clichés sont rarement des émanations spontanées de quelques vils fantasmeurs qui réussissent à grand coup de magie noire et d'incantations païennes à les inséminer dans l'esprit d'une partie de la population : les clichés deviennent clichés par le biais de faisceaux réguliers et redondants de faits avérés et observés par un grand nombre de personnes.
Dans un second temps, on reste assez abasourdi par cette volonté de déni tant Le milieu n'est plus un pont… appuie sa démonstration sur des chiffres, des témoignages de professionnels, une analyse à froid et documentée des répercussions des diverses lois et décisions politiques.

Ainsi, le Club des 13 et ses exportateurs ont beau démontrer ce que l'on entend souvent aux marchés divers, c'est-à-dire que "55 % des films français sont inexportables, même dans les territoires francophones limitrophes. 80 % des films français ne font quasiment aucune recette à l'export. Seuls 10 % ou 20 % de la production font une vraie carrière en dehors de nos frontières" (p. 267), vous en trouverez toujours pour défendre la totalité de la production nationale ainsi que son système. Quand une politique "d'exception culturelle" donne pour effet un vase clos économique et ghettoïse ses artistes, n'est-il pas temps de la remettre en question ?
Apparemment pas, vu ce que s'est pris Marjane Satrapi dans Ce Soir Ou Jamais du 19 juin dernier après avoir osé l'impensable : déclarer dans une émission culturelle qu'en France on produit trop de films, trop de mauvais films surtout, et qu'on donne de l'argent à des auteurs qui n'ont rien à dire. Ce n'est plus un pavé dans la mare, c'est la route de Paris-Roubaix dans l'Atlantique. Rassurez-vous, le cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako a surgi pour défendre les mannes subventionnelles arguant qu'il vaut mieux trop produire que pas assez, personne ne pouvant deviner quel projet deviendra un chef-d'œuvre. En gros : "Ne touchez à rien, continuons de distribuer les fonds au petit bonheur la chance".
Si Sissako semble trouver pleinement son bonheur dans l'immobilisme philanthropique institutionnalisé, quand bien même le cinéma doive en périr, on aimerait tout de même lui suggérer l'idée hautement facétieuse à ses yeux que oui, on peut raisonnablement prédire que le cinquième long-métrage sur un couple de thésards ne trouvant plus de plaisir dans le sexe sans le faire devant le père de la demoiselle, par un auteur dont les quatre premiers essais sur le même thème avaient rapporté 20 % de leur budget, a hélas de grandes chances de connaître le même sort. Pas certaines. Mais grandes.

On en revient à la question qui taraude les cinéphiles depuis la nuit des temps : le cinéma doit-il être rentable ?
En fait la question n'a même pas à se poser en ce sens. Il faut d'abord se demander si tous les films doivent avoir pour vocation de s'adresser à un public suffisamment large pour potentiellement rentrer dans leurs frais. Est-il logique et sain de donner huit millions d'euros à un projet voué à une audience restreinte de par son genre, son intention, sa nature même, et le huitième de cette somme pour un script demandant plus de moyens et étant potentiellement plus attractifs pour le grand public ? Que la réponse soit oui ou non, la proposition de James Cameron d'établir des tarifs de tickets d'entrée selon le budget du film que l'on va voir est on ne peut plus pertinente, favorisant ainsi tous les genres, tous les cinémas, chacun luttant enfin à armes égales. Mais vous imaginez alors les cris révoltés des subventions-addict, craignant un manque à gagner sur les entrées des gros films populaires qu'ils dénigrent régulièrement, faisant écho aux hurlements des exploitants de multiplexes, qui déjà n'hésitent pas à attaquer de petits cinémas de quartier ou d'art et essai pour "concurrence déloyale" à la moindre aide municipale ou autorisation d'extension (parmi eux, le GRAND Marin Karmitz et ses MK2, ce bienfaiteur du cinéma qui censure les œuvres avant de les voir) (p. 232).
Enfin, pour en revenir à l'assertion de Sissako, qui préfère semer au petit vent pour espérer récolter un "chef-d'œuvre" de temps à autre, on ne saurait trop lui conseiller la lecture du rapport des 13, qui démontre clairement comment une dizaine de réformes simples pourrait aider concrètement à produire plus souvent et dans de bonnes conditions des films de meilleure qualité : globalement, en favorisant le travail en pré-production. Oui, le travail. Notion assez abstraite pour nombre d'auteurs je le conçois, mais qui tend à porter ses fruits partout ailleurs. Ainsi le rapport Ferran insiste sur la nécessité du temps d'écriture, de ré-écriture, de ré-ré-écriture, de préparation et de montages financiers en concordance avec le projet. Le Club propose ainsi tout un lot de mini mesures pour mettre fin à la mise en chantier de projets bancals et de productions de métrages en flux tendus par des producteurs victimes du diktat télévisuel qui leur a enlevé tout pouvoir décisionnelle, aussi bien sur le plan créatif qu'administratif.
De plus, qu'est-ce que Sissoko entend par "chef-d'œuvre" ? Comment peut-on défendre le système actuel en misant sur les probabilités d'en sortir des "chef-d'œuvres" quand on n'arrive même pas à s'entendre sur ce qu'est un film du milieu ? Tout cela reste donc très subjectif et aléatoire comme point de vue, et c'est précisément ce que réussit à éviter la bande à Ferran dans son pragmatique rapport.


"Ce qui est beau dans ce rapport, c'est qu'il est une machine de guerre à contourner les cons."

Claude Chabrol


SAN ANDREAS
La qualité première du Milieu n'est plus… est avant tout d'exposer les changements de mentalité, évolutions socio-culturelles et décisions politiques ayant contribué à la formation de l'état actuel de la production française, et ce en rappelant au passage quelques faits essentiels : "La politique des auteurs, concept forgé au départ par les jeunes critiques des Cahiers Du Cinéma – qui allaient devenir les cinéastes de la Nouvelle Vague -, pour défendre les plus grands cinéastes américains des années 1950 (Hicthcock, Lang, Hawks, etc.), a mis en lumière l'importance primordiale de la mise en scène dans la qualité artistique des films.
Cette théorie s'est progressivement imposée en France, faisant du metteur en scène "l'auteur" premier de son film et entraînant une sous-estimation à la fois du travail scénaristique et du caractère éminemment collectif de la pratique cinématographique.
Notons que ce glissement progressif vers une opposition entre la mise en scène et le scénario ressemble fort à un détournement de la théorie de départ. Car s'il va de soi que les plus grands cinéastes du monde performent parfois radicalement leur scénario, quitte à l'inventer ou le réinventer au moment du tournage, on peut néanmoins penser que Psychose ou Rio Bravo avec un mauvais script, ce serait moins bien.
" (p. 37)

Utile en effet de préciser que le concept de cinéma d'auteur servait à l'origine à défendre des films loin d'être intimistes et réunissant un peu plus que quelques milliers de spectateurs.

"Peu à peu, cette méconnaissance a imposé l'idée, à nos yeux dangereuse, que le scénario serait forcément du côté du cinéma américain, de l'efficacité du récit, et s'accompagnerait, par essence, de règles normatives qui viendraient brider l'élan si puissamment créatif du réalisateur. Vision romantique de l'art. Mensonge régulièrement démenti par les expériences des uns et des autres." (p. 38)

Ainsi fut inculqué chez les principaux acteurs du milieu (critiques, décisionnaires, producteurs, présidents et agents de commissions…) le culte de l'auteur, qui veut que tout ce qui sort de sa plume Word 10.0 soit béni des neuf Muses de la création et jamais remis en question, jamais retravaillé par d'autres scénaristes ou script doctors. Dans le même temps on conspuait toute idée de mécanique du récit (qui ne veut pas dire récit mécanique), d'écriture dite "à l'américaine" et de travail à quatre, six, huit ou quinze mains. Une approche de l'élaboration scénaristique qui a fatalement explosé en plein vol ces quinze dernières années lorsque les délais de pré-production se resserrèrent ("Puisque le scénario n'est pas important, faisons des économies là-dessus !" avancent ainsi les financiers à des auteurs décontenancés de se voir pris à leur propre jeu) et qu'une loi obligeait les chaînes à produire des quotas de fictions françaises, notamment au cinéma. Or les networks ont rapidement compris qu'ils n'avaient aucun intérêt à produire des succès de cinéma pour respecter la loi, et qu'il était bien plus facile et avantageux pour eux de produire des succès de télévision, car comme l'explique le rapport, "un téléspectateur n'a rien à voir avec un spectateur de cinéma. Il n'a ni les mêmes attentes, ni les mêmes désirs et ce, même quand il s'agit de la même personne." (p.14)

Précarisation des auteurs, formatage des projets financés en grande partie par les télévisions, producteurs trop dépassés par les évènements pour pouvoir jouer véritablement leur rôle de conseillers, institutions coupées des réalités économiques et artistiques, exploitation des films pensées en dépit du bon sens vu que succès ou pas, tous les participants finissent par y trouver leur compte : voilà les principaux problèmes soulevés par le Club des 13.
Leur mérite n'est pas tant de dire tout haut et preuves à l'appui ce beaucoup pense tout bas, que de proposer treize solutions viables et applicables pour inverser la tendance et remettre le système sur de bons rails. Parmi elles, la suppression du fond de soutien pour les sociétés de production dépendantes d'un diffuseur, réserver 7.5 % du fond de soutien d'un film à l'écriture, la taxation des marges arrières des exploitants (5,5 % sur le chiffre d'affaire des pubs, confiseries et autres), limiter le nombre d'ayant-droits pouvant avoir accès à l'aide automatique sur le film suivant, ne plus recommander en Art et Essai des films dont les frais de sortie sont équivalents à la moitié du budget d'un vrai film Art et Essai, etc.
Des solutions qui paraissent toute trouvées, trop facilement peut-être, mais cela ne découle que d'une intelligente et clairvoyante observation de faits, basée sur les seuls chiffres et les limites d'un système aisément arrangeable, qui avec le temps a fini par produire l'exact opposé de ce pour quoi il fut conçu.

Cette volonté d'objectivité a par contre une limite, assez importante vu qu'encore une fois le débat sur l'éducation à l'image, et particulièrement sur la philosophie inculquée dans les milieux culturels, écoles d'arts et de cinéma, etc., est totalement ignorée.


"En France, si tu as signé un malheureux succès, tu peux vivre sur ta réputation et écrire des merdes pendant dix ans. Ici (aux USA), tu as droit à l'erreur une fois, deux maximum, ensuite t'es hors-circuit. En France, il faudrait qu'on se prosterne devant le génie de certains crétins de réalisateurs qui ont à peine fait un court métrage. Ici, un auteur a parfois plus de pouvoir qu'un metteur en scène. En France, on ne lit même pas ce que tu fais parce que peu de gens savent lire. Ici on mouille sa chemise du matin au soir, parfois une bonne partie de la nuit, et on recommence le lendemain, encore et encore, cinq, dix, quinze versions, jusqu'à ce que ça aille."

Saga – Tonino Benacquista


DU SYSTÈME ET DE L'INDIVIDU, QUI EST ARRIVÉ LE PREMIER ?
Remettre en cause la structure sur laquelle repose le cinéma français est une très bonne chose, mais ne jamais chercher à critiquer ceux qui en sont les plus grands instigateurs ou réguliers profiteurs est passablement gênant.
Le symptôme protectionniste d'auteurs à auteurs frappe dès l'énoncé des constats page 11 : "Alors que la France est sans doute l'un des quelques pays au monde où il y a le plus grand nombre de talents réunis : de très grands cinéastes, scénaristes, comédiens, techniciens, de tous âges et toutes catégories de film confondue, pourquoi les films ne sont-ils pas meilleurs ?"

Parce qu'on manque d'humilité ?

Vraiment, qu'il est agaçant cet axiome affirmant que "La France a des talents !". Comment vouloir modifier un système d'un côté si de l'autre on ne remet pas en question les individus qui l'ont mis en place ou qui le font fonctionner ? Comment continuer de claironner que nous avons les meilleurs artistes alors que tout montre que cela est loin d'être le cas, et loin d'être la seule faute du système ? (syndrome du coq, seul animal à chanter les pieds dans la m… ?) Comment espérer faire ouvrir les yeux aux principaux intéressés si on les met à l'abris d'une quelconque critique, leur assurant que "ce n'est que la faute du système, pas la leur" ?
Vouloir bouger les institutions ne portera pas très loin ses fruits si à leur tête se succèdent des individus habitués à être déresponsabilisé et bâtis sur le même moule. Déjà en école de cinéma on vous regarde avec violence et air ahuri si vous remettez en cause ce bon vieux système de subventions, malgré ces aspects négatifs : déjà conçus pour le défendre, ou du moins pour ne pas le vexer, ce pépère système.

D'autant plus que le rapport signale que "les modèles économiques des cinématographies émergentes sont le plus souvent inspiré du modèle français : quota, politique culturelle d'état, etc. Et cela fonctionne. On peut que s'en réjouir, même si cela produit comme effet collatéral immédiat de faire baisser les parts de marché du cinéma français dans ces pays-là." (p. 273)

A systèmes quasi identiques, quelles peuvent donc être les autres raisons de ces réussites alors ? Les réels talents ?

Elle est donc peut-être là, la première réforme à effectuer : elle n'est ni d'ordre politique, économique ou institutionnelle. Elle est d'ordre morale et intellectuelle. Elle consisterait à reconsidérer toute notre éducation vis-à-vis du cinéma, son approche critique et culturelle afin de former des artistes et auteurs non pas asservis à la mère patrie et son exception culturelle marquée au fer rouge dans leurs synapses, mais des êtres indépendants de toute idéologie d'Etat, de tout formatage de pensée, responsables et conscients de leur rôle prépondérant d'auteurs et réalisateurs de cinéma, prêts à toujours tout remettre en cause, et surtout la main qui les nourrit.



         





 1 Posté par macfly le 26 juin 2008 à 11:18 | website

Oui les réformes, c'est d'abord dans la tête qu'il faut les faire.
 2 Posté par Epikt le 27 juin 2008 à 12:33 | website

Voilà qui me rappelle que j’ai toujours pas lu ce bouquin... 
Mais à vue de nez, je serais assez d’accord avec ta conclusion. 
Par contre je suis toujours aussi gêné par la désignation de « film du milieu », comme par la plupart (totalité) des propositions alternatives qui ont pu être faites. Peu flatteur, peu évocateur, peu précis. Mais si le débat du nom peut avoir lieu, il ne doit pas cacher le principal enjeu. Il ne doit pas non plus le concentrer sur ce seul « milieu » : si on veut réformer le système de production (au sens large) il va falloir s’attaquer aux films du bas, du haut, de la droite, de la gauche, du fond et du reste. 
 
Un truc qui me chagrine quand même dans ton texte : ne pas t’y voir (ou presque) parler d’exploitation. 
Je veux bien que l’on permette le travail des films en amont, sur le script en particulier - en passant : les tenants de l’auteurisme ont beau mettre en avant le rôle du réalisateur, ce que je vois du cinéma français ce sont surtout des (mauvais ?) scénario filmés, plus que des films de mise en scène - mais c’est en aval que ce joue l’existence ou non d’un film. Tu aura beau réaliser un film trop chouette, s’il n’est projeté que dans 3 salles du quartier latin on ne peut pas vraiment dire qu’il existe et rencontre le public. 
C’est aussi idéologique de ma part : je n’aime pas le principe de subvention (disons qu’il en faut, mais qu’en aucun cas cela doit être le coeur du dispositif d’aide, mais au contraire un moyen de « lancer la pompe d’un système qui permettrait aux films d’être vus, et non de financer à perte des films que personne ne voit) et globalement d’aide en amont. C’est le meilleur moyen d’installer confortablement des incompétents et/ou des fumistes : si avant même d’avoir été exploité ton film est déjà rentabilisé, pourquoi se soucier de qui va le voir ? Pourquoi se soucier alors d’à qui il s’adresse ? Et surtout, qu’est-ce qui nous empêche de remettre ça pour le prochain ? Ne s’intéresser à l’amont uniquement ne changera rien à la mentalité des acteurs du cinéma - on y gagnera peut-être en rigueur en préproduction, mais je ne pense pas que l’impact soit significatif. 
(Que je sois bien clair avec moi-même, je suis personnellement assez auteuriste dans ma vision du cinéma, et s’il me venait l’occasion de faire des films je les ferais avant tout pour moi, et qui m’aime me suive. Mais on parle là du modèle cinématographique global, devant favoriser la santé et la créativité du secteur/industrie dans sa globalité, pas les délires mégalos des réalisateurs.) 
Bref, le nerf de la guerre, c’est l’exploitation des films. Et si intervention politique et réglementation il doit y avoir, c’est à mon sens là qu’un effort devra être réalisé. Donner accès aux oeuvres, ce genre de choses. 
Pour être plus précis : une réglementation limitant le nombre de copies - par le haut (limiter le nombre des écrans pour un seul film, histoire d’éviter qu’un Astérix ou un Ch’tit squatte près d’une salle sur cinq) mais surtout par le bas (un nombre minimum de copies, afin que le film puisse être montré autre part qu’à Paris et disposer alors d’un public potentiel plus important) - ainsi que des quotas d’exploitation (un film doit rester à l’affiche tant de semaines). 
Un réseau d’exploitation en salles sain, où le spectateur qui a entendu parler d’un film peut le voir sans faire 250 km et globalement où le spectateur dispose d’une offre la plus complète possible (donc du choix de ce qu’il va voir, ou pas), c’est une condition à la bonne santé du secteur, et probablement à la qualité globale des films. C’est aussi une condition pour que la politique du « les spectateurs vont le voir donc c’est bon » ne soit pas trop fausse. 
(Un brin utopiste peut-être, le tirage des copie ça coûte chère ma petite dame. Je pense toutefois que la projection numérique ouvre des possibilités intéressantes, si les exploitants étaient prêts à faire l’effort d’investissement nécessaire.) 
Je suis convaincu qu’à moyen terme (voir même court terme) ce genre de politique serait payante. Car quoi qu’on en dise le public il a beau être con mais si on lui donne la possibilité de voir les films il les voit (l’inverse est certes encore plus vrai) et confronté à la diversité des offres il sera, pour une partie en tout cas, moins moutonnier dans son rapport au cinéma (voir des choses différentes, ouverture d’esprit, éducation à l’image et tout ça). Donc du public pour nos fameuses productions du milieu, donc des possibilités de production, donc... 
Grossièrement.
 3 Posté par Joseph L. le 27 juin 2008 à 19:25

Enfin un diagnostic juste! Bon, je dis "enfin" c'est une façon de parler, car Michel Ciment dit à peu près la même chose depuis des années... Il est mentionné dans le bouquin, au moins? 
 
Bien content de voir enfin reconnus les méfaits de la politique des auteurs et des Cahiers. On ne dira jamais assez le mal qu'ils ont fait à notre cinéma ainsi qu'à notre belle langue (Saint Jean-Michel Frodon, patron des jargonneurs, priez pour nous)
 4 Posté par nicco le 28 juin 2008 à 02:43

Epikt > Je n'ai pas abordé l'exploitation car le sujet est extrêmement bien traité dans le rapport, tout y est dit clairement, problèmes comme solutions. 
Toutefois, il existe un moyen simple de réguler les exploitations des salles : apprendre aux spectateurs ce qu'est un bon film, un mauvais film, bref, l'éduquer afin qu'il soit moins soumis au vortex de la promo ou aux "officiels" de la presse culturelle. 
 
Pour reprendre Coluche, il suffirait que les gens arrêtent d'aller voir des merdes pour qu'on n'en tire plus 1200 copies ou qu'on en produise à tour de bras. 
 
 
Joseph > Pas de trace de Michel Ciment.
 5 Posté par Epikt le 28 juin 2008 à 11:36 | website

> " Je n'ai pas abordé l'exploitation car le sujet est extrêmement bien traité dans le rapport, tout y est dit clairement, problèmes comme solutions.
 
Il faut décidément que je pose mes petits yeux dessus.
 6 Posté par Weta le 28 juin 2008 à 13:08

Nicco je suis d'accord avec toi. Le problème viens effectivement de "cette éducation à l'image".  
 
Le problème est que il y a un fossé énorme entre :  
 
1 Un bonne partie du milieu du cinéma français qui est resté coincé aux années 60 à la nouvelle vague ainsi qu'aux comédies 100 % beaufs (Les Louis de Funès, Les Charlots...) . Ce système perdure encore aujourd'hui. Les productions en France sont Toujours des Comédies ou des pseudos drames intimistes.  
 
2 Le public qui ne souhaite pas voir autre chose que des comédies que je viens de citer. 
 
Le problème est par ailleurs plus profond que çà . Qu'on le veuille où non nous sommes un pays qui culturellement est replié, refermé sur soi même. Qui refuse de voir que le monde, les pays européens ont évolué parce qu'il n'était justement pas rester sur un replis nationaliste. Il nous manque cette humilité et cette ouverture d'esprit, cette capacité à s'emerveiller sans cynisme, qu'on les autres pays européens.  
 
Comment explique tu par exemple qu'en Angleterre l'un des studios qui permis au cinéma anglais de se maintenir était une firme spécialisé dans les films fantastiques (La Hammer) ? 
 
Qu'un acteur interprète de Dracula fut nommé Sir par la reine ?  
 
Bien sur aucun journaliste français, hormis ceux de la presse spécialisé, n'a écrit pour expliquer en quoi ce studio était formidable.  
 
Qu'en Espagne les plus grands succès furent Les Autres, et L'Orphelinat ? 
 
Que des films allemands dits "d'auteurs " comme La Chute, Good Bye Lenin ou La Vie Des autres arrivent à rencontrer un public international et de tous bords et de tous origines sociales alors qu'il n'en est rien en France ? 
 
Le problème vient également, je pense, de nôtre conception de l'art. Pour lequel on a tendance en France et en Italie à tout hierarchisé. D'ailleurs Yannick Dahan l'avait bien dit "Il Faut lutter contre la hierarchisation culturelle." 
 
Y compris dans les critiques. Ou il faut toujours employer des adjectifs, un langage littéraire souvent Soutenu pour ésperer se faire entendre et respecter. Sinon on ne t'écoute pas.  
 
Exemple très simple à ce sujet : Comparez les écrits de Thoret avec ceux de Djoumi.  
 
Par ailleurs il faudrait arréter de penser que les arts se résume à de simples concepts intellectuels.  
 
Et aussi lorsque les parents essayent d'éduquer culturellement leurs enfants (car c'est aussi là que ça se joue). Que ses derniers laisse leurs enfants aller vers leur imaginaire, leurs rêves qu'il soit clair ou obscur. sans les censurer, sans les ramener à des choses plus terre à terre.  
 
Combien de parents j'ai vu au rayon bande déssinée, ou DVD dire à leur enfants "Ne prend pas cette B.D. Batman tu es trop petit pour ça, c'est trop violent ." "Ou encore pas le DVD de ChiHiro où de Monster House."  
 
Et le pire c'est que çà continue à la maison "Éteinds moi tout de suite Buffy , c'est quoi cette merde auquel tu joue avec ta console."  
 
A la place ces parents disent à leurs enfants : "Tiens prend cette BD d'astérix, regarde y a Le Gendarme de Saint Tropez." Soit les représentants de tout ce que la culture à de plus Beauf, cyniqe et méprisable. 
 
Bien évidemment les médias en rajoute une couche à présenter tout ce qui est du domaine de l'imaginaire ET de l'Étranger comme étant néfaste pour la jeunesse.  
 
Ex : "C'est adolescent venait de voir Scream avant de poignardé son voisin." ou encore "Cette adolescente qui s'est suicidée passer son temps à écrire des poèmes morbides, et à écouter du Manson". 
 
(Notez bien que c'est souvent le terme adolescent qui revient, sous entendu il faut tuez le mal à la racine et ce dès l'enfance.) 
 
ou encore "Crise de violence devant un manga où une console de jeu."  
 
Pourquoi les médias ne parle t'il pas de ses jeunes enfants qui justement ont trouvé à travers les arts imaginaires comme le jeu vidéo, Le Comic Book, Le Manga, Les films, et les livres fantastiques, d'horreur et de science fiction une aide pour tenir dans le monde "réel" et développer leur part de créativité artistique, dont certains en ont fait leur métiers, les exemples sont nombreux et variés.  
 
C'est donc dès l'enfance que çà commence. Il faut l'empécher d' être conditionné dogmatiquement dans un schéma artistique et culturel qui relève de la banalité, et de la médiocrité et le laisser développer son imaginaire ne pas le censurer.
 7 Posté par isokilla le 28 juin 2008 à 14:01

Tu viens de citer par des exemples tous les maux de cette société. 
 
Des parents n'empêchent pas les enfants de regarder ce qu'il veulent pour les empêcher d'évoluer mais pour la simple raison qu'il ont tendance à proscrire ce qu'il leur parait inaccessible, rejeter l'inconnu est un moyen typique de se protéger de ce qui nous dépasse. 
 
De plus, comme l'a expliqué Nicco, l'art n'a plus sa place du moment que le budget de promo d'un film prend une place importante, on ne présente plus un film, on le vend. On va dire que c'est du commerce parce qu'il y a de l'argent en jeu en oubliant que c'est quand même une oeuvre. 
 
La population se complait finalement dans ce fonctionnement, les média profite de cette facilité pour contrôler l'opinion publique puisqu'elle a une forte influence. Du coup, on prend bien le temps de faire un débat sur la violence au cinéma et dans les jeux vidéo, débat qui ne serait pas autant étalé si on parlait de guerre par exemple (même si ces derniers temps, cela a un peu changé) 
Puis viens la désinformation qui consiste à déformer les propos de l'opinion public (et hop je redescend sur terre la je fais du H.S). 
 
Tous les supports dit artistiques doivent subir ce jeu d'influence qui fonctionnent plus souvent par l'argent que par les discours. 
 
SI l'adolescent est toujours sollicité, c'est justement parce que cet âge est une sorte d'étape importante, celle ou celui adopte tel ou tel comportement, si un adolescent se gave de produits refourgués pas certaines chaînes privées, il est fort probable qu’il le fera toute sa vie. 
 
J'ai souvent discuté avec des gens qui se permettent d'annoncer "chacun ses goûts" pensant qu'ils ont le contrôle de ce qu'ils écoutent ou entendent sans se rendre compte que le dernier C.D qu'il ont acheté ou le dernier téléfilm qu'ils ont vu a été annoncé plusieurs dizaines de fois dans la journée. C'est d'ailleurs comme cela que ma grand mère a voulu voir I am a legend (Il a l'air bien le film avec Will Smith, ils l'ont dit à la télé), je vous dis pa à sa sortie de la salle, choqué par le visuel (il a oublié de dire que c'était violent pendant l'interview Will Smith). C'est comme cela aussi qu'un titre minable comme las ketchup a pu cartonné, vu que tout le monde a entendu le titre au moins 30 min dans la journée entre la radio et les pubs télé. 
 
Ce sont les mêmes personnes qui voient Internet (qu'ils ne connaissent pas) comme un outil du démon ou règne sex, piratage et corruption (Il parait que c'est Internet qui a inventé tout cela, ça existait pas avant), c'est normal puisque c'est le discours type des sources qu'ils utilisent. 
 
Du coup, Le bourrage de crâne fonctionne encore très bien (qui se souvient de la pub mercurochrome diffusé plusieurs fois d'affilées) et apparemment ça arrange les consommateurs qui n'ont pas envie (ou le temps) de s'intéresser aux choses, c'est mieux de manger du pain sec que rien du tout et qui ira aller chercher un boulanger surtout si il et difficile à trouver, ben un amateur de bon pain qui ne comprend pas comment les autres peuvent se contenter de ça (c'est d'ailleurs un message mis en avant dans ratatouille).  
Voila où on en est.
 8 Posté par Joseph L. le 28 juin 2008 à 20:24

En France on n'aime pas l'imaginaire, c'est comme ça. Nous n'avons pas de véritable tradition fantastique (Mérimée, Nodier ou Gautier ça fait très petit-bras comparé à Poe, Bierce ou M.R. James) et quand notre cinéma se risque dans le genre c'est toujours sur la pointe des pieds. Patrick Brion nous a permis récemment de revoir La main du diable de Tourneur père et il suffit de comparer avec les films que tournait son fils à la même époque chez RKO pour en tirer des conclusions irréfutables... Ou alors de prendre deux films sortis la même année, et aux sujets et décors assez voisins, Sleepy Hollow de Burton et Le pacte des loups. Dans le premier, le surnaturel est une réalité, et le jeune limier prétentieux qui croit pouvoir tout expliquer de façon rationnelle est vite dépassé, tandis que dans le second nous avons droit une fois de plus au parisien éclairé qui apporte les lumières de la raison et de la science aux pauvres paysans attardés. On pourrait trouver d\'autres exemples, mais je crois que ceux-là suffisent. 
 
Sinon, je ne suis pas étonné que Michel Ciment ne soit pas mentionné, quand bien même il a eu raison avant tout le monde. On est en France et même en période de crise on n\'oublie pas les chapelles.
 9 Posté par Joseph L. le 28 juin 2008 à 20:27

Weta, 
 
Merci pour l'hommage à la Hammer. La boîte à Michael Carreras a fait bien mieux que permettre au cinéma anglais de se maintenir, elle lui a donné quelques-uns de ses plus beaux fleurons à une époque où la production mainstream n'était vraiment pas folichonne. Terence Fisher c'est tout de même plus emballant que le Free Cinema (qui a du reste pratiquement sombré dans l'oubli)

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