Edito

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Critique par Simidor le 29 janvier 2008

To die alone in Texas

Affiche No Country For Old Men
Ça commence sur fond d’un paysage désertique du Texas avec le monologue d’un homme désabusé qui parle de tout et de rien. Un écho à un autre monologue qui nous opposait le collectivisme soviétique à l’individualisme texan deux dizaines d’années plus tôt. Le ton est donné. Dès le départ et sur une grande partie de sa durée, le nouveau film des Coen lorgnera dangereusement du coté de Blood Simple.
Adaptation d'un roman de Cormac McCarthy, No Country For Old Men nous plonge dans l'histoire de Llewelyn Moss, un soudeur retraité, vétéran du Vietnam, qui vit avec sa femme dans une caravane près des immenses étendues désertiques du Texas. Il va tomber par hasard sur un magot qu’il va garder pour lui. Il va ainsi se coller aux trousses une machine à tuer, entraînant dans sa chute les siens et tout ceux qu'il croise. Le shérif du coin l'aiderait bien à s'en sortir et les gros bonnets qui étaient dans le coup aimeraient aussi récupérer le fric...

Javier Bardem campe Anton Chigurh, l’un des meilleurs tueurs psychopathes que le ciné nous ait offert depuis longtemps (la comparaison avec le Terminator s'arrête à une pièce de monnaie). La distribution est complétée par Tommy Lee Jones, Woody Harrelson, Josh Brolin, décidément abonné aux rôles sympathiques, ainsi qu'une belle brochette de seconds rôles. Tous sont au service du film alors que le contraire aurait été tout à fait acceptable. Mais là il ne faut pas oublier qu'on est dans un film des frères Coen, et même un de leurs meilleurs (ce qui met la barre très très très haut).

A la manière de Blood Simple, le temps du film se dilate : du filmage naturaliste d’un désert à perte de vue au plus près de ses acteurs pour guetter en silence un choix ou une réaction, il y a toujours un détail qui fait mouche. Peu de films peuvent se targuer d’être aussi prenant, tout en demeurant élégant et sans concession par rapport aux facilités du médium. Ici, quasiment tout passe par l'image. Chaque lieu est exploité avec un sens de l’espace exemplaire doublé d'un montage parfait et d'une utilisation ingénieuse des éléments de l'histoire (un simple pisteur devient un aspect déterminant de la narration).
On peut citer entre autres ces deux scènes dans un hôtel et leur prolongement dans la nuit ou les Coen arrivent à rendre parfaitement pendant une bonne demi heure ce que Motel tentait de faire plus ou moins heureusement : redonner un sens au mot suspens alors qu'il n'en a plus vraiment. On retrouve dans la confrontation Llewelyn/ Cigurgh un peu de l’attente créée lors du western spaghetti, une attente qui est une fin en soi, car le résultat de la confrontation ne sera montré que par les yeux du troisième personnage.

No Country For Old Men

Les Coen se passent de musique, ne laissant pas même une note accompagner la solitude oppressante du personnage. Cette solitude se double d'une mise au ban par la communauté et de sa condition de proie. Le chasseur creuse la route, éliminant toute trace du passage de Llewelyn, et celui-ci, blessé et couvert de sang, devient cet homme étrange que tout le monde fuit ou craint, qui ne peut se faire obéir que par l'argent. Une scène vers la fin du film inversera ce propos : des enfants accepteront d’aider gratuitement le tueur psychopathe. Puis celui-ci leur apprendra à accepter l’argent, semant le germe d'un cynisme qui sera encore plus à sa place dans les années suivantes.
Enfin il y a cette pièce de monnaie qui décide si une personne devra vivre ou mourir. Un test imposé aux plus chanceux (et innocents) par le tueur et qui se pose comme un jugement suprême, au delà de toute considération humaine. L’argent contamine littéralement la filmo des frangins pour y propager la mort et le chaos, mais ils n’ont jamais été aussi loin dans la métaphore.

C'est au milieu de ce chaos qu'arrive le fameux troisième personnage, le shérif Bell, remarquablement interprété par Tommy Lee Jones. Il est affublé d’un sidekick, son adjoint, et ils remplissent à leur manière le quota de scènes typiques coeniennes (label accent texan d’origine, dépaysement assuré). Mais ici, c'est un rire pincé. On se retrouve devant un Fargo dont la naïveté et l'espoir auraient été troqués contre un réalisme malsain. Il n'y a plus de cloisonnement entre la vie de l’enquêteur expérimenté et ce qu'il voit tous les jours.
Ici l’homme est seul face à lui même et à ses choix de vie, comme ce shérif dépassé par le progrès qui vit dans le passé et qui traîne derrière lui une montagne de faits divers (auxquels vient s’ajouter celui qui se déroule devant nos yeux), comme ce "robot" meurtrier aux valeurs douteuses ou bien le mercenaire campé par Woody Harrelson.
Désabusé, sans repère, l’homme de loi tente tant bien que mal d’empêcher les événements, puis il retourne à une résignation emprunte de désespoir. Un rêve lui rappelle que la lumière qu’il cherche dans ce monde n’existe plus, en bref qu’il n’y a plus aucune terre qui puisse vraiment accueillir un type comme lui.
9/10
No Country For Old Men
Réalisateur : Ethan & Joel Coen
Scénario : Ethan & Joel Coen d'après le roman de Cormac McCarthy
Production : Ethan & Joel Coen, Scott Rudin…
Photo : Roger Deakins
Montage : Ethan & Joel Coen
Bande originale : Carter Burwell
Origine : USA
Durée : 2h02
Sortie française : 23 janvier 2008
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 1 Posté par Pigeon le 30 janvier 2008 à 15:35

Un bien bon film en effet qui me réconcilie avec Les Coen que j'avais trouvé décevants depuis The Big Lebowski (un de mes films préférés soit dit en passant).  
Néanmoins je n'ai absolument pas accroché sur le dernier quart d'heure qui perd en intensité et n'apporte rien a l'histoire.  
Bonne critique et note méritée
 2 Posté par Bleuten le 03 février 2008 à 12:18

+1 
 
Une réalisation épurée, des acteurs au top, pas de happy end, juste parfait. 
 
Le final est en effet déconcertant, mais pour moi, il est tout à fait sa place, le personnage de Tommy Lee Jones étant, dés le premier plan du film, présenté comme le narrateur de cette histoire. 
Par contre, ce qui m'a fait sortir du film, c'est le couple de vieux qui discutaient après la fusillade finale parce qu'il ne comprenaient pas ce qu'il se passait à l'écran. :? :roll
 3 Posté par the dude le 03 février 2008 à 19:03

justement le final fait écho à tout le film, le sheriff, tommy lee jones, ne comprend plus le monde dans lequel il vie et se retire. c'est à la fin du film que le titre prend tout son sens. 
 
j'en profite pour dire que je viens de découvrir ce blog et que je le parcours avec joie et délectation. 
les critiques faites aux critiques sont pertinentes et correspondent au triste constat que je fais tous les jours concernant l'acculturation, l'aliénation et la bien-pensance fascisante de notre société. 
sans compter mon accord sur beaucoup de critiques de films. 
donc merci
 4 Posté par L'ouvreuse le 03 février 2008 à 19:51

Où ça un blog ?
 5 Posté par the dude le 03 février 2008 à 20:34

tiens c'est vrai ?  
excusez moi , je croyais que c'était un blog. l'interface ressemble à ceux de certains blogs. :x
 6 Posté par raphaelB le 04 février 2008 à 12:36 | website

Vu et apprécié, un film riche.
 7 Posté par playmO le 06 février 2008 à 23:47

Oui mais non.
 8 Posté par nicco le 07 février 2008 à 01:06

Playmo, commence pas avec tes posts inutiles. 
 
Je te signale que c'est le 2ème avertissement, y en aura pas trois.
 9 Posté par Bleuten le 07 février 2008 à 11:45

Voila maintenant que nicco se met à jouer les nazi-modos. 
Où va le monde, je vous le demande... 
:roll  
 
 
(non, pas là)
 10 Posté par nicco le 07 février 2008 à 13:09

Tu ne connais pas Playmo, pauvre fou.
 11 Posté par Bleuten le 07 février 2008 à 14:37

J'ai cette chance, en effet. :grin
 12 Posté par thedude le 07 février 2008 à 15:07

vous voulez tuer bill ? 
 
( trouvez la blague )
 13 Posté par Gummo le 07 février 2008 à 19:58

Très grand film en effet qui va se bonnifier avec le temps et devenir un classique.  
 
Quelqu'un sait à quoi sert le personnage de Woody Harrelson ?
 14 Posté par Bleuten le 07 février 2008 à 20:09

C'est une des portes de sortie offerte à Moss (qui lui referme cette dernier au nez) ainsi qu'un élément qui démythifie Chigurh. Avant que Wells en parle avec son boss, on en vient presque à penser que Chigurh n'est pas un humain. 
Wells le connait et pense pouvoir le tempérer, faute de l'arrêter. 
(fatale erreur) 
Ca permet aussi de montrer à quel point Chigurh est intraitable, même face à ce qui semble être un ami.
 15 Posté par Gummo le 07 février 2008 à 20:14

Merci pour l'explication. Sur le coup, j'ai eu l'impression que c'était juste une des fausses pistes du film qui s'amuse pas mal avec les attentes du spectateur.
 16 Posté par Shin le 05 mars 2008 à 15:30 | website

Bonjour, 
 
Dans l'ensemble, j'ai plutôt apprécié le film des frères Coen. En revanche, la fin m'a déconcerté et je regrette que la dernière demi-heure soit trop elliptique et vaporeuse. Je regrette également que le personnage de Tommy Lee Jones ne soit pas plus présent (c'est tout de même le héros du bouquin). 
 
Néanmoins, j'ai passé un assez bon moment devant. Javier Bardem est pour sa part génial. 
 
Amicalement, 
 
Shin.
 17 Posté par Pad' le 24 mars 2008 à 15:01

L\'absence de musique et de gueulantes fait monter une tension énorme et intense... Les réalisateurs pourraient s\'en inspirer, vu la lourdeur de la musique au cinéma en ce moment (non je ne parle pas de Sweeney Todd xD) 
Pas une parole plus haute que l\'autre, d\'excellents acteurs (ah Javier Bardem qu\'il est exécrable, horrible et sans coeur:])et une bonne réalisation dans l\'ensemble : que demander de plus ?
 18 Posté par Noonsa le 29 mai 2009 à 08:59

C'est 36000 ans plus tard que j'appose thriomphalement ma critique ici, non, simplement deux lignes d'idée personnelle je ce film, où toutes ces merveilleuses ellipses m'ont échappés, pour me laisser voir un film techniquement abouti, mais vide de sens (oh oui l'argent c'est assez mal, et le monde n'est plus ce qu'il était ou est mal barré, le tueur est froid, il est énorme, lui donner une psychologie plus réelle ou plus colorée aurait été pour les faibles) et surtout gâché, écourté, fini à l'air comprimé. 
 
Je crache facilement? Non. Le film aurait pû terrible si on avait pas choisi la facilité prétexte à style. C'en est un aussi parfois.
 19 Posté par Thibault le 29 mai 2009 à 21:50

Moi c'est après voir lu le livre que je voudrais réagir. J'ai aimé le film, mais d'une part je ne pense pas que ce soit le meilleur Coen, d'autre part il bâcle certains passages essentiels du livre. Le dialogue final avec la femme est vidée de son essence, certains dialogues essentiels sont mis de côté. Un personnage intéressant, une jeune femme, a été remplacée par une potiche vite abattue. Bref, autant d'éléments qui manquent pour un film qui se traîne.  
 
Par contre, il ne faut vraiment pas sous-estimer ce film à la richesse remarquable. Les figures présentées posent des questions vraiment importantes. Le shérif parle bien de la flamme à transmettre, dans son rêve.Ce mec est une forme du traditionnalisme qui vise à donner aux générations suivantes ce qu'il y a de bon. En même temps, il doute de ce modèle. On l'a valorisé, lui et sa génération (The best generation) au-delà de la réalité- l'histoire de la médaille). Les moyens qu'il oppose, qui sont surtout de l'ordre du dialogue et de l'éducation -pas besoin d'armes, normalement- semblent dépassés. 
Le tueur n'est pas creux, il incarne une forme de rationalité et de droit aberrant et inhumain, à l'image de ce que la modernité a pu offrir. Et comme la modernité, il se considére comme inévitable. Il est censé offrir la liberté et le choix alors qu'en fait il n'en a cure. Et il détruit certains traits humains primordiaux comme le don.  
Et enfin le héros principal fruit des années 70, tiraillé entre la modernité et des valeurs plus anciennes. Non, sérieux, ce film n'est pas creux!

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