Festival européen du film fantastique de Strasbourg 2010

All that Alsace

Affiche Festival européen du film fantastique de Strasbourg 2010

Le festival européen du film fantastique de Strasbourg (plus communément nommé le FEFFS) organisé par Les Films du Spectre est de retour pour une troisième saison. Envoyé spécial pour L’ouvreuse, voici mon journal de bord garanti sans adulescents ni néo-geeks en calefouette.



SAMEDI 11 SEPTEMBRE
En ce jour symbolique, le FEFFS n’a pas, à proprement parlé, commencé mais deux évènements majeurs sont déjà organisés : une zombie walk (deuxième édition) et pour la première fois un Bal des Zombies dans une salle de concert avec en programmation le groupe Mine Power Cosmic composé de célèbres artistes de bande dessinés américaines (Charlie Adlard, Phil Winslade) et Daemonia, le nouveau groupe de Claudio Simonetti qui jouera sur scènes ses compositions de BO, en particulier celle de Suspiria et de Profondo Rosso.

14H00 : Le temps de me grimer avec un ami en zombie par l’école strasbourgeoise de maquillage Candice Mack, je rejoins le long cortège de près d’un millier de morts-vivants (un record français de fréquentation) pour un défilé "romeresque" dans les rues de la capitale européenne devant une population hétéroclite, allant du touriste médusé à l’autochtone agacé adepte du lancer de fourchette (il n’a visiblement pas compris le message : "remove the head or destroy the brain").

16H00 : Après un tour du centre-ville, nous quittons le site d’arrivée pour rejoindre, toujours zombifiés et en retard, la rencontre publique tenue par Phil Winslade et Charlie Adlard à la FNAC où est organisée une exposition à l’occasion de la venue de l’artiste de The Walking Dead. Malgré des questions balisés, les deux compères répondent sans langue de bois sur des sujets aussi épineux que l’adaptation filmique de Howard The Duck par le duo Huyck-Katz avec la complicité (et les sousous) de George Lucas, et citent des œuvres tel que The Thing, Fenêtre Sur Cour, Jusqu’En Enfer et The Wire, histoire de prouver que des artistes de bande dessinées peuvent (et doivent) avoir une certaine curiosité envers toute forme de culture (populaire ou non).

The Walking Dead
 

17H00 : La rencontre est suivie d’une séance de dédicace qui se fait par numéro d’arrivée ; avec le numéro 33, autant dire que pour nous c’est loin d’être acquise, d’autant plus que Charlie Adlard ne se fout pas de la gueule du monde quand il se met à l’exercice : comptez bien une dizaine de minute par dessin, sur toute la surface de la page et avec une finition telle qu’il prendra lui-même quelques unes de ses créations en photo. Phil Winslade, lui, papote tranquillement à côté en dessinant son obsession de toujours, Howard The Duck.

La séance se finit, comme on le redoutait, par une simple signature en vitesse aux alentours de 19h30 (et du numéro 10 !), les deux dessinateurs devant préparer leur concert. Ce qui causera la colère des geeks présents, l’un deux particulièrement passionné allant jusqu’à agripper le dessinateur pour avoir un autre dessin sous les yeux d’un responsable de la FNAC qui menace de démissionner. Adlard ne sachant pas dire non et continuant inlassablement ses dessins à la demande des fans au grand dam des organisateurs, on finira par avoir un zombie dessiné à la va vite en guise de dédicace. Il est temps pour eux de rejoindre la scène du Bal des Zombies, auquel je ne peux malheureusement pas assister.

Howard The Duck
 


MARDI 14 SEPTEMBRE

Affiche The People Vs. George Lucas 11H00 : A quelques heures de l’ouverture du FEFFS, les projections presse débutent. L’occasion pour moi de voir The People Vs. George Lucas de Alexandre O’Philippe, qu’on m’explique être en "franche première" (c’est-à-dire diffusé pour la première fois en France). Le président du jury Brian Yuzna arrive dans la salle quasi vide et se place juste devant moi. Le bougre se gondole bien.

20H00 : C’est l’ouverture du festival avec en ouverture pour succéder à Hellboy II et Esther, Le Dernier Exorcisme. Ouf, un examen de pédiatrie le lendemain me sauve la mise sur ce qui est décrit comme une catastrophe par tous mes contacts (hé oui, tout aspirant journaliste doit avoir un réseau suffisant pour parler sans éveiller de soupçon des films qu’il n’a pas vus).



MERCREDI 15 SEPTEMBRE
12H00 : Rendez-vous pour parler de The People Vs. George Lucas avec son réalisateur et membre du jury, Alexandre O’Philippe, tandis que Yuzna se prête aux jeux des questions sur le divan voisin (critique et interview à venir). Lecteur, tu dois alors te demander : mais pourquoi n’y a-t-il pas d’interview avec l’instigateur de Razorback, du Dentiste ou des Re-Animator ? Tout simplement parce que ma méconnaissance de son univers et l’absence de produit promotionnel m’impose l’abstention (mes excuses, lecteurs, je ne suis qu’une marketing whore).

20H00 : Salle comble pour La Meute de Franck Richard, premier film présenté en compétition. L’ambiance est excellente. Je reconnais soudain Neil Marshall, assis à côté de sa compagne et jurée Axelle Carolyn, en train de papoter avec Yuzna. Le temps d’envoyer un SMS à un membre de l’organisation du FEFFS, on m’informe qu’il est là incognito et qu’il faut tenir ma langue.
Quelque part, ce spectacle dans la salle principale du cinéma Star Saint-Exupery de Strasbourg, plus habitué à inviter Amalric qu’à projeter du gros bis qui tâche, c’est la promesse d’une semaine exceptionnelle, même si elle ne démarre pas sur des chapeaux de roues avec la projection du film de Franck Richard. Cette histoire d’autostoppeuse prise au piège par une famille de ploucs n’est finalement qu’une pochade horrifique sympathiquement nulle, dont les seuls intérêts sont les prestations de Yolande Moreau, de l’incontournable Philippe Nahon et de… Benjamin Biolay en clone de Benicio del Toro, taciturne et silencieux (le secret de la réussite ?).
La séance se conclut par la venue de l’équipe du film : Philippe Nahon, Emilie Dequenne, Franck Richard et la productrice Vérane Frédiani.

La Meute
La Meute



"VOTRE FILM M'A FAIT PENSER À VERLAINE"
(un journaliste averti)

Profitant des questions/réponses avec le public, j’interroge Franck Richard sur le fort potentiel psychanalytique (jamais exploité) du film et sa collaboration sur ce point avec Laurent Barès, rédacteur de l’excellente rubrique d’analyse filmique par photogramme la Mad Séquence dans le magazine Mad Movies : "Non, y a rien de ce genre." Les profondeurs analytiques de la critique française ne se relèveront pas de cet échec.
Vérane Frédiani m’informe ensuite de la santé de la Fabrique 2, successeur de la Fabrique de Films après les problèmes financiers de cette dernière il y a un an. Et, bien qu’en reconnaissant le manque de culture du scénario en France, elle commentera le manque de rigueur dans la sélection des scénarios par la Fabrique en précisant que les forumeurs d’Allociné qui critiquent n’ont qu’à en écrire, eux.
Franck Richard ayant réussi à faire financer son film sans avoir à montrer de background par l’envoi du scénario de La Meute à la Fabrique 2, je me demande comment il faut le prendre. Voilà une femme qui a des couilles (elle obligera le réalisateur à la remercier devant toute la salle pour avoir cru en lui).


"DU WELZ AVAIT RAISON, T'ES UN FOUILLE-MERDE"
(Daniel Cohen, directeur artistique du FEFFS et président des Films du Spectre)

Affiche Rammbock 22H00 : Après cette mise en bouche, c’est l’heure de Rammbock, une production allemande, première œuvre du jeune réalisateur Marvin Kren. Si le début laisse présager le pire avec son héros apathique qui tente de retrouver sa dulcinée alors qu’une épidémie fulgurante de zombinite cause le chaos dehors, la caméra à l’épaule et la photographie dégueulasse laisse la place à plus de fraîcheur en même temps que la dramaturgie prend de l’ampleur et sort des sentiers battus. Une belle surprise et un artiste à suivre.








"ZOMBIE DE ROMERO ÉTAIT UNE CRITIQUE DE LA SOCIÉTÉ DE CONSOMMATION. LE VOTRE EST-IL UNE CRITIQUE DE LA SOCIÉTÉ DE L'IMAGE ?"
(le journaliste averti)

La séance est aussi suivie par une rencontre avec Marvin Kren, qui révèlera que sa mise en scène astucieuse est inspirée du Fenêtres Sur Cour d’Hitchcock, et que le tournage a duré treize jours, la post production deux mois, pour 200 000 euros de budget. Ceci expliquant la durée très courte du film (64 minutes) ainsi que les défauts de finition évoqués plus haut.


"FUCK UWE BOLL"
(Marvin Kren)

23H00 : Séance spéciale en compagnie de Brian Yuzna pour la projection de Beyond Re-Animator, troisième volet d’une saga inspirée de Lovecraft et qui s’en détache d’épisode en épisode.
Un jeune médecin (Jason Barry, James Cameron est bien loin) ayant assisté à la mort de sa sœur étant enfant s’arrange pour se faire embaucher dans la prison où croupi le responsable du drame : Herbert West (non sans oublier de lever Elsa Pataky).
Produit pour 2,9 millions d’euros (soit la limite maximum de budget autorisé pour recevoir les subventions espagnols), Beyond Re-Animator est le genre de production horrifique signé par des (ex) gloires du cinéma d’horreur, où le numérique exacerbe un délire résolument bloqué dans les années 80. Un chant de cygne d’une époque corrigé par un chirurgien esthétique : c’est sympathique mais difficilement émouvant (tout aspirant journaliste se doit de faire dans la formule).


JEUDI 16 SEPTEMBRE
16H00 : Je rejoins un ami (oui le même, vous allez croire que je n’en ai qu’un) pour la compétition des courts métrages européens. L’Espagne s’illustre dans la terreur domestique avec El Grifo de Denis Rovira van Boekholt (formé à l’UCLA), l’histoire d’un vieillard laissé à la maison pour les vacances puis dans les terreurs de l’enfance avec Los Sabatilles de Laura d’Oscar Bernacer, un court en 35 mm joliment photographié. Deux courts-métrages efficaces (franquistes dirait Bégaudeau).


"VOUS POUVEZ PAS VOUS POUSSER ?!"
(une cinéphile venue voir Des Hommes Et Des Dieux, lourdant de la file d’attente Brian Yuzna en pleine discussion)

L’Irlande fait dans le surréaliste avec Jericho de Liam Gavin, qui semble fortement inspiré par Maurice Sendack et surtout  le burlesque Mr. Foley du collectif DADDY, une déclaration d’amour à la post-production sonore.
Brukerstotte du norvegien Andre Ovredal n’a rien de bien fantastique, pas même son pitch humoristique lourdingue.
Les deux courts-métrages suisses sont aussi décevants, avec Lester de Pascal Forney, une adaptation du mythe du vampire façon happy few, et Perpetuum Mobile de Sebastiam Kenney, très bien troussé mais dont le twist ne débouche sur rien.
La France n’est pas en reste : Tous Les Hommes S’Appellent Robert de Marc-Henri Boulier commence comme un mauvais film français et se termine par un twist convenu. Amock de François Vico, Sarah Matuszak et Xavier Goubin tient plus de la bande démo qu’autre chose, parasité par les trop fortes influences de Cloverfield et Evil Dead.
Le dernier court, Fard de David Alapont et Luis Briceno dont l’utilisation habile de la rotoscopie est malheureusement intégrée à une histoire de SF classique et auteurisante. Mais on ne va pas gâcher notre plaisir tant l’audace du court-métrage d’animation français est bien plus enthousiasmant que son pendant en prises de vue réelles.

Mr. Foley
Mr. Foley

18H00 : Balade dans le village fantastique organisé pour la première fois par le comité du FEFFS. Une très bonne idée pour quiconque cherche à s’hydrater avec une bonne bière ou une knack bien de chez nous (oups… pas pour moi). Plusieurs stands sont dressés, qui va du stand Rec House spécialisé dans la vente d’objets collectors à celui de Cyclops, le passage obligé de toute fan de comics strasbourgeois qui se respecte.

22H00 : Après avoir sauté Tannöd en "franche première" que je ne verrai jamais (et à la réputation de somnifère sur pellicule chez les festivaliers), je prends une place pour la projection de Zwart Water, un film néerlandais d’Elbert Van Strien, venu présenter le film.


"CE FESTIVAL EST TRÈS SYMPATHIQUE ET TRÈS FAMILIAL"
(Elbert Van Strien)

Ce film de maison hantée lorgne beaucoup sur L’Orphelinat sans en retrouver la puissance et perd de son intérêt lors du basculement de point de vue de la petite fille vers celui du père de famille. Normal me direz-vous ? Un film qui s’illustre dans la catégorie du twist qui nique le film (Cf. Next, Deux Jours À Tuer, Esther...).
La séance de questions/réponses est expédiée en vitesse pour laisser place aux vampires rockers de Suck, et j’en fais autant.


La suite du dossier vendredi !

Zwart Water
Zwart Water



   

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