Iron Man 2

En acier détrempé

Affiche Iron Man 2

Les nouvelles aventures de tête de fer débutent par la présentation du bad guy (Mickey Rourke) au faciès boursouflé et quasiment inexpressif à la bouche ornée de chicots métalliques. Soit une parfaite représentation du film qui va suivre.


Le choix de Rourke était plutôt intéressant, celui-ci ayant retrouvé une certaine profondeur et présence physique après son passage devant la caméra de Darren Aronofsky pour The Wrestler. Mais à part filmer sa sale gueule, Jon Favreau ne tire aucun profit de la prestance de cet immense acteur, ne subsiste que quelques miettes à se mettre sous la dent comme lorsque armé de fouets énergétiques, il s’en va fracasser la formule 1 pilotée par Tony Stark sur le circuit de Monaco. La scène était d’ailleurs largement mise en avant dans une bande-annonce franchement excitante, du moins son acmé tant sa conclusion est aussi pathétique que frustrante : Pepper Potts nous vrille les tympans à force de cris perçants et hystériques et Mickey se fait étendre pour le compte avec une rapidité confondante.
D’ailleurs le film naviguera constamment entre la frustration de confrontations prestement expédiées (dans le combat opposant Iron Man et War Machine à l’über Whiplash, évitez de cligner des yeux sinon vous louperiez quasiment son intégralité !) et des situations de plus en plus pathétiques, confinant même à un certain embarrassement de voir de si bons acteurs (Scarlett Johanson, Sam Jackson, Sam Rockwell) être aussi aisément tournés en ridicule.

La volonté d’agglomérer toujours plus d’effets donne étrangement à cet Iron Man 2 des airs de séquelle à un traitement botulique. La surenchère inoculée par le docteur Favreau semble agir comme le botox, cette toxine paralysant les muscles, puisqu’elle fige les postures dans une expressivité caricaturale, faisant de Stark un homme paradoxalement engoncé dans une armure trop grande pour lui.

Si le premier épisode présageait de grandes espérances pour les adaptations Marvel (au moins dans l’efficacité et le respect des personnages et des fans), la succession de Hulk version Leterrier, Wolverine, l’éviction de Sam Raimi de la franchise Spider-Man entamait durement toute légitimité et crédibilité (déjà bien amochée avec les nanardesques films consacrés à Mr Fantastique, sa femme et leurs deux gosses turbulents, Johnny Storm et Ben Grimm). Pour ceux qui attendaient confiant le futur film consacré aux Vengeurs, Iron Man 2 vient malheureusement d’enterrer les derniers fols espoirs puisqu’au vu du traitement grotesque infligé, on se dirige plus vraisemblablement vers une adaptation de Superhéros Movie qu’une adaptation des Ultimates de Mark Millar et Bryan Hitch ! L’utilisation du bouclier de Captain America pour caler le tuyau d’une invention absurde étant un gage suffisant d’irrespect.

Iron Man 2
"...et je vous promet que jamais madame L'ouvreuse où qui que se soit doté d'un esprit critique un tant soit peu développé ne fera de dossier s'interrogeant sur l'influence qu'une combinaison moulante pourrait avoir sur le jeu des actrices..."


Sans être génial, Iron Man ne déméritait pas et surprenait par sa caractérisation travaillé, ses scènes d’action certes sporadiques mais bien troussées et surtout par la critique ludique et lucide des marchands de mort. Ce qui au sein d’un blockbuster grand public était pour le moins inattendu et même plutôt couillu. Même sans creuser le sillon politique, le premier film introduisait un héros sinon ambigu du moins aux motivations contrastées. Et puis l’adjonction d’un Jeff Bridges carnassier, d’un Robert Downey Jr. retrouvant de sa superbe dans la défroque du play-boy milliardaire et l’apparition post-générique de Nick Fury immédiatement attractif grâce au talent de Samuel L. Jackson (oui, je suis une vraie midinette dès le grand Sam pointe le bout de son crâne) rendait l’expérience concluante (à défaut d’être tout à fait mémorable) et laissait présager d’une suite, si elle conservait la même assise, au pire aussi sympathique.
Malheureusement, la politique du toujours plus a surtout prévalu dans la débauche de bouffonnerie, donnant à cette suite des airs de cosplay caricaturant à l’excès un univers technophile où il ne s’agit plus d’éprouver le rapport de la chair au circuit intégré mais de customiser son armure. Si l’intrigue précédente ne brillait pas particulièrement par sa complexité au moins mettait-elle en jeu des rapports de force sans cesse fluctuants et s’articulait autour de la prise de conscience du génial concepteur d’armes, sa personnalité évoluant à mesure qu’il élaborait les différents corps d’acier à incarner. Or ici, on ne nous propose qu’une basique histoire de vengeance sur fond de spoliation de secrets industriels et de molles disputes, entre l’armée et un concurrent dont les traits rappellent cet excellent acteur Sam Rockwell, pour s’emparer du savoir-faire de Stark. Un Justin Hammer que l’on peut facilement rebaptiser MC Hammer eu égard à son entrée en scène lors de l’exposition Stark, micro en main et gesticulant une série de pas évoquant vaguement un mix entre des claquettes et des mouvements de hip-hop.

Des menaces idéologiques à peine esquissées alors que Favreau aurait pu s’appuyer sur la meilleure séquence du film intervenant au quart d’heure et voyant le milliardaire faire face à ses juges institutionnels, industriels et civils redoutant la puissance encore mal évaluée du justicier de fer. Stark concluant son réquisitoire en intimant de ne pas s’inquiéter puisqu’il avait privatisé la paix. Splendide assertion remettant en cause l’air de rien la collusion toujours plus prononcée d’intérêts privés et l’interventionnisme démesuré de l’armée ricaine aux quatre coins du monde. Las, le métrage s’en dégage rapidement pour se concentrer sur les nouveaux personnages de marque, Natasha Romanov (Black Widow ou La Veuve Noire in french) et Nick Fury en tête.

Iron Man 2
"Vous dites ? Prendre la pose pour illustrer un communiqué de la ligue luttant contre les acteurs qui n'en branlent pas une sur un tournage ? Okay."


L’indigence du propos ne serait en soi pas gênante (ou moins) si la caractérisation n’était aussi superficielle, Natasha servant juste à tancer son employeur en latin (et faire valoir ses formes girondes en tailleur ou combinaison moulante) et Nick Fury un simple porte-serviette, le directeur de la super agence de surveillance The S.H.I.E.L.D. n’ayant d’autre utilité pour le récit que d’informer platement Tony Stark sur son père. Une véritable parodie de comic book movie qui atteint des sommets de décrépitude lorsque les trois compères discutent le bout de gras à la table d’un fast-food, rappelant la célébrissime Vie Quotidienne Des Super-Héros de Les Nuls mais ici pris au pied de la lettre, soit sans la puissance de leur second degré légendaire.
Après les cimes, préparez-vous à une descente d’acide plutôt brutale lorsqu’au cours de sa soirée d’anniversaire, Tony Stark fin saoul et en armure s’essaye au tir sur pastèque et urine dans son armure ! Comment pouvait-on imaginer que le marketing viral de la firme promouvant son produit au travers de détournements de séquences célèbres (issues de Titanic, Quand Harry Rencontre Sally, Bridget Jones ou Dirty Dancing) illustrerait la volonté d’appliquer ce traitement cynique et débile au film dans son ensemble ?!

A une semaine d’intervalle, on peut mesurer le fossé qui sépare l’excellent Kick-Ass de Matthew Vaughnet cette aberration en fer blanc.
Pourtant on avait quelque espoir de voir des scènes d’action dignes de ce nom puisque le génial Genndy Tartakovsky (Samouraï Jack, Clones War, la série animée pas le bouzin qui sert de deuxième épisode à Star Wars) avait été embauché au story-board mais apparemment ils ont dû préférer l’employer à servir les cafés sur le plateau s’inspirant de très loin de ses travaux afin de livrer une guerre des drones complètement insipide. A défaut d’une excitation formelle, au moins aura-t-on pu se rincer l’œil en admirant la rousse incendiaire Natasha Romanov nous gratifier dans son costume en spandex très seyant d’une parfaite exécution de figures de danse acrobatique que Favreau essaye de nous vendre comme un summum d’empoignade virevoltante. Il n’y a bien que notre Aurélien Ferenczi national pour s’enthousiasmer.
Et peut être pour se demander comment un film à la campagne marketing encore plus développée et tonitruante qu’Avatar n’explosera pas le box-office et sera aussi vite oublié qu’il a été consommé ?

3/10
IRON MAN 2
Réalisateur : Jon Favreau
Scénario : Justin Théroux basé sur des personnages créés par Stan Lee, Jack Kirby, Don Heck et Larry Lieber
Production : Victoria Alonso, Kevin Feige, Jon Favreau, Alan Fine...
Photo : Matthew Libatique
Montage : Dan Lebental & Richard Pearson
Bande originale : John Debney
Origine : Etats-Unis
Durée : 2h04
Sortie française : 28 avril 2010




   

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