PIFFF 2013

Ze fantastic third

Affiche PIFFF 2013

Et de trois ! Le Paris International Fantastic Film Festival, plus familièrement nommé PIFFF, a passé le cap des premières années et semble se porter comme un charme. Petit panorama de la manifestation qui s'est déroulée du 19 au 24 novembre dernier au Gaumont Opéra Capucines.


Organisé dans le giron de Mad Movies, le PIFFF a revu pour cette édition sa durée fondre à cinq jours de projections. Une durée qui reste plus longue que le festival de Gérardmer mais sur une salle unique, ce qui limite drastiquement le nombre de projections. Malgré des horaires peu évidents (14h00 en semaine), les séances rencontrèrent toute le succès, démontrant la petite renommée naissante du festival.

Comme changement majeur, le PIFFF abandonne le jury des précédentes années pour un prix décerné par le public, choix logique pour un festival qui désire incarner le versant populaire du genre. Du côté de la sélection, la volonté affichée est de confronter les films des réalisateurs prometteurs à ceux des réalisateurs déjà installés : Kiyoshi Kurosawa, Stephen Sommers, Lucky McKee et le duo français Hélène Cattet / Bruno Forzani côtoient ainsi Jeremy Gardner, E.L. Katz ou l’Espagnol Marcal Fores pour un résultat un peu chiche en découvertes.
Le meilleur se trouve dans la marge : la sélection contrastée des séances cultes milite à elle seule en faveur du bon goût des programmateurs. Il fut entre autre possible de (re)découvrir sur grand écran le paranoïaque Opération Diabolique de John Frankenheimer (voir ci-dessous), Perfect Blue de Satoshi Kon, Re-Animator de Stuart Gordon et la version première de The Wicker Man dans son final cut.
Le rituel de la nuit du samedi fût consacré à Stephen King à l’occasion de la sortie de Carrie, La Vengeance (projeté en avant-première) et de son nouveau roman Docteur Sleep, la suite de Shining.
Ce troisième PIFFF ratissa large sur les territoires du fantastique et offrît surtout au public la possibilité de découvrir en salles des films taillés pour le cinéma mais qui ne connaîtront, pour la plupart, qu’une exploitation en DTV.


GUERRE DES SEXES
Un homme déguisé en Jésus, son jeune fils et un de ses complices fuient la banque qu’ils viennent de cambrioler à bord d’un taxi. Poursuivis par la police et la mère du gamin, ils atterrissent dans un village ancien qui serait, d’après les légendes, au main de sorcières féroces.
Après l’émouvant Un Jour De Chance et le baroque Balada Triste, Alex de la Iglesia ouvre le bal du festival en nous gratifiant de son illustre présence. Sa nouvelle bombe, Les Sorcières De Zugarramurdi, replonge dans la comédie frondeuse et le grotesque qui ont fait ses beaux jours dans les années 90.

Les Sorcières De Zugarramurdi
Démarrant en trombe par un casse impliquant entre autres célébrités Bob L’EpongeLes Sorcières De Zugarramurdi cavale vers la frontière du mysticisme malsain (une perturbante scène de transe) et de la comédie. De la Iglesia décrit ce dernier opus comme un film de divorcé, ce qu’il est indubitablement de par une guerre des sexes poussée à son paroxysme. En jeu, aucun message, juste un défouloir dans une joyeuse humeur avec quelques-uns de ses acteurs fétiches, auxquels s’ajoute une charmante sorcière juvénile incarnée par la splendide Carolina Bang. Les personnages de de la Iglesia sont toujours aussi dévastateurs et inoubliables mais son film, à vouloir trop en montrer sur un rythme effréné, pêche parfois par générosité (travers qui n'était pourtant guère présent depuis Le Crime Farpait).

De sorcellerie, il est aussi question dans le nouveau film de Lucky McKee et Chris Sivertson, respectivement réalisateurs de
May et The Woman, et de I Know Who Killed Me. Enfin, nouveau entre parenthèses puisque All Cheerleaders Die est le remake de leur film de jeunesse tourné en 2001.
Dans une ambiance de
teen comedy, les pom pom girls et l’équipe de foot d’un lycée américain s’affrontent avec en point d’orgue la résurrection des jeunes filles, bien décidées à se venger des gros bras machistes qui ont provoqué leur mort. Agréable dans sa première partie, All Cheerleaders Die laisse au final un arrière-goût de Jennifer’s Body. La satire promise de la société américaine est bien trop en retrait, le métrage se contentant d’enchaîner des scènes déjà-vues et peu mises en valeur, heureusement relevées par le casting féminin, la jeune et charismatique sorcière en tête. De plus All Cheerleaders Die dégage une posture parodique qui nuit à son potentiel de sympathie, même pour les personnages auxquels nous sommes sensés adhérer. Dommage de la part de celui qui nous faisait éprouver de l'empathie pour une psychopathe il y a de cela moins de dix ans. 


All Chearleaders Die

PASSÉS RECOMPOSÉS
Kiyoshi Kurosawa est de retour avec Real, un film d’anticipation qui prend source dans l’univers du manga. Une auteure célèbre est plongée dans un coma suite à une tentative de suicide. Des médecins qui ont mis au point un programme expérimental proposent à son petit ami de visiter son esprit. Il entamera un étonnant voyage au sein de leur passé commun.
Belle histoire sur l’inconscient et le lien amoureux, Real est une bande très poétique traitant avec subtilité ce voyage au sein de la mémoire de l’être aimé. Kurosawa se laisse le temps d’exposer son intrigue, une lente première partie contemplative dégage une sensation de surplace au milieu de belles images. Puis le jeune héros s’aventure plus loin, empruntant visuellement les territoires de la psychanalyse. Un twist moyennement convaincant vient briser la monotonie et on comprend alors qu’on s’est laissé emporter malgré soi dans l’émotion que Kurosawa cherchait à diffuser. Jusqu'à un dernier acte, et une créature cousine du monstre du Loch Ness, saisissants.

Real
Neil Jordan recompose quant à lui le passé d’une immortelle par le biais de l’écriture dans un film hors-compétition, pourtant un des meilleurs moments de ce festival. Face aux nébuleux Twilight, Vampire Diaries et True Blood, le réalisateur d'Entretien Avec Un Vampire tient bon la barque avec son Byzantium. Le cinéaste irlandais aurait pu facilement virer vers la bit-lit eu égard à son sujet, mais livre une histoire de vampires vénéneuse et originale, nimbant sa pellicule d’une aura quasi hypnotique. Les décors et la direction artistiques y sont magnifiques, les transformations originales et empreintes d’une poésie morbide inédite. L’héroïne, incarnée par l’étonnante Saoirse Ronan, est une conteuse comme l’était Louis dans le roman d'Anne Rice, mais marquée par un destin similaire à celui de la jeune Claudia, car arrachée à la vie avant d’être adulte, et condamnée à vivre avec sa mère une éternelle adolescence jusqu’à ce que les événements relatés ici la conduisent vers un futur plus incertain.
Pensé pour le cinéma mais destiné à une sortie DTV, Byzantium ne sera malheureusement plus visible dans des conditions qui permettent de déployer tout son potentiel.

Byzantium
La diffusion dans le cadre des séances cultes de L'Opération Diabolique (Seconds) de John Frankenheimer, encore inédit en vidéo chez nous, rappelle qu’une réalisation novatrice ne peut produire des miracles qu’au service d’une véritable vision. Frankenheimer utilisait pour la première fois en 1966 la Snory-cam, un équivalent de la Steady-cam attaché sur l’acteur via un harnais qui procure une impression de coller au corps et à la psychologie du personnage.
Nous sommes dès l’introduction propulsés dans la peau d’Arthur Hamilton, qui va se voir offrir par le parrainage d’un ami la possibilité de changer de vie pour devenir un artiste peintre dénommé Antiochus Wilson (Rock Hudson, impressionnant dans un rôle en total contre-emploi). Son visage et son passé seront recomposés par un étrange entité qui sévit dans l’ombre. Dépassant l’innovation purement technique de son procédé, Frankenheimer nous immerge dans l'ordinaire vie de ce banquier et glisse à travers lui un sentiment de paranoïa contagieuse.
Une île étrange, une vie de peintre, des bacchanales : sa vie de rêve ? Notre héros comprend vite qu’il n’a pas choisi cette existence plus que la précédente et veut bientôt faire marche arrière. L’organisation tentaculaire l’acceptera-t-elle ?
Naviguant entre un segment de
La Quatrième Dimension, Le Prisonnier et un thriller paranoïaque typique des 70’s, L’Opération Diabolique possède une patte unique qu’on pourrait rapprocher du cinéma d’Aldrich saupoudré de la paranoïa du quotidien d’un Polanski. La réalisation est habitée, utilise à merveille le montage, et le scénario brillant de Lewis John Carlino affirme une fine analyse de la psyché humaine. L’Opération Diabolique demeure haut la main le meilleur film du festival. 


L'Opération Diabolique

AVENTURES INTÉRIEURES
Adolescent torturé, Pol partage sa vie avec un ours doté de parole (ndlr : ho  non, pas lui), son unique compagnon depuis son enfance. Mais l’ami imaginaire est de plus en plus menacé par le monde extérieur qui oblige le jeune homme à s’impliquer dans sa vie réelle.
Animals de Marçal Forès raconte la difficulté de Pol et plus largement des adolescents de son lycée à envisager l’âge adulte. Dans une esthétique proche des films de Gus van Sant, Animals se peuple de gamins rebelles en apnée dans leur mal-être noyés par un monde adulte qui ne les comprend pas et qu’ils ne comprennent pas. Certains se marginalisent, d’autres voient le suicide comme unique échappatoire. Face à eux, le héros ne transporte malheureusement rien de particulier. On sait peu de choses sur lui, sinon qu’il peine à lâcher son enfance (personnifiée par cet ours) et qu’il habite avec un grand frère policier.
La présence de Martin Freeman (le Bilbo du Hobbit) en professeur bienveillant mais dépassé sert à illustrer l’éloignement des adultes face à des ados visiblement ingrats. Un traitement convenu mal aidé par des scènes oniriques jurant avec la perspective réaliste du projet et une symbolique d'une grande lourdeur. On peut néanmoins trouver son compte dans de jolis moments entre le héros et l’ourson (une marionnette très bien animée), agrémentés d'un score de qualité. De faibles compensations au regard de ce que le cinéma fantastique espagnol a généralement à offrir.

The Battery de Jeremy Gardner conte le périple de deux hommes résistant à une invasion de zombies. Heureusement, The Battery n’est pas un zombie flick de plus mais, à l’instar de Bellflower (Prix du jury du festival en 2011), le récit d’un voyage. Un road trip intimiste d’abord orienté sur ce qui sépare les deux protagonistes : l’un est hirsute et extraverti, prêt à abattre du zombie au kilomètre pour survivre, l’autre passe son temps à écouter de la musique et à chercher à s’évader de ce désert.
On vogue sur une bande son indie devant des paysages calmes et déserts, on observe les deux hommes effectuer leurs gestes du quotidien, occuper leurs journées. La rencontre avec d’autres survivants de l’apocalypse va perturber leur voyage et par la force des choses leur dynamique. Enfermés dans un véhicule, cernés par une horde, ils devront apprendre à se connaître. Dès lors se met en branle un suspens parfaitement maîtrisé bénéficiant de tous les éléments mis en place auparavant.
Jeremy Gardner, qui incarne l’extraverti, occupe plusieurs postes clés sur le film en plus d’en être le réalisateur. Cet essai original lui a ouvert la porte d’autres festivals internationaux et on peut parier qu’on entendra bientôt parler de lui.

The Battery
Odd Thomas possède la faculté de voir les morts, et il a décidé de s’en servir pour aider la justice, ses interventions pour coincer les meurtriers étant pour la plupart bien musclées. Isolé par son don, le héros du dernier film de Stephen Sommers (La Momie et autres G.I. Joe) est au final bien moins seul que les héros de The Battery et Animals. Sa copine Stormy Llewellyn l’aide dans ses aventures et n’a jamais remis en cause son don, tout comme le flic Wyatt Porter (Willem Dafoe) qui lui permet d’apporter sa contribution en toute légalité.

On ne s’attend plus à voir un film de Stephen Sommers qui étonne. On espère juste qu’il divertira et que les CGI ne seront pas trop grossiers. Adaptation d'un roman de Dean Koontz, Odd Thomas est visiblement un projet qui lui tenait à cœur, au budget relativement restreint, qu’il a coproduit et dont il est auteur du scénario. Sur le papier, le récit conté à la première personne par le jeune homme renvoie à John Dies At The End tandis que les péripéties fantastiques menées à cent à l’heure et son humour noir le rapprocheraient d’un Fantôme Contre Fantômes. Le résultat est nettement moins enthousiasmant car l’auteur de Un Cri Dans L’Océan peine à dissimuler, par un manque d’ambition flagrant, qu’il arrive vingt ans après la bataille. Sa meilleure injection à un récit fantastique balisé de bout en bout provient de la série Dead Like Me, qui contient par ailleurs plus d’inventivité et d’impertinence dans son seul générique que dans la totalité du film de Sommers.
Anton Yelchin et Addison Timlin sauvent les meubles, faisant de la relation entre Odd et Stormy le cœur du film, apportant à sa conclusion une émotion sincère.


L’HORREUR EST DANS LE PRÉ
Antipodes forever ! Le PIFFF 2013 s’est clôturé par le retour du célibataire le moins distingué de l’année : j’ai nommé l’australien Mick Taylor. Dans Wolf Creek 2, Taylor s’adonne de nouveau à son sport favori, la chasse aux touristes juvéniles égarés dans l’outback. Et il s’amuse comme un petit fou, provoquant dans le public une bonne humeur contagieuse.
Moins grave que le premier opus mais contenant des scènes tout aussi glaçantes, Wolf Creek 2 attend moins longtemps avant de faire péter l’action. Greg McLean filme toujours aussi bien les grandes étendues désertes et s’attarde plus que de raison sur son prédateur à l’accent rugueux. On ne saurait lui en vouloir, avec un acteur comme John Jarratt en vedette (apparu depuis dans Django Unchained). Au programme des réjouissances, de belles poursuites en poids lourds, un quizz sur l’Australie proposé à un Anglais, du dézingage de kangourous et autre poésie explosive.
Wolf Creek 2 nous ballade au fil de son intrigue avec un sens de l'imprévisibilité revigorantes, et de par la qualité et la simplicité de son spectacle s’avère le choix idéal pour clore cette édition 2013.

Wolf Creek 2


PALMARÈS DU PIFFF 2013

Œil d’Or – PRIX DU PUBLIC : Cheap Thrills de E. L. Katz

Œil d’Or – PRIX DU COURT-MÉTRAGE FRANCAIS : le brillant Jiminy d’Arthur Molard

Œil d’Or – PRIX DU COURT-MÉTRAGE INTERNATIONAL : The Man Who Could Not Dream de Kasimir Burgess & James Armstrong

PRIX DU JURY COURT-MÉTRAGE – Jiminy d’Arthur Molard

PRIX SPÉCIAL CINÉ + FRISSON (diffusés sur l’antenne de la chaîne)

COURT-MÉTRAGE : Jiminy d’Arthur Molard

LONG-MÉTRAGE : L’Étrange Couleur Des Larmes De Ton Corps d’Hélène Cattet & Bruno Forzani




   

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