I Know Who Killed Me

"C’est John Wilson !" - Chris Siverston, réalisateur

Affiche I Know Who Killed Me

Dans la vie tout est relatif. Impossible de préjuger de la qualité d’un film à son nombre d’entrées (Astérix 3 ou Bienvenue Chez Les Ch’tis). Il en va de même des vilains petits canards se payant une réputation peu flatteuse et relayée par des critiques souvent peu inspirées. Voire carrément aveuglées.


Dans le cas de I Know Who Killed Me, on peut même avancer qu’elles ont fortement été influencées par les nombreuses nominations et récompenses glanées aux Golden Rasperry Awards de mars dernier. Soit, les Razzies Awards, célèbre contre-cérémonie créée par John Wilson en 1980.
Se pose d’ailleurs la question de la crédibilité d’une telle manifestation. Se voulant un contrepoint subjectif aux Golden Globes et autres Oscars, cette cérémonie est victime de son succès puisque désormais certains critiques et cinéphiles légitiment ses verdicts. Il n’y a qu’à voir l’accueil réservé au Showgirls de Verhoeven, primé en 1996, pour se rendre compte de la bêtise d’un tel jugement. Mais bon, il en faut plus pour avoir la peau du hollandais violent !
L’affaire prend une toute autre tournure dès lors que cela concerne le film d’un réalisateur tentant de faire ses preuves. Et I Know Who Killed Me de Chris Siverston, malgré ses défauts (mineurs) ne mérite absolument pas l’opprobre dont il a fait l’objet.

I Know Who Killed Me


JEUNE RÉALISATEUR CHERCHE RECONNAISSANCE
Intéressons-nous donc brièvement à la victime d’un tel aveuglement institutionnalisé. Siverston est d’abord l’ami de Lucky McKee, le talentueux réalisateur du monumental May et du honteusement sous-estimé The Woods. Les deux compères débutent d’ailleurs ensemble leur carrière avec l’inédit All The Cheerleaders Die. Tout un programme. McKee à la réalisation et Siverston au scénario. Une association qui fera le bonheur des films de McKee. Et puis, désirant sortir de l’ombre de son pote, Chris Siverston décide d’assouvir ses velléités de réalisateur en tournant The Lost. Bien évidemment toujours inédit en nos contrées, le film reçoit un accueil plus que mitigé aux Etats-Unis. Pas résigné pour autant, Siverston persévère et signe donc un deuxième long-métrage, le bien-nommé I Know Who Killed Me.
On le sait, ce que l’on ne comprend pas effraie. Ou plutôt, tout film qui ambitionne d’expérimenter visuellement et narrativement la manière de raconter une histoire est violemment rejeté. Voir ce pauvre Richard Kelly et son fascinant Southland Tales.

Petit Résumé : Aubrey Fleming (Lindsay Lohan) se fait enlever par un serial killer ensanglantant la région. Lorsqu’elle est retrouvée sur le bord d’une route, elle ne se souvient plus de rien. Les enquêteurs méfiants la soupçonnent de jouer un double et trouble jeu. Car la jeune fille inhibée a fait place à une adolescente sexuellement libérée, au grand désarroi de sa mère. Celle-ci affirmant s'appeler en réalité Dakota Moss. Alors, schyzophrénie dûe au trauma causé par cet enlèvement ou, comme elle l’affirme, elle n’est pas Aubrey. Cette dernière croupissant toujours dans un trou ?


INCLASSABLE
Comme dans son précédent long, Siverston explore la psyché de jeunes adultesd’un point de vue transgressif. Le milieu huppé dont sont issus les différents protagonistes étant dynamité par un élément perturbateur externe. Avec I Know Who Killed Me, il développe même cette réflexion avec le personnage double de Lindsay Lohan puisqu’elle appartient à la fois à cette middle class typique et au monde interlope qui gravite aux alentours. Siverston convoque donc le David Lynch de Blue Velvet et le Brian De Palma de Sisters, deux films "malades" dont l’approche esthétique inhabituelle permet de révéler les fêlures d’inadaptés sociaux aussi touchants que dérangés.

I Know Who Killed Me
 

Sans doute la forme aura été si déroutante que les spectateurs en viendront à se raccrocher à des assertions certes puériles mais au moins concrètes et identifiables, telles les frasques privées de Lindsay Lohan qui aliment les tabloïds. Des dérapages qui desserviront indirectement le film puisque certains critiques feront l’amalgame aussi stupide que réducteur entre la personnalité de l’actrice et ses personnages.
Pas de doutes, les partis pris esthétiques de Siverston sont étonnants et gonflés pour une production calibrée. Faisant ressortir la couleur bleu afin de la rendre électrique, il crée ainsi un univers chromatique des plus singuliers. Une ambiance visuelle accentuée par un jeu sur les couleurs et l’éclairage, mettant en opposition le rouge et le bleu. Des couleurs primaires qui ainsi séparées à l’écran induisent deux sortes d’émotions. Les teintes rouges pour le désir, celles bleutées figurant un milieu régi par les conventions sociales, autrement dit où règne l’absence de tout affect. Siverston donnant ainsi à ses plans, ses cadres une tonalité proche du rêve ou plutôt du cauchemar éveillé. L’on pense encore une fois aux travaux de Lynch, ici la porosité entre deux états (le rêve, l’éveil), deux mondes (onirique et réel) étant figurée par ces bleus ou rouges profond, parfois présent dans le même plan. Mais ce travail formel rappelle bien sûr le Dario Argento de Suspiria, Siverston omettant cependant de renforcer ses effets avec un travail sur la bande-son. Il se contente de jouer avec les apparences graphiques et esthétiques. Les blessures infligées à l’une, se retrouvant en stigmates sur l’autre. Une séquence qualifiée de grotesque et ridicule alors que le réalisateur parvient à transformer un passage à l’humour noir en véritable détresse physique.

Certes, l’identité du tueur et ses motivations aisément identifiables et peu originales sont un pur prétexte. De même que l’affrontement final reste assez convenu. Mais le résultat formel sert au mieux le but de Siverston, disserter sur une gémellité refoulée et tendant vers un cas clinique de dédoublement de la personnalité comme peut être physique. Une approche très "cronenbergienne".
Et si certains gloseront sur une maîtrise technique et formelle masquant des péripéties déjà vues un bon paquet de fois, c’est oublier que ce travail esthétique transcende la narration qui y gagne au passage un caractère vénéneux.

C’est tout de même un comble d’en venir à reprocher des propositions de mise en scène inhabituelles dans ce genre de produit ultra-calibré. Pas de place à l’expérimentation lorsqu’il s’agit de soutirer leur fric aux amateurs de films de genres peu exigeants. Pensez, I Know Who Killed Me se permet même de se conclure sur un plan aussi poétique que dérangeant. De quoi mériter cent fois l’acharnement du public, n'est-ce pas ?

6/10
I KNOW WHO KILLED ME

Réalisateur : Chris Sivertson
Scénario : Jeff Hammond
Production : Davis Grace, Franck Mancuso Jr...
Photo : John R. Leonetti
Montage : Lawrence Jordan
Bande originale : Joel McNeely
Origine : USA
Durée : 1h45
Sortie française : Un jour peut-être en DVD ? Porté à dos de mule…




   

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