Vilaine + Mes Stars Et Moi

Bienvenue chez les français

Affiche Vilaine

Dans la longue listes des films dont tout le monde se fout en France, on recense un nombre assez astronomique de comédies américaines généralement boudées parce que "complètement connes", "vulgaires" ou "régressives".


Ces avis n’émanent d’ailleurs pas forcément que de la critique professionnelle (vous savez, ces gens payés pour dire des bêtises dans l’émission de Beigbeder) mais aussi du public qui vote massivement pour le conformisme confortable de l’énième machin avec Kad Merad plutôt que de succomber à l’humour féroce de farces d’éternels adolescents plus lucides qu’ils n’y paraissent derrière leurs joints et leurs litres de bière.

Au rayon des victimes du bon goût hexagonal (insérer les rires ici), on évoquera entre autre les comédies avec Will Ferrell (Ricky Bobby, Les Rois Du Patin ou encore Frangins Malgré Eux), les œuvres de Judd Apatow (SuperGrave, En Cloque Mode d’Emploi), les aventures d’Harold et Kumar ou encore les délires d’Adam Sandler et Jack Black (combien de français ont vu Tenacious D ou Rien Que Pour Vos Cheveux ? Et plus inquiétant : qui sont les abrutis chargés de trouver les titres français de ces perles ???). Amusez-vous à lâcher le titre d’un de ces films à un repas de famille au moment où votre mémé brandira fièrement le DVD de Bienvenue Chez Les Ch’tis et les réactions à base de pincements de nez ne devraient pas tarder.

Vilaine

Étonnamment, tous ces films prétendument débiles cartonnent au box-office américain alors qu’ils offrent généralement un portrait peu glorieux des USA, entre consumérisme absurde, mythes fondateurs malmenés, incultes issus de Plouc-Ville et symboles de l’America Way of Life sauvagement égratignés (religion et pouvoir politique en tête). Autrement dit, ces soi-disant cons d’américains sont tout à fait capables de rire d’eux-mêmes et surtout d’établir une authentique contre-culture utilisant admirablement le système pour mieux le pervertir de l’intérieur.
Alors qu’on attend toujours en France des œuvres aussi corrosives que les Simpson ou South Park (à part Groland, où sont les programmes libres de ton et pas cons ?), profitons de la sortie rapprochée de deux comédies bien de chez nous pour tenter de comprendre ce qui ne va pas dans notre système de production.

On commence avec le très vilain Vilaine, l’histoire d’une fille moche et trop gentille (Marilou Berry, toujours aussi mauvaise actrice) qui va décider de se venger de tous ceux qui se sont moqués d’elle après une blague de mauvais goût. Le récit débute sous la forme d’un conte de fée, avec sa voix-off détaillant le portrait de cette princesse pas vraiment jolie en quête du prince charmant. On peut s’amuser du procédé en attendant que le basculement narratif ne viennent enfoncer le clou de l’ironie mais il n’en sera rien. La forme du conte grinçant est abandonnée en cours de route (plus de voix-off, plus de tentatives de créer des vignettes de livre pour enfants) au profit d’un très mou assemblage de scénettes pas saignantes pour un sous. La méchanceté, pour les auteurs de ce scénario (dont Allan Mauduit, déjà responsable du script des Dents De La Nuit, pour vous donner une idée du niveau d'exigence...) consiste à acheter un chat pour le mettre dans une poubelle sans le tuer (au contraire, il sera vite récupéré et deviendra le confident de l’héroïne), à attacher la laisse d’un chien à un bus (mais lui aussi sera épargné), à envoyer une cruche à Question Pour Un Champion pour étaler son inculture devant tous les français (allez savoir comment, la cruche arrive quand même en finale), à crier sur des vieux et à casser des figurines en porcelaine (mais pas directement puisque c’est un éléphant qui traînait par là qui commettra le carnage).

Vilaine
Comme quoi on peut être moche, mauvaise actrice et décrocher des premiers rôles (la solution, c'est piston)


On était en droit d’espérer un jeu de massacre irrévérencieux comme James Hunt sait si bien les faire (Serial Lover et Hellphone, c’est quand même nettement moins inoffensif !), il faudra se contenter d’une comédie sans idée, avec parodies vues 50 000 fois à la télé chez Cauet (24 Heures Chrono), montages musicaux usés à la corde (les pouffes qui marchent au ralenti sur fond de Blondie) et personnages tellement caricaturaux qu’on ne sait plus trop si ce sont eux ou les comédiens qui nous irritent le plus. Bien entendu, la morale ne tardera pas à ressurgir histoire de rassurer les quelques spectateurs qui auraient pu s’offusquer d’un tel étalage de "méchanceté". Ainsi, l’héroïne comprendra vite que faire le mal, c’est mal et que vouloir se venger ne signifie pas forcément s’habiller comme une pute. Mais surtout, elle rencontrera l’amour en la personne d’un pauvre petit immigré clandestin qu’il faudra sauver dans la dernière bobine, histoire d’ajouter un semblant de suspens à une histoire qui en est désespérément privée. Hop, retrouvailles à l’aéroport, comme dans les séries télés, bisou sur la bouche et annonce d’un mariage pour que le pauvre petit sénégalais devienne enfin un vrai français bien de chez nous. On ne sait pas trop s’il regardera Téléfoot et s’il achètera le DVD de Bienvenue Chez Les Ch’tis mais on a bon espoir vu la manière dont tangue la camionnette à la fin. 

Toujours dans le registre des "comédies françaises trop méchantes tiavu mais pas trop quand même", l’insipide Mes Stars Et Moi se pose en digne successeurs des machins de Fabien Onteniente, avec son portrait au vitriol du milieu du cinéma qui se clôture sur une grosse louche de bons sentiments d’autant plus gerbant qu’ils prônent insidieusement une vision réac et normative de la vie en couple. Par "portrait au vitriol", comprenez deux / trois répliques vachardes entre les comédiennes principales déjà visibles dans la bande-annonce (rassurez-vous, elles seront quand même les meilleures amies du monde passées les trente premières minutes). Pour le reste, il faudra se contenter de… rien. Ha si, y a un caméo de Patrice Leconte rebaptisé pour l'ocassion Patrice Leduc. Subversif quoi. Pour le reste, c’est tout pareil que Vilaine : harcelées par un fan envahissant, les trois actrices du film décident de se venger de lui en faisant des choses horribles genre lui voler sa Twingo ou sortir ses meubles dans le jardin. Un vrai cauchemar comme le vend si bien l’affiche ! On se demande où finira un tel étalage de cruauté parce que au fond, ledit fan est pas si méchant que ça (lui emprunter sa Twingo, tout de même, c'est vraiment dégueulasse ! un peu de dignité que diable !). La preuve : il a la gueule de Kad Merad et sa femme l’a quitté comme dans 90 % des films avec Kad Merad. Alors il déprime Kad Merad. Il commence à regarder Téléfoot avec un personnage de détective qui ne sert à rien et se dit que vénérer des stars de cinéma, c’est bien joli mais qu’il est temps d’accepter la réalité et de grandir. Comprendre par là que la réalisatrice Laeticia Colombani va nous balancer un montage sur fond de Zazie pour montrer que finalement, c’est pas difficile de récupérer sa femme et d’accéder au bonheur. Par bonheur, comprenez "vivre en couple dans un petit pavillon, être à la tête de sa petite entreprise de cartons et vénérer Zidane". Merci d’oublier vos rêves d’enfants et d’accepter une petite vie rangée et terne comme tous vos voisins. Avec un peu de chance, c’est déjà ça votre quotidien… Mes Stars et Moi s’impose donc sans difficultés comme un tract pour une vie normative condamnant l’imaginaire au profit d’une vraie vie chiante avec de vrais gens chiants.

Mes Stars et Moi
Elles vont devenir son pire cauchemar, dit l'affiche. Ça se voit...


Si l’an passé 99 Francs avait su dynamiter le paysage cinématographique français par un vrai sens de la mise en scène et un vrai discours subversif, Vilaine et Mes Stars Et Moi viennent remettre les pendules à l’heure. Totalement inoffensives, dépourvues de la moindre idées de mise en scène ou de narration, faussement corrosives mais vraiment consensuelles, elles rappellent que le cinéma français est d’abord financé par les chaînes télé qui uniformisent au maximum la production afin de ne déranger quiconque (du coup,  personne n’est visé dans chacun de ces films) pour s’assurer une diffusion en prime time quelques mois plus tard. Et contrairement à ces prétendus "gros cons d’américains" qui eux savent regarder leurs tares dans le blanc des yeux, le grand public français semble se satisfaire de ces dépliant moralisateurs estampillés Valeurs et Traditions.
Peut être aussi que le responsable est à chercher du côté de la distribution des films (500 copies pour une merde française, à peine vingt pour une comédie de Judd Apatow : c’est pas comme ça qu’on va aider les français à se sentir moins cons…). On se consolera autant qu’on peut avec les quelques tentatives isolées de sortir du carcan télévisuel normatif. Dernièrement, la seconde saison de Clara Sheller a eu l’audace de prendre à revers les attentes de son public cible (les femmes célibataires de trente ans) en laissant l’héroïne seule, au chômage, avec sa mère cancéreuse et enceinte de son mec qui l’a quittée pour son meilleur ami homo. Le tout en prônant l’amour libre et la confusion des genres comme remèdes aux codes rigides dictés par notre société. Autant dire que ce dynamitage des conventions du contes de fée pour femmes modernes a réussi là où les deux navets abordés dans cette chroniques ont lamentablement échoué. Mais à voir les réactions outrées de spectatrices dans les programmes télé (mon dieu, deux mecs qui font l’amour à 22H00, mais où va-t-on ma bonne dame !), il faut croire que les comédies sages et sans intérêt ont encore de beaux jours devant elles.

2/10
 


VILAINE
Réalisateurs : Jean-Patrick Benes & Allan Mauduit
Scénario : Jean-Patrick Benes & Allan Mauduit
Production : Antoine Rein & Fabrice Goldstein
Photo : Régis Blondeau
Montage : Antoine Vareille
Bande Originale : Christophe Julien
Origine : France
Durée : 1h33
Sortie française : 12 novembre 2008









3/10
 


MES STARS ET MOI
Réalisatrice : Laeticia Colombani
Scénario : Laeticia Colombani
Production : Christophe Rossignon
Photo : Jean-Marie Dreujou
Montage : Véronique Parnet
Bande Originale : Frédéric Talgorn
Origine : France
Durée : 1h28
Sortie Française : 29 octobre 2008




   

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