Hellphone

Connecting dead people

Affiche Hellphone

Si le succès public de Brice De Nice a largement été mis au crédit de Jean Dujardin pour avoir créé ce personnage de surfer bigarré adepte de la Casse, on a un peu trop vite oublié de saluer le travail de James Huth.


En effet, quoi qu’on puisse penser du film, le réalisateur avait réussi à composer un univers décalé prolongeant avec bonheur les sketchs de l’acteur et apportant une réelle identité visuelle à cette comédie facile pourtant traversée par un soupçon d’émotion et quelques grammes de poésie. On attendait donc de retrouver le bonhomme aux commandes d’un nouveau projet plus personnel et moins lisse, ce qu’est précisément Hellphone, ovni déjanté dans la lignée de l’excellent Serial Lover.  

Alors que les cartons aberrants de Camping et des Bronzés 3 n’en finissent pas de surprendre tant ces produits sont dépourvus d’ambitions narratives et esthétiques, il est vraiment agréable de se retrouver face à un objet bariolé et audacieux ne caressant jamais son audience dans le sens du poil. Jouant à fond la carte du délire aux frontières de la bande dessinée, Hellphone ancre son esprit dans les divertissements américains des années 80, l’hystérie en plus. Quelques références bien placées (le vendeur chinois façon Gremlins, l’objet maléfique rouge qui se reconstruit à la manière de Christine) et une galerie de personnages stéréotypés au possible (allant du playboy de l’école à la pin-up superficielle en passant par la pseudo goth) suffissent à saisir les objectifs de James Huth qui ne recherche à aucun moment le réalisme. Les élèves du lycée Henry IV se déplacent en voiture des années 60, les tenues vestimentaires flirtent avec le style kawai, le héros travaille dans un fast-food dont l’enseigne aux néons criards jure franchement au milieu de la place du Panthéon, tous les comédiens sont dans le surjeux permanent… Sous ses apparences de teen-comedy clichée et branchée, Hellphone se révèle rapidement comme un pur délire sous acide dont les quelques excès fatigants (apparition poussive de Bruno Salomone, visuel agressif rappelant parfois les dérives de Jean-Marie Poiré) se retrouvent largement compensé par un dernier acte sidérant de cruauté où les meurtres s’enchaînent à vitesse grand V, effets gores détonnant à l’appuie !  

Hellphone

Oui, vous avez bien lu : Hellphone est un film gore, avec de vrais morts bien sadiques rappelant les meilleurs moment du génial Serial Lover. Le final y va même de sa petite citation aux films de zombis enragés, citation par ailleurs parfaitement intégrée à la thématique du scénario puisqu’il s’agit pour le réalisateur de dénoncer le culte du téléphone portable qui abruti totalement les adolescents d’aujourd’hui. Avoir le dernier objet à la mode : voilà le seul moyen pour les jeunes se démarquer de la masse et c’est précisément autour de ce problème que s’articulent les enjeux du script. Ainsi, pour séduire la fille de ses rêves, le héros Sid, ne voit pas d’autre alternative que de dénicher LE portable qui le distinguera de la masse. Au fil des évènements, ce lycéen fan de skate et d’AC/DC se laissera vampiriser par l’objet, reniant ses propres valeurs pour s’adonner à la frime de pacotille. Le postulat fantastique (le portable est démoniaque et envoûte les interlocuteurs) ne sert finalement qu’à montrer comment la  génération SMS peut désormais se cacher derrière un numéro (ou un pseudo Internet) pour laisser exprimer tout ce qu’elle n’ose pas dire en face (voir comment le sexe se retrouve désincarné et violent par texto). On comprend alors mieux pourquoi James Huth a érigé tous ses protagonistes au rang de caricatures outrancières, comme s’il contemplait avec beaucoup plus de lucidité qu’on ne le croit un monde obsédé par le paraître (on est proche en cela de la construction de Brice De Nice avec son héros crétin encensé pour une jeunesse décérébrée avant d'être rattrapé par la réalité). Ce n’est qu’en assistant à l’élimination successive toutes les icônes fantasmées des jeunes faussement branchés que Sid pourra revenir vers de vraie valeurs sincère comme l’amour pur et l’amitié.

A travers sa solide intrigue de thriller grotesque et ses gags en rafale moins innocents qu’on ne le croit (voir la séquence du tunnel et son camion de clopes), le réalisateur de Brice De Nice brocarde avec férocité la superficialité des adolescents fashion-pdr-lol-hype auxquels son film est censé s’adresser, quitte à se les mettre à dos. La preuve, s’il en fallait une, qu’ Hellphone évolue bien loin du cadre du simple divertissement calibré pour aller vers quelque chose de plus surréaliste, décomplexé, méchant et surtout unique.

6/10
HELLPHONE
Réalisateur : James Huth
Scénario : James Huth, Sonja Shillito, Jean-Baptiste Andrea
Production : Nathalie Guizol
Photo : Stéphane Le Parc
Montage : Antoine Vareille
Bande Originale : Bruno Coulais
Origine : France
Durée : 1h38
Sortie française : 28 mars 2007




   

Commentaires   

 
0 #1 Amelia le mardi 07 novembre 2017 à 19:21
Jean Baptiste Maunieeeeeeeeee r !!!
Je m’attendais pas à ce style de film en le regardant et ai été très surprise, puis j’ai eutrès peur de l’ombre de mon téléphone qui a la même forme que celui du film, grâce ou à cause de ses oreilles de chat
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