Nanarland chez Maguy

A la Maude de chez nous

Affiche Maguy

Maguy, ce sont des chiffres : 8 ans d’existence, 333 épisodes d’une vingtaine de minutes de 1985 à 1994, 3 jours de tournage pour chaque épisode. Et 800 paires de boucles d’oreilles de l’aveu de Rosy Varte.


Mais Maguy, c’est aussi l’enfance. Le dimanche soir, en attendant que la vie sérieuse nous rattrape et nous étouffe. L’époque de Véronique et Davina, du Petit Théâtre de Bouvard et de Tournez Manège. Il fallait choisir entre les jeux de mots de Jean-Marc Thibault (alias Georges) et Sept Sur Sept. La France décidât. En 2016, que peut-on raconter sur cette pierre angulaire du PAF ? Que vaut la revoyure, forcément périlleuse ?

Fournisseur autoproclamé de déviances audiovisuelles depuis 2001, hommage flamboyant à notre patrimoine national (Philippe Clair, Max Pécas, Serge Korber, Jean-Marie Poiré, Jean-Marie Pallardy), Nanarland ne s’est jamais penché sur les productions du petit écran, pourtant fortes en fulgurances "kitschos" si tant est qu’on prend le temps de les ingurgiter. Vieux de la vieille du site, François Cau est également le coordonateur du classieux bouquin Nanarland, le livre des mauvais films sympathiques, dont la suite est imminente. Il souhaitait pour L’ouvreuse retenter l’expérience Maguy et témoigner, façon devoir de mémoire, de ce passé qui ne passe pas. Coup de rétro, de Balladur à Kev Adams.


Rappelons que Maguy est l’adaptation hexagonale de Maude (1972-1978), une production de Norman Lear, surfant sur le succès de son hit All In The Family. A son niveau, Maude cristallise les principaux discours de la société américaine des 70's, en traitant de l’avortement, du féminisme, de l’homosexualité, de la marijuana, du port d’armes. Le Parti Démocrate y occupe même une place significative. En parallèle, Maguy prend place dans la France de 1985 : soit l’année de démission de Michel Rocard, de l’entrée du FN au Parlement, et de l’assassinat d’Audran par le groupe terroriste Action Directe... Ce climat est-il perceptible à travers le sitcom ?

Tu pointes le truc, justement : absolument pas ! (rires). Il faut comparer L’Homme Ça Pince et l’épisode de Maude dont il s’inspire, The Gay Bar. Les scénaristes de Maguy reprennent la même trame. Mais ce qui était un enjeu de société dans Maude – avec une représentation des conservateurs d’un côté via le personnage du voisin et des libéraux progressistes de l’autre – devient dans Maguy un simple gimmick de vaudeville. Avec Georges en cuir à la fin, tu vois le tableau... Maguy, c’est un monde de petits notaires, de docteurs, il y a cette image du petit commerçant forcément filou, mais en même temps vachement prévenant avec ses employés. Cette série, c’est la fantasmagorie d’une France kitschos des sous-préfectures, traversée d’images d’Épinal bien appuyées. Tu vois, l’équivalent aujourd’hui de Maguy serait La Famille Bélier. Chacun est très carré dans sa fonction et n’en bouge pas. C’est tout ce que raconte Jean-Baptiste Thoret dans sa conférence sur le cinéma français au Forum des Images, La France Intouchable (il revient sur La Famille Bélier, mais aussi Les Choristes ou Bienvenue Chez Les Ch'tis). La différence entre Maude et Maguy est cette inconséquence généralisée. Maude est une série qui n’oublie jamais qu’elle s’ancre dans une certaine société : l’épisode sur la milice privée se conclut par un débat sur le port d’armes, un enjeu réel au sein de l’Amérique des seventies. Alors que l’idée de milice privée, en France, dans Maguy donc, c’est juste de la SF. Tu te retrouves avec une discussion entre le notable qui aime forcément Lubitsch et Renoir et l’employé qui kiffe les check à l’américaine et Mad Max. Tu peux pas faire plus kitschos, on retrouve cette logique actuelle du "on ne va pas regarder un film d’auteur, c’est chiant"...
Dans ce sens, le personnage d’Henry Garcin est une abomination, il synthétise tout ça. Quand je regarde Maguy, je comprends tout ce que je n’aime pas chez Georges Feydeau. Cette tradition de la comédie de mœurs, de l’amant dans le placard et des jeux de mots à la limite du discutable... Mais malgré tout, Maguy est aussi une série inscrite dans un temps, une époque. Essaie de faire une sitcom aujourd’hui avec un couple de bourgeois qui ont une bonne, pour voir...

Maguy

Justement, je me disais que l’un des plus curieux avatars de Maguy était le Potiche de François Ozon, qui s’inspire d’ailleurs d’une pièce de théâtre éponyme des années 80 (créée par Pierre Barillet et Jean-Pierre Gredy). Avec cette esthétique carton-pâte du kitsch, ces permanentes et costumes en toc, ces personnages stéréotypés de vaudeville, mais, surtout, le rapport de la "potiche" à un mari-patron. Puisqu’elle tient le rôle titre, la femme est la vedette dans Maguy. Comme dans Madame Est Servie ou Une Nounou D’Enfer, on en vient fatalement à se poser la question : est-ce une série du woman power ? Rappelons tel qu’il est chanté durant le générique que "Côté cœur et côté jardin, elle fait la loi"!

(Rires) En fait, pas du tout. Maguy n’est jamais rien d’autre qu’une maîtresse de maison. Même quand elle débarque à son boulot à l’Agence immobilière, elle réagit en maîtresse de maison. Et je ne te parle même pas du personnage de Marthe Villalonga. Mais au-delà de ces clichés, il y a Caro, la fille de la famille en chemise blanche, qui fait plus ou moins office de médiatrice. Elle arrive souvent au milieu des délires des personnages, en pleine conversation, comme pour dire "Qu’est-ce que vous racontez là ?". Du coup, c’est le seul perso vraiment sympathique de la série. J’irais plus loin : quand elle est dans la pièce, on a l’impression que les scénaristes détestent Maguy et Georges. Troublant.

Maguy

Pour développer cette image de la femme, Maguy c’est un peu la première MILF de l’histoire de la télévision française. Même si on lui préférera volontiers la proviseure Musso de Parker Lewis Ne Perd Jamais.

MILF, peut-être. Mais Maguy, elle n’est jamais sexy. Caro, déjà plus, à la limite, quand elle est juste en t-shirt, le matin au petit déj. Mais Caro c’est un personnage fédérateur, une centrée. Maguy c’est une gaulliste. Rien de très sensuel.

Tu as fait allusion à ce qui m’a marqué en rematant Maguy : les blagues sont souvent en rapport avec l’agression sexuelle. Par exemple, dans Aux Armes Mitoyens, le fait que les cambrioleurs n’aient pas violé Maguy devient un running-gag qui engendre les rires enregistrés... Sacrément déviant, non ?

Tu te rappelles de l’affaire DSK ? En mai 2011, Jean-François Kahn avait sorti un truc du genre "Oui, bon, c’est du troussage de domestique". Du coup ce vannage sur le viol dont tu parles, je pense que c’est dans les mœurs, tout simplement. Ça me rappelle un film de Jean-Marie Pallardy, Règlements De Femmes à OQ Corral (1975). On y voit Alice Arno, sa campagne et actrice principale se faire violer...et aimer ça. Dans les bonus de l’interview dans l’édition du Chat Qui Fume, il l’explique clairement comme ça et ça ne le dérange pas du tout. Idéologiquement, Maguy, c’est ça, ce côté old school, vieille France. Rien n’est grave.

Lorsque Thierry Ardisson l’a invité dans son émission Double Jeu, Jean-Marc Thibault a usé d’un terme pour expliquer le succès du feuilleton : "voyeur". Je pense qu’il sous-entendait que la série est un prisme à travers lequel concevoir le public et l’époque.

Écoute, David Palmer dans 24 Heures Chrono préparait l’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche. Du coup je me suis demandé : est-ce que le personnage de Maguy annonçait l’arrivée d’Edith Cresson, le Premier Ministre sous Mitterrand en 1991 ? Ma réponse serait : non (rires). Dans Maguy, il peut se passer un truc de fou et tout le monde en reste au niveau de l’encéphalogramme plat. La série a marché par défaut, car il n’y avait pas beaucoup de chaînes de télévision, pas internet, on se payait ce petit moment de détente avant que le taf reprenne, le dimanche soir. Sur FR3, il y avait Benny Hill, mais c’est une série moins familiale, avec ces gags plus sexy, ce sexy bizarre et malaisant de vieux monsieur pervers qui poursuit les nanas en accéléré.

Maguy

Revenons-en au contexte. Bon, Maguy est créé en 1985. 1985, c’est L’Amour Braque d’Andrzej Zulawski. Le générique d’ouverture fabuleux de Maguy est composé par Alain Wisniak, arrangeur de Régine et Christophe, à qui l’on doit certes le jingle de Question Pour Un Champion, mais également la B.O de La Femme Publique. "Acting is a female occupation"disait Andrzej. Maguy, une série zulawskienne ?

Maguy,
ouais, c’est du Zulawski à l’âge de trois ans si tu veux... (rires) Un exemple qui me vient tête et qui va dans le sens de ta théorie du complot, c’est l’actrice Christiane Jean. De 89 à 95 elle enchaîne Salut Les Musclés, Les Filles D'A Côté et Les Nouvelles Filles D'A Côté (avant Les Vacances De L'Amour et Sous Le Soleil)... mais Zulawski l'a justement fait jouer dans L'Amour Braque !

Parlons justement des AB Prod. De 1991 à 1995 sont créés les principaux hits relatifs au Club Dorothée, ces sitcoms que nous connaissons tous:Hélène Et Les Garçons, Le Miel Et Les Abeilles, Les Années Fac, La Philo Selon Philippe. Phénomène culturel acclamé par les foules mais foudroyé par la critique intellectuelle, l’exemple de Maguy ne fait-il pas écho au Club Dorothée ?

La différence c’est que Maguy est un truc à l’ancienne tourné par des vieux de la vieille, un rendez-vous hebdomadaire sacralisé. Shooté par des machines de guerre. Les AB Prod, c’est encore différent, c’est du taylorisme, avec rentabilité maximum. Après, la distance entre la critique et le public, c’est un vieil axiome. Quelque chose de très français. Le Club Dorothée c’est autre chose encore. Pas De Pitié Pour Les Croissants est fait par des gens qui inventaient au fur et à mesure, ça n’existait pas à la télévision française : je ne sais pas ce qu’il se passe quand tu regardes Pas De Pitié Pour Les Croissants, mais il se passe quelque chose. Et puis il y a l’idée de politique, avec la bataille de Ségolène Royal contre l’animation japonaise, via son bouquin, Le ras-le-bol des bébés zappeurs (1989). Alors que Maguy, tu ne peux pas faire plus policé que ça. Maguy, comme Voisin, Voisine (1), c’est le type de feuilletons un peu pénibles. Tu regardes quand il n’y a rien d’autre à la télé.

Maguy

Et au sein d’un paysage qui est justement celui de la télévision française, l’année 85 concilie le succès de Maguy et celui, aux 7 d’Or par exemple, d’Apostrophes, l’émission de Bernard Pivot. Le choc des cultures ?

Bernard Pivot c’était du vrai service public pour le coup. Après, je suis persuadé que Maguy répond à un besoin de fiction populaire. Elle représente ce que les diffuseurs imaginaient de fédérateur à l’époque. En ce sens, l’équivalent actuel de Maguy est Plus Belle La Vie. Les épisodes défilent, on tourne tellement en rond qu’on finit par s’enfoncer dans le sol. Mais les modèles de production ne sont pas pareils, Maguy nous renvoie à l’époque où des mecs comme Jean-Luc Azoulay sont arrivés et ont transformé ça en véritable industrie.

Mais dans cette industrie, et au-delà des personnages toc, il y a de vrais acteurs. Rosy Varte débute sa carrière au TNP de Jean Vilar. Verneuil, Clouzot, Renoir, Sautet et Truffaut l’ont dirigée. Jean-Marc Thibault a déclaré chez France Dimanche que Maguy avait assassiné Rosy Varte. N’est-ce pas là l’aspect le plus déviant de la série, le fait qu’une actrice "au physique de tragédienne" (c’est ainsi qu’elle se définissait chez Denise Fabre) meurt à petit feu dans un truc aussi régressif ?

Tu sais, ces acteurs, ils se disaient pas forcément, avec un épisode par semaine, une quarantaine d’épisodes par saison, que ça tiendrait autant sur la durée. C’est absolument tragique, mais d’un côté on ne pas nier le professionnalisme. D’accord, les personnages n’évoluent pas, mais du coup les performances restent égales, tu ne sens pas la lassitude. Une tradition du pro à l’ancienne, "On fait le boulot et c’est marre".

Puisqu’on parle d’acteurs, rappelons que Maguy abonde de guest stars : Michel Muller, Sylvie Joly, Elie et Dieudoné, Michèle Laroque. N’est-ce pas principalement de cela qu’éclot la force "nanar" de la série, puisqu’on y croise Tchernia, Galabru, Henry Guybet, Bigard, Gérard Hernandez, Francis Perrin ?

C’est l’aspect le plus évident. Mais quand tu vois l’épisode L’Homme Ça Pince, il n’y a pas que ça qui caractérise la dimension nanar de la série, c’est juste un instantané de l’époque, ce côté théâtre de boulevard totalement inoffensif mais complètement fou à la revoyure. Bingwatcher Maguy est une expérience vraiment très étrange. Il ne faut pas bingwatcher Maguy. Jamais.

Maguy

La série se termine en 1994. La même année, Kurt Cobain se suicide. Hasard, vraiment ? En outre, en 1994, Michel Rocard démissionne - encore ! - du Parti Socialiste, cette fois. Et Robert Hue prend la tête du PCF.

Et tu oublies, un an plus tard, l’année de la campagne de Balladur. En 1987, Balladur est venu sur le plateau de Maguy, pour le centième épisode de la série. Maguy est une série très balladurienne. La campagne de 1995 c’était clairement un épisode de Maguy. J’avais que quinze ans, je n’étais pas du tout politisé, mais j’hallucinais. Balladur avait monté tout un scénario de série télé. Il se rend à un meeting, et là, son hélicoptère doit atterrir à cause du brouillard. Il se fait prendre en stop, et arrive à l’heure à son meeting. Mais la nana qui l’avait pris en stop était la cousine de Georges Tron, son directeur de campagne. A l’époque les Guignols se sont régalés sur la séquence dans le métro, avec son air de notable, mal à l’aise avec les prolos dans les transports, le "coup du métro qu’il fait chaud dedans"... Balladur, c’était clairement un personnage de Maguy en 1995, jusqu’à sa conférence de presse et son "Je vous demande de vous arrêter" le soir de la proclamation des résultats du premier tour.
L’image figée et rétrograde d’une certaine France vue par des bourgeois, une éthique de classe(s). Maguy Boissier = Maguy Balladur. Qu’est-ce que le personnage de Marthe Villalonga, qui répète un peu toujours les mêmes discours, cette femme un peu simplette, si ce n’est le fruit de tout cela ? Au passage, tu sais que Jean-Marc Thibault a épousé Sophie Agacinski, la sœur de Sylviane Agacinski, l'épouse de Lionel Jospin. (D’ailleurs Villalonga joue Mireille Jospin, "mère de", dans le téléfilm de Pascale Pouzadoux, La Dernière Leçon).

Villalonga est Rose le Plouhannec, un nom annonçant la montée du nationalisme breton. Ses "Ma’me Maguy" nous rappelle que le personnage devait être noir, il y a cette caricature façon La Case De L’Oncle Tom. Et Marthe lui attribue son ton sans égal de mère juive...Tu sais, le vrai nom de Rosy Varte est Nevarte Manouélian. "Nevarte", terme arménien, signifie "la rose". Pourrait-on suggérer que Rose (le Plouhannec) est le "ça" de Maguy ? Son inconscient ? Et surtout, pourquoi la Bretagne ?!

Ta théorie était intéressante. J’aimerais y croire. Pourquoi la Bretagne ? Pourquoi (pas) le Brésil ? J’imagine que c’est pour cracher un peu partout, chacun son tour...

Maguy

Et, au passage, sur la jeunesse. Les scénaristes ne comprennent rien à la jeunesse et le prouvent d’épisode en épisode, en traitant de l’homosexualité, du punk, du rap...

Il faut rire du fait qu’on ne comprend rien. Et ça, justement, c’est la négation absolue du concept de politique. Tout ça, on le retrouve dans le cinéma français actuel. Chacun à sa place et personne ne bouge ! Dehors, il y a le bruit du monde, alors fermons la porte. En regardant Maguy, tu comprends pas mal de choses, en particulier sur la bourgeoisie française, c’est une sorte de socle idéologique. Regarder Maguy c’est comme lire Atlas Shrugged d’Ayn Rand, finalement. Mais d’un autre côté, cette logique "instantané d’une époque" permet aussi de voir Dieudonné en caméo...

Plus qu’une série qui ne comprend rien à la jeunesse, c’est une série qui ne comprend rien à l’Amérique. Au-delà de la trahison faite à Maude, il y a cet épisode où Serge Sauvion, le doubleur de Columbo, incarne ledit inspecteur, et le personnage de Rose cite La Petite Maison Dans La Prairie... On l’imagine devant son poste, à mater Arabesque, Maguy c’est un peu ce qu’aurait pu être Sue Hellen.

Absolument. Tu touches quelque chose là. Parce que cette citation de La Petite Maison Dans La Prairie dont tu me parles, on la retrouve telle quelle dans Les Tuche 2, le fameux. Avec une imagerie "clichos" à base de cow-boys, de station-service, des images inconscientes de cette culture, comme inscrites dans l’ADN du PAF. C’est ce qu’écrirait un enfant de dix ans sur les États-Unis... en 1965 ! C’est peut être pour ça que Jean-Marc Thibault employait le terme de "voyeur" pour qualifier Maguy, car cela répond à une demande de l’audience, un besoin de quelque chose de totalement anodin. On se retrouve face à un constat. Rien ne doit bouger. Même encore aujourd’hui, tout le monde est dingue quand il se passe le moindre truc discordant dans Plus Belle La Vie...
Maguy c’est le Théâtre de Guignol, entre le stéréotype de la bonne femme qui a de la poigne, celui du médecin un peu réac’, une série représentative d’une toute petite partie de la frange française. Y’a même pas une amorce de tentative de réflexion, contrairement à Maude ou Madame Est Servie. C’est ce côté totalement inoffensif qui a du plaire.

Du coup, toute la comédie française actuelle, jusqu’au remake de La Cuisine Au Beurre par Florent-Emilio Siri, est l’héritière de Maguy finalement. Kev Adams est-il la nouvelle Marthe Villalonga ?

(Rires). Maguy est avant tout un descendant de Au Théâtre Ce Soir. Après, dans la mesure où ces comédies françaises sont financées par la télévision, l’héritier de Maguy c’est clairement Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?. On y trouve les mêmes valeurs de plan, cette esthétique du champ/contrechamp, et jusqu’à l’humour, tout est à l’identique.

Niveau humour, Maguy naît de toute façon d’un folklore national : Jean-Marc Thibault, en particulier lorsqu’il chantait en compagnie de Roger Pierre, était un emblème de la musette. Le site Bide et Musique le qualifie de "roi du bide", avec des morceaux comme A Joinville Le Pont ou Surprise Party Chez Lilly. Mais puisqu’on parle de nullité filmique, aurais-tu d’autres "séries nanars" à nous conseiller ?

Au-delà des AB Productions, faut vraiment taper dans ce que TF1 appelle "les sagas de l’été" : Dolmen, Méditerranée, Chateauvallon avec Chantal Nobel, Terra Indigo (créé par Éric-Emmanuel Schmitt !) ou Zodiaque avec Francis Huster...

Maguy

Bouclons la boucle. En 1994, Maguy s’arrête. La même année sont créés Urgences et Friends. Urgences débarque sur France 2 en 1996. Et là, la France respire. La France va mieux.

1996, c’est Urgences. Mais c’est aussi Jacques Chirac ! Franchement, j’aurais adoré – j’espérais sincèrement – que Maguy soit un tract politique, comme La Nuit Du Risque de Sergio Gobbi, scénarisé par un journaleux du Figaro et sorti en salles tout juste un an après la création de Maguy, en 1986. Avec Stéphane Ferrara, mais aussi plein de caméos de Chirac, Alliot-Marie, Pasqua, Jacques Toubon surtout... Sans oublier Ariane du Club Dorothée ! Un cas unique dans l’histoire du cinéma français, puisqu’entièrement produit par un parti politique : le RPR.
C’est l’histoire d’un boxeur qui devient garde du corps du député RPR Robert-André Vivien. C’est le député du lapsus culte de 1975, "Il faut durcir votre sexe", à l’Assemblée Nationale sous Giscard. Le perso s’embrouille avec des socialistes, tue un socialo en le poussant dans le métro, et va se réfugier chez une courageuse journaliste, qui balance sur ces socialos de merde et tout. Une journaliste interprétée par Christiane Jean, l’actrice d’Hélène Et Les Garçons et de L’Amour Braque dont on a déjà parlé. Bref, tu imagines l’hallu, puisque le film sort en plein commencement de la campagne permanente de Chirac/Mitterand...

D’ailleurs Chirac disait :"Le courage, c'est de ne pas avoir peur". C’est un peu ça, revoir Maguy... Des décennies après Maude, Béatrice Arthur s’est retrouvée certes dans le Star Wars Holiday Special, mais également dans Malcolm. Et Marthe Villalonga, elle, dans Kaamelott. Y a-t-il encore de l’espoir en ce monde ?

De l’espoir après Maguy tu veux dire ? Disons que Kaamelott est une exception dans le PAF. Et c’est pour ça que le show a beaucoup énervé. Je discutais récemment avec Christophe Chabert, qui a réalisé les making-ofs de Kaamelott (Aux Sources De Kaamelott). Il m’a rappelé à quel point le succès de Kaamelott est un affront. M6 avait repéré Dies Irae et voulait faire un truc à la Caméra Café. "La musique, tu laisses, on va prendre un jeune qu’on aime bien. Filme comme ça, comme ça, fais ci, fais ça". Astier a répondu "Non, non, non". M6 a lancé une sorte d’ultimatum : "Vas-y, on va te regarder te planter". Et là, bim, carton.

Conclusion ? Chercher à percer le mystère Maguy, c’est s’égarer dans un labyrinthe théorique, cathodique et politique. Alors que la note d’intention vieille France était là, dans le générique d’ouverture. Il suffisait d’écouter les paroles : "Quand elle nous fait son cinéma, c’est toujours en Technicolor, mais on l’adore".




(1) Diffusée de 1988 à 1992, Voisin, Voisine permettait à La Cinq de remplir pour le moins cher possible les quotas de productions francophones, à raison de 400 heures par an. Tel que le précise Wikipédia, cette aberration audiovisuelle se constituait d’"hésitations, de lapsus (y compris quand un personnage mentionne le prénom de son conjoint), de dialogues de remplissage improvisés, qui lui conféraient un caractère kitsch recherché des connaisseurs, des scénarios singulièrement simplistes, voire indigents, écrits en onze séquences, pour quatre comédiens et deux décors type Ikea".

MAGUY
Créé par Jean-Guy Gingembre & Stéphane Barbier d'après Maude créé par Normal Lear
Scénaristes : Jean-Guy Gingembre, Jean-Marie Gingembre, Jean-Yves Gingembre, Bruno Gingembre…
Production : Télé Images
Bande originale : Alain Wisniak
Origine : France
Dates de diffusion : 1985 - 1994




   

Commentaires   

 
0 #1 Jul le mardi 27 septembre 2016 à 18:22
Putain j'adore ce papier !

Et je vous maudis : j'ai le générique en boucle dans la tête depuis ce matin !
(oui, je suivais assidûment !)
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0 #2 Fabien Legeron le mardi 20 décembre 2016 à 18:54
Mais, quid de Cas de Divorce ?
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