Gérardmer 2015 : Goodnight Mommy

O mother, where art thou?

Affiche Goodnight Mommy

A la vision d'Ex Machina et de Cub, un doux espoir a saisi les festivaliers : la compétition officielle ne recèlerait-elle que des bons films cette année, oubliant de sélectionner ces bandes tristounes mais "qui-amènent-à-réfléchir" ?


Malheureusement, Goodnight Mommy du duo de réalisateurs autrichiens Veronika Franz et Severin Fiala est vite venu remettre les pendules à l'heure.
C'est l'été et les jumeaux Lukas et Elias ont bien l'intention de profiter des milles plaisirs que leur offre leur belle maison à la campagne. Cependant, ils sont préoccupés par leur mère. Depuis son retour d'une lourde opération chirurgicale au visage, celle-ci est distante, désagréable, voire brutale avec eux. Leur conclusion ne traîne pas : cette femme n'est pas leur génitrice. Et ils comptent bien faire avouer à cette intruse l'endroit où leur mère se trouve.

Celui qui espère trouver ici un film de genre de qualité véhiculant un traitement pertinent sur la notion de maternité et de filiation ferait bien mieux de revoir le Grand Prix de l'édition 2013, le très bon Mama. En effet, à aucune seconde de ses interminables quatre-vingt-dix-neuf minutes Goodnight Mommy ne parvient à susciter autre chose qu'un impressionnant ennui teinté d'agacement face à la préciosité tant de la narration que de la mise en scène.

Goodnight Mommy


Le plus surprenant est peut-être la manière avec laquelle Franz et Fiala croient visiblement inventer la machine à éplucher les bananes avec leur récit. Pourtant, ce dernier est terriblement peu maîtrisé et ne parvient jamais à cacher ce qu'il est, un remake raté du The Other de Robert Mulligan agrémenté, "modernité" oblige, de scènes particulièrement faciles (et inutiles) de torture porn. Les réalisateurs s'acharnent à maintenir péniblement en vie un twist final que l'écrasante majorité des spectateurs a pourtant éventé dès la première minute. En s'entêtant de cette manière, Franz et Fiala desservent leur histoire et échouent précisément là où Vincenzo Natali avait réussi avec son récent et méconnu Haunter : le réalisateur canadien avait compris qu'en grillant très vite une cartouche que le public moderne peut instantanément anticiper, on relance l'intérêt de son récit.



Franz et Fiala essayent certes de donner le change en multipliant quelques séquences incongrues : le stock shot ouvrant le film, les plans sur la ville déserte hantée par un musicien solitaire, le bedeau lent d'esprit ou encore l'incursion des jumeaux dans les catacombes d'un cimetière voisin. Le duo autrichien peut miser sur la répulsion du spectateur (on ne compte pas les plans sur les blattes que collectionnent Lukas et Elias et les utilisations peu ragoûtantes que ceux-ci leur destinent), mais rien n'y fait, le pataud anéantit les esquisses de dramaturgie d'un film comateux.

Bref, Gérardmer devra encore cette année composer avec des films bouffis de prétention se servant d'un genre pour placer un propos aussi pédant que nébuleux.

Goodnight Mommy de Veronika Franz & Severin Fiala, sortie française : 13 mai 2015




   

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