Gérardmer 2013 : Mama

Peur sur la Milf

Affiche Mama

Les toutes jeunes Victoria et Lilly ont un démarrage dans la vie plutôt moyen : leur père, ayant méchamment pêté les plombs suite à la crise financière, commence par éliminer leur mère puis les emmène dans une forêt voisine histoire d’être tranquille pour un bon vieux double infanticide / suicide des familles.

Sauvées par une mystérieuse figure maternelle, Victoria et Lilly grandissent dans les bois. Mais quand leur oncle les retrouve, le retour à la civilisation ne se fait pas sans mal. D’autant plus qu’apparemment, elles ne sont pas revenues seules.

Ah bin voilà, on n’y croyait plus : un film plus qu’acceptable en compétition, qui ne parle pas de colombienne aguicheuse allumant ses neveux ou de ballons de baudruche jaunes attaquant en sournois des agents immobiliers sans défense avec l’intensité des reconstitutions de l’émission Mystères (“Et là, la pomme, elle était chaude”). Tout arrive.

C’est le jeune Andrés Muschietti qui s’y colle avec Mama, opus basé sur son court-métrage du même nom déjà remarqué en 2008. Pour son premier long, Muschetti n’hésite pas à recourir à une imagerie parfois très malsaine : les silhouettes arachnéennes et squelettiques des petites filles revenues à l’état sauvage et courant à quatre pattes, c’est pas vraiment Debout les Zouzous.... A côté de ce remarquable visuel, le réalisateur prouve également qu’il sait créer une ambiance effrayante sans devoir forcément recourir aux sempiternels jump scares pour autant (il est néanmoins dommage qu'il cède à cette facilité au cours de la dernière demie-heure). Plus précieux (et inattendu) encore, Muschietti déploie un sens du cadrage très élégant et s’en sert avec une habileté de vieux briscard pour faire ressentir la présence de la menace sans forcément dévoiler celle-ci, du moins dans un premier temps. Enfin, difficile de terminer ce rapide état des lieux sans évoquer le jeu très juste de la belle Jessica Chastain, qui donne une dimension encore plus poignante à un final déjà bien assez éprouvant comme ça.

Mama


Cependant, malgré les belles qualités de cette première oeuvre, Muschietti loupe le grand chelem, en grande partie en raison d’un scénario pas aussi étanche qu’il en a l’air : des personnages pourtant importants sont laissés de côté en cours de route et certaines facilités narratives ne sont pas évitées à plusieurs moments clés. Ceci dit, ne soyons pas sévères au point de ne garder en mémoire que ces quelques défauts. Il serait dommage de passer à côté de ce film, bien davantage un conte moderne qu’un film d’horreur lambda. Guillermo Del Toro ne s’y est d’ailleurs pas trompé et s’est engagé dans cette oeuvre en tant que producteur exécutif. Gageons que la réussite du film au box-office américain ouvrira d’autres perspectives à son talentueux réalisateur.
Car les dents de Muschetti ont beau être encore seulement de laits, il s’agit exclusivement de canines. Et coup de chance pour nous : il a l’air d’avoir faim.




   

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