Edito

      "On dit souvent que Télérama dégomme systématiquement le cinéma populaire. Pas toujours. Télérama a aimé Amadeus, Trois Hommes Et Un Couffin ou Le Père Noël Est Une Ordure..."
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Agathe Cléry + Pour Elle Suggérer par mail
Critique par nicco le 8 décembre 2008

Old school musical

Affiche Agathe Cléry
A l'affiche aujourd'hui, les histoires de deux femmes qui foncent, dont les sorties simultanées en salles mercredi dernier illustrent peut-être l'amorce d'un passage de témoin.
Fort d'une bande-annonce bien marketée mais absolument pas révélatrice du film, Agathe Cléry parvenait avant même son exploitation à faire oublier au public les derniers efforts d'un Etienne Chatilliez quelque peu à la rue depuis l'abandon de sa scénariste fétiche Florence Quentin qui décida un bon jour que pondre des films dans l'air du temps ça va un temps, justement, rien ne valant la confection de navets en solo. Le navire Tanguy tanguait ainsi de tous bords tant les scénaristes oubliaient régulièrement ce qu'ils désiraient raconter, et dans la foulée La Confiance Règne vint précisément couler toute la confiance que l'on avait encore en l'auteur de Tatie Danièle pour nous offrir des films populaires à l'humour féroce.

Pour son retour, Chatilliez s'appuie donc sur des valeurs sûres, bien que peu imaginait les voir mixées ensemble. Car Agathe Cléry, c'est grosso modo Jacques Demy feat. Benetton (dont Chatilliez a réalisé des pubs d'ailleurs), soit une comédie musicale à l'ancienne (en fait non, à la Demy) dans laquelle une working girl raciste devient noire en chopant la rarissime maladie d'Addison (avec la maladie de Soustracson, tu disparais) pour se rendre compte après quelques pas de moon walk et des galipettes avec Anthony Kavanagh que le racisme bé c'est pas biengue.

Agathe Cléry

C'est certain, le cinéma français avait besoin d'un film proclamant haut et fort qu'il n'y a rien de diffamant à vivre avec un québécois, mais tout de même, on est en droit de se demander si Etienne Chatilliez n'est pas allé un peu loin là. J'veux dire, un québécois quand même… Humoriste en plus.
Mais telle Agathe, on se dit "Ho, épiderme !", et on passe sur la première demi-heure calamiteuse niveau développement, sur le casting tête à claque et un propos axé jusque dans la dernière bobine sur "le racisme c'est nul, le communautarisme c'est mieux" pour essayer de se concentrer sur l'originalité de l'œuvre, à savoir le choc des cultures chanté et chorégraphié. Hélas, sur ce point l'ambition n'était pas non plus à l'ordre du jour, la thématique du film ne nourrissant jamais l'aspect musical, et inversement, renforçant ainsi un cloisonnement culturel que l'auteur souhaitait paradoxalement faire sauter. Tout juste Chatilliez joue sur le fameux "rythme dans la peau" des noirs ; enfin, on subodore qu'il en joue, car les capacités chorégraphiques de Valérie Lemercier lorsqu'elle devient noire de peau ne sont pas clairement annoncé comme gag circonstancié. Pire : la rencontre (très tardive), le coup de foudre entre la blanche raciste et le black communautariste se fait sur fond de… tango. Alors qu'une habile composition mixant les cultures présentées (un gros mashup qui débourre par exemple) aurait donné une vraie raison d'être à ce projet de comédie musicale, qui reste donc très désuet dans sa forme (et c'est pas comme si on venait de se frapper du Mamma Mia!, du High School Musical 12, du Hairspray remaké, du Chansons d'Amour et du Sweeney Todd. Quelle belle période pour la comédie musicale…, dont les dernier grands fleurons du genre restent le film South Park, Hedwig and the Angry Inch et Happy Feet, ce qui a tout de suite plus de gueule).

Mou du genou et déconnecté du public, Agathe Cléry rejoint La Très Très Grande Entreprise et Musée Haut, Musée Bas dans le wagon des récentes comédies ratées signées par nos auteurs à succès des 80/90's. Peut-être est-ce là un signe des temps, car en face nos "faiseurs de genre" se multiplient et fournissent semaine après semaine de nouvelles briques à cet édifice mainte fois fantasmé d'un cinéma national diversifié, populaire et de qualité.

Affiche Pour Elle
S'imposant de toute évidence et sans contestation possible comme nouvelle pierre angulaire du cinéma de genre français, et du cinéma français tout court, Fred Cavayé nous livre avec Pour Elle une extraordinaire réussite qui ne demande qu'à valider une bonne fois pour toutes nos espérances en ce renouveau artistique.
Handicapé par une affiche marketée pour un certain public mais absolument pas révélatrice du film, Pour Elle en remonte pourtant largement aux derniers thrillers sortis sur nos écrans, et notamment au diptyque de gym oculaire de Richet. Le premier long-métrage de Cavayé met en scène un prof de français (Vincent Lindon, toujours carré lorsqu'il faut incarner l'homme de la rue) désespéré de voir sa femme (Diane Kruger, parfaite) croupir et se laisser mourir en prison pour le meurtre de sa patronne qu'elle n'a bien entendu pas commis. Il ne voit alors plus d'autre solution qu'échafauder un plan d'évasion pour fuir avec leur petit garçon dans un pays étranger.

La première qualité de Pour Elle, évidente à s'en cogner la tête contre un mur lorsqu'on voit certains la contester ou la moquer, est le remarquable travail d'écriture du duo Cavayé / Lemans. Partant d'un postulat simple et clair comme de l'eau de roche, ils n'auront de cesse de le re-activer, d'en re-dynamiter la dramaturgie en rappelant par le biais de situations plausibles, réalistes, crédibles, le statut de péquin moyen du personnage de Lindon embarqué dans une mécanique formidablement anxiogène, et cela donc, seulement à travers les actes du "héros", et non par les coutumières scènes de dialogues résumant la situation toutes les vingt minutes. De fait, on comprend qu'un public plutôt versé dans la palucherie satisfaite devant des polars faussement complexes mais véritablement stupides, cyniques et mal écrits façon Guy Ritchie s'en trouve troublé au point d'oublier les fondamentaux de l'écriture. Ce qui pourrait expliquer pourquoi Amélie Dubois des Inrockuptibles pense que "l’un des gros problèmes de Pour Elle est de se reposer sur une idée scénaristique bien mince (l’évasion organisée par le mari prof, a priori pas aussi calé que Mesrine en la matière)". Ça oui, faut vraiment ne pas avoir envie de dire du bien de ce thriller pour en venir à confondre "élément déclencheur" et "idée scénaristique". En cinquième ma prof de français m'enlevait quatre points pour ça ; dans la presse culturelle, ça coûte combien ? D'ailleurs, des "idées scénaristiques, Pour Elle en fourmille, comme le superbe dialogue à double sens entre Lindon et Olivier Marchal, comme la manière dont a le père de donner la veste de son fils pour lui faire comprendre qu'il connaît ses intentions, comme le subtil effet d'annonce du co-voiturage avec le site web, ou encore le guet-apens dans le bar (qui conditionnera la fragilité du personnage dans cet univers en rendant concret les avertissements de Marchal). Ça, ce sont des idées scénaristiques Amélie. Non "l'argument". Et si on devait déprécier les films sur la seule base de la simplicité de leur postulat de départ, on ne s'en sortirait pas, obligés que nous serions de reconsidérer les statuts de chef-d'œuvres comme Les Amants de la Nuit ou Rio Bravo, qui, niveau "pitch à la con, films béton" se posaient là. C'est même pour les juger dans leur ensemble qu'on voit les films, en fait. Et pour rappel un des métrages de l'année à avoir enchanté la presse proposait : "un mec glande à une terrasse et suit une fille". Etonnamment ici personne ne confondait les termes pour en dénigrer "la simpliste idée scénaristique". Mais qu'est-ce qu'on se marrerait moins sans l'objectivité contextuelle de nos critiques. Et on n'est pas prêt de reposer nos zygomatiques tant que l'on aura des géniales Elizabeth Quin, dont la moindre apparition de beur dans un film réalisé par un "non-beur" cultive la névrose paranoïaque et l'obsession d'une tolérance coupée du monde. Ce qui l'a amenée à déclarer dans l'émission Ça Balance A Paris que Pour Elle est un film raciste car tous les délinquants (deux, quoi) sont d'origines arabes… Décidément, ça a l'air contagieux cette maladie qui modifie la perception selon le genre du film observé, car la grosse vilaine de l'histoire, celle qui tue la patronne de Kruger et l'envoie en prison, ainsi que le vendeur de faux papiers, étaient "français" (raaah, en plus ces ersatz de critiques nous obligent à catégoriser ce qui n'a pas lieu de l'être pour démontrer leur infâme et dangereuse bêtise ! Que c'est énervant…). Allez Babeth, va voir Agathe Cléry, ça va passer, mais ne mate surtout pas Secret Défense, tu risques de nous refaire une apoplexie.

Pour Elle

Revenons à Pour Elle, dont la plus grande réussite du métrage est la façon magistrale avec laquelle ce postulat "simpliste" est agencé. Cavayé et Lemans nous plongent tout d'abord dans l'incompréhension, le choc que vit cette petite famille qui ne comprend évidemment rien à ce qui lui arrive. Et par une ellipse survenant assez rapidement, les scénaristes construisent un formidable sentiment de frustration chez le public qui ne sait toujours pas de quoi il en retourne réellement tandis que les personnages semblent déjà résignés, tout ayant été joué "en coulisses". C'est lorsque les auteurs nourriront cette ellipse par de subtils flash-back que l'on comprendra l'inéluctabilité de la situation, évacuant tout doute chez le spectateur sur la possibilité d'autres recours. La frustration est alors illico remplacée par un sentiment d'injustice créant un formidable moteur dramatique car imposant de facto la solution de l'évasion comme la seule probable, l'unique chance pour la famille de se retrouver, quitte à se sacrifier.
Tout le reste du projet n'étant qu'au service, et uniquement au service du récit, que ce soit le casting (le personnage du flic est monstrueux de charisme et de véracité) ou la mise en scène (pas un plan poseur, pas un plan amateur pour "faire comme dans" à la Lady Jane), Pour Elle respire l'envie de faire du bon cinoche de la part de ses auteurs. Porté par des acteurs fabuleux, ce premier long de Cavayé, bouleversant, prenant, stressant, humain, se doit de faire partie de vos priorités. Non seulement vous défendrez ainsi l'idée d'un cinéma français de qualité mais en plus pourrez montrer à nos journalistes qu'il serait peut-être temps de se mettre à la page.

Allez, je vous laisse avec le papier plein de condescendance de ce bon vieux Aurélien Ferenczi : combien d'allusions au sale cinéma américain allez-vous trouver dans cette "critique" d'un thriller français ?
4/10
Agathe Cléry
Réalisateur : Etienne Chatilliez
Scénario : Etienne Chatilliez & Laurent Chouchan
Production : Charles Gassot
Photo : Philippe Welt
Montage : Catherine Renault
Bande originale : Bruno Coulais & Matthew Herbert
Origine : France
Durée : 1h53
Sortie française : 3 décembre 2008












8/10
Pour Elle
Réalisateur : Fred Cavayé
Scénario : Fred Cavayé & Guillaume Lemans
Production : Marc Missonnier, Eric Jehelmann & Olivier Delbosc
Photo : Alain Duplantier
Montage : Benjamin Weill
Bande originale : Klaus Badelt
Origine : France
Durée : 1h36
Sortie française : 3 décembre 2008
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 1 Posté par Macfly le 08 décembre 2008 à 15:15 | website

nicco, que tu t'en prennes à Amélie et Aurélien, passe encore. Mais tu pourrais au moins faire un petit effort pour Babeth. Elle va t'en vouloir.
 2 Posté par Jehros le 08 décembre 2008 à 16:17 | website

"pour se rendre compte après quelques pas de moon walk et des galipettes avec Anthony Kavanagh que le racisme bé c'est pas biengue" 
 
Moi je l'ai plus entendu dire "c'est pas bien lol", question de perception peut-être. Sinon, pourquoi 4/10 pour cette comédie musicale même pas assumée (au bout du compte, plus rien après la première demi-heure, ou très peu) et dont tu ne fais aucun éloge ? (à raison, ceci dit). 
Et sinon,Moulin Rouge, non ? 
 
Pour Pour Elle, totalement d'accord. La séquence dans l'hôpital est un grand moment de cinéma.
 3 Posté par Jehros le 08 décembre 2008 à 16:22

Par contre à propos du gus de telerama, on a le droit de savoir ce qu'est une musique à l'américaine ? 
 
Sinon, "on volerait effectivement pour elle un oeuf, et donc un boeuf." 
Du grand art.
 4 Posté par Bayeur le 09 décembre 2008 à 14:11

"on a le droit de savoir ce qu'est une musique à l'américaine" 
 
Sûrement une musique composée par un allemand. 
 
ça rappelle un article de qui vous savez sur L'Ennemi Intime :  
 
"Qu’est-ce qu’un film français réalisé « à l’américaine » ?  
 
- La partition symphonique extradiégétique (musique que n’entendent pas les personnages mais qui exprime leurs sentiments) fut introduite à Hollywood par une vague d’immigrants austro-hongrois durant les années 30 (Erich Wolfgang Korngold, Franz Waxman, Max Steiner). Une partie conséquente de leurs techniques musicales était héritée de l’Opéra symphonique de la fin du XIXème siècle, symbolisé par des artistes tels que George Bizet, Camille Saint-Saens, Léo Delibes ou même Jacques Offenbach, avec toutefois un perfectionnement de l’orchestration qui penchait plus du coté d’un Claude Debussy." 
 
en gros, à l'américaine c'est quand y a du boulot et une raison d'être. Et ça en effet, Ferenczi doit pas connaître.
 5 Posté par Simidor le 09 décembre 2008 à 21:34

Surtout que la musique souligne un film qui est loin d'en faire des tonnes, que ce soit au niveau des acteurs ou de la narration. Ca me paraît logique de l'employer là ou elle est employée, plus logique que d'utiliser l'argument d'un psy, d'un confident ou autre chose. Si faire passer des idées ou de sentiments par les images ou par la musique, c'est faire du ciné à l'américaine, j'espère que le ciné français c'est autre chose que poser une caméra et balancer des tirades pendant cinq minutes ininterrompues. En tout cas ce film m'a bien lavé des immondices de "Musée haut, musée bas".
 6 Posté par Goldfrapp le 10 décembre 2008 à 16:55

Ce film fait du bien c' est claire! 
Ca devrait etre le minimum syndical quoi, juste raconter uen histoire de la meilleur facon possible. 
Par contre la musique est pas térrible et m'a fais croire à un whodonit de serie pendant une bonne partit du film.Entre ca et les passages "émotions", avec une musique assez discrete mais trop connoté "passage familiale". 
Surtout que visuellement le film évite se genre de lieus communs (il aurait dut prendre Desplat (icone du ninja caché)). 
Mais clairement ca décrasse! 
Le parfais compromis entre Audiard fils et Siri.
 7 Posté par the dude le 14 décembre 2008 à 14:29

je rêve ou j'ai la chance , que dis-je ? l'honneur !!!! d'être ami de notre cher nicco sur fessebook ! 
 
tu m'as repéré comment ? 
tu savais que c'était moi ? ( en parano là )
 8 Posté par nicco le 14 décembre 2008 à 14:41

spa moi, c'est fessbouc et son truc auto qui a tout pris dans ma boite mail.  
Si j'avais su que tu y étais, bien évidemment j'aurais mis fin à ce diabolique processus. :)
 9 Posté par the dude le 14 décembre 2008 à 14:43

bah ! au moins j'ai eu une bonne surprise qui m'a fait oublier ma gueule de bois pendant 10 sec .... après avoir nettoyé le degueulis entre ma chambre et mes chiottes.... 
 
pourquoi je raconte ça ?!
 10 Posté par Isokill le 14 décembre 2008 à 19:50

On ne sait pas mais vraisemblablement, ça te tenais à coeur (ou à l'estomac, c'est toi qui vois)

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