Agathe Cléry + Pour Elle

Old school musical

Affiche Agathe Cléry

A l'affiche aujourd'hui, les histoires de deux femmes qui foncent, dont les sorties simultanées en salles mercredi dernier illustrent peut-être l'amorce d'un passage de témoin.


Fort d'une bande-annonce bien marketée mais absolument pas révélatrice du film, Agathe Cléry parvenait avant même son exploitation à faire oublier au public les derniers efforts d'un Etienne Chatilliez quelque peu à la rue depuis l'abandon de sa scénariste fétiche Florence Quentin qui décida un bon jour que pondre des films dans l'air du temps ça va un temps, justement. Le navire Tanguy tanguait ainsi de tous bords tant les scénaristes oubliaient régulièrement ce qu'ils désiraient raconter, et dans la foulée La Confiance Règne vint précisément couler toute la confiance que l'on avait encore en l'auteur de Tatie Danièle pour nous offrir des films à l'humour féroce.

Pour son retour, Chatilliez s'appuie donc sur des valeurs sûres, bien que peu imaginait les voir mixées ensemble. Car Agathe Cléry, c'est grosso modo Jacques Demy feat. Benetton (dont Chatilliez a réalisé des pubs d'ailleurs), soit une comédie musicale à l'ancienne (en fait non, à la Demy) dans laquelle une working girl raciste devient noire en chopant la rarissime maladie d'Addison (avec la maladie de Soustracson, tu disparais) pour se rendre compte après quelques pas de moon walk et des galipettes avec Anthony Kavanagh que le racisme bé c'est pas biengue.

Agathe Cléry
 

C'est certain, le cinéma français avait besoin d'un film proclamant haut et fort qu'il n'y a rien de diffamant à vivre avec un québécois, mais tout de même, on est en droit de se demander si Etienne Chatilliez n'est pas allé un peu loin là. 
Mais telle Agathe, on se dit "Ho, épiderme !", et on passe sur la première demi-heure calamiteuse niveau développement, sur le casting tête à claque et un propos axé jusque dans la dernière bobine sur "le racisme c'est nul, le communautarisme c'est mieux" pour essayer de se concentrer sur l'originalité de l'œuvre, à savoir le choc des cultures chanté et chorégraphié. Hélas, sur ce point l'ambition n'était pas non plus à l'ordre du jour, la thématique du film ne nourrissant jamais l'aspect musical, et inversement, renforçant ainsi un cloisonnement culturel que l'auteur souhaitait paradoxalement faire sauter. Tout juste Chatilliez joue sur le fameux "rythme dans la peau" des noirs ; enfin, on subodore qu'il en joue, car les capacités chorégraphiques de Valérie Lemercier lorsqu'elle devient noire de peau ne sont pas clairement annoncé comme gag circonstancié. Pire : la rencontre (très tardive), le coup de foudre entre la blanche raciste et le black communautariste se fait sur fond de… tango. Alors qu'une habile composition mixant les cultures présentées (un gros mashup qui débourre par exemple) aurait donné une vraie raison d'être à ce projet de comédie musicale, qui reste donc très désuet dans sa forme (et c'est pas comme si on venait de se frapper du Mamma Mia!, du High School Musical 12, du Hairspray remaké, du Chansons d'Amour et du Sweeney Todd. Quelle belle période pour la comédie musicale…, dont les dernier grands fleurons du genre restent le film South Park, Hedwig and the Angry Inch et Happy Feet, ce qui a tout de suite plus de gueule).

Mou du genou et déconnecté, Agathe Cléry rejoint La Très Très Grande Entreprise et Musée Haut, Musée Bas dans le wagon des récentes comédies ratées signées par nos auteurs à succès des 80/90's. Peut-être est-ce là un signe des temps, car en face nos "faiseurs de genre" se multiplient et fournissent semaine après semaine de nouvelles briques à cet édifice mainte fois fantasmé d'un cinéma national diversifié, populaire et de qualité.

Affiche Pour Elle
S'imposant de toute évidence et sans contestation possible comme nouvelle pierre angulaire du cinéma de genre français, et du cinéma français tout court, Fred Cavayé nous livre avec Pour Elle une extraordinaire réussite qui ne demande qu'à valider une bonne fois pour toutes nos espérances en ce renouveau artistique.
Handicapé par une affiche marketée pour un certain public mais absolument pas révélatrice du film, Pour Elle en remonte pourtant largement aux derniers thrillers sortis sur nos écrans, et notamment au diptyque de gym oculaire de Richet. Le premier long-métrage de Cavayé met en scène un prof de français (Vincent Lindon, toujours carré lorsqu'il faut incarner l'homme de la rue) désespéré de voir sa femme (Diane Kruger, parfaite) croupir et se laisser mourir en prison pour le meurtre de sa patronne qu'elle n'a bien entendu pas commis. Il ne voit alors plus d'autre solution qu'échafauder un plan d'évasion pour fuir avec leur petit garçon dans un pays étranger.

La première qualité de Pour Elle, évidente à s'en cogner la tête contre un mur lorsqu'on voit certains la contester ou la moquer, est le remarquable travail d'écriture du duo Cavayé / Lemans. Partant d'un postulat simple et clair comme de l'eau de roche, ils n'auront de cesse de le re-activer, d'en re-dynamiter la dramaturgie en rappelant par le biais de situations plausibles, crédibles, le statut de péquin moyen du personnage de Lindon embarqué dans une mécanique formidablement anxiogène, et cela donc, seulement à travers les actes du "héros", et non par les coutumières scènes de dialogues résumant la situation toutes les vingt minutes. De fait, on comprend qu'un public plutôt versé dans la palucherie devant des polars faussement complexes mais véritablement stupides, cyniques et mal écrits façon Guy Ritchie s'en trouve troublé au point d'oublier les fondamentaux de l'écriture.

Ce qui pourrait expliquer pourquoi
pense que "l’un des gros problèmes de Pour Elle est de se reposer sur une idée scénaristique bien mince (l’évasion organisée par le mari prof, a priori pas aussi calé que Mesrine en la matière)". Oui, il faut vraiment ne pas avoir envie de dire du bien de ce thriller pour en venir à confondre "élément déclencheur" et "idée scénaristique". En cinquième ma professeur de français m'enlevait quatre points pour une telle confusion, dans la presse culturelle, ça coûte combien ?
D'ailleurs, des idées scénaristiques, Pour Elle en fourmille, comme le superbe dialogue à double sens entre Lindon et Olivier Marchal, ou la façon dont le père donne la veste à son fils afin de lui faire comprendre qu'il connaît ses intentions, le subtil effet d'annonce du co-voiturage avec le site web, ou encore le guet-apens dans le bar (qui conditionnera la fragilité du personnage dans cet univers en rendant concret les avertissements de Marchal). Ça, ce sont des idées scénaristiques, non "l'argument". Si l'on devait déprécier les films sur la seule base de la simplicité de leur postulat de départ, on ne s'en sortirait pas, obligés que nous serions de reconsidérer les statuts de chef-d'œuvres tels que Les Amants De La Nuit ou Rio Bravo, qui, niveau "pitch à la con, films béton" se posaient là. C'est même pour les juger dans leur ensemble qu'on voit les films, en fait.
Étonnamment, pour l'un des métrages de l'année ayant enchanté la presse, proposant "un mec glande à une terrasse et suit une fille", personne ne confondait les termes pour en dénigrer "la simpliste idée scénaristique". Que ferions-nous sans l'objectivité contextuelle de nos collègues ?

Nous ne sommes d'ailleurs pas prêts de reposer nos zygomatiques tant que nous aurons des Elizabeth Quin dont la moindre apparition de beur dans un film réalisé par un "non-beur" cultive la névrose paranoïaque et l'obsession d'une tolérance coupée du monde. Cela l'a amenée à déclarer dans l'émission Ça Balance A Paris que Pour Elle est un film raciste car tous les délinquants (deux, quoi) sont d'origines arabes… Elle a l'air contagieuse cette maladie qui modifie les perceptions selon le genre du film observé : il nous semblait que la méchante de l'histoire, celle qui tue la patronne de Kruger et l'envoie en prison, ainsi que le vendeur de faux papiers, étaient "blancs". Quin devrait aller voir Agathe Cléry, ce sera plus simple pour sa compréhension des choses du monde, mais surtout éviter Secret Défense, le risque d'apoplexie serait trop grand.

Pour Elle
 

Revenons à Pour Elle, dont la plus grande réussite du métrage est la façon magistrale avec laquelle ce postulat "simpliste" est agencé. Cavayé et Lemans nous plongent tout d'abord dans l'incompréhension, le choc que vit cette petite famille qui ne comprend évidemment rien à ce qui lui arrive. Et par une ellipse survenant assez rapidement, les scénaristes construisent un formidable sentiment de frustration chez le public qui ne sait toujours pas de quoi il en retourne réellement tandis que les personnages semblent déjà résignés, tout ayant été joué "en coulisses". C'est lorsque les auteurs nourriront cette ellipse par de subtils flash-back que l'on comprendra l'inéluctabilité de la situation, évacuant tout doute chez le spectateur sur la possibilité d'autres recours. La frustration est alors illico remplacée par un sentiment d'injustice créant un formidable moteur dramatique car imposant de facto la solution de l'évasion comme la seule probable, l'unique chance pour la famille de se retrouver, quitte à se sacrifier.
Tout le reste du projet n'étant qu'au service, et uniquement au service du récit, que ce soit le casting (le personnage du flic est monstrueux de charisme et de véracité) ou la mise en scène (pas un plan poseur, pas un plan amateur pour "faire comme" tel que vu dans Lady Jane), Pour Elle respire l'envie du bon cinoche. Porté par des acteurs fabuleux, ce premier long de Cavayé, bouleversant, prenant, stressant, humain, se doit de faire partie de vos priorités. Non seulement vous défendrez ainsi l'idée d'un cinéma français de qualité mais en plus pourrez montrer à nos journalistes qu'il serait peut-être temps de se mettre à la page.

Je vous laisse avec le papier plein de condescendance de ce bon Aurélien Ferenczi : combien d'allusions au sale cinéma américain allez-vous trouver dans cette critique d'un thriller français ?

4/10
AGATHE CLÉRY
Réalisateur : Etienne Chatilliez
Scénario : Etienne Chatilliez & Laurent Chouchan
Production : Charles Gassot
Photo : Philippe Welt
Montage : Catherine Renault
Bande originale : Bruno Coulais & Matthew Herbert
Origine : France
Durée : 1h53
Sortie française : 3 décembre 2008












8/10
POUR ELLE
Réalisateur : Fred Cavayé
Scénario : Fred Cavayé & Guillaume Lemans
Production : Marc Missonnier, Eric Jehelmann & Olivier Delbosc
Photo : Alain Duplantier
Montage : Benjamin Weill
Bande originale : Klaus Badelt
Origine : France
Durée : 1h36
Sortie française : 3 décembre 2008




   

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