Les Revenus (création originale)

Système moi non plus ?

Affiche Les Revenus

Voilà bientôt deux semaines que les acteurs de la fiction française font preuve d'une inventivité et d'une énergie détonantes. Les Revenus, création originale de Maraval +, enflamme la France et déchaîne les passions !


Il n'est pourtant pas aisé d'en saisir tous les tenants et aboutissants lorsqu'on est qu'un spectateur occasionnel des aventures extravagantes de la "grande famille", surnom donné par les fans à l'ensemble du cast. Si vous ne craignez pas l'accoutumance et désirez tout savoir sur Les Revenus, n'hésitez pas à parcourir ce guide épisode par épisode de la saison en cours de la grande série du cinéma français, entre Les Sopranos, Un, Dos, Tres et Scènes De Ménage.


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Y a-t-il plus grand calvaire que prendre un soap opera en cours de route ? Non. Le premier épisode de Les Revenus date du 25 octobre 1946 ("Création du Centre National du Cinéma et de l'image animée", saison 1, épisode 1), le background est touffu, complexe, traversé de personnages interchangeables, de thématiques  redondantes et de conflits jamais exploités correctement. Les meilleurs soaps étant ceux qui réussissent à rendre addictifs les téléspectateurs en quelques savant rappels, contentons-nous de ceux-là :  

Le CNC est un établissement public en charge du système de financement du cinéma (et de l'image animée), et le monde entier nous l'envie. Tout n'est pas rose dans ce système simple, sain et parfait que le-monde-entier nous envie mais ne parvient pas à reproduire. Rivalités, jalousies, passions, amours et trahisons : une grande famille, une grande histoire.  

Vie et mort du cinéma
 

 
De ces dernières saisons, on retiendra : 

- Le story arc du printemps 2008 des "Films du milieu" mené par Pascale Ferran (saison 62), laissé en friche suite à un consensus journalistique sur l'impossibilité a priori de définir exactement ce qu'est un film dit "du milieu" (alors que c'était toute l'ambition de la saison, bravo les scénaristes).  

- La saga Hadopi, ambitieux crossover de plusieurs saisons entre les franchises les plus célèbres de l'Hexagone qui aura permis de révéler tout le potentiel comique des personnages historiques du show. 

- L'affaire Azimi, qui s'est déroulée de la 61ème à la 64ème saison (en attendant une improbable suite), et voyait le réalisateur du Radeau De La Méduse porter plainte contre X pour faux et usage de faux suite à des irrégularités constatées au sein de commissions de lecture de l'avance sur recettes du CNC. Malgré le peu d'intérêt des téléspectateurs pour cette intrigue, une commission rogatoire fut confiée à la police judiciaire en juin 2010 (épisode 64x145).  

- La polémique Fanny Ardant de l'hiver 2010 (épisode 64x81) qui divertit durant quelques segments avant de s'essouffler rapidement, mais permit d'introduire de nouveaux personnages comme le producteur indépendant Antoine Rain ("Trop souvent les mêmes sont récompensés, parce qu'ils connaissent untel ou untel…") ou de donner une nouvelle dimension à des réguliers (Jean-Paul Salomé : "Tout se complique lorsqu'arrive un projet porté par un auteur de renom, dont le scénario se révèle nettement moins réussi que ses oeuvres précédentes. Il n'est pas facile de l'éliminer. Ces réalisateurs ont souvent de bons défenseurs dans les jurys, car ils connaissent beaucoup de monde, avec qui ils ont eu l'occasion de travailler sur les plateaux, en tant que comédiens, techniciens ou producteurs... Cela finit pas être un monde en vase clos.").

- Début 2011 naissait l'arche narrative à angoisse "Cinéma d'auteur en danger", énième resucée d'une recette éculée mais toujours efficace, cette fois constituée d'épisodes optimistes ("Le cinéma d’auteur français s’installe aux Etats-Unis", 65x240, "Le succès de L’Apollonide confirme la grande rentrée du cinéma d’auteur", 66x09), pour être finalement totalement résolue un an plus tard lors d'une 66ème saison d'anthologie.
Outre le sauvetage du cinéma d'auteur, l'année 2011 vit une fréquentation exceptionnelle des salles, une augmentation de l'audience des films français, des records au box-office en tout genre, des récompenses et reconnaissances critiques à l'international (The Skylab Prix du Jury à San Sebastian, Polisse Prix du Jury à Cannes, Intouchables Grand Prix à Tokyo, Le Chat Du Rabbin Prix Cristal à Annecy, The Artist pris partout). Les scénaristes, euphoriques, se permirent même de titrer le 4 janvier 2012 un épisode "Le cinéma français plus fort que le cinéma américain" !  

Prend ça le ciné US !
Le ciné US vacille



Mais conscients que sans infortune un soap lasse vite, les auteurs se remettent au travail dès la seconde moitié de la saison. Le 14 janvier 2012, l'épisode "Des cinéastes écrivent à François Hollande" lance le run "Crisis on infinite deaths" :  

"A l’évidence, le vaste mouvement numérique, dont nous sommes les témoins autant que les acteurs, est à la culture ce que la mondialisation est à l’industrie. En témoignent la fragilisation des régulations mises en place au cours des précédentes décennies, le risque d’uniformisation des œuvres, l’encouragement à la délocalisation dans des pays au moins-disant fiscal et culturel, la paupérisation des créateurs…"  

"Fragilisation", "uniformisation", "paupérisation", le tout après l'année la plus riche du cinéma français depuis trente ans. Qu'on applaudisse le showrunner !  

Le lendemain, l'épisode "Y-a-t-il trop de films en salles ? Frederic Sojcher donne les clés du débat" confirme le nouvel axe du show. Entériné par l'épisode culte du 25 janvier 2012 : "Le jour le plus sombre du cinéma français".
Suite à ce cri du cœur de Jean-Michel Frodon, personnage historique, suivront le 19 février "Cinéma français, la crise de foi", le 26 février "Le cinéma français va-t-il si bien ?" (des mêmes auteurs que le diptyque estival sur la bonne santé du cinéma d'auteur français), le 27 février "Médiocrité de la musique, médiocrité du cinéma", le 6 mars "Google et le Qatar menacent l'avenir du cinéma français" (épisode larmoyant écrit par Bertrand Méheut, président de Canal +, dont on retrouve des extraits ici).
Véritable grand-huit  émotionnel, cette saison enquille les moments d'allégresse et les instants de panique : le 14 mars, "Intouchables, The Artist : les beaux jours du cinéma français à l’étranger ?" par Antoine de Clermont-Tonnerre, président d'UniFrance, était suivi le 17 mars par : "Le cinéma français menacé par Bruxelles... et les délocalisations".
Le 24 mars, l'épisode "Une politique culturelle pour vider les salles de cinéma" soulignait le "manque d'éducation à l’image d’un public incapable de juger de la qualité des films et dont le degré de connaissance ne cesse de décliner", auquel répond le chapitre du 4 avril "Le public devient lui-même expert" (Laurent Jullier, professeur d'études cinématographiques à l'université de Nancy, et Jean-Marc Leveratto, professeur de sociologie de la culture à l'université de Metz).
"Le cinéma français sort de son cocon", épisode-bonus du même jour, se verra modéré par celui du 31 mai "Festival de Cannes 2012 : mauvais temps pour le cinéma français ?". Entre les deux, "Le triomphe du cinéma français n'en est pas un", "Le cinéma français en pleine forme pour l'ouverture du Festival de Cannes", "Le cinéma est mort, vive le cinéma !" et "La France domine le cinéma européen" rappelaient pourquoi les scénaristes nommèrent cette saga "Crisis on infinite deaths".  

"On a parfois été prompt à fustiger la politique des télés vis-à-vis du cinéma, explique le producteur Denis Freyd, mais on a désormais affaire à des équipes passionnées, qui ont envie d'innovation et d'aventures de mise en scène."
"Le cinéma français sort de son cocon", 4 avril 2012  

Ayrault Vs. Depardieu
Ayrault Vs. Depardieu

 

AMOUR, PASSION ET CX DIÉSEL
La saison 66 achevée sur un cliffhanger retors (personne ne sait comment se porte le cinéma français ni ce qu'il va devenir), les auteurs avaient tous les outils en main pour nous offrir une 67ème amenée à rester dans les annales.
Elle s'ouvre gentiment le 6 septembre avec "Budget du CNC: accord en vue avec Bruxelles pour faire rentrer Free dans le rang". Le lendemain, l'intrigue couve : "Si notre nouvelle ministre de la Culture ne sait pas quoi faire du cinéma français, qu'elle lise cette double page !" avec Joann Sfar en guest. Dix jours après, Jean-Paul Salomé et Régine Hatchondo (UniFrance) réagissent avec "Si on suit la logique de Joann Sfar, on ne verra plus de films comme La Guerre Est Déclarée". Trois semaines plus tard, Jean-Marc Lalanne donne signe de vie dans "Joann Sfar et le cinéma français, avis héroïque ?". On sent que la saison, tel un diésel, se chauffe lentement.  

Elle se lance véritablement le 3 octobre 2012 via le double épisode "La Cour des comptes estime que le CNC a trop d'argent" + "Que fait le CNC de tout son argent ?". Le 4 octobre, on apprend que "Le CNC a échappé à la tutelle de l'Etat". Le 5, les téléspectateurs découvrent "Enfin, le rapport de la Cour des comptes sur le CNC" . Le 12, "La Cour des comptes remet en question le modèle de gestion du CNC". Le 15, "Le cinéma et la télévision appellent Ayrault à la rescousse".
Etonnamment, c'est à cet instant que l'intrigue se tasse. Rien de significatif à relever dans le show, si ce n'est cet épisode crossover "Précarisation, budgets en berne… : l’angoisse du monde de la culture" et "Le cinéma français s'alarme des projets de Bruxelles sur les aides au tournage", tous deux destinés à maintenir l'audience sous pression.
"Le colloque "Les nouveaux enjeux du cinéma français" en direct sur Twitter" est diffusé le 10 décembre dans l'indifférence générale. Le 14 on croit même que l'arc "Crisis on infinite deaths" est abandonné suite à l'épisode "Comment le cinéma français peut conquérir le monde". Le "Cinéma : appel à la grève le 20 décembre" du lendemain conclue sans conviction une première moitié de saison bien décevante en regard des nombreux subplots développés tout au long de 2012.

Parallèlement, un spin-off sans grand intérêt et paresseusement écrit passionne téléspectateurs et médias : "L’affaire Depardieu". Les fans de la première heure, eux, semblent résignés.  

La grande famille
 

   

LE MARAVALGATE
C'est à cet instant que les auteurs dégainent le désormais cultissime épisode coup de poing du 28 décembre 2012 "Les acteurs français sont trop payés !" mettant en vedette Vincent Maraval et reliant "L’affaire Depardieu" à l'intrigue générale avec un certain sens de l'épique. Point de départ du run "Maravalgate", "Les acteurs français sont trop payés !" est vite relayé par une promo au taquet et de nombreux webisodes prévisibles d'une qualité relative.
Dès le lendemain, le projet se met en place : plusieurs épisodes par jour sur différents supports. On est dans le transmedia. On est dans le futur.

Le 29 décembre donc, dans "Réponse de Sam Karmann à l’article de Vincent Maraval sur les salaires des acteurs français", Sam Karmann indique qu'il est d'accord mais tenait à le faire savoir.
Dans le même temps, Jean-Michel Frodon, survivant du "Jour le plus sombre du cinéma français", réplique avec "De la fortune des vedettes en particulier et des perversions d’un bon système en général". Contre toute attente, il y formule la problématique qui devait faire office de MacGuffin pour les personnages du show tout au long du story arc : "Il s’agit d’un système fondé sur la péréquation, sur l’échange de bons procédés. […] Système efficace à condition de maintenir d’une main de fer l’équilibre entre les bénéfices culturels et les bénéfices financiers".

Or pour mesurer l'efficacité du ce système que le-monde-entier nous envie, il faut donc savoir en mesurer les bénéfices financiers (cela devrait être simple, la saison précédente a démontré que non), et, beaucoup plus compliqué, mesurer les bénéfices culturels. Mais qui mesure ces bénéfices culturels ? Et comment ?
La voilà la grande question à laquelle nos héros vont devoir répondre.
Hélas, ils vont préférer souligner dans cet épisode le passage sur la surproduction de films, celle-là même qu'ils moquaient dans la sous-intrigue consacrée à Joann Sfar. Toujours ces soucis d'incohérence scénaristique propres aux soaps…


DIMANCHE 30 DÉCEMBRE
La Ministre de la Culture Aurélie Filippetti réagit dans "Ne pas jeter "aux orties" le cinéma". Les téléspectateurs, hagards, regardent les épisodes précédents pour voir qui a proposé de jeter le cinéma aux orties.
Un peu plus tard, Serge Toubiana, directeur général de la Cinémathèque française, emmène l'audience sur la question du qualitatif ("Après lecture du texte de Vincent Maraval dans Le Monde") : "Les seuls exemples donnés dans son texte sont les "grosses machines", Astérix, Pamela Rose, Stars 80, Le Marsupilami, Populaire ou La Vérité Si Je Mens ! 3, qui font souvent plouf à l’étranger. Heureusement, le cinéma français ne se résume pas à ces films trop chers et, selon Maraval, déficitaires. Heureusement, il y a Holy Motors, Après Mai, Camille Redouble ou Vous N’Avez Encore Rien Vu, parmi beaucoup d’autres films français, qui ne tombent pas sous le jugement prononcé par Maraval, et qui sont des œuvres qui resteront."
Les téléspectateurs qui se souviennent des films qui auraient dû rester selon Les Cahiers Du Cinéma version Toubiana à l'issue de la saison 43 (1988 / 89) restent circonspects (Peaux De Vaches, La Bande Des Quatre, The Accidental Tourist, La Petite Vera, Yaaba, Les Cannibales…). Est-ce ainsi que l'on mesure les "bénéfices culturels", en les oubliant vingt ans après ?

Toujours le 30 décembre, Vincent Maraval déclare sur Facebook (supprimé depuis) qu'il regrette le titre donné à sa tribune et qu'il n'est pas de lui. Il voulait simplement pointer les travers d'un système à l'origine vertueux. "Cinéma français : la flambée des prises" le soir-même met en vedette Carole Scotta et Caroline Benjo, productrices chez Haut et Court : "Le mérite de ce texte est d’avoir permis de dire tout haut ce que l’on sait, mais que l’on tait parce que structurellement nous participons tous à des degrés divers à ce système, Wild Bunch comme les autres."
"Ce que l'affaire Depardieu nous a appris sur les absurdités du financement du cinéma français" avec Olivier Babeau de Paris 8 nous en apprend sur l'absurdité du libéralisme.

Holy Motors
 



LUNDI 31 DÉCEMBRE
Florence Gastaud, déléguée générale de la Société civile des auteurs, réalisateurs et producteurs exprime dans "Maraval Gate par F. Gastaud" : "Dans tous les cas, je ne comprends pas les critiques contre un texte qui dit simplement : "notre système est le meilleur, préservons-le de quelques abus néfastes à tous"."
"Au Parlement français, nombreux sont les députés qui veulent la peau du cinéma, par manque de connaissance de sa fabrication, par idées préconçues, et peut-être parce qu’ils ne mesurent plus la place si singulière du cinéma dans nos sociétés."

"Les acteurs français sont trop payés ? C'est un peu plus compliqué que ça..." d'Aurélien Ferenczi remet le couvert sur les films inutiles : "Quels films garder si l’on limite quantitativement la production ? Curieux, dès que l’on parle de cinéma - a fortiori si c’est un critique qui prend la parole (Jean-Michel Frodon a dirigé Les Cahiers du cinéma, ndr) - comme le jugement esthétique reprend le dessus…"


MARDI 1er JANVIER 2013
Dans "Avis de tempête sur le cinéma français", la productrice Marie Masmonteil est la première à expliquer le coup de sang du cofondateur de Wild Bunch sous l'angle personnel : "Maraval est furieux parce qu'il a perdu beaucoup d'argent".
Yann Le Quellec, directeur général de la Sofica Cinémage ajoute quant à lui : "Faire des films moins chers où tout le monde soit payé raisonnablement en amont, et intéressé aux profits futurs, peut-être dans l'intérêt de tout le monde, mais dans le système tel qu'il fonctionne, c'est impossible.
Dans les grosses productions où les stars sont hyperpayées, où les producteurs, s'ils savent surfinancer le film, en profitent largement (en s'octroyant 12 % du budget en salaire producteur et frais généraux), personne ne gagne sur les profits du film parce qu'il n'y a pas de profit. Et tout le monde le sait dès le départ. C'est donc normal que les acteurs veuillent être payés avant. Pour qu'ils aient intérêt à être payés après, il faut imposer une transparence sur les recettes et sur leur répartition.
"

Avec "Films inutiles, acteurs surpayés et paresseux : déballage de Noël dans le cinéma" sur @SI, "un critique ciné, sous couvert d'anonymat, pousse un véritable coup de gueule : "Les journalistes critiques ciné ne font plus leur boulot. Ils font seulement des interviews d'acteurs et de réalisateurs, ils ne voient même pas le film. Pour Le Hobbit, personne n'a vu le film avant d'en faire la critique. Les journalistes sont à la botte des distributeurs."

Sofica
 


MERCREDI 2 JANVIER
Dans l'épisode comédie musicale "Vive l'exception culturelle ! ", Jérôme Clément, ancien président du CNC, chantonne : "Est-ce de l'argent public ? Non. Est-ce rentable ? Oui : les multiples diffusions de ces mêmes films permettent aux régies publicitaires d'engranger de sérieuses rentrées financières."
Quelques couplets après, il précise : "Non, il n'y a pas de scandale, ni d'omerta, il y a juste la fierté d'appartenir à un système, certes perfectible, mais qui a permis à notre cinématographie de ne pas connaître le sort funeste des cinémas espagnol ou italien pour n'évoquer que ceux-là. Oui, que vive l'exception culturelle."

Il n'y a pas d'omerta, mais des critiques cinéma témoignent anonymement.
Il n'y a pas d'omerta, toutefois on ne sait toujours pas qui mesure les "bénéfices culturels". Et Emmanuel Berretta dans "Le cinéma français en pleine crise de nerfs" veut savoir, lui, "Qui imposera la transparence des comptes ? Le ministère de la Culture ? Le CNC ? Les chaînes de télévision qui préachètent ?" La Cour des Comptes a essayé, mais tout le monde a déjà oublié.

Pas de question par contre dans "Cinéma français, l’oligarchie des médiocres", mais des punchlines : "À de rares exceptions près (parmi lesquelles Gaspar Noé, Abdellatif Kechiche, HPG ou Kervern & Delépine), les découvreurs de talents et les (ré)inventeurs de formes peinent à émerger du magma imbécile qui gangrène nos salles obscures. La faute à un système de subventions par trop sclérosé qui broie les jeunes réalisateurs et les contraint à faire de drastiques concessions scénaristiques et formelles, afin de décrocher le moteur essentiel à toute production cinématographique : l’argent."

Preuve ultime que Les Revenus se fond dans le transmédia interactif, les téléspectateurs peuvent réagir à ce sondage d'un inintérêt absolu.


JEUDI 3 JANVIER
Eric Garandeau, le président du CNC, a enfin son centric episode, "L'invité de 7H50" : "Précisément l'argent public en France vise à corriger les effets néfastes d'une concurrence et d'un marché un peu trop sauvage. Ce qui fait que certaines budgets sont trop élevés ce n'est pas la régulation, qu'elle soit fiscale ou budgétaire, c'est au contraire le manque de régulation sur ces films.
[…]
L'ensemble des ressources du CNC (700 millions d'Euros) provient des acteurs du marché. On prélève sur le secteur cinématographique (TSA) et on redistribue sur le secteur. Alors c'est de l'argent… public, c'est la part du CNC, ce qui n'est pas le cas des chaines de télévision (sauf les chaines publiques). C'est de l'argent publique mais ce n'est pas l'argent du contribuable dans le sens où il est prélevé sur la distribution et redistribué dans la production. Et sur les gros films, les comédies qui font beaucoup d'entrées, nous prélevons des taxes, à peu près 10,7% du billet d'entrée dans les salles de cinéma, et nous redistribuons cet argent des gros films vers les films d'auteurs, vers les films de la diversité, où on n'a pas ces phénomènes de surenchère des cachets."
C'est de l'argent public mais ce n'est pas l'argent du contribuable. Malin.

"Les acteurs français sont-ils trop bien payés ?" précise : "Ces aides viennent d’abord du CNC qui confirme participer financièrement à hauteur de 7,7% à la chaîne de production du film. Il y a aussi les avances et les pré-achats versés par les chaînes de télévisions privées - ou publiques - (32,5%). "Leur apport peut représenter jusqu'à 40 % du budget d'un film".
A ces soutiens des chaînes TV qui veulent mettre toutes les chances de leur côté en misant sur des têtes d’affiche, s’ajoutent les aides de la Sofica (Société pour le financement du cinéma et de l’audiovisuel) de 3%, et les aides des régions (1,7%). Enfin, les productions étrangères participent également au financement des films français à hauteur de 42,5%, selon le CNC.
"

Le Figaro consacre une soirée spéciale au show, et tout s'accélère : "Cinéma français : le grand déballage", "Cinéma : un système de financement très encadré",  "Les acteurs français prennent aussi leur part de risque" et enfin "Cinéma français : une omerta française" qui conclue : "Le patron du CNC, Eric Garandeau, reconnaît d'ailleurs la nécessité d'un "assainissement" du système. Mais en refusant le débat, certains donnent l’image d’un lobby plus soucieux de préserver sa rente que de donner à notre cinéma les moyens de rayonner dans le monde."

Dans "Trop de gens interviennent sur le scénario d'un film" Pascal Thomas livre une autre facette du système que le-monde-entier nous envie : "Il faut l'accord de 300 ou 400 personnes avant de pouvoir donner le premier coup de manivelle. Moi, je réclame le droit de pouvoir changer de direction en cours de route. Le problème des multiples commissions et financements des films, c'est que tout ce qui gratte dans une histoire est lissé, policé."

Au milieu de ce fatras, le New Yorker pose la démonstration du savoir-faire US en matière de série en produisant l'épisode de loin le plus intéressant du Maravalgate, "The future of french cinema" :
"It’s the art-film industry - or, all too often, some soft-centered version of art films - that sustains the image of French films around the world, often less by way of inventive artistry than by a culturally-toned range of subject that substitutes genteel intellectualism and superficial politics for cinematic audacity."


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VENDREDI 4 JANVIER
Nous sommes une semaine après la déflagration du Maravalgate et toujours personne ne s'étonne que Marilou Berry soit considérée comme une star.

Libération consacre un numéro spécial à la saga et promet d'apporter sa pierre à l'édifice avec l'instauration d'un "débat public". To be continued.
Pour patienter, le quotidien livre "L’affaire Maraval agite encore le milieu" et "Star-system : ça tourne avide". On y croise Michèle Alberstadt, productrice chez ARP : "Maraval a eu du courage. Bien sûr que les cachets des comédiens sont trop élevés, mais il ne faut pas oublier que chaque film est un prototype et qu’il n’existe pas une seule vérité. Nous nous sommes tous, à un moment ou un autre, emballés sur un projet au risque de dépasser les limites. Il y a aussi les coulisses de ce milieu, soumises à des conventions particulières." 
Signalons que de nouveau des personnes y témoignent anonymement, mais "il n'y a pas d'omerta" a dit Jérôme Clément.
Pascal Rogard, lui, en profite pour en rajouter une couche sur la théorie du "règlement de compte perso".

Pas de débat public pour Christine Gozlan, productrice (Si C'Était Lui…, Fauteuils D'Orchestre) qui alerte via "Le cinéma français est-il devenu masochiste ?" : "Le coup de sang de Vincent Maraval présente certains dangers. Le premier est de jeter le discrédit sur un système français vertueux, un des derniers bastions culturels européens qui grâce à des moyens complexes, certes perfectibles, mais en aucun cas fossoyeurs de la dette publique (fond de soutien, obligations règlementaires, crédit d'impôt, Sofica...) permet l'expression de grands talents et d'un divertissement souvent de qualité."

Dans "Non, Vincent Maraval, je ne suis ni un parvenu ni un assisté du cinéma", Philippe Lioret, réalisateur (L'Équipier, Welcome) trouve enfin bizarre que Marilou Berry gagne trois fois plus que Joaquin Phoenix. Sinon tous ses films sauf un ont été rentables, donc c'est pas lui.

Revenons vers le transmédia un instant : "Polémique sur le salaire des acteurs : entretien avec Gilles Podesta, créateur d'un groupe de réflexion sur Facebook". "La particularité de notre métier, c’est que c’est un art, et en même temps, une industrie." C'est pas faux.

Au même instant, Thomas Langmann déclare : "Pas d'argent public dans les films français". C'est pour cela que les affaires restent privées ? "Je me suis indigné à l'époque de The Artist du fait que le système d'avance sur recette du CNC, symbole de l'exception culturelle française, soit devenu un comité de copinage. Formé de trois collèges, les choix de l'avance sur recettes restent entièrement à la discrétion de ces commissions."

Michel Hazanavicius



"La France subventionne le cinéma … européen". Cette surenchère est de Manuel Alduy, geek, père, mari, et directeur cinéma chez Canal +, qui n'oublie pas que s'ourdit un vil stratagème au Mordo… à Bruxelles : "Notre système d’exception culturelle permet ainsi à une grosse cinquantaine de films européens non français de se financer chaque année. C’est un rappel pour celles et ceux qui à Bruxelles s’interrogent sur le caractère prétendument trop cocardier de notre système."
Trop cocardiers, nous ? Genre on répète quinze fois par jour que le-monde-entier envie notre système, tsss…

L'épisode épique de la journée se nomme "Polémique Maraval : quel est le juste prix de l’exception culturelle ?" et met en scène Alain Kruger, producteur (Le Cercle, L'Amour Dure Trois Ans), Marc Weitzmann, romancier, et Gérard Mordillat, réalisateur (Billy Ze Kick, Fucking Fernand) et ancien président de la SRF (Société des Réalisateurs de Films).

Leçon d'enfumage numéro 1, par Alain Kruger : "Il faut parler de Cinémah au lieu de mal parler d'argent… Chaque film est un prototype… On a un système que le-mooooonde-entier nous envie ! Qui s'appelle, heu, le système de financement du cinéma, qui est contrôlé par le centre du cinéma, et qui est un système incroyable. On parle à tort de subventions, mais ce sont des aides qui reviennent. A un moment donné peut-être chacun y trouve son compte. Ce que je trouve très beau, c'est que le cinéma c'est une vision du monde, le cinéma c'est un regard sur le monde, que ça ne marche jamais aussi bien que dans les périodes de crise, qu'on en a besoin, c'est un élément vital."
Caroline Broué : "Mais personne ne dit le contraire." Hashtag cassage de délire.

Leçon d'enfumage numéro 2 par Gérard Mordillat : "C'est certain que l'industrie américaine essaie depuis longtemps de ruiner le système français. La France est le dernier pays à avoir une importante industrie cinématographique."

Bruxelles, les USA, le Qatar, Google… Le-monde-entier envie notre système qui s'appelle "heu-le-système-de-financement-du-cinéma" mais le-monde-entier veut le casser.
Sinon, il faudrait définitivement faire un auto-tune d'Alain Kruger. Ça aussi on nous l'enviera.

Avant le week-end, Aurélien Ferenczi et Rafik Djoumi essaient de se mettre d'accord si oui ou non la TSA (Taxe sur les entrées en Salles, et le A personne n'a jamais su) est de l'argent public ou pas. Ça se passe sur le plateau de @SI dans l'épisode titré "Dany Boon est payé au prix du marché". A leur décharge ils n'avaient pas l'astuce de Garandeau : c'est public, mais ça ne vient pas du contribuable. Malin.

Ticket



SAMEDI 5 JANVIER
Coup de théâtre ! "Dany Boon dit sa vérité sur son salaire" ! Coup de théâtre ! On s'en fout !

Surtout que parallèlement, Marc Missonnier, producteur et président de l'APC (Association des Producteurs de Cinéma) a l'idée du siècle : "Payons les acteurs en fonction du budget".
On sent une certaine fatigue oui.

Après avoir revu l'épisode de Maraval, la Ministre Filippetti comprend que personne ne veut jeter le cinéma aux orties (à part Bruxelles, les américains, le Qatar, Google) et consent enfin à répondre aux questions : "Les gros salaires dans le cinéma, ça se règle par la fiscalité".
"On pourrait espérer plus de diversité sur les chaînes privées. Je constate que les chaînes publiques ainsi que Canal+ sont, elles, plus audacieuses dans le financement de films d'auteurs."

"Salaire des acteurs : la polémique en cinq questions" propose de faire le point.


DIMANCHE 6 JANVIER
"Vincent Maraval est un punk, il s’exprime avec l’élégance d’un punk... mais il parle de problèmes réels. Ce débat est sain, il fallait sans doute créer un choc pour que l’on s’y intéresse."
Ces paroles sont de Michel Hazanavicius ("Il faut assainir un système très opaque"). Il continue : "Le système est très opaque, il faut l’assainir. Notamment réussir à faire des films moins chers. Mais ce n’est pas un problème nouveau : j’ai récemment vu une interview d’Yves Montand tournant César Et Rosalie qui se plaignait aussi du manque de transparence sur les bénéfices !"
Et de conclure : "Si vous n’allez pas au cinéma, si vous n’êtes pas abonné à Canal+, vous ne financez pas le cinéma."

Ce que confirme un "Spécialiste de l’économie du cinéma, professeur à l’université Paris III Sorbonne nouvelle, directeur de l’Institut de recherche sur le cinéma et l’audiovisuel (IRCAV). Laurent Creton remarque qu’on ne peut définir le secteur du 7e  art comme une économie subventionnée par l’argent public, puisqu’elle repose sur des taxes spéciales, payées par le spectateur (non le contribuable) ou reposant sur des accords interbranches (pour les chaînes de télévision, les éditeurs de vidéo ou les diffuseurs de contenus…)." A découvrir dans "Le cinéma français joue cartes sur table".

Enfin, avec "TF1 veut rester numéro un", les fans retrouvent un vieux personnage passé de mode bloqué sur le même refrain depuis dix ans, Nonce Paolini : "Aujourd'hui, le cinéma français, qui s'est banalisé du fait de sa multidiffusion et du piratage, est devenu lourdement déficitaire pour les chaînes en clair. Il est temps que les professionnels acceptent de repenser un système de financement aussi dépassé que coûteux."

Michel fait du cinéma
 



LUNDI 7 JANVIER
Reprise en douceur avec "Exclusif : les tops et les flops du cinéma français en 2012" destiné majoritairement aux amoureux des chiffres : budgets et entrées des principaux films français y sont enfin accessibles.


MARDI 8 JANVIER
"Je suis en train d'essayer de dégager de ce pays" déclare Mathieu Kassovitz, lui qui voulait faire des choses à l'anus du cinéma de ce pays l'an dernier. Avec ses mots, le réalisateur exprime ce que n'osait formuler la Ministre, à savoir que le cinéma français est conçu pour des financiers de la télévision, non pour des téléspectateurs : "Je suis acteur, je demande tant, je ne vais pas refuser ce qu'on me donne. Les raisons pour lesquelles on me le donne, ce qui est étrange, ne sont pas forcément liées à ma capacité à faire entrer des gens dans la salle, mais plus à ma capacité à amener des financiers, dont les chaînes de télé."
Cette fois Kasso sera plus soft et se contentera d'un petit revers sur une fesse du cinéma français : "Quand le gouvernement aide un certain cinéma, il l'enferme dans une certaine catégorie." Et de relancer le main plot de "Qui mesure les bénéfices culturels ?!"

Question à laquelle Frédéric Taddéï avec sa minute interactive tout en finesse ne participe pas réellement : "Le cinéma français est-il nul ?"

Et alors qu'on s'était quitté dimanche soir serein et assuré qu'il n'y avait pas d'argent public dans le cinéma français, voilà que Brice Couturier met le dawa avec "Un cinéma sous subventions", reprenant l'enquête de Jamal Henni pour BFM : "La présentation qui est parfois faite du système français comme étant le seul en Europe à être parvenu à sauver un cinéma national doit être nuancé, du moins si on se réfère aux parts des recettes en salles, puisqu’en Italie, les films nationaux ont réalisé 29,3 % des entrées - près de 30 % en Italie, contre environ 40 % selon le CNC pour les films français en France. Selon le même rapport, cité par le même journaliste, Jamal Henni, les aides et subventions publiques dont bénéficie le cinéma français toutes confondues – s’élèveraient à 750 millions d’euros – si l’on y inclut les niches fiscales dont bénéficient les SOFICA, le taux de TVA réduit, les aides financières des régions, etc.
Pour bien des producteurs, les résultats en salles sont pratiquement sans incidences : il y a quantité d’autres moyens de se rentabiliser que l’approbation du public. Mais à force de se déconnecter de la sanction finale du consommateur, on crée une économie artificielle, dans laquelle, comme l’écrivait Olivier Bomsel, « les pertes sont mutualisées, les bénéfices, eux, sont privés. Le même spécialiste (il est professeur d’économie industrielle à Mines Paris Tech et l’un de nos meilleurs spécialistes de l’économie numérique, dit dans une récente interview à Libération : "On a quitté une logique de rentabilisation d’un film pour un régime de captation des aides publiques".
Tout cela n’est pas sain. Sans renoncer à encourager la production nationale, comme nous le faisons depuis la Libération, il faut imaginer des modes de financement du cinéma différents. La Tribune de Vincent Maraval dans le Monde, dénonçant les salaires astronomiques des acteurs, a utilement mis le feu aux poudres.
"

Le feu à la forêt même, si l'en croit l'autre épisode du jour "Le pavé qui cache la forêt" qui met en vedette le critique Jean-Baptiste Thoret : "Le problème c'est l'image des films français qui marchent est catastrophique. Les grosses comédies qui fonctionnent, c'est ça qui tient sous perfusion une grande partie du cinéma français. On en sortira jamais. Le vrai problème, c'est toujours la même chose : à savoir la question du scénario, qui reviendra sans doute. En bout de course le vrai problème, c'est la qualité des films. On sent bien que ce qui est visé, c'est l'impensé, qui n'aboutira à rien puisque les assises qui ont commencé mais qui ont déjà fini ne peuvent pas attaquer. Le tabou absolu c'est ça. La qualité des films se terminant toujours sur un renvoie de subjectivité."

Pour faire simple on n'aura jamais notre réponse à la question "Qui mesure les bénéfices bénéfices culturels ?"

Femis



Dans "L'invité des matins" Michel Hazanavicius demande aux spectateurs qui n'ont rien compris depuis dix jours de faire un effort : "Je ne suis un peu énervé d'avoir à répondre à des chroniqueurs qui prennent le truc par le petit bout de la lorgnette, le problème des salaires des stars est un épiphénomène. Il est spectaculaire, il fait la Une des journaux, mais ce n'est pas le sujet qui nous intéresse aujourd'hui. Le sujet est : Comment faire entrer de manière harmonieuse le mode de diffusion numérique dans la chaîne vertueuse de financement des films."

Le saviez-tu ? Le cinéma français a son Tom Bombadil. Les fans l'ont découvert dans "L'invité de 18h35, mardi 8 janvier, Bertrand de Labbey patron d'Artmedia - la crise du cinéma Français" et s'appelle Bertrand de Labbey. Il est le patron d'Artmedia, une agence artistique, et il a un gros pipeau dans lequel il souffle et la vie devient superbe. Ecoute, écoute, et ouvre la fenêtre pour laisser entrer les oiseaux : "Les artistes sont des gens qui nous font rêver, qui nous rendent la vie possible. Un jour ou l'autre, tout le monde va à l'hôpital, vous êtes atteint dans votre intégrité physique, moralement vous êtes mal, vous attendez des analyses, des résultats qui peuvent avoir beaucoup de conséquences pour vous, et la seule issue est d'ouvrir la télévision est de tomber sur Le Dîner De Cons ou Intouchables, où l'un des gens merveilleux comme Villeret, comme Omar Sy, comme Djamel Debbouze, vous font oublier absolument tout ce qui vous atteint. Donc je trouve qu'on n'a pas à chiffrer, à quantifier les rémunérations."
"Pourquoi a-t-il envie de stigmatiser les artistes alors que c'est plus le système sur lequel on devrait se poser des questions ?"
"Les chaînes de télévision, quand le film va passer deux ans après, ce qu'elles veulent c'est pouvoir annoncer des noms. Le nombre de films qui ont fait une contre-performance en salles et qui ont bien marché à la télévision sont légion. Un Plan Parfait de Dany Boon risque de faire un gros succès en audience, ça ramène de la pub et autre."

La carte Vitale de Bertrand de Labbey
La carte Vitale de Bertrand de Labbey



Vous avez aimé Thomas Langmann, Jean-Michel Frodon, Jérôme Clément et Pascal Thomas dans leur épisode respectif ? Retrouvez-les dans "Ce soir ou jamais", le Avengers du Maravalverse.


MERCREDI 9 JANVIER
Sans nouvelle du personnage principal, le Maravalgate tend à s'essouffler. C'est alors qu'Emmanuel Berretta, probablement par dépit, pense à demander l'avis de Pascal Rogard : "Maraval cherche un bouc émissaire à ses échecs"
A la pertinente question "Trouvez-vous normal que France Télévisions, qui achète 50 à 60 films par an, en diffuse un tiers au-delà de minuit ? N'est-ce pas là le syndrome que le cinéma d'auteur est finalement maltraité dans le pays qui se prétend en être l'étendard ?", Rogard répond : "C'est surtout le syndrome d'une réglementation dite des jours interdits qui organise la pénurie de films en première partie de soirée sur les chaînes historiques. Cette réglementation fonctionne très bien d'ailleurs, car l'offre n'a jamais été aussi faible sur les chaînes historiques ! Il est urgent de redonner au service public mais aussi aux autres grandes chaînes privées davantage de latitude dans la programmation des films et de lever un certain nombre d'interdictions et de limitations qui sont devenues ridicules à l'heure du numérique. De même, l'interdiction faite par les organisations professionnelles du cinéma à France Télévisions de pouvoir mettre à la disposition de ses téléspectateurs les films quelques jours après leur diffusion en télévision de rattrapage est d'une bêtise confondante. Et il est encore plus bête que France Télévisions se plie à cet oukase."

Quand Rogard assure qu'en permettant aux chaînes de diffuser des films tous les soirs elles programmeront du "cinéma d'auteur", on ne peut, en tant que fan assidu, que repenser à Christine Albanel déclarant qu'une seconde coupure publicitaire sur TF1 permettra à la chaîne de diffuser du Fellini. (saison 2008 / 2009)

Le dernier épisode en date de Les Revenus, "Salaires des acteurs, budget des films, la vérité sur l'argent du cinéma français", relance énergiquement l'aventure : "Le plus scandaleux, ce sont les 10 millions qu'il va prendre pour Supercondriaque, dont il est le réalisateur, budgété à 25 millions d'euros", confie un décideur qui préfère, comme la majeure partie des intervenants de cette enquête, garder l'anonymat." Pas d'omerta.

Boule é Bill


"Et si vous demandez à un producteur pourquoi il veut à tout prix une star, la réponse est invariable: "C'est essentiel pour convaincre une chaîne télé de nous suivre."
Dans la plupart des cas, c'est juste. Mais là encore, la vérité est à double tranchant. Pour preuve, l'anecdote de cette salariée d'une chaîne privée
(ndr : Pas d'omerta) : "On a récemment reçu le projet d'une grosse comédie dont le budget, très élevé, pouvait être diminué en changeant de tête d'affiche. Cela ne nous aurait pas dérangés, le scénario et le réalisateur très connu suffisant à nous convaincre. Le producteur n'a rien voulu entendre. Il souhaitait garder sa star."

Guest star de ce dernier numéro, Bombadil lui-même : "Et tant qu'à désigner des responsables de cette escalade des montants, Bertrand de Labbey évoque, lui, "les distributeurs indépendants qui ont perturbé le marché. Mars Films a engagé 11 millions d'euros pour obtenir, devant un groupe comme Pathé, La Vérité Si Je Mens ! 3. On assiste à une surenchère dont Mars Films a finalement été victime, vu les résultats très au-dessous de ce qu'il attendait"."

N'est-ce pas un run d'anthologie ? Nous étions partis pour taper sur les gros, et le cinéma français se retrouve à cogner sur les indépendants.
Au milieu de la mêlée, tout le monde cherche à protéger sa gamelle mais peu semble intéressé à l'idée de se poser de vraies questions : pourquoi les stars ne fédèrent plus les spectateurs ? Pourquoi sommes-nous résignés à tous les niveaux à croire que seules les grosses comédies puissent drainer de l'audience ? Que restera-t-il du cinéma lorsqu'il n'y aura plus de télévision ? Comment mieux s'exporter si notre marché est trop étroit ? Pourquoi insiste-t-on autant sur les premiers films produits et oublie-t-on tout suivi ?
Et surtout, qui mesure ces "bénéfices culturels" censés prouver la vertu de ce système que le-monde-entier nous envie ? Sont-ce les mêmes qui ne trouvent même plus révoltants que l'unique moyen de financer le cinéma est de produire des comédies pour la télé avec des vedettes de la télé par des professionnels de la télé ? Sont-ce les mêmes qui estiment que tout ira bien tant le grand public crachera au bassinet pour consommer des films ringards et ainsi financer leurs "films d'auteur" choyés ? Est-ce cela un "système sain et vertueux" ? Accepter qu'on donne de la daube au grand public tant que l'on a ses petits canapés aux truffes ?  

Il semble donc acté que ce qui doit rapporter de l'argent puisse se contenter d'une qualité douteuse, et ce qui doit apporter un "bénéfice culturel" rester dans un flou artistique. Ce n'est pas un système de financement qui est ainsi protégé par ce vacarme, mais un système de valeurs.    


"Le cinéma est en état de crise chronique" - Léon Moussinac




   

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