Février 2010

Neuf euros et vieille combine

On met le Pathé

Depuis leur explosion ces dernières années, les réseaux sociaux ont permis d'émuler la formidable énergie revendicatrice de ses utilisateurs : oui aux douches chaudes et aux bisous dans le cou, non à la guerre et aux tremblements de terre !


Pour le moment on ne sait pas encore si David Fincher axera son Social Network sur cette puissante armada subversive que représente Facebook (et on comprendrait qu'il hésite), mais un groupe créé le 26 janvier dernier représente un intérêt particulier, notamment par la quantité incroyable de membres ayant adhéré en une petite semaine : il y a en effet pour le moment près de 171 000 internautes pour qui "ce n'est pas le piratage qui tue le cinéma, c'est les 9 €", du nom de ce groupe qui considère que le "prix de la place à 9 € est inadmissible !".

Comme le signale Numérama, "rarement un groupe n'aura réuni autant de monde en si peu de temps sur un sujet déconnecté de l'actualité immédiate", ce qui démontre le véritable ras-le-bol de spectateurs traités à la fois comme des voleurs et des vaches à lait, ne demandant rien d'autre que pouvoir découvrir les films en salles dans des conditions optimales.

Toutefois, un étonnant hasard lie l'éruption de ce groupe à l'actualité immédiate puisque trois jours auparavant est parue sur le site du Parisien une série d'articles relatant les activités du CNC qui vit en partie sur une taxe de la vente des billets, pointant notamment sa fameuse avance sur recettes. Le 23 janvier dernier le journaliste Marc Payet signait cinq papiers suite à la polémique engendrée par les 500 000 € octroyés à l'actrice Fanny Ardent par le CNC au titre d'avance pour la réalisation de son premier film, Cendres Et Sang.

Allez savoir pourquoi la polémique naît précisément pour ce cas-là alors que la chose est assez commune, toujours est-il qu'elle permet enfin de délier certaines langues, même celles plus accoutumées au passage de plats des institutions (Jean-Paul Salomé faisait partie des cinéastes défendant Hadopi sur les vidéos produites par feu le ministère de Christine Albanel) : "Ces réalisateurs ont souvent de bons défenseurs dans les jurys, car ils connaissent beaucoup de monde, avec qui ils ont eu l’occasion de travailler sur les plateaux, en tant que comédiens, techniciens ou producteurs... Cela finit pas être un monde en vase clos."

Dans un de ces articles
, nous apprenons qu'un "groupe de trois producteurs a reçu l’avance sur recettes 96 fois en dix ans, soit un tiers de toutes les avances" : les sociétés de Paolo Branco, de Robert Guédiguian et Les Films d'Ici. Benoît Jacquot est le cinéaste ayant bénéficié le plus de cette aide avec sept avances sur recettes. Pourtant le site du CNC avance ceci : "Créée en 1960, l'avance sur recettes a pour objectif de favoriser le renouvellement de la création en encourageant la réalisation des premiers films". Benoît Jacquot a réalisé plus de trente long-métrages.
Des disfonctionnements d'un système déjà ouvertement remis en question il y a deux ans par le Groupe des 13 dans son rapport (voir notre dossier).

De son côté le président de la SACD, Pascal Rogard, défend l'actrice : "Avec la carrière qu’elle a eu, elle a bien le droit de faire son film".
Et puisque le CNC considère que le prix des places ne mérite pour l'instant aucune mesure, apprêtez-vous à voir encore de nombreux témoignages sur Facebook de spectateurs lassés de devoir dépenser toujours plus d'argent pour en contrepartie être accusés de tuer le cinéma. Mais il faut bien que Fanny Ardent fasse son film, c'est son droit.

Les cinq articles de Marc Payet :
Polémique sur l'avance à Fanny Ardant

Plongée dans les comptes du cinéma français

Question sur un pactole

570 millions de budget

Interview de Jean-Paul Salomé, réalisateur et ancien membre de la commission




   

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