Edito

      "- Qu'est-ce que tu penses de la violence au cinéma toi ? - Je me mets toujours au premier rang, alors ce qu'il se passe dans la salle..."
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Janvier 2009 Suggérer par mail
Editorial par nicco le 5 janvier 2009

Swimming with sharks

Affiche Gérardmer 2009
L'abus de foie gras, de vodka et de cadeaux bizarres provoque, vous le remarquerez aisément, le besoin physiologique de faire des "bilans". C'est comme ça, ne me demandez pas pourquoi.
N'étant pas plus immunisé qu'un autre, surtout avec les fortes doses des trois ingrédients précédemment cités auxquelles votre serviteur fut exposé, voilà que je me suis demandé ce qu'on pouvait retirer de 2008, cinématographiquement parlant. On passe sur les coutumiers scandales critiques et festivaliers (ceux-là, ce sont les responsables eux-mêmes qui les répudient, mais plus tard et en fourbe lors du bilan effectué toutes les décades, débarrassés de paramètres sociaux et marketing : rendez-vous en 2019 pour vérifier si les fans auront toujours besoin de trois secondes seulement pour reconnaître un plan des Dardenne, pendant que Speed Racer sera qualifié de "classique injustement sous-estimé"). On passe également sur les épiphénomènes émoustillant les rédactions (sans dec, il y a des adaptations de BD et des films tournés sur fond vert ?).

Ce qu'on remarque surtout avec 2008, c'est qu'enfin nous avons une sensation de progression naturelle de la diversité de la cinématographie hexagonale. Les promesses lancées en 2007 par des projets comme L'Ennemi Intime, Sa Majesté Minor ou 99 Francs semblent se confirmer, car il apparaît de plus en plus normal que des films tels que Go Fast, Vynian, Secret Défense, Les Liens du Sang ou Largo Winch sortent sur nos écrans. A tel point normal que des fois, hélas, les spécialistes passent à côté de l'évènement (on vous a dit que Pour Elle est un véritable bijou ?). Quelque part ceci est bon signe : enfin on ne nous bassine plus façon "holala vous vous rendez compte, c'est un film de genre en France à la sauce ricaine, c'est (au choix selon le public visé par la revue et l'étendue des lacunes du rédacteur) :
1. génial pour la diversité de notre cinéma et son économie".
2. pathétique, une preuve de plus que nous sommes soumis à l'impérialisme capitaliste américain".

Si l'option 2 tend à devenir ridicule même aux yeux des plus atteints, ce n'est pas pour autant que nos confrères parlent réellement des films, se laissant encore et toujours à mettre en exergue les à-côtés notifiés dans les dossiers de presse ou digresser sur les genres auxquels les métrages appartiennent, jugeant l'un pour le tout. Mais au moins on évacue petit à petit le sensationnalisme niais qui anesthésie tout effort de réflexion, conditionne la réception de ces œuvres chez le public et dramatise dangereusement leurs résultats au box-office ("vous voyez, c'est un film spectaculaire à l'américaine, c'est l'évènement du trimestre, et il ne cartonne même pas : cela veut dire sans équivoque que ça ne sert à rien de faire ce genre de cinéma en France").

Cette lente évolution est d'autant plus miraculeuse que fondamentalement, rien ne change dans le landernau audiovisuel français. Les "revues spécialisées" en parlent rarement, mais les films sont écrits, financés, aidés, subventionnés et réalisés par des gens. Et oui, ils ne sont pas fabriqués dans un atelier magique par des petits lutins facétieux, mais sont le fruit d'un long et complexe processus visant à traverser les mailles d'un filet tissé sur trente ans d'abus d'un système dépassé, de philosophie artistique dictée par des cercles intellectuels eux aussi dépassés, et de conditionnements superficiels faisant de la réussite sociale une vitrine plus importante que sa propre intégrité artistique ou professionnelle.
Ainsi, en 2009 comme en 2008 et comme depuis un paquet d'années, vous trouverez toujours des arrivistes renversant ciel et terre pour travailler sur des longs-métrages quand bien même les longs-métrages, ils en ont précisément rien à secouer. Car il faut savoir qu'en France on peut devenir monteur en ne voyant que cinq films par an au cinéma. Quel intérêt ? Bah, c'est tellement bien vu d'être sur un long… On peut également devenir réalisateur, scénariste, assistant, truquiste, voire même adjoint de production sans jamais avoir fait ses preuves ni même démontré un quelconque intérêt pour la chose. Et, toujours grâce à cette vertueuse intégrité morale qui enrichit notre cinéma depuis des décennies, des sociétés de production, même petites, se vautrent dans les arrangements mafieux pour mieux se mettre en avant, allant jusqu'à truquer de simples concours de courts-métrages pour se payer une meilleure exposition médiatique.
Cette vampirisation du milieu par des personnages aux dents rayant le parquet est possible car règne encore et toujours l'affreuse mécanique des "suces-boules" en dépit du talent, du travail et de la passion. La majorité oeuvrant dans ce milieu se fout ainsi complètement de ce qui se fait et de ce qui s'est fait, chacun se concentrant sur sa petite personne et son cercle social immédiat pour juger ses "œuvres". Avec autant d'incultes, car une bonne partie n'a tout simplement aucune connaissance du septième art, seulement motivés par leur égo et leur sphère d'influence, se fichant complètement du public (si on ferait des films pour lui, ça se saurait depuis le temps), il y en a pour s'étonner encore de l'ennui profond que suscite une large part de l'audiovisuel national…

Donc en 2009, non seulement nous allons continuer de défendre notre idée du cinéma et de pointer du doigt les déraillements critiques de nos chers confrères (car c'est tout de même très drôle), mais nous allons aussi mettre des coups de semelle dans cette fourmilière pleine de larves vides qu'est le cinéma français, car apparemment, malgré le rapport des 13, malgré ce qui se passe partout ailleurs dans les autres cinématographies, malgré l'évident échec de la culture par copinage, malgré la menace du couple Sarko / Albanel sur le statut des intermittents et malgré l'évolution inéluctable du ciné populaire qui couve depuis quelques temps, tout continue de se dérouler pépère et mollement dans le joyeux pays des Candy du septième art, s'offrant faveurs et félicités sans se soucier du reste du monde. Il faut bien que quelqu'un le fasse, les autres se bornant à renier le concept de causes et de conséquences dès qu'on évoque le sujet de l'art…

Ah oui, en 2009 nous serons aussi à Gérardmer, du 28 janvier au 1er février précisément, pour un tournoi de gavage de tartiflettes je crois. L'occasion de venir jeter des boules de neige à Zug, Vendetta, Macfly ou moi-même.

Et meilleurs vœux.
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 1 Posté par Spaces le 05 janvier 2009 à 13:56

Oh, il y a de la rancœur après ces fêtes fin d'années ?! 
 
Les cadeaux étaient si bizarres... :)
 2 Posté par Cinegamin le 05 janvier 2009 à 18:14

Ca fait du bien de lire un peu d'optimisme alors que je sors juste de la lecture du bilan écrit par le Inrocks qui clament à la catastrophe post-sarkozyste, l'hécatombe culturelle d'un art devenu mineur dans une société de consommation vampirisante. 
 
Ca fait de même du bien de lire du réalisme, alors que le phénomène du casting "paye ton cul d'abord" se répend de plus en plus (ce que vous appelez gracieusement "l'affreuse mécanique des "suces-boules""), preuve à l'appui. Vous reprendrez un peu de mousseux?
 3 Posté par Bayeur le 08 janvier 2009 à 02:55

l'année commence fort. Bientôt y aura bien plus que les gars de Libé qui voudront vous taper, mais ça reste bonnard.
 4 Posté par Weta le 08 janvier 2009 à 17:11

Déjà bonne et heureuse année 2009 à l'ouvreuse et son équipe. 
 
J'aimerais revenir sur une phrase qui m'a titlé 
 
"malgré la menace du couple Sarko / Albanel sur le statut des intermittents". 
 
J'espère ne pas me faire l'avocat de Libé où Les Inrocks. Mais vous semblé cautionnez les nouvelles mesures du président qui pourtant n'apporte rien de bon.  
 
J'explique mon point de vue. Sur ce je suis bien d'accord avec vous le cinéma francais est très de mauvais sur de nombreux points. Surtout qualicatif. 
Mais celà n'empèche pas que nous avons quand même ce statut qui est une sorte de sécu des artistes "Intermitant du spectacle." Ce que n'on pas certains pays.  
 
Ors le gros problème c'est que vous semblez cautionné des réformes qui menacerait de nombreux postes, et surtout ferait que de nombreuses personnes se retrouverait, sans un sous, et à la rue. Il ne faut surtout pas croire que le statut d'intermitent est un statut pour "ne rien faire".  
 
Au contraire beaucoup de personnes possédant ce titre, regrette de ne justement pouvoir rien faire non pas à cause de leur statut (qui leur permet un minimum de vivre), mais à cause du système relationnel bien connu sous le nom de "copinnage", où "suce boules" (qui à toujours existé et pas que dans nôtre pays, et qui a toujours empéché la majorité de ceux qui ont vraiment des envies artistiques intérressantes et originales d'arriver là où ils devraient être. 
 
Mais le système du cinéma Français étant diriger par des bourgeois de droite comme de gauche qui au fond s'entendent bien quand il s'agit de montrer en avant la supiériorité de la l'art et de la culture Française sur le reste du monde.  
 
Il faudrait d'abord penser à changer de mentalité avant de faire des réformes. 
 
 
Je m'excuse d'avance, car j'ai peut être aussi mal lu, et mal compris vôtre edito, veuillez m'excuser. A l'avenir je relirais deux fois avant d'écrire.
 5 Posté par nicco le 08 janvier 2009 à 21:17

Houla non, nous ne cautionnons absolument pas le couple vedette ! 
 
Je dis simplement que si l'on veut défendre le statut d'intermittent, avant de râler sans raison, il vaudrait mieux déjà agir en intermittent, histoire de donner tort au gouvernement.  
 
Hélas, je vois encore des intermittents dire que "oui mais tu comprends, c'est déguelasse ce qu'ils veulent faire" alors qu'ils sont les premiers à profiter de ce système en faisant leurs heures en secrétariat, standartistes, coursiers, etc, et donc participent à légitimer et motiver ces réformes. 
 
C'est peut-être naïf, mais si on ne veut pas qu'on touche à ce statut, il faut simplement le respecter. Oui, ça veut dire refuser du taf, mais ça veut surtout dire faire avant tout le métier qu'on est censé exercer. Avec un minimum de morale, c'est possible. 
 
Mais au lieu de se remettre en question, on râle, on gâche des festivals, on prend inutilement des plateaux en otage pour mieux passer pour des bouffons désorganisés sans ô grand jamais s'en prendre réellement au système (à côté de la grève des scénaristes US, on a l'air fin avec notre "esprit de révolte" qui ne suffit pas à stopper des tournages de téléfilms TF1, par exemple) et enfin on oublie (volontairement) la vraie raison du problème, histoire de pas se fâcher avec ses potos qui continuent d'en croquer aux frais de la princesse, ni avec les sociétés qui abusent de ce système. 
 
C'est pour ça que j'avance que "malgré la menace", rien ne change, rien n'évolue, tout le monde reste bien gentiment dans son confort hermétique. 
C'est humain, quelque part, mais quand on est censé travaillé pour l'art et la culture, il y a, je pense, des priorités. L'esprit bohème ne se limite pas aux pantalons courts achetés 50 euros pièce. 
 
Peut-être qu'un petit soupir de dérangement s'élèvera lorsque Sarko mettra à exécution sa menace de subventionner les auteurs au mérite... 
 
En attendant, on peut relire le rapport du Club des 13, et signaler à tout hasard aux intermittents son existence, car ça n'a pas l'air de leur en avoir touché une.  
C'est dire s'ils se sentent concernés par une amélioration de notre PAF. 
 
Changer de mentalité avant de faire des réformes, c'est ce que nous avons toujours défendu, notamment en conclusion de notre dossier sur ce rapport (http://louvreuse.net/Dossier/le-cinema-du-milieu.html).  
 
Et précisément, les mentalités dans le milieu de la culture n'ont pas l'air d'être très réactives, et c'est tout de même un sacré problème...
 6 Posté par Weta le 16 janvier 2009 à 18:12

Excusez moi d'avoir mis autant de temps à vous répondre. Sur tout ce que tu m'a répondu, je tiens à te dire que je suis d'accord avec toi sur toute la ligne. Le problème est qu'il faudrait que tout le monde se bouge intéllligement pour défendre son statut. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire.
 7 Posté par nolan le 27 janvier 2009 à 09:23

C'est marrant votre relation avec Libé 
 
http://www.liberation.fr/culture/0101312607-speed-racer 
Il ne faudra peut-être pas attendre 2019 pour le classique injustement sous-estimé.

Ouvrez-la ! Avec pertinence et correction. Tout troll sera automatiquement supprimé.
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