John Rambo

Last blood

Affiche John Rambo

Après Rocky l'année dernière, Stallone met personnellement un terme à une autre franchise emblématique des 80's, Rambo. Deux personnages qui entretiennent des liens étroits avec leur interprète. Si Rocky est la face lumineuse de Sylvester Stallone, Rambo en est le versant sombre. On peut même énoncer que l'étalon italien incarne ainsi à lui seul toute l'ambivalence des Etats-Unis.


D'un côté le boxeur de Philadelphie est la plus belle illustration du mythique rêve américain (partir de rien et réussir à force de volonté) quand le guerrier de 'Arizona en expose le côté cauchemardesque (abandon par la mère-patrie de ses fils partis combattre pour ses envies bellicistes). Comme pour Rocky Balboa, John Rambo est l'occasion d'un dernier retour aux sources afin d'inscrire définitivement ces personnages au Panthéon du cinéma, une volonté clairement affichée par le choix de leur patronyme entier comme titre. Mais là où le boxeur s'offrait un dernier tour de piste en forme d'apothéose et d'ultime bain de foule, notre vétéran du Viet-Nam livre rien de moins qu'un ultime baroud d'honneur à la force nihiliste proprement stupéfiante.

Après la tentative de réappropriation des seventies par les studios, voir les innombrables remakes vidés de leur substance, on assiste désormais à une résurgence des icônes des 80's. Si le cas de John McClane est réglé par la Fox qui en a fait le chantre du néo-libéralisme (qu'il tance les hackers se méfiant des infos officielles type Fox news n'est pas du tout innocent !), Stallone saisit avant tout l'occasion de redonner de l'éclat à deux figures ternies par des suites aussi fidèles que possible à l'idéologie des glorieuses eighties : fric, cynisme et patriotisme. Et question de redonner de l'éclat à son personnage, John Rambo se pose là. Mieux, il le transcende pour en livrer une vision assez dépressive de l'Amérique et surtout de notre monde contemporain.

John Rambo


BIRMAN HOLOCAUST
Sly a mûri, en près de trente ans il a eu le temps de digérer le fait de n'être plus identifiable que par ces icônes du film d'action. Rocky Balboa et John Rambo sont sa manière de l'accepter tout en affirmant ses velléités d'auteur à part entière. Autant Rocky Balboa se montrait volubile, expansif et généreux en émotions, autant John Rambo vous laisse comme les rescapés du massacre final, estomaqué et incrédule après ce déchaînement de violence.
Rambo vit maintenant reclus dans la forêt thaïlandaise, capturant les serpents venimeux contre pitance. Toujours pas décidé à rejoindre la soi-disant civilisation Américaine qui s'est bien foutue de lui (et de ses compatriotes) après son retour du Viet-Nam : persécuté dans le premier film, manipulé dans les suites par son propre père de substitution, cette raclure de colonel Trautman. Retiré des "affaires", il est sollicité par des humanitaires désirant être guidés en Birmanie pour soigner la population persécutée par la junte militaire. Ils se font capturer et Rambo doit repartir les délivrer en compagnie de mercenaires.

Vu comme ça le pitch s'annonce aussi jouissif que décérébré, à l'image des numéros 2 et 3. Seulement voilà, les premières images annoncent la couleur, ce sera certes une boucherie mais elle sera loin d'être bandante ! Car John Rambo n'est pas moins qu'un hommage à Cannibal Holocaust et toutes ces bandes Italiennes bien crades. Comme Ruggero Deodato, Stallone utilise pour ouvrir son film des "stocks-shots", ceux-ci ne nous épargnant pas les horreurs des exactions commises à l'encontre du peuple Birman. Ou comment plomber l'ambiance de ceux qui s'attendaient à un feu d'artifice festif. Tout le film sera à l'avenant, les corps mis en pièces par les balles, transpercés par les flèches de Rambo, gorge arrachée à mains nues, adversaire littéralement étripé, cadavres pendus aux pieds à moitié dévorés par des cochons, des images fortes et choquantes qui rappellent les mutilations du Dernier Monde Cannibale et consorts, choisies sciemment par un Stallone appuyant sa démonstration là où ça fait mal ; voilà ce que sont la guerre et la violence. Un examen presque cynique qui annihile toute complaisance pour cette violence extrême.
Si Cloverfield avait des vertus cathartiques post-11 septembre, il en est de même pour John Rambo qui permet à son personnage d'exorciser le traumatisme du Viet-Nam, en une sorte d’exutoire. Cette façon de crier de rage lorsque, accroché à une mitrailleuse lourde, il massacre les militaires, l'atteste. L’autre force du fillm est de parvenir à transcender les faiblesses du scénario. Si les humanitaires et les mercenaires sont stéréotypés, que le très méchant Colonel Birman soit si archétypal, c'est bien pour renforcer l'image de ce guerrier atavique et impitoyable que rien ne semble émouvoir.
Une attitude d’autant plus prégnante que durant tout le film Rambo est plutôt avare de mots. Un mutisme qui confine presque à de l'autisme.

John Rambo
 


GOD OF WAR
Dans les trois films précédents aussi il s'avérait peu disert. Seulement ici, c'est bien pour mettre en exergue les quelques paroles qu'il prononce. Quand le nouveau Rambo parle, on l'écoute. Mais le fait qu'il soit peu loquace, que ce soit avec les membres de la mission humanitaire ou avec les mercenaires, souligne un peu plus son détachement de toutes contingences. Il est ailleurs. Voire, il est d'ailleurs. Car Stallone s'ingénie admirablement à reconstruire son personnage et en faire une figure mythologique à part entière.
Sly n'utilise peut être pas des mouvements de caméra sophistiqués mais il a un sacré sens du cadre et du découpage. Et c'est bien par l'image que s'opère la transformation de Rambo en véritable dieu de la guerre. Il en va ainsi de l'attitude monolithique de Stallone tout le long du métrage, de son aptitude à se fondre dans le décor ou à surgir derrière un adversaire. Ensuite, lors de l'abordage des pirates Birman, il démontre une réelle capacité surnaturelle à les décimer tous. Au passage, il affiche clairement sa détermination en achevant d'une balle dans la tête le seul survivant. Et ce, en plan large s'il vous plaît (total respect rien que pour ce plan).
Puis, alors qu'il prépare la mission de sauvetage, on le voit forger son arme tel Vulcain. Enfin, lorsqu’après un combat final absolument tétanisant et renversant, la poussière retombe, on voit John Rambo se tenir debout au-dessus de la plèbe, surplombant la scène tel un dieu contemplant son œuvre. Une scène magistrale et saisissante qui aurait pu (dû) conclure le film. La charge nihiliste n'en aurait été que plus puissante de voir cet agent du chaos se détourner et s'en retourner là d'où il vient, laissant à ses pauvres victimes le soin de gérer le traumatisme vécu. Sans doute dans l’esprit de boucler la boucle, sa mission terminée, John peut rentrer au pays et retourner chez lui, enfin en paix. Dommage.

Le premier Rambo dénonçait les horreurs de la guerre et le besoin de reconnaissance des soldats qui y avaient vu leurs idéaux bafoués mais de manière allégorique, sous forme de retour au bercail empreint de honte et de persécution. Avec John Rambo, Stallone aborde frontalement le problème et nous donne à voir ce conflit dans toute son horreur. Qu’on ne s’y trompe pas, la volonté de Sly est autant d’alerter sur les conflits en cours (Birmanie donc mais d’autres en filigrane) que ressuciter, pour mieux l’évacuer, le traumatisme de cette guerre du Viet-Nam. Il y a pourtant eu Platoon, Full Metal Jacket, Outrages, mais aucun n’avait jamais atteint la force brute du film de Stallone. Barbare John Rambo ? Assurément. Mais en aucun cas "jouissif ". C’est un putain de bon film dont la violence, physique et politique, est d’autant plus exacerbée que les personnages virent par moments à l’abstraction pure et simple. Du grand art.
Après deux chefs-d’œuvre tels que Rocky Balboa et John Rambo, la carrière de réalisateur de Stallone s’avère passionnante. Vivement la suite !

8/10
RAMBO
Réalisateur : Sylvester Stallone
Scénario : Sylvester Stallone & Art Monterastelli
Production : Sylvester Stallone, David Morell, Bob & Harvey Weinstein...
Photo : Glen MacPherson
Montage : Sean Albertson
Bande originale :Brian Tyler
Origine : USA
Durée : 1h31
Sortie française : 6 février 2008




   

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