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Critique par ZUG le 21 février 2008

Last blood

Affiche John Rambo
Après Rocky l'année dernière, Stallone met personnellement un terme à une autre franchise emblématique des 80's, Rambo. Deux personnages qui entretiennent des liens étroits avec leur interprète. Si Rocky est la face lumineuse de Sly, Rambo en est le versant sombre. On peut même énoncer que l'étalon italien incarne ainsi à lui seul toute l'ambivalence des Etats-Unis.  

D'un côté le boxeur de Philadephie est la plus belle illustration du mythique rêve américain (partir de rien et réussir à force de volonté) quand le guerrier de 'Arizona en expose le côté cauchemardesque (abandon par la mère-patrie de ses fils partis combattre pour ses envies bellicistes). Comme pour Rocky Balboa, John Rambo est l'occasion d'un dernier retour aux sources afin d'inscrire définitivement ces personnages au Panthéon du cinéma, une volonté clairement affichée par le choix de leur patronyme entier comme titre. Mais là où le boxeur s'offrait un dernier tour de piste en forme d'apothéose et d'ultime bain de foule, notre vétéran du Viet-Nam livre rien de moins qu'un ultime baroud d'honneur à la force nihiliste proprement stupéfiante.

Après la tentative de réappropriation des seventies par les studios, voir les innombrables remakes vidés de leur substance, on assiste désormais à une résurgence des icônes des 80's. Si le cas de John McClane est réglé par la Fox qui en a fait le chantre du néo-libéraisme (qu'il tance les hackers se méfiant des infos officielles type Fox news n'est pas du tout innocent !), Stallone saisit avant tout l'occasion de redonner de l'éclat à deux figures ternies par des suites aussi fidèles que possibe à l'idéologie des glorieuses eighties : fric, cynisme et patriotisme. Et question de redonner de l'éclat à son personnage, John Rambo se pose là. Mieux, il le transcende pour en livrer une vision assez dépressive de l'Amérique et surtout de notre monde contemporain.

Birman holocaust
Sly a mûri, en près de trente ans il a eu le temps de digérer le fait de n'être plus identifiable que par ces icônes du film d'action. Rocky Balboa et John Rambo sont sa manière de l'accepter tout en affirmant ses velléités d'auteur à part entière. Autant Rocky Balboa se montrait volubile, expansif et généreux en émotions, autant John Rambo vous laisse comme les rescapés du massacre final, estomaqué et incrédule après ce déchaînement de violence.
Rambo vit maintenant reclus dans la forêt Thaïlandaise, capturant les serpents vénimeux contre pitence. Toujours pas décidé à rejoindre la soi-disant civilisation Américaine qui s'est bien foutue de lui (et de ses compatriotes) après son retour du Viet-Nam : persécuté dans le premier film, manipulé dans les suites par son propre père de substitution, cette râclure de colonel Trautman. Retiré des "affaires", il est solicité par des humanitaires désirant être guidés en Birmanie pour soigner la population persécutée par la junte militaire. Ils se font capturer et Rambo doit repartir les délivrer en compagnie de mercenaires.

Vu comme ça le pitch s'annonce aussi jouissif que décérébré, à l'image des numéros 2 et 3. Seulement voilà, les premières images annoncent la couleur, ce sera certes une boucherie mais elle sera loin d'être bandante ! Car John Rambo n'est pas moins qu'un hommage à Cannibal holocaust et toutes ces bandes Italiennes bien crades. Comme Ruggero Déodato, Stallone utilise pour ouvrir son film des "stocks-shots", ceux-ci ne nous épargnant pas les horreurs des exactions commises à l'encontre du peuple Birman. Ou comment plomber l'ambiance de ceux qui s'attendaient à un feu d'artifice festif. Tout le film sera à l'avenant, les corps mis en pièces par les balles, transpercés par les flèches de Rambo, gorge arrachée à mains nues, adversaire littéralement étripé, cadavres pendus aux pieds à moitié dévorés par des cochons, des images fortes et choquantes qui rappelent les mutilations du Dernier Monde Cannibale et consorts, choisies sciemment par un Stallone appuyant sa démonstration là où ça fait mal ; voilà ce que sont la guerre et la violence. Un examen presque cynique qui annihie toute complaisance pour cette violence extrême.
Si Cloverfield avait des vertus cathartiques post-11 septembre, il en est de même pour John Rambo qui permet à son personnage d'exorciser le traumatisme du Viet-Nam, en une sorte d'exhutoire. Cette façon de crier de rage lorque,accroché à une mitrailleuse lourde, il massacre les militaires, l'atteste. L’autre force du fillm est de parvenir à transcender les faiblesses du scénario. Si les humanitaires et les mercenaires sont stéréotypés, que le très méchant Colonel Birman soit si archétypal, c'est bien pour renforcer l'image de ce guerrier atavique et impitoyable que rien ne semble émouvoir.
Une attitude d’autant plus prégnante que durant tout le film Rambo est plutôt avare de mots. Un mutisme qui confine presque à de l'autisme.

John Rambo

God of war
Dans les trois films précédents aussi il s'avérait peu disert. Seulement ici, c'est bien pour mettre en exergue les quelques paroles qu'il prononce. Quand le nouveau Rambo parle, on l'écoute. Mais le fait qu'il soit peu loquace, que ce soit avec les membres de la mission humanitaire ou avec les mercenaires, souligne un peu plus son détachement de toutes contingences. Il est ailleurs. Voire, il est d'ailleurs. Car Stallone s'ingénie admirablement à reconstruire son personnage et en faire une figure mythologique à part entière.
Sly n'utilise peut être pas des mouvements de caméra sophistiqués mais il a un sacré sens du cadre et du découpage. Et c'est bien par l'image que s'opère la transformation de Rambo en véritable dieu de la guerre. Il en va ainsi de l'attitude monolithique de Stallone tout le long du métrage, de son aptitude à se fondre dans le décor ou à surgir derrière un adversaire. Ensuite, lors de l'abordage des pirates Birman, il démontre une réelle capacité surnaturelle à les décimer tous. Au passage, il affiche clairement sa détermination en achevant d'une balle dans la tête le seul survivant. Et ce, en plan large s'il vous plaît (total respect rien que pour ce plan).
Puis, alors qu'il prépare la mission de sauvetage, on le voit forger son arme tel Vulcain. Enfin, lorsqu’après un combat final absolument tétanisant et renversant, la poussière retombe, on voit John Rambo se tenir debout au-dessus de la plèbe, surplombant la scène tel un dieu contemplant son œuvre. Une scène magistrale et saisissante qui aurait pu (dû) conclure le film. La charge nihiliste n'en aurait été que plus puissante de voir cet agent du chaos se détourner et s'en retourner là d'où il vient, laissant à ses pauvres victimes le soin de gérer le traumatisme vécu. Sans doute dans l’esprit de boucler la boucle, sa mission terminée, John peut rentrer au pays et retourner chez lui, enfin en paix. Dommage.

Le premier Rambo dénonçait les horreurs de la guerre et le besoin de reconnaissance des soldats qui y avaient vu leurs idéaux bafoués mais de manière allégorique, sous forme de retour au bercail empreint de honte et de persécussion. Avec John Rambo, Stallone aborde frontalement le problème et nous donne à voir ce conflit dans toute son horreur. Qu’on ne s’y trompe pas, la volonté de Sly est autant d’alerter sur les conflits en cours (Birmanie donc mais d’autres en filigrane) que ressuciter, pour mieux l’évacuer, le traumatisme de cette guerre du Viet-Nam. Il y a pourtant eu Platoon, Full metal jacket, Outrages, mais aucun n’avait jamais atteint la force brute du film de Stallone. Barbare John Rambo ? Assurément. Mais en aucun cas "jouissif ". C’est un putain de bon film dont la violence, physique et politique, est d’autant plus exacerbée que les personnages virent par moments à l’abstraction pure et simple. Du grand art.
Après deux chefs-d’œuvre tels que Rocky Balboa et John Rambo, la carrière de réalisateur de Stallone s’avère passionnante. Vivement la suite !
8/10
Rambo
Réalisateur : Sylvester Stallone
Scénario : Sylvester Stallone & Art Monterastelli
Production : Sylvester Stallone, David Morell, Bob & Harvey Weinstein...
Photo : Glen MacPherson
Montage : Sean Albertson
Bande originale :Brian Tyler
Origine : USA
Durée : 1h31
Sortie française : 6 février 2008

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 1 Posté par pau le 21 février 2008 à 15:38

Barabare et cathartique, certes, jusqu'à la libération des otages, sous la pluie battante, qui constitue l'apogée du film. Les 20 dernières minutes, par contre, sombrent dans un festival de boum-boum crétins et complaisants, durant lesquels Sly extermine à lui tout seul la moitié de la Birmanie. Le film retombe comme un soufflé, s'arrêtant brutalement au bout de 90 éprouvantes minutes dont, sans cynisme facile, on peut penser que Stallone aurait pu tirer un meilleur parti, scénaristiquement parlant. Les personnages bourrés de failles (la gonzesse-prétexte, le méchant qui redéfinit à lui tout seul le mot "stéréotype"), les facilités, les maladresses et les clichés diluent l'atmosphère éperdue et violente que la première partie du film avaient réussi à instaurer. Sincère, ambitieux, mais aussi anecdotique.
 2 Posté par merovingien le 21 février 2008 à 16:31

"une volonté clairement affichée par le choix de leur patronyme entier comme titre" 
 
 
petite précision : le titre original de John Rambo, c'est simplement "Rambo" (soit le titre français du 1er film qui s'appelait en vérité "First Blood").  
 
Je pense que cette nuance est a relever car à l'inverse de Rocky Balboa, le fait de ne désigner le héros que par son nom Rambo tend justement à le réduire à une machine de guerre , un bloc de muscles qui a perdu une partie de son identité et de son humanité (mais qui aimerait la retrouver comme un témoigne l'épilogue, superbe échos à la première séquence de First Blood)
 3 Posté par Cinegamin le 23 février 2008 à 10:31

J'ai été bien surpris par ce film. Je m'attendais à detester ou apprécier peu mais en fait, ce John Rambo est plus profond qu'il n'en a l'air. L'invraisemblance politique permet de se reconcentrer sur le personnage de Rambo qui constitue une reflexion sur les cicatrices du Vietnam plus profonde qu'elle n'en a l'air. Bon bien sûr après, la relation avec le bonne bonasse/conasse est moyenne. Mais bon on pardonne devant cette dernière scène dantesque.
 4 Posté par Nicolas Zugasti le 29 février 2008 à 11:23

Bien vu Mérovingien ! 
Merci de ces précisions qui apporte une dimension supplémentaire à ce grand film, loin d'être anecdotique.
 5 Posté par playmO le 03 mars 2008 à 03:56

Sans déconner... :sigh
 6 Posté par the dude le 03 mars 2008 à 10:07

rambo ne fait pas dans la dentelle dans ce film. et il a raison! 
dans rambo je vois le retour aux films subversifs qui font mal et qui mettent le nez du spectateur dans sa propre merde. j\'y vois un retour à la véritable opposition du politiquement correct , récupéré par tous les bien-pensants de gauche comme de droite qui ont le luxe de \"sembler penser\". 
rambo nous montre a quoi ressemble vraiment une guerre, un génocide. rambo se place dans le personnage du véritable pacifiste. celui qui a les mains réellement dans la merde, celui qui n\'est ni bon ni mauvais, juste un homme avec sa nature inhérente et universel à toute l\'humanité. 
les humanitaire bien-pensants qu\'il sauve, ce sont tous les cali, les bhl et autres emmanuelle béart ancrés dans leurs certitudes bobos-parisianistes. 
c\'est aussi un retour au film d\'action old-school qui me donne une éjaculation après la frustration d\'un die-hard 4 , qui porte bien son nom pour décrire l\'état du spectateur en sortant de la salle. 
 
putain dahan (yannick)t\'a intérêt à remuer la merde, on en a besoin ici en france ...
 7 Posté par Shin le 05 mars 2008 à 15:26 | website

Bonjour, 
 
Le film de Sylvester Stallone m'a agréablement surpris. Après, de là à parler de "chef-d'œuvre", il y a une frontière que je ne franchirais pas... 
 
Quoi qu'il en soit, ce film est ce qui arrivé de mieux à Rambo depuis le premier opus de Ted Kotcheff ! 
 
Amicalement, 
 
Shin.
 8 Posté par crick94 le 21 mai 2008 à 14:51

Ca faisait longtemps qu'un film ne m'avait pas donné envie de sortir de la salle bien avant la fin. Ce film n'est qu'une succession de scènes sanguignolantes et de pétarades infernales.  
J'y suis allée pour faire plaisir mais moi je n'y ai pris aucun plaisir
 9 Posté par Nicolas Zugasti le 21 mai 2008 à 22:18

Si tu n'as pris aucun plaisir aux combats atrocement violent, c'est tant mieux. Le but est atteint. 
John Rambo est l'antithèse parfaite des pétarades fun et jouissives des eighties. 
Des scènes graphiquement éreintantes sans aucun lyrisme. La guerre c'est ça, John Rambo trempe dedans (le meilleur dans sa partie), ne sait rien faire d'autre. Ce film est la prise de conscience par Rambo que la guerre est constitutive de son être. Une fois accepté cela, il peut partir en "paix"... 
 
Et j'approuve le commentaire de The dude !
 10 Posté par Erèbe le 14 avril 2009 à 17:39

"Sans doute dans l’esprit de boucler la boucle, sa mission terminée, John peut rentrer au pays et retourner chez lui, enfin en paix. Dommage." 
 
Bonjour, 
Je conçois tout à fait que cette scène peut paraître en retrait par rapport au reste du métrage, mais pour moi , elle ne fait qu'accentuer le côté mythologique du personnage, on peut faire une comparaison avec d’Ulysse qui après avoir passé 2o ans loin de son foyer parvient enfin à rentrer chez lui .En ce sens, l’utilisation de l’arc, le rejet de Rambo par les représentants d’une société qui le désavoue et enfin la scène dans la forge se pose comme autant de symbole qui renforce cet aspect de divinité déchue . 
 
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