Humains + Mutants

C'est ça la France ?

Affiche Humains

En ce moment, notre doux pays se fait bien plus remarquer par la vigueur sans cesse renouvelée de lois de plus en plus liberticides (politique d'immigration inique, contrôle et surveillance d'Internet...) que par la vitalité de son cinéma d'épouvante. Et ce ne sont pas Humains et Mutants qui vont changer la donne.


Le professeur Schneider (Philippe Nahon) et son fils (Lorant Deutsch) partent en expédition dans les Alpes Suisses, plus précisément la contrée du Lötschental, enquêter sur une découverte scientifique qui pourrait remettre en question l’évolution de l’espèce humaine telle que nous la connaissons : Sara Forestier est tout simplement une actrice insupportable.
Rejoints par une famille partie en randonnée, ils vont alors être aux prises avec une nature sauvage etle folklore local dont le carnaval célèbre les figures primitives des tchagattas pour un voyage mouvementé.
Alléché par la promesse d’un film basé avant tout sur l’opposition de caractères forts au sein d’un environnement propre à exacerber les tensions auquel une dimension fantastique soulignera la fonction allégorique, le spectateur en mal de sensation déchantera bien vite. Pétri de bonnes intentions, la première réalisation des spécialistes en effets-spéciaux que sont Molon et Thévenin  est d'une laideur effroyable, les paysages suisses ne sont jamais mis en valeur par la réalisation et la photo. On sent bien des références mal digérées et balancées dans le but de drainer la plus large audience possible, celle des films de genre, mais ce ne sont que de vagues réminiscences du Projet Blair Witch, de Délivrance, sans que ces emprunts parviennent à s’inscrire dans le récit. Peu énergique et en roue libre, truffé d’ellipses masquant mal un scénario bouffi d’incohérences, une direction d’acteur inexistante, la sortie d’Humains sur les écrans ne cessent d’étonner tant le produit final s’apparente plus volontiers à un téléfilm. On ne lui demandait pas de révolutionner le genre en France mais seulement d’arriver à transcender ses faibles moyens et redoubler d’inventivité narrative et visuelle pour au moins sortir satisfait du spectacle.

Et malheureusement, cette dernière phrase peut aussi servir pour définir le film de David Morley, Mutants qui bien que visuellement plus abouti, souffre des mêmes tares.

Humains
"Hou purée, tu as déterré l'esprit critique français ! Remets-le à sa place, ça porte malheur !"



Affiche MutantsAu détour de la campagne de propagande, pardon de promotion du film, la surmotivée Hélène De Fougerolles, qui telle un VRP sous amphét' essaye de nous convaincre que ce film c'est de la bombe, lâcha ceci : "Il y avait des scènes pour lesquelles je ne savais pas trop ce qu'il (Morley, ndr) voulait"

Des propos en forme de révélation sur la liberté d'action offerte aux acteurs ou plutôt qui souligne la quasi absence de direction d'acteurs. Que se soit la "prestation" de Marie-Sohna Coudé en agent du G.I.G.N jamais crédible, le miscasting des mercenaires rejoignant le couple de héros ou même Francis Renaud qui en fait des caisses, le film, résolument attaché aux tourments de ses protagonistes, s'en trouve irrémédiablement plombé, De Fougerolles parvenant seule à s'extirper du marasme en jouant juste. Sans être une purge visuelle (la photo et les maquillages sont plutôt pas mal) Mutants n'arrive jamais à impliquer émotionnellement le spectateur ou créer la moindre tension pour des personnages insipides. Conscient qu'il évolue en terrain plus que balisé, Morley tente bien de se détacher des références inévitables en centrant son récit sur la désagrégation progressive et inéluctable du couple formé par Sonia (Hélène De Fougerolles) et Marco (Francis Renaud), figurant ici le dernier bastion d'humanité pour l'instant épargné parmi le monde apocalyptique dépeint. Un point de vue déjà au coeur du remarquable 28 Jours Plus Tard de Danny Boyle et magistralement exécuté puisque le réalisateur doublait la menace pesant sur le petit groupe de survivants avec des militaires pire que les infectés car possédant encore leurs facultés mentales.

Avec Mutants, Morley ne fait que loucher du côté de son illustre modèle et échoue complètement dans la mise en place d'un danger palpable et démultiplié. De plus, la première moitié nous entraîne dans une sorte de revival du pire du cinéma d'ôteur français puisque les échanges Sonia / Marco instillent l'étrange sensation d'assister à un drame situé dans un deux pièces/cuisine au pays des zomblards. Bref, on s'ennuie ferme. Et ce n'est pas faute d'avoir tenté un développement comparable à celui de La Mouche mais il y a encore du boulotpour atteindre la beauté et l'horreur viscérale de Cronenberg. Et si votre indulgence n'a pas encore atteint son seuil critique, les séquences d'action  et autres agressions devraient finalement en avoir raison tant elles sont peu convaincantes ou mémorables. Trois mois après sa vision à Géradmer ne persiste qu'un souvenir de confusion, la faute à l'utilisation de la shaky-cam qui en limite l'impact et une exécrable gestion de l'espace. A ce titre, il est dommageable de constater que la volonté de donner une identité visuelle au métrage avec ces paysages enneigés et ce sanatorium désaffecté soit peu probante tant le décor est sous-exploité. Le manque de moyens financiers ou temporels ne pouvant tout excuser. C'est le propre des réalisateurs de talent de transcender les contraintes inhérentes au métier. En 1988, Carpenter tourne avec le budget petit déjeuner d'une prod' Besson le terrifiant Prince des Ténèbres. D'ailleurs, mis à part quelques films, on ne peut pas dire que les budgets des chef-d'oeuvres de Carpenter soient mirobolants.

Mutants
"Ha ouéééé, ça fait du bien, vas-y, là, plus bas."


Certes, Mutants a au moins le bon goût de ne pas se complaire dans un délire potache à la Paris By Night Of The Living Dead ou un métrage cloisonné dans des références dont il ne parvient pas s'extirper (Personna Non Grata) mais il est difficile de considérer Mutants comme un parangon du genre à la française.

Alors, défendre le cinéma de genre français, okay. Mais pas n'importe quoi et pas n'importe comment. Encore faut-il s'entendre sur la dénomination "cinéma de genre". Certains n'envisagent par ce terme qu'une de ces composantes, à savoir le film fantastique et/ou d'horreur. Sam Spade en parle très bien et dresse un bilan de la situation très instructif.
Une vision réductrice mais compréhensible lorsque c'est le crédo de votre publication. Ce qui l'est moins, c'est le manque d'objectivité patent face aux productions francophones, ce que certains propos laissent aisément transparaître, comme s'il fallait défendre ce genre coûte que coûte. Une façon comme une autre de se construire une identité mais elle est à fortiori biaisée.
Bien qu'imparfaits, des oeuvres comme Maléfique, A L'Intérieur, Haute Tension ou Martyrs sont appréciables et de qualité mais la dithyrambe dont certains ont bénéficiés (de la part de Mad Movies - Edit de l'auteur) est parfaitement déplacée. En montant au créneau pour la moindre bande horrifique française même ratée, et objectivement, il est difficile de considérer autrement Mutants, on obtient des effets pervers. C'est le genre qui se trouve décrédibilisé d'une part aux yeux d'un public de profanes que l'on veut persuader de sa qualité, d'autre part auprès des fans du genre à qui l'on essaie vainement de vendre une bonne santé factice de l'horreur à la française. Bien sûr qu'il faut soutenir les jeunes réalisateurs surtout face à des producteurs déjà peu enclin à financer la moindre bande transgressive mais sans pour autant réduire le cinéma de genre à l'horreur. Pour Elle, L'Ennemi Intime, Nid De Guêpes, 99 Francs, Oss 117, Amen, Louise-Michel, etc., sont des exemples récents et probants que la France est capable de faire du cinéma populaire de qualité et animé par un véritable projet de réalisation. En le rapportant exclusivement à sa branche la plus graphique, on ne fait que perpétuer un raccourci sémantique déjà bien installé et propice à une ghettoïsation nuisible.
Et puis, comment ne pas sourire lorsque ceux qui déclarent Mutants comme le nouvel étalon du genre en France (Mad Movies) sont les mêmes qui considèrent "30 Jours De Nuit l’égal de The Thing, soit l’un des meileurs films fantastiques réalisés depuis 25 ans" , encensent Twilight, notamment, parce que  "les passages de séduction se distinguent ainsi par un lyrisme exaltant et solaire…" ou qui voient du Spielberg (?!) dans Prédictions ? Il n'est pas saugrenu de penser que cette mise en valeur ne fait que masquer l'absence d'un véritable cinéma d'horreur français, seulement capable de livrer sporadiquement quelques bandes azimutées et encore bien loin de concurrencer la puissance et la constance des espagnols ou des anglais.

Affirmer le contraire revient à se voiler la face. C'est en reconnaissant enfin nos faiblesses, structurelles et artistiques, que l'on pourra peut être envisagé une alternative valable.
Cela fait mal de l'écrire mais nos deux derniers représentants hexagonaux ne méritent pas de débourser neuf euros et encore moins l'encre ayant servi à les promouvoir.

Attention, à L’ouvreuse nous n’avons jamais prétendu avoir le monopole du bon goût, de la finesse d’analyse ou de l’humour drôle et dévastateur. Au contraire nous nous remettons en question perpétuellement et acceptons de bonne grâce les critiques. Mais nous, nous efforçons de rester cohérents avec la vision du cinéma que l’on défend et objectifs avec ce que nous en percevons.
Si le cinéma d’horreur/fantastique/d’épouvante de qualité en France n’est pas pour tout de suite, il n’en demeure pas moins que nous espérons le voir émerger le plus rapidement possible. Mas en l'état actuel, est-ce seulement envisageable ?

2/10
HUMAINS
Réalisateurs : Jacques-Olivier Molon & Pierre-Olivier Thévenin
Scénario : Jean-Armand Bougrelle, Frédérique Henri, Dominique Néraud, Silvan Boris Schmid
Production : Vérane Frédiani, Franck Ribière, Nicolas Steil…
Photo : Aleksander Kaufmann
Montage : Manuel De Sousa
Bande originale : Gast Waltzing
Origine : France
Durée : 1h27
Sortie française : 22 avril 2009






3/10
MUTANTS
Réalisateur : David Morley
Scénario : Louis-Paul Desanges
Production : Alain Benguigui, Thomas Verhaeghe
Photo : Nicolas Massart
Origine : France
Durée : 1h25
Sortie française : 06 mai 2009




   

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