Prison Break

Le petit guide du mitard

Affiche Prison Break

Actuellement, l’image du super héros est cuisinée à toutes les sauces et sur tous types de support possibles tels que la BD (la genèse), le cinéma, les séries et même les émissions télévisées (si : Super Nanny !). Souvent employé dans sa fonction première (Heroes, Smallville, Docteur Who, sans oublier Julien Courbet) il est parfois traité de manière plus implicite.


Dans cette optique, il est intéressant d’observer la manière dont un auteur fait intervenir son justicier dans l’action. Dans une ambiance menaçante ou surréaliste, l’arrivée d’un super héros provoque souvent un revirement de situation, habituellement réconfortant et revigorant. Si bien que tout élément amené avec et par le personnage se doit d’être assimilé sans réflexion par le spectateur, heureux de voir l’espoir s’animer autour de celui-ci et permettant souvent d’intégrer grâce à ce prétexte les éléments les plus phénoménaux. La particularité principale de Prison Break se situe justement dans l’abus de ce principe : un homme d’action parvenant à soulever des montagnes pour satisfaire pleinement  le spectateur. Mais ce rajout systématique de surenchères complexes pour dynamiser le récit devient très rapidement pesant et irritant nous offrant un  "incroyable mais vrai  show" dont les situations déclenchent involontairement des sourires pour peu qu’on prenne un minimum de recul.


MON FRÈRE CE HÉROS
Pourtant, le pitch de départ s’inspire de la trame à une autre série culte et innovatrice à son époque : X-Files. D’un côté comme de l’autre, on nous présente un personnage charmant et intelligent mais dont la conscience est rongée par un drame concernant un membre de la famille le poussant à donner de sa personne pour le sauver tout en espérant faire éclater une vérité et déjouer un complot. Ce Fox Mulder revisité se nomme ici Michael Scofield. Ce jeune ingénieur en génie civil (et accessoirement beau gosse) décide de sortir son frère de prison, Lincoln Borrow (accessoirement vampire dans le cultissime Blade Trinity… non je plaisante il n'est pas vraiment vampire) injustement condamné à l’exécution pour le meurtre du frère de la vice présidente des USA. La petite amie de Lincoln va mener son enquête parallèlement à Scofield qui simule un braquage pour se faire incarcérer dans la prison du fréro ayant préparé au préalable un plan minutieux, qu’il a crypté et fait tatoué sur son corps.
Dès les prémices du développement de l’intrigue, un sentiment de démesure se fait déjà fortement ressentir, impression qui ne faiblira jamais et permettra de proroger sur une saison ce qui ne devait durer qu’une dizaine d’épisodes. Les motivations sont claires, l’accueil plus que cordial des téléspectateurs poussera les instigateurs à allonger (comprendre diluer du sirop avec de l’eau) le récit quitte à ajouter et développer des intrigues superflues. Si bien que les obstacles fourmillent et le plan de Michael (pourtant précis à le seconde près…) met un temps interminable à aboutir, nombreux accrocs le ralentissant dans sa progression, nous amenant à penser que Scofield n’a pas été assez futé pour allez consulter avant son incarcération Hannibal de L’Agence Tout Risque.


Prison Break
 


L’EFFET PAPILLON
Développer ces deux saisons et demi n’est pas chose simple tant les auteurs recyclent sans honte la recette de Chris Carter, n’hésitant pas à multiplier les personnages et à aggraver de simples situations quitte à sacrifier la crédibilité de l’action, comme par exemple cette scène ou Scofield, vêtu d’un uniforme de gardien qu’on lui a prêté (!?!) se balade la nuit dans la prison (!?!) pour repérer les lieux (alors qu’il est censé les connaître quasiment par cœur), finit par se faire brûler par une conduite de vapeur (oui oui !) altérant (par un malheureux hasard !) la partie du plan qu’il était sur le point d’entamer, l’obligeant à consulter Haywire, un prisonnier un peu dérangé mais ayant mémorisé le tatouage, qui lui divulguera l’information manquante à condition bien sûr qu’il fasse partie du voyage. On ne comprend alors plus très bien s’il est vraiment cinglé ou juste un peu tordu, mais ce détail n’est pas soulevé dans le script. Cet exemple type exprime formidablement le concept, concevoir un spectacle d’envergure cinématographique (mise en scène et rythme à l’appui) quitte à devoir sacrifier la cohérence de son univers sans oublier la multitude de clichés relatifs à l’univers carcéral.
Vous pouvez donc oubliez Oz  (œuvre culte qui ne s’oublie pas si facilement) et son établissement représentatif de notre société, les intentions de Prison Break se situent ailleurs. Et c’est Brett Ratner qui, après avoir achevé une sympathique franchise ciné (X-Men), co-produit et réalise les premiers épisodes, et le résultat est plutôt barbare pour ne pas dire barbant. Un peu à la manière de J.J Abrams mais un certain savoir faire en moins, le pilote accumule un maximum d’informations susceptibles d’être reprises par la suite.

Par la suite, l’histoire ne se limite donc pas à une simple erreur judiciaire mais déborde étonnamment vers le thriller politique, un thème évidemment inépuisable. Mais conscients des erreurs commises par X-Files, les intrigues étant vouées à lasser sont précipitamment bouclées, nous confirmant que le programme est bien asservi à l’audience. Cela se ressent également avec la clôture régulière de chaque épisode par un fuckin’ cliffhanger qui n’est finalement que le début de l'opus suivant (récupération du fameux "Dans le prochain épisode") faisant évoluer le tout vers un genre nouveau que l’on n’espère pas revoir un jour, le soap actionner.
Si bien que l’aventure se voit agrémenter de drames familiaux, d’idylles impossibles et autres relations contrariées nourries  par des personnages dont la fonction de faire valoir évolue brusquement en élément clé, dont la liste ne cesse de s’étirer.
Scofield s’associe donc à Sucre, un jeune voleur amateur dont la bien aimée enceinte s’apprête à s’unir avec son meilleur amis, C-Note, militaire mis sur la touche pour avoir refusé un ordre malhonnête, John Abruzzi (Peter Stormare, très en forme), mafieux sur la sellette assoiffé de vengeance, Tweener, jeune paumé dont les talents de pickpocket vont être bien utiles, Haywire, Charles Westmoreland, vieux voleurs dont le dernier butin caché fais saliver le groupe, T-Bag, un pédophile tueur méprisant, à deux doigts de voler la vedette au héros grâce à un traitement risqué le transformant en sorte de Némésis de Scofield, et enfin Sarah Tancrédit, infirmière de la prison qui deviendra son amante et qui sera plus impliquée dans l’affaire par la suite. Tous ces individus vont s’aimer et se haïr, se protéger et se détruire dans une avalanche de twists invraisemblables et de déclarations bancales mais propices à provoquer une addiction potentielle.

Prison Break
 


LA GROSSE EVASION
La première saison prend donc le temps de faire l’entrée en scène de ces protagonistes les uns après les autres, et ce n’est que plus tard que s’amorce véritablement  les préparatifs pour l’escapade, qui n’interviendra qu’à la fin de celle-ci, événement concordant avec des révélations capitales concernant la machination liée à Linc, le condamné à mort.
La seconde période nous donnait enfin droit à assister au spectacle tant attendu, tient étonnamment ses promesses et prend une tournure des plus intéressantes. La traque de nos personnages va provoquer une ouverture vers de nouveaux horizons, un espace plus vaste pour des situations plus rocambolesques mais aussi un honnête approfondissement de l’intensité dramatique influeront sur l’action obéissant à la loi du "toujours plus !". Plus d’action, de suspense, de tragédies mais aussi de cadavres, car dès le départ, et sans modération, une bonne partie du groupe se fait occire, le plus souvent grâce à l’agent Mahone, nouvel arrivant dans la série (et caricature à peine caché de Fox Mulder) chargé de retrouver les évadés, et dont les motivations s’avère être douteuses. Ce traitement expéditif nous pousse presque à fermer les yeux sur la finesse éléphantesque de l’écriture.
La relation de ces deux frères, différents en tout points, devient presque passionnante, mais beaucoup moins que le traitement infligé à T-Bag qui tente de rattraper en vain le temps perdu dans un chemin de rédemption. Ces prises de risques sont surprenantes, d’autant que le résultat est radicalement pessimiste. Même Brad Bellick, gardien de Fox River viré de son poste et loser dans toute sa splendeur, va avoir droit à un portrait au vitriol : ce vieux garçon lâche et cupide va tenter suite à son renvoi de récupérer une part du gâteau et se frottera à la bande et plus particulièrement à T-bag pour son plus grand malheur.
A cet instant, l’ambiance prend une tournure inhabituelle, pendant que Scofield dévoile progressivement une personnalité plus âpre, les vrais pourris se remettent en question, et l’œuvre tranche involontairement dans un constat sur la nature humaine à coup de références au pouvoir et à l’argent. Une prise de position étrange dans ce qui était annoncé à la base comme un simple divertissement.
Ce changement de cap sera vite recalé vers la saison 3 où le terme "violence" est mise en avant comme jamais, à l’inverse de l’intrigue tarabiscotée qui parasite un sujet au demeurant passionnant. A la suite de plusieurs confrontations et d’un dernier coup de théâtre, Linc est finalement acquitté mais Scofield se retrouve écroué à SONA, une prison Mexicaine digne du New York 1997 de Carpenter. Mahone, Bellick et T-bag retrouvent Scofield par un concours de circonstances dans ce lieu quasiment apocalyptique où les occupants sont livrés à eux-mêmes et à la loi du plus fort. La série revient donc à ses origines avec un l’avantage d’avoir un ton plus libre permettant une mise en avant de l’animosité propre de l’homme. Dommage qu’une pirouette scénaristique des plus improbable implique Scofield dans une préparation d’évasion pour sauver un de ses occupants, mais cette fois sans l’aide de son tatouage.

Prison Break
 


LA MÉMOIRE SUR LA PEAU
Ce tatouage dont l’importance s’efface au fil des épisodes un peu comme la fausse bonne idée qu’on se résigne à abandonner. Cadré sous tous les angles possible et en gros plan dans chaque épisodes de la première partie, il ne sera qu’évoqué dans la seconde et complètement ignoré par la suite. Pourtant, il représente à lui seule le sacrifice que le héros a du subir pour suivre le destin qu’il s’est dessiné au sens propre comme au figuré. Chacun des motifs qui le composent annonce tel un pouvoir surnaturel, un avenir proche et fantasmé, reproduisant un peu plus le schéma du super héros. Il est d’autant plus dommage que cette idée mieux développée aurait pu se transformer en une allégorie sur l’émancipation et le dépassement de soi. Mais elle se contente d’être qu’une idée visuelle et spectaculaire plutôt qu’un symbole viscéral et psychologique. Elle est à l’image de la série, un concept rentre dedans mais creux, dont les rares déviances ne parviennent pas à camoufler la modeste teneur d’une œuvre juste distrayante, qui ne trouvera le ton juste que lors de ses rares séquences réalistes et intimistes.

A l’heure ou les prises de risques des certaines productions sont mises en avant, Prison Break ne peut convaincre un public à force de jouer sur une ambiguïté improvisée sacrifiant un pitch prometteur. Pour le moment, la saison en cours montre des signes de faiblesse et risque de tomber dans le dernier piège que X-Files n’a pu éviter : un final précipité et confus. Espérons qu’une certaine lucidité s’emparera des auteurs pour que ce dossier soit clos avant qu’il soit refilé aux affaires non classées.


PRISON BREAK
Réalisation : Bobby Roth, Kevin Hooks, Dwight Little, Bret Ratner (pilote)
Scénario : Zack Estrin, Nick Santora, Karyn Usher, Matt Olmstead
Production : Paul Scheuring, Dawn Parouse
Interprètes : Wentworth Miller, Dominic Purcell, Veronica Donovan, Robin Tunney, Peter Stormare, Amaury Nolasco, Wade Williams, Sarah Wayne Callies, Jr Marshall Allman, Robert Knepper, Rockmond Dunbar, William Fichtner, Robert Wisdom…




   

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