Rogue One: A Star Wars Story

La paix des clones

Affiche Rogue One: A Star Wars Story

Quand Star Wars (La Guerre Des Etoiles) sort sur les écrans américains en mai 1977, George Lucas est un jeune cinéaste prometteur après deux premiers longs-métrages, THX 1138 (1971) et American Graffiti (1973).


C'est suite au succès d'American Graffiti que Lucas commence la rédaction d'une vaste saga de space opera, The Star Wars, sous la supervision de sa femme, Marcia Lucas. Monteuse réputée, Martia Lucas s'est formée avec le fameux Walter Murch et a fait ses armes sur Les Gens De La Pluie, Votez McKay, Alice N'Est Plus Ici et les premiers films de son mari. Son travail avec Verna Fields sur American Graffiti lui valut une nomination à l'Oscar du meilleur montage (Fields le remportera deux ans plus tard pour Les Dents De La Mer). Maîtrisant les éléments nécessaires à un récit de cinéma, Marcia Lucas juge sans concession le travail de son mari qui emmagasine une grande quantité de matière pour son space opera. Mais les premières ébauches de The Star Wars restent beaucoup trop laborieuses et absconses à l'image de ces premières lignes : "This is the story of Mace Windu, a revered Jedi-bendu of Ophuchi who was related to Usby C.J. Thape, a padawaan leader to the famed Jedi". George Lucas, peu confiant, demande conseil à ses amis et collaborateurs Francis Ford Coppola, John Milius, Brian De Palma, Hal Barwood, Matthew Robbins, Steven Spielberg et Gary Kurtz.
Kurtz est un producteur touche-à-tout formé à l'école indépendante sur les films de Monte Hellman (La Mort Tragique De Leland Dum, Macadam A Deux Voies) et chez la société de production American International Picture où il rencontra Coppola. C'est par l'entremise de ce dernier que Kurtz travailla avec Lucas pour qui il fut une aide précieuse lors de la production d'American Graffiti. C'est Kurtz qui encourage un Lucas féru d'anthropologie à s'imprégner d'études de mythologie comparée et des travaux de Carlos Castaneda, Claude Lévi-Strauss, James George Frazer et Joseph Campbell.

Rogue One: A Star Wars Story

Le synopsis de Lucas évolue à mesure que se succèdent les nombreuses lectures et réunions avec ses camarades auteurs, puis avec les responsables de la 20th Century Fox sous l'impulsion du trentenaire Alan Ladd Jr., inspiré producteur qui sera à l'origine de Alien, Blade Runner et Braveheart. Personne à la Fox ne croit au projet, si bien que les négociations pour obtenir un budget en adéquation avec l'ambition de Lucas sont compliquées. D'autant qu'échaudé par ses précédentes expériences, le cinéaste est obnubilé par une seule chose, comme le racontera l'avocat Tom Pollock : "Chaque fois que nous avons fait un marché, il a consisté à échanger des dollars contre un peu plus de contrôle, car c'est ce que George a toujours voulu. Le contrôle."
Le récit de ce qui se nomme désormais Star Wars se resserre autour d'un seul héros, Luke Skywalker, qui n'apparaît plus après trente pages (!) d'aventures de deux robots perdus dans le désert, conséquence heureuse de l'insistance des amis cinéastes de Lucas pour que le script dévoile le protagoniste plus rapidement. Dans le second jet, Skywalker est un étudiant menant une vie agréable dont l'unique but est de sauver son père. Lucas et Gary Kurtz comprennent que le cœur du récit souffre d'une réelle motivation, de l'appel de l'aventure pur comme le définit Campbell dans Le Héros aux mille et un visages. Avec le troisième jet, Lucas opte pour la voie allégorique de la "réunion au père" du parcours campbellien et délaisse l'arc concernant la famille du héros principal. Un plan iconique devant deux soleils couchants et une bribe de message d'une princesse dans le premier acte serviront à amorcer cet appel. Mais pour justifier pleinement qu'un simple message suffise à décider le héros à se lancer dans sa quête, il lui faut ensuite tout perdre. Ce qu'il advient avec la mort de son oncle et de sa tante. Autre conséquence de la voie mythologique, le mentor, incarné par le personnage d'Obi-Wan Kenobi, doit aider le héros puis disparaître afin de le laisser se réaliser. Marcia Lucas suggère donc de tuer Kenobi sur l'Etoile Noire à la fin du deuxième acte. Dans le but d'alléger un récit visant à introduire un univers complexe, Lucas et Kurtz délaissent le Kyber Crystal, MacGuffin qui alourdissait le second acte du deuxième jet. La nécessité du Kyber Crystal se justifiait dans son rôle pour équilibrer la Force. Mais suivant les conseils de ses amis lors de ses révisions, Lucas avait traité la Force comme une religion. Il n'avait donc plus besoin d'objet tangible pour illustrer ce concept abstrait. Toujours pour permettre au public d'adhérer au mieux à cet univers, Lucas et Kurtz se passent de tout artifice scénaristique (flashbacks, inserts, visions…) pour expliquer les divers backgrounds, et préfèrent opter pour l'évocation.
Dernier point à résoudre, le revirement du personnage de Han Solo, contrebandier égoïste et contrepoint à la naïveté du protagoniste principal, qui devait paraître assez crédible pour ne pas parasiter la construction dramatique. Lucas et Kurtz ne pouvaient le mettre en danger par une soudaine bascule de ses convictions. C'est par l'écriture en amont du personnage, par la préparation via son besoin d'argent, ses fuites en contradiction avec sa vantardise, son attrait pour la princesse et sa confrontation régulière avec le héros que s'effectuera ce paiement. Début 1976, George Lucas parvient enfin à produire un script exemplaire dont aucun aspect ne contredit la toile de fond générale mise de côté faute de moyens.

Rogue One: A Star Wars Story

Pour l'époque, Star Wars représente un nombre conséquent de défis techniques, notamment les batailles spatiales. Pour les rendre les plus crédibles possibles, Gary Kurtz et George Lucas s'imprègnent de deux fleurons du film de guerre du moment, La Bataille D'Angleterre de Guy Hamilton et Tora! Tora! Tora! de Richard Fleischer, Kinji Fukasaku et Toshio Masuda. Mieux ! Pour guider les responsables des effets visuels, le producteur et le cinéaste produisent des maquettes vidéo avec des images d'archive de combats aériens de la Seconde Guerre mondiale. Pour éclaircir au maximum les enjeux lors des dogfights, il est décidé de donner à l'antagoniste principal un vaisseau de forme différente. Mais surtout, pour que l'échelle des centaines de maquettes amenées à défiler sur l'écran durant deux heures ne soit pas remise en question par le public, Lucas ouvre son film sur un impressionnant plan qui montre un vaisseau gigantesque remplir l'écran.
Inquiet à l'idée que l'univers de son film sonne faux, Lucas s'éloigne de l'esthétique de la BD Flash Gordon dont il s'inspirait et initie la mode du Used Future à la suite d'Alerte Satellite 02 de Roy Ward Baker (1969) et de Silent Running de Douglas Trumbull (1972). Un des principes de mise en scène et de direction artistique consiste alors à traiter tous les éléments de cet univers comme s'ils étaient extrêmement communs. Chaque choix de Lucas et de son équipe préside à compenser l'exotisme et le merveilleux du décorum par une approche rationnelle voire classique : musique symphonique, visages familiers pour les leaders de chaque camp (Alec Guiness et Peter Cushing), cadrages invoquant le western, relations entre le trio principal héritées de la screwball comedy, etc.

Rogue One: A Star Wars Story

Star Wars sort aux USA le 25 mai 1977. Son immense succès surprend tout le monde, et Lucas en premier lieu. Le travail de sape effectué par Gary Kurtz auprès du public concerné, celui des conventions d'informatique, de BD et de SF, s'avère payant. Lucas comprend qu'il aura la possibilité de raconter la suite de son histoire, et bien plus. Star Wars engendrera très vite des téléfilms, films, livres, comics, jeux vidéo et deviendra une des franchises les plus lucratives d'Hollywood. En octobre 2012, Walt Disney Studios rachète la franchise à George Lucas pour la somme de 4,05 milliards de dollars.

Rogue One: A Star Wars Story est un film de la franchise Star Wars.





ROGUE ONE: A STAR WARS STORY
Réalisateur : Gareth Edwards
Scénario : Chris Weitz & Tony Gilroy d'après une histoire de John Knoll & Gary Whitta
Production : Kathleen Kennedy, John Knoll, Simon Emanuel…
Photo : Greig Fraser
Montage : Tony Gilroy, Colin Goudie & Jabez Olssen
Bande originale : Michael Giacchino
Origine : USA
Durée : 2h14
Sortie française : 14 décembre 2016




   

Commentaires   

 
0 #1 jb le mardi 20 décembre 2016 à 14:17
Excellent article. ceci dit vous auriez pu citer squadron 633 dans les films de guerre ayant influencés Starwars, notamment l'attaque de l'étoile noire.
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0 #2 Obi le mardi 20 décembre 2016 à 14:55
Article fantastique que j'avais déjà lu 658 fois.
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0 #3 Oto-Harry le mercredi 21 décembre 2016 à 10:02
Article génial, mais je ne vois pas bien en quoi on parle de Rogue One ici? Thanks!
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+3 #4 Geoffrey le vendredi 30 décembre 2016 à 00:04
Citation en provenance du commentaire précédent de Oto-Harry :
Article génial, mais je ne vois pas bien en quoi on parle de Rogue One ici? Thanks!


C'est un exercice de style. En encensant Star Wars, en pointant tout ce qui fonctionne et en fait un film "exemplaire", l'auteur descend Rogue One sans jamais le nommer.
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