Captain America : Le Soldat De L'Hiver

Garder le cap

Affiche Captain America : Le Soldat De L'HiverCaptain America est de retour sur grand écran. On peut déjà se satisfaire que le personnage se garde d'être aussi horripilant que ceux que l'on a pu subir jusqu'à présent, ou qui se profilent à l'horizon (The Definitely Not Amazing Spider-Man 2, au hasard).


Le premier film consacré à
Captain America, signé du solide Joe Johnston, constitue le haut du panier bien maussade des récentes productions estampillées Marvel. Sans être une tuerie digne de Del Toro ou Raimi, notamment à cause d'un dernier acte expédié, le film de Johnston parvenait à faire exister son héros dans un univers correctement élaboré, construisant patiemment sa personnalité tout en questionnant le caractère propagandiste de l'imagerie dont il est affublé. Cette séquelle, moins discursive, enchaîne à un rythme plus soutenu les péripéties mais sait rester intrigante, notamment par la confrontation de l'idéalisme du soldat Cap America aux manigances du directeur du S.H.I.E.L.D. Nick Fury, ainsi qu'en personnifiant les fantômes du passé du héros et de la Guerre Froide par le biais du Winter Soldier. On peut toutefois regretter que l'attachement de l'icone à son passé soit expédié en rendant visite à son amour de jeunesse, désormais décati et alité, lors d'une scène qui confine au risible. Plus intéressante est la séquence le voyant arpenter et s'imprégner d'une portion de musée consacrée à l'époque de ses exploits, seul moyen pour cet homme déraciné de se ressourcer et ne pas perdre pied. Des images d'archives comme autant de souvenirs encore frais dans sa mémoire, notamment la perte de son partenaire et ami Bucky Barnes.

Captain America : Le Soldat De L'Hiver

Le scénario, inspiré en grande partie du run d'Ed Brubaker débuté en 2005 qui a relancé un Cap' moribond, fut confié à Anthony & Joe Russo, qui livrent une adaptation visuellement convaincante. Les deux frères s'en sortent même mieux que le pourtant expérimenté Shane Black qui n'avait pu donner la pleine mesure de son talent sur Iron Man 3. Sacrée gageure pour des frangins pas forcément taillés pour une si grosse production, n'ayant signé que Bienvenue A Colinwood et Toi Et Moi… Et Dupree, plus familiers du format télévisuel (Arrested Development, Community). Certes dénué de génie, le résultat final reste plus qu'honorable. Pourtant, c'était très mal embarqué.

Les dix premières minutes font même craindre le pire par leur niaiserie, voyant Steve Rogers engoncé entre ses deux futurs coéquipiers, Sam Wilson aka Le Faucon (Anthony Mackie) et Natasha Romanoff aka La veuve Noire (Scarlett Johansson). Ce n'est que lorsque Cap America lance une black op' contre un groupe de mercenaires que le film montre un peu d'allant, et d'action confuse à cause d'un découpage parfois hasardeux, aspect qui aura heureusement tendance à s'améliorer au long du métrage.

Alors que le premier opus mettait le Captain face à un conflit aux enjeux bien définis, cette suite l'embringue dans un combat qu'il ne maîtrise pas, aux lignes de démarcation indiscernables : dans sa volonté d'augmenter la protection des citoyens, le S.H.I.E.L.D. a mis au point trois appareils à la puissance de feu incommensurable, capables de détecter et surtout d'éliminer les potentielles menaces à la sécurité d'Etat. Une version Tonnerre De Feu de Minority Report. Un projet que tente de s'approprier l'ennemi historique Hydra, qui a par ailleurs infiltré l'organisation de Fury. Rogers va donc naviguer en eaux troubles et sera même pourchassé par le commando qu'il dirigeait jusqu'à présent, faisait peser un climat paranoïaque rapidement éclairci à coups de balles et explosions dantesques. On était venu pour ça mais il est dommage que la duplicité suggérée de la Veuve Noire n'ait pas été suffisamment exploitée. Néanmoins, ce personnage est enfin traité avec minimum de caractère, et non plus par sa plastique avantageuse comme ce fut le cas dans Iron Man 2 et Avengers.
Mais production Marvel oblige, il fallait bien qu'un des personnages agisse à l'encontre de ce qui le définissait sur le papier
. C'est le cas du charismatique Soldat de l'Hiver, aux apparitions limitées mais à fort impact : décrit comme un maître de furtivité, fantôme dont l'existence réelle est sujette à caution, le Soldat de l'Hiver n'entre en scène que pour dézinguer au grand jour à la vue de tous à coups de sulfateuse et de bazooka. Comme parangon de discrétion, on repassera. La révélation de son identité pâtira de ce développement hâtif et cahin-caha, ne provoquant pas le même bouleversement que dans les comic books


Captain America : Le Soldat De L'Hiver


Avec l'arrivée du Captain à notre époque, on pouvait craindre un choc culturel prononcé où l'inadaptation de ce super hibernatus aurait donné lieu à nombre de situations et gags (vu la mouvance actuelle des prods Marvel, cela n'aurait pas été étonnant). S'il subsiste quelques répliques et situations parasites (Romanoff essayant à tout prix de jouer les entremetteuses, quelques bons mots du sidekick Sam Wilson qui tombent à plat), ce deuxième opus s'avère être un spectacle plutôt détonnant et étonnant par ses scènes d'action généreuses agréablement troussées, et par son propos sur la difficulté à différencier une organisation terroriste (Hydra) d'une officine gouvernementale vouée à la sécurité du peuple (le S.H.I.E.L.D) tant leurs modes d'actions et objectifs poursuivis peuvent parfois se confondre. Ce qui permet de formaliser une opposition remarquable entre Cap' et les valeurs fondamentales qu'il représente, valeurs qui, en ce 21ème siècle naissant, n'ont plus cours. Bien que le scénario de Christopher Markus (déjà à l'oeuvre sur le Johnston) ne joue pas la carte de la confrontation de ce surhomme contemporain avec les fondements mythologiques des USA, l'approche choisie permet tout de même d'instiller quelques problématiques pertinentes sur la place d'un tel héros suranné.

Captain America : Le Soldat De L'Hiver


Cela s'y prêtait d'autant plus que ce Captain America 2 se pare de l'ambiance des jeux de pouvoirs et de complots. Certes, on est loin d'une version super-héroïque des Hommes Du Président ou des Trois Jours Du Condor mais cela reste plus stimulant que les aventures conventionnelles et souvent bas du front des autres super slips. L'effort est d'autant plus louable qu'il chamboule le statu quo : enfin les positions évoluent (remise en cause et même déboulonnage de Nick Fury, Cap America fugitif et ébranlé par son passé, S.H.I.E.L.D. au bord de l'implosion), enfin les enjeux osent se doubler d'une valeur métaphorique (les mesures sécuritaires et liberticides du Patriot Act - conséquences du 11 Septembre - se voient âprement combattues par la Sentinelle de la Liberté).
Ce n'est pas encore la Panacée, mais il faut saluer le minimum de sérieux avec lequel est traité le personnage sur ses deux films, installant Captain America comme la franchise récente la plus plaisante à suivre.




CAPTAIN AMERICA: THE WINTER SOLDIER
Réalisateur : Anthony & Joe Russo
Scénario : Christopher Markus & Stephen McFeely d'après le run de Ed Brubaker et d'après des personnages créés par Joe Simon et Jack Kirby
Production : Kevin Feige, Victoria Alonso, Mitchel Bell, Louis D'Esposito, Alan Fine...
Montage : Jeffrey Ford
Photo : Trent Opaloch
Bande originale : Henry Jackman
Origine : Etats-Unis
Durée : 2h16
Sortie française : 26 mars 2014




   

Commentaires   

 
0 #1 Christophe le mardi 20 mai 2014 à 20:13
Pas très sympa, les spoilers...
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