Iron Man 3

Black micmac

affiche Iron Man 3

Alors que Avengers clôturait ce que Marvel Studio a baptisé phase 1 des adaptations ciné de ses héros dessinés, Iron Man 3 lance la phase 2.

Au vu du résultat, elle s’annonce aussi peu folichonne que la première même si ce troisième opus est tout de même plus réussi que le second (pas trop dur sachant que même Avengers fait mieux, c’est dire).

Pourtant, la perspective de voir Shane Black en charge du destin de tête de fer couplé à une bande-annonce laissant entrevoir plus de cinégénie que dans les deux épisodes précédents semblait assurer d’un bon film de super-héros en plus de remettre en selle le scénariste star des décennies 80 et 90. Au moins le carton du film au box-office mondial permettra de relancer sa carrière en espérant qu’il puisse concrétiser des projets plus personnels et qu’il ne se contente pas de recycler ses items et motifs favoris.

Sachant qu’il était impliqué dans la franchise dès le numéro un en étant responsable pour une bonne part de la réussite des deux premiers actes (en tant que script doctor / consultant) son approche pour ce film reste pour le moins timorée. Sans être trop exigeant, Iron Man 3 est relativement distrayant alors qu’il avait le potentiel pour être bien plus. Surtout si l’on s’en tient à son intention telle que rapportée par David Fakrikian sur le site de Premiere : "Il y a une réelle baisse de qualité dans les films de super-héros. C'est donc irrésistible, pour moi, de venir balancer une boule dans ce jeu de quilles, de remuer un peu cette mélasse, ou tout au moins, vous présenter mon opinion de ce que ces films devraient être..."
On est tout de même loin du compte malgré quelques idées réjouissantes (mais non développées), bien qu'on devine par endroits l’indéniable patte de Black.

Iron Man 3


La nouvelle menace que doit combattre Tony Stark est encore une fois liée à son passé et n’est pas circonscrite à sa seule personne puisque des attentats à la bombe sévissent sur le territoire national et sont revendiqués par le terroriste appelé le Mandarin. Après que son fidèle Happy en ait été victime, le plongeant dans un coma accueilli avec soulagement par le spectateur qui n’aura pas à subir trop longtemps ce personnage, Stark défie alors médiatiquement le leader terroriste (Happy joue donc ici l’élément déclencheur de la vindicte superhéroïque tout aussi inepte que la "mort" de l’agent Coulson pour les Avengers) qui va réagir prestement en réduisant à néant sa villa à flanc de côte dans une attaque d’hélicoptères du plus bel effet, laissant pour mort le héros ainsi déchu. A cela s’ajoute le virus Extremis aux propriétés explosives développé par Aldrich Killian (une vieille connaissance de Stark mais aussi de Pepper Potts).

Comme le dit l’adage, plus le méchant est réussi meilleur est le film. Si Killian est plutôt bien caractérisé, bénéficiant en outre de l’interprétation de Guy Pearce, il n’en est pas de même de l’inexistant Mandarin, coquille vide servant tout juste les utilités. Le problème ne vient pas du fait qu’il n’a plus rien à voir avec le vilain de carnaval aux dix bagues aux pouvoirs mystiques du comics (la coproduction du film avec la Chine explique sans doute l’abandon de ce cliché du péril jaune) mais que la satire d’une grille de lecture sous l’angle du choc des civilisations théorisé par Samuel Huntington qu’est censé illustrer le personnage soit si peu soignée et surtout inopérante de par la légèreté de son traitement. Shane Black a toujours eu un goût prononcé pour la démystification mais cette version triviale (peut être une volonté de Kevin Feige ?) est pour le moins déconcertante. De même, Killian perd nettement en charisme dans les derniers instants du climax lorsqu’il éructe que c’est effectivement lui le bad guy le plus recherché du moment, ce que Stark et les spectateurs savent depuis un bon moment déjà.

Iron Man 3



Dérouille et d’os
Si dans le fond, le propos est plutôt intéressant, la forme laisse clairement à désirer. Ainsi, si on peut facilement pardonner à Black ses limites de mise en scène (notamment dans le climax particulièrement brouillon et confus où seules les interventions de Rhodes sans armure, celle, expéditive, de Pepper et l’idée de faire passer Tony d’armure en armure sont un tant soit peu excitantes), après tout ce n’est que son deuxième film en tant que réalisateur et le premier avec de grosses scènes d’action, le scénario pétri d’incohérences et la narration manquant de liant (les saynètes se succèdent sans rythme, tentant vaguement une construction serialesque ou pulp) sont pour le moins étonnant de la part de Black (même s’il n’est ici que co-scénariste).

D’autant plus que l’orientation plus noire et désespérée qu’il tente d’insuffler est peu développée puisque les éléments les plus perturbants sont rapidement délaissés ou dénaturés. Le scénariste a toujours eu un penchant pour les héros sur la corde raide, de Riggs le suicidaire à Samantha Caine la psychotique schizophrène d’
Au Revoir A Jamais, en passant par Joe Hallenbeck l’épave dépressive, Harry Lockhart de Kiss Kiss Bang Bang catalysant les principes de Black en la matière. Ici, il fait emprunter cette voie à Tony Stark au fond du gouffre après l’attaque de son domicile et souffrant en sus de crises d’angoisse liées à son exploit dans le vortex menaçant New York dans le final de Avengers. Ces dernières le font redoubler d’acharnement dans la confection de multiples versions de son armure, quitte à délaisser son amour Pepper Potts et privilégier le perfectionnement de Mark 42. Ce qui donne d’ailleurs lieu à la meilleure scène du film car totalement inhabituelle, où l’armure en question protège le sommeil agité de son maître en se saisissant de Pepper.
Dans le même ordre d’idée, peu avant, lors d’un test pour faire fonctionner le costume protecteur sans y être enfermé, l’armure semble avoir un mouvement de tête autonome vers Pepper morigénant Tony, laissant augurer des dysfonctionnements passionnants. Malheureusement, on en restera aux intentions (il est vrai qu’entre le Robert Downey Jr show et la mainmise du studio sur cette grosse machinerie, la marge de manœuvre de Black est relativement mince, mais tout de même). Et les crises d’angoisse resteront à l’état d’élément décoratif résolu par les conseils d’un gamin de onze ans dans une séquence au comique involontaire embarrassant.

Iron Man 3


Un sidekick juvénile comme guide dans la réalité renvoyant à celui de Last Action Hero mais sans parvenir à la cheville de Danny Madigan. On retrouve également d’autres gimmicks de Black, le fait que l’action se déroule au moment des fêtes de Noël, la relation buddy-moviesque entre Rhodes et Stark, la faconde de Tony rappelant celle de Joe Hallenbeck dans une mauvaise posture similaire… C’est bien sympa, nous avons droit en outre à quelques bons mots mais on ne peut se satisfaire d’un tel traitement a minima. Impossible de parler d’empreinte sur ce film mais plutôt de l’ombre de l’aura d’excellence de Shane Black.

Autre problème de taille, le manque d’iconisation d’Iron Man. Le sauvetage des passagers de l’avion bazardés en plein ciel est très réussi et montre toute la dimension héroïque de
shell-head mais se voit quasiment annihilée par le twist en fin de séquence. De plus, c’est Pepper Potts qui démontre les meilleures dispositions pour l’exercice dès lors qu’elle revêt une armure ou qu’elle se trouve bardée de pouvoirs. A ce propos, la résolution de cette donnée qui ouvrait pourtant d’énormes possibilités pour les suites est carrément indigne puisque expédiée en deux phrases off.

Enfin, on ne s’appesantira pas sur la version chinoise du film comprenant quatre minutes supplémentaires qui est indépendante de la volonté de Black et dénote d’un esprit marchand particulièrement irrespectueux (placement produit en ouverture, intégration artificielle d’acteurs locaux célèbres).

Si Iron Man 3 est plus sympathique et distrayant que le précédent film ne justifiant pas l’ire acerbe de certains cinéphiles l’envoyant patauger dans la même fange, il ne faut pas non plus tomber dans l’excès inverse et surévaluer les quelques mérites du film sous prétexte que l’on a de l’affection (et j’en ai énormément, si, si !) pour Shane Black. Autrement dit, qui aime bien châtie bien.


4/10

IRON MAN 3
Réalisateur : Shane Black
Scénario : Drew Pearce & Shane Black basé sur des personnages créés par Stan Lee, Jack Kirby, Don Heck et Larry Lieber
Production : Victoria Alonso, Jon Favreau, Kevin Feige, Stephen Broussard...
Photo : John Toll
Montage : Peter S. Elliot & Jeffrey Ford
Bande originale : Brian Tyler
Origine : USA/Chine
Durée : 2h10
Sortie française : 24 avril 2013

 

 

 

 

 




   

Commentaires   

 
+1 #1 The Last Geek Hero le vendredi 10 mai 2013 à 23:54
Dis-donc l'Ouvreuse, on dirait que vous n'aimez pô trop les films avengers !
Mais comme vous, j'ai beau aimé Shane Black, on sent encore que le type est là en mode automatique comme les autres réal' avant lui. Et oui, en effet, Jon Favreau comme base des motivations du héros, j'ai trouvé un peu léger en terme d'implication.. .
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0 #2 Klaark le lundi 13 mai 2013 à 09:41
"La nouvelle menace que doit combattre Tony Stark est encore une fois liée à son passé et n’est pas circoncise…"

Euh… "circonscrite" vous vouliez dire, non?
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0 #3 nicco le lundi 13 mai 2013 à 14:12
Effectivement.
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