Le débat par Roselyne Bosch

Du travail de pro

Affiche La Rafle

"Je me méfie de toute personne qui ne pleure pas en voyant le film. Il lui manque un gêne : celui de la compassion."

Le film dont il est question est La Rafle. L'auteur de ces propos tout en nuance est la réalisatrice elle-même, Roselyne Bosch.


En promo dans le dernier numéro du magazine Les Année Laser, la cinéaste et ancienne journaliste règle ses comptes avec les historiens et critiques ayant émis des réserves sur son film :

"Certains historiens, qui ne sont pas de "grands esprits", étaient amers de n'avoir tout simplement pas été sollicités par nous en tant que consultants. Un journaliste en particulier, qui avait écrit un livre sans le moindre retentissement sur la question des enfants déportés, s'est montré assez abrasif. Mais moi je n'étais pour rien dans son échec. Il se trouve que La Rafle était "coupable" d'avoir réussi là où lui avait échoué, et ça l'a rendu féroce."


Tout l'argumentaire de Bosch pour défendre son film reposant sur l'aigreur évidente de ses contradicteurs, "amers" de ne pas avoir rencontré le même succès qu'elle, il était tout à fait logique que dans la foulée elle s'en prenne aux spectateurs rejoignant les avis des spécialistes sur la faiblesse cinématographique de son film.

Peut-être que les spectateurs sont eux aussi amers d'avoir échoué où Roselyne Bosch se convainc d'avoir réussi ?


"On pleure devant La Rafle parce que... on ne peut que pleurer. Sauf si on est un "enfant gâté" de l'époque, sauf si on se délecte du cynisme au cinéma, sauf si on considère que les émotions humaines sont une abomination ou une faiblesse. C'est du reste ce que pensait Hitler : que les émotions sont de la sensiblerie. Il est intéressant de voir que ces pisse-froid rejoignent Hitler en esprit, non ?"


Hitler is amused
 

Pour Roselyne Bosch (et une partie de la critique), la réception d'une œuvre est obligatoirement subordonnée à son sujet (lire notre critique). Selon son raisonnement, tous les films sur la rafle du Vel d'Hiv devraient donc faire pleurer dans les chaumières. Filez un caméscope au premier quidam venu, mettez-le sur le décor de La Rafle, le résultat vous fera chialer, c'est la cinéaste qui l'affirme.
Il faut comprendre Roselyne Bosch, en s'attaquant à un sujet si noble, la réalisatrice pensait sûrement être à l'abri de tout grief et faire définitivement autorité médiatique en matière d'Holocauste. Tout ce que Art Spiegelman ne voulait pas après Maus en somme. Mais les deux artistes n'ont visiblement pas le même sens de la modestie.


Ainsi tout spectateur restant insensible au traitement guimauve et racoleur de l'auteur se voit jumelé à l'esprit hitlérien. Pas très étonnant à une époque où le Point Godwin semble avoir été inventé pour les intellectuels français de ce début de siècle : François Bégaudeau (lire ici), Bayon de Libération (un exemple parmi tant d'autres), Yann Moix (qui compare une encyclopédie libre à la Gestapo), BHL (lire Tous Nazi ! sur Le Monde Diplomatique) et tant d'autres célébrités multi-diffusées et multi-répétées qui, à coups de vilenies rhétoriques, sèment l'idée qu'être en désaccord avec eux et leur pensée est au pire du nazisme, au mieux de l'aigreur.


Dans un climat si épanouissant pour les débats en tout genre, nous préférons rire de l'ironie qui résulte de voir une réalisatrice d'un film sur la rafle du Vel d'Hiv évoquer la génétique pour conspuer une partie de la population et faire l'apologie d'une pensée unique. Sa pensée unique.

Nazi



   

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