La Vengeance Dans La Peau

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Affiche La Vengeance Dans La Peau

Et si finalement nous l'avions notre Die Hard 4 ? Mis à part un McClane sans humour, The Bourne Ultimatum est, dans l'intention, le descendant de Die Hard 3 que les spectateurs étaient en droit d'attendre.


On loue la décision des producteurs, Doug Liman en tête, d'avoir engagé Paul Greengrass pour mener à bien les volets 2 et 3 de la saga Jason Bourne. Car Liman s'essayant en vain à singer le style "pris sur le vif" des séries TV en vogue, sur un film ça va, sur trois... 
Journaliste de formation, Greengrass aime le réel et les faits divers ; son projet de cinéma s'inscrit donc dans une logique non pas de reconstitution (le terme lui-même est antinomique de "réel"), mais de re-création. Il n'y a qu'à voir le souci documentaire de
Bloody Sunday et Vol 93 pour s'en rendre compte. Mais bien au-delà de ces arguments publicitaires, la re-création de Greengrass passe par un style naturaliste brut de décoffrage, fait de caméra à l'épaule, de zooms et de dézooms, et surtout par un impressionnant travail de montage gavé de cuts et de sur-cuts dans le but non pas de donner la sensation superficielle de "pris sur le vif" mais pour insuffler à ses bandes la charge émotionnelle ressentie par les protagonistes. Et Greengrass sait, comme tout bon cinéaste, que l'émotion ne naît pas en balayant son décor et ses comédiens avec sa caméra en tremblotant. Non, l'émotion naît de la manipulation, donc du montage.

En s'attaquant aux aventures du tueur amnésique, Greengrass laissait de côté l'émotion purement dramatique pour le stress. Si
La Mort Dans La Peau laissait entrevoir le potentiel de Greengrass dans le genre, sa suite devient un ride de 110 minutes totalement surdécoupées mais lisibles. La séquence d'introduction est un modèle du genre : chaque plan, mouvement et raccord est pensé pour donner l'information en un minimum de temps, imposant un rythme au spectateur que celui-ci se sent obligé de tenir car il a précisément vu et compris que suivre ce rythme lui sert à assimiler ce qui se passe. C'est exactement l'inverse qui se produit avec les métrages aux cadences effrénées dans le seul but d'en mettre plein les yeux sans que leur metteur en scène ne se soucie un instant de la compréhension de l'action. 

Dans
Die Hard 4, les caméras de surveillance offraient aux spectateurs de meilleurs points de vue que les caméras de Wiseman. Une séquence s'en rapproche dans La Vengeance Dans La Peau lorsque Bourne claque un 48 hits combo contre six adversaires à la gare de Londres, la différence étant que toute l'action est suivie au plus près et se révèle être une délectation pour les yeux tant elle est correctement découpée, chorégraphiée et montée, Greengrass ne se servant du plan d'ensemble de surveillance comme simple conclusion, n'en ayant pas eu besoin pour faire passer l'essentiel. Et là où Wiseman avait besoin d'un hélico, d'un avion de chasse, d'une centrale, d'un pont autoroutier et d'une totale refonte des lois de la physique pour faire naître l'ennui, Greengrass n'a besoin que des jambes de Damon, de deux motos et quelques voitures pour confectionner trois séquences d'action d'envergure. Que ce soit le cache-cache à Londres, le Daredevil-like à Tanger ou la course poursuite en voiture à New York, toutes marquent par leur durée, leur inventivité et leur tension, exacerbée par l'âpreté de la réalisation, la violence des chocs, la précision furieuse du montage et le score cardiaque de John Powell.

La forme "documentaire" du métrage (terme repris partout même si on voit rarement vu des docus filmés ainsi mais bon…) née en fin de compte d'une abstraction puissante des outils du cinéma, renvoie donc à notre bon vieux
Die Hard 3, le film d'action néo-réaliste de McTiernan. Ce dernier effectuait une progression formelle et narrative de l'action vers le réel à travers son triptyque Die Hard, Last Action Hero et Die Hard 3. Chez Greengrass, l'intention n'était sûrement pas identique, mais il faut noter une évolution dramatique en trois temps au sein du récit : dans un premier temps, lors de la séquence à Londres, le spectateur a le point de vue de Bourne et de ses ennemis dans leurs bureaux de la CIA qui suivent, comme le spectateur, les événement sur des grands écrans. Dans un deuxième temps, les agents de la CIA ne suivent la séquence de Tanger qu'à travers des informations abstraites et textuelles, ils n'ont plus le son et l'image. Enfin, à New York, ils prendront eux-mêmes part à l'action. Ceci participe à restreindre à chaque fois la distanciation des spectateurs avec le récit,les personnages menant directement au cœur de l'action et de manière invisible un public qui a de moins en moins de "zone de repos" pour reprendre son souffle.
Mais faire un tel parallèle est hasardeux, comme si tout cela était réfléchi, comme si Bourne, lors de la séquence de la gare de Londres, ne manipulait pas, ne mettait pas en scène un personnage pour tromper ses ennemis, alors spectateurs des événements par caméras interposées. 


7/10
THE BOURNE ULTIMATUM    
Réalisateur : Paul Greengrass
Scénario : Tony Gilroy, Scott Z. Burns & George Nolfi d'après le roman de Robert Ludlum
Production : Doug Liman, Frank Marshall, Patrick Crowley…
Photo : Oliver Wood
Montage : Christopher Rouse
Bande originale : John Powell
Origine : USA

Durée : 1h59
Sortie française : 12 septembre 2007

 




   

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