Machete

Désespérado

Affiche Machete

En le choisissant comme bouc-émissaire idéal de la tentative d’assassinat d’un sénateur républicain, ils se sont attaqués au mauvais mexicain. Pas de chance, c’est également le mauvais mexicain qui réalise…


Parmi les faux trailers caviardant en 2007 le double programme Grindhouse de Tarantino et Rodriguez, celle consacrée à Machete avait immédiatement suscité un enthousiasme débordant puisqu’en 2mn30, elle ressuscitait avec panache le charme bourrin des films d’exploitation des seventies. Trois ans après, Machete le film est une réalité et entérine le fait que Rodriguez devrait se contenter de filmer des bandes-annonces. La profusion de gueules cassées et burinées, de belles pépées, de violence graphique et décérébrée dans un film donnant enfin la vedette à Danny Trejo, cultissime éternelle seconde lame (de machette…ho, ho, ho), semblait pourtant l’équation parfaite pour donner un savoureux plaisir déviant. Au final, sans son compère Tarantino dans les parages, Rodriguez livre une bande poussive. Mais est-ce vraiment une surprise ?

Machete

L’idée de centrer un film entier sur une armoire à glace chicanos, violente et mutique a germé dans l’esprit de Rodriguez dès Desperado, première incursion jouissive dans la série B pétaradante, qui montrait déjà Trejo dans la défroque d’un personnage sans nom au buste constellé de lames sagement rangées et prêtes à être lancées. Depuis, il n’a eu de cesse de faire jouer Trejo devant sa caméra, attendant le moment propice pour en faire la vedette. Malheureusement, Machete s’avère être un parfait exemple de la fausse bonne idée car aussi badass soit-elle, une fausse bande-annonce gonflée en long métrage perd inévitablement de sa superbe, d’autant plus lorsque cette entreprise est confiée à ce laxiste de Rodriguez. Ce n’est d’ailleurs pas qu’une question de talent car sans préjuger du résultat final, difficile d’envisager avec confiance le traitement similaire qui sera opéré sur les trailers de Don’t d’Edgar Wright et Thanksgiving d'Eli Roth. Surtout s’ils se contentent d’étirer sur la longueur un concept parfaitement adapté pour une très courte durée.
Mais ça, Rodriguez s’en contrefout royalement. Résultat, il a toutes les peines du monde à relier entre elles les minis séquences préalablement tournées. Et oui, il réutilise le canevas famélique et la puissance évocatrice de sa bande-annonce d’origine (B.A de 2007 Versus B.A de 2010) et meuble comme il peut avec des séquences finalement déconnectées de l’intrigue principale et ne retrouvant jamais le délire roboratif de son introduction. A retenir néanmoins, l’incroyable séquence nawak qui voit Machete démastiquer du badguy dans un hôpital et s’échapper en sautant par la fenêtre, suspendu aux intestins de l’un d’eux préalablement éventré

La distanciation avec le genre est parfois tellement prononcée que Machete est à la limite de la parodie cynique. Machete coupe des bras, des têtes, tue beaucoup de gens avec application, tombe les meufs d’un simple rictus de son visage grêlé (un pouvoir de séduction aussi improbable que le sex appeal incensé de Wil Ferrell dans Very Bad Cops) mais Machete envoie aussi des textos (pardon, il improvise) et s’avère un aficionado du rayon outillage puisqu’on le voit, entre autres, menacer un garde du corps avec un rotofil.

Machete
 


Bien sûr, il reste le plaisir de pouvoir admirer Trejo plus que les quelques minutes qu’on lui accorde habituellement mais Rodriguez n’en magnifie jamais la présence, se reposant essentiellement sur le charisme monolithique de son interprète fétiche. Il fait de même avec le reste d’un casting pléthorique et prestigieux, comptant avant tout sur le background des acteurs pour leur donner une certaine épaisseur. De sorte que leurs personnages se réduisent à de simples caméos censés activer les connaissances et la reconnaissance des spectateurs. Des coups de coudes adressés au public pour toute ambition artistique. D’accord, nous sommes en présence d’une série B qui ne se prend pas la tête, qui se doit d’être fun et décomplexée mais un minimum d’implication est tout de même requis. Car quel plaisir peut-on prendre à voir De Niro se ridiculiser lorsque son personnage de sénateur échappe à la vigilance de ses geôliers en sautant comme un kangourou, les mains sur les genoux alors que seules celles-ci sont menottées ?
Oui, c’est toujours sympa de voir ou revoir des acteurs générallement remisés au placard ou au second plan comme Don Johnson, Cheech Marin, Steven Segal, Jeff Fahey (le seul à s’en tirer honorablement), d’apprécier la plastique des starlettes Jessica Alba, Michelle Rodriguez et Lundsay Lohan mais cela ne va pas plus loin. Rodriguez tente de suivre le sillon tracé par Tarantino sauf que ce dernier se souciait vraiment de renouveler ou transcender l’image d’acteurs oubliés ou sur le déclin (Jackie Brown est sans doute le plus bel exemple de ce genre de résurrection). QT aime profondément ses personnages. Rodriguez les trouve cools et basta. Alors pour compenser, il va truffer son films de références plus ou moins obscures (le perso d’Alba se nomme Sartana comme le héros de western spaghetti, Michelle Rodriguez est affublé d’un bandeau sur l’œil pour rappeler à la fois Elle Driver de Kill Bill et / ou la vengeresse de Crime A Froid, Lohan déguisée en nonne armée d’un shotgun renvoie à L’Ange De La Vengeance de Ferrara) qui ne caractérisent jamais les protagonistes. De simples clins d’œil illustratifs n’ayant pour seul but que d’habiller le grand final qui, ainsi, ressemble plus à un grand barnum qu’à un véritable climax. Une conclusion bâclée et confuse qui vire au grand n’importe quoi sous prétexte de délire gonzo. Et qui se la joue petit bras avec son duel à l’arme blanche, entre Saumon Agile et le méxicain enragé, expédié en trois plans.

A l’instar d’Une Nuit En Enfer, Boulevard De La Mort ou Planète Terreur, Machete veut rendre hommage au cinéma d’exploitation mais se contente d’une patine visuelle illusoire et singe ce qu’il était censé célébrer. Et bouffe même à tous les râteliers, tentant de remplacer l’absence de Tarantino, pour chapeauter l’ensemble, par des affiches promotionnelles rappelant son chef-d’œuvre absolu.

Machete / Inglourious Basterds
 


Le scénario essaye tant bien que mal de donner, sinon de l’ampleur, du moins un contexte politique et social intrigant avec en point de mire l’immigration clandestine des mexicains qu’il s’agit de contrôler, notamment en édifiant une barrière électrique le long de la frontière, mais là encore Rodriguez démontre son désintérêt total puisque cet enjeu ne sera plus qu’un vague écho. En même temps, que Rodriguez soit capable de livrer un film de la trempe de District 9 où le fond et la forme se nourrissent harmonieusement et efficacement l’un l’autre tiendrait du miracle.

Aussi bancal par endroit soit-il, La Horde de Benjamin Rocher et Yannick Dahan remplit et assume parfaitement son office de distraire avec entrain son public. Soit exactement ce que rate dans les grandes largeurs Machete.
Et dans le genre hommage respectueux et hilarant à la gloire de la blaxploitation, n’oublions pas le Black Dynamite de Scott Sanders sorti presque incognito en début d’année 2010. Et si ce dernier pourrait presqu’être considéré comme le Frankenstein Junior du cinoche d’exploitation, Machete, lui, en est le Scary Movie. En ce début décembre, pour voir du vrai cinéma qui tâche, qui en fout plein les mirettes, ce n’est pas dans l’une des confortables salles de vos multiplexes qu’il fallait aller mais dans l’accueillante cinémathèque de Toulouse qui s’adonnait du 30 novembre au 4 décembre à sa 12ème édition du festival Extrême Cinéma. Vous auriez pu appréciez entre autres l’inédit et génial Sex Addict (Bad Biology en VO) de ce frappadingue de Frank Henenlotter (Basket Case) qui pour le coup retrouve toute sa démesure et sa verve passée grâce à la verge démesurée de son héros.
Pourtant, c’est bien Machete qui nous l’a mis profond !

3/10
MACHETE
Réalisateur : Robert Rodriguez & Ethan Maniquis
Scénario : Robert Rodriguez & Alvaro Rodriguez

Production : Robert Rodriguez, Rick Schwartz, Tom Proper, Alan Bernon…
Photo : Jimmy Lindsey
Montage : Rebecca Rodriguez & Robert Rodriguez

Bande originale : John Debney & Carl Thiel

Origine : USA

Durée : 1h45

Sortie française : 1er décembre 2010




   

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