Oh my God, they've killed ****! You bastards! "Il était une fois dans une France occupée".
Ce qui devait être à l’origine le titre d’Inglourious Basterds sera finalement le nom attribué au premier chapitre du dernier film de Quentin Tarantino. La note d’intention est là, sous nos yeux, d’autant plus évidente qu’elle ornait déjà les différentes affiches promotionnelle. "Il était une fois… ". Bienvenue dans l’univers du conte, de la fable, de l’allégorie. Bienvenue dans un récit cinématographique. Loin du film de guerre bourrin ou du drame historique auquel le contexte narratif aurait pu nous préparer, Tarantino préfère plier la Seconde Guerre Mondiale à son univers. Les affrontements entre nazis et soldats américains / anglais ne seront pas prétextes à des fusillades spectaculaires (celles-ci sont bien présentes mais ne représentent que de fulgurants climax) mais bien à des joutes verbales où les mots font office d’armes. Yakusas, gangsters, nazis... C’est un peu la même chose finalement : seule compte la figure purement cinématographique et iconique. Et quoi de plus iconique qu’un bon vieux western ? La séquence d’ouverture, longue d’une vingtaine de minutes, synthétise à la perfection l’ambition du cinéaste. Dans une campagne française sublimée par le format Scope, une jeune fille étend du linge à sécher. Quelque chose d’invisible semble soudain attirer son attention. Elle écarte un drap faisant office de rideau théâtral et dévoile une troupe allemande à quelques centaines de mètres. La musique d’Ennio Morricone, reprenant un bouleversant motif au piano de Beethoven, alourdit l’ambiance. Le père de la jeune fille, coupant du bois tel un Charles Ingalls bienveillant, ordonne à ses enfants de rentrer à l’intérieur de la maisonnée. On pense aussitôt aux prémisses de l’attaque du ranch de La Prisonnière du Désert , référence d’autant plus évidente qu’un plan montrant une des jeunes filles refermant une fenêtre renvoie explicitement au lyrisme de John Ford. Quelques instants plus tard, c’est à la présentation de Setenza dans Le Bon, la Brute et le Truand que l’on songe. Même arrivée menaçante (le cow-boy est remplacé par un colonel SS), même présence de la famille à l’arrière-plan, même confrontation centrale entre deux hommes autour d’une table.
D’une rigueur exemplaire dans son découpage, cette séquence va établir la menace absolue que représente le terrifiant Hans Landa par une lente inversion des rapports de force entre l’allemand et M. LaPadite, le français interrogé. D’abord présenté comme maître de sa demeure, M. Lapadite et ses filles cernent d’abord l’officier SS qui a pris soin de laisser ses hommes dehors (chaque changement de cadre prend la peine de laisser au moins une fille à l’arrière-plan). La conversation sera ensuite mise sur un plan d’égalité une fois les jeunes demoiselles mises dehors, ne laissant plus que deux hommes face à face. La conversation de routine suit son cours, M. LaPadite se mettant à son aise en fumant la pipe. Le malaise s’enclenchera véritablement grâce à un travelling circulaire qui va inverser la position des deux hommes dans le champ. Le français, jusque là constamment à gauche de l’écran, se retrouve à droite, le SS passant quand à lui de la droite à la gauche (il allumera ensuite sa propre pipe, ne laissant plus aucun doute quant à sa véritable emprise sur les lieux). Tarantino en profite alors pour faire monter d’un cran la tension en dévoilant sous le plancher une famille juive cachée. La déstabilisation opère par petites touches jusqu’à l’explosion de violence finale. Outre la précision de la mise en scène, il y a dans ces longues minutes de tension une utilisation absolument effarante d’audace du langage. Là où les conventions hollywoodiennes ont instauré un anglais systématique dans tout film historique se déroulant en Europe, Tarantino s’amuse en commençant sa séquence dans la langue de Molière. Un français est interrogé par un allemand, ils parlent logiquement français. Mais voici soudain que l’officier SS déplore avoir épuisé tout son vocabulaire et propose de poursuivre la conversation en anglais puisque M. LaPadite en a quelques notions. Ce qui passe d’abord pour une pirouette typiquement américaine se révèlera finalement être un piège linguistique redoutable, Hans Landa choisissant une langue que la famille juive cachée ne connaît pas afin de ne pas les alerter et mieux les pièger.
Les mots ont souvent fait office d’armes chez Tarantino. On se souvient ainsi de l’épilogue de Pulp Fiction ou encore du chapitre final de Kill Bill qui résolvaient des situations de conflits par la parole, quand bien même les protagonistes tenaient dans leurs mains des flingues ou des sabres. Plus que jamais, c’est bien la maîtrise des langues qui permet aux personnages d’exercer leur domination sur les autres. Allemand, anglais, français et même italien : c’est parce qu’il sait parler ces quatre langues à la perfection qu’Hans Lanza est aussi dangereux. C’est parce qu’il existe une multitude d’accents qu’un Basterd déguisé en SS manque d’être démasqué. Et c’est parce qu’il ne parle absolument pas italien que le lieutenant Aldo Raine se trahit lors du chapitre final. Les mots peuvent tuer, en fonction de la personne qui les utilise (rarement un verre de lait, une cigarette et un strudel auront paru aussi angoissants). Mais il y a un langage qui est plus puissant que tous les autres : celui du Cinéma. "Pour être efficace, la propagande ne doit absolument pas paraître voulue. Dès l’instant où l’on prend conscience de la véritable nature d’une propagande, elle perd toute efficacité ". Cette citation de Goebbels, ami proche d’Hitler et Ministre de la Propagande sous le IIIème Reich, rappelle à quel point la sémiologie de l’image peut être dangereuse selon la finalité qu’on en fait. Rien de surprenant alors à ce que Tarantino multiplie les allusions aux œuvres de propagande nazies, de la comparaison des juifs aux rats véhiculée en 1940 par le film Der Ewige Jude aux allusions récurrentes à George Wilhelm Pabst (L’Enfer Blanc du Piz-Palu est cité plusieurs fois). Mais si dangereux soit le pouvoir de ces images universelles, elles peuvent être retournées contre leurs propres instigateurs pour peu qu’on parvienne à les décrypter. Ainsi, si Kill Bill plaçait le Cinéma au cœur de sa réflexion sur la victoire de l’imaginaire (Tarantino y tuait symboliquement son père grâce à sa culture cinématographique) et si Boulevard de la Mort s’achevait sur le triomphe de nénettes accros des vieux drive-in (elles tuaient le boogeyman parce qu’elles possédaient une connaissance cinéphilique que n’avait pas le premier groupe de filles assassinées sauvagement), Inglourious Basterds va encore plus loin puisqu’il souligne la toute puissance du cinéma capable de changer l’Histoire. La jeune juive en quête de vengeance tient un cinéma diffusant des œuvres subversives (des affiches de Clouzot sont présentes à l’arrière-plan), le soldat allemand amoureux ne remarque sa funeste promise que parce qu’elle s’occupe de la façade de sa petite salle de projection, c’est la nature hautement inflammable des bobines en nitrate qui est destinée à brûler vifs les nazis, c’est une actrice, un projectionniste et un critique de film qui sont au cœur d’une vaste opération Kino destinée à faire s’effondrer le IIIèm Reich… Pas de doute : Tarantino croit au pouvoir allégorique du 7ème Art, témoin cette fabuleuse blague en rapport avec King Kong . Aussi utilise-t-il son uchronie pour se livrer à la véritable catharsis d'un traumatisme universel. En effet, 2h30 durant, les nazis vont endurer le rôle traditionnellement tenu par les juifs et inversement. Les numéros tatoués deviennent des croix gammées taillées sur le front, les fours crématoires de la Shoah deviennent un brasier purificateur lors d’un final dantesque que n’aurait pas renié le Brian De Palma de Carrie … Toute la dernière partie du film opère d’ailleurs comme un miroir déformant tendu à la face du spectateur : alors que les nazis se marrent bêtement devant Fierté de la Nation (un faux film de propagande dans lequel un allemand dézingue des alliés à la pelle), le public d’Inglourious Basterds jubile en assistant au massacre totalement fou de nazis emportés en Enfer. Le danger serait alors de prêter à Tarantino une idéologie fasciste à travers son audacieuse inversion entre victimes et bourreaux. Mais comme il nous le rappelle une dernière fois, tout ceci n’est que du western spaghetti, qu’une lutte entre des cow-boys nazis et des indiens juifs. Le personnage d’Eli Roth est surnommé Ours Juif, la bande de Brad Pitt scalpe du nazi à tour de bras, Mélanie Laurent se dessine des peintures de guerre avec son maquillage avant de mener son ultime combat… Le manichéisme s’estompe, tel que Sergio Leone l’avait fait en revisitant les conventions du western dans les années 60. Un nouveau monde est né dans le sang, dans la vengeance, dans le mensonge. Les héros sont tous des Enfoirés violents (voir la campagne promotionnelle assimilant chaque figure héroïque du récit à un Basterd ), l’uniforme SS n’est qu’un costume trop facile à enlever pour celui qui veut réécrire l’Histoire en s’attribuant la gloire, la haine entraîne une vengeance autodestructrice ("Au revoir, Shoshanna ")… Après que la Conquête de l’Ouest est devenue le dernier grand mythe du 20ème siècle, Tarantino aurait-il fait de la Seconde Guerre Mondiale le premier grand mythe à défricher du 21ème ? Si c’est bien le cas, alors la dernière phrase prononcée par Brad Pitt se révèlerait on ne peut plus juste : Inglourious Basterds est peut être bien son chef-d’œuvre. INGLOURIOUS BASTERDS Réalisateur : Quentin Tarantino Scénario : Quentin Tarantino Production : Lawrence Bender, Harvey & Bob Weinstein... Photo : Bob Richardson Montage : Sally Menke Bande Originale : Ennio Morricone Origine : USA Durée : 2h36 Sortie française : 19 Août 2009 1 Posté par geouf le 27 août 2009 à 08:15 | Je suis donc le seul à ne pas avoir réellement accroché au film et à n'y avoir vu qu'une très longue intro (3 chapitres et demi sur 5) de personnage quasi inexistants? Je ne renie pas certaines qualités au film (l'intro comme tu le dis si bien est magistrale), mais pour une fois j'ai trouvé certains dialogues réellement interminables (je sais que c'est le reproche que l'on fiat le plus souvent à Tarantino, mais cette fois je l'ai vraiment ressenti). On passe les deux tiers du film à attendre que celui-ci se mette en place et finisse par commencer, un peu frustré par le peu de présence à l'écran des Basterds (on ne sait quasiment rien d'eux au final). On a droit à des purs moments de comédie, la dernière partie est très belle, la scène du bar est extraordinaire de tension, mais Tarantino foire tous ses climax émotionnels: on se contrefiche de la mort de ses personnages (alors qu'il nous avait presque fait pleurer sur la mort de Bill dans Kill Bill). Donc perso je reste sur ma faim...
2 Posté par raphaelB le 27 août 2009 à 08:56 | geouf : non tu n'es pas seul. Je suis sorti content de la salle, mais plus j'y pense, plus je rejoins ton avis. Ton papier est d'ailleurs fort bien vu.
3 Posté par Noonsa le 27 août 2009 à 09:27 N'étant pas fan de Tarantino, aurais-je encore moins d'attention à supplier le peuple de ne pas jeter l'opprobe sur les spectateurs moins réceptifs à son cinéma que l'ensemble des médias? Je sais, j'n'apporte par là aucune vision du film, mais l'idée même que la critique publique s'excuse de ne pas aimer un Tarantino ou tout oeuvre de cinéaste encensé mécaniquement m'insupporte. Ne vous excusez pas, ne pondérez même pas. Pour autant, la critique de L'ouvreuse donne diaboliquement envie de se précipiter au cinoche pour un film dense. Me concernant, j'irai le voir en espérant pouvoir faire abstraction du vedetarriat d'une part, et en espérant que cette iconographie glamour sert un cinéma de valeur plutôt... disons autre chose.
4 Posté par geouf le 27 août 2009 à 09:28 | Merci Raphael, tu me rassures un peu (et merci pour le compliment sur mon papier)! J'essaierai tout de meme de lui donner une seconde chance un de ces jours... En fait, je crois que le film m'a fait un peu le meme genre d'effet que les deux suites de Matrix: stimulant intellectuellement mais manquant d'implication emotionelle. Et moi il me faut de l'emotion ! Peut-etre aussi que je ne l'ai pas vu dans les bonnes conditions: salle bondee, mauvaises places au fond de la salle sur le cote, et je venais de sortir de la preview eblouissante d'Avatar...
5 Posté par M. le 27 août 2009 à 11:59 http://www.deluxeavenue.com/typo_erreurs_mr.php
6 Posté par Isokilla le 27 août 2009 à 13:14 Quote: je venais de sortir de la preview eblouissante d'Avatar... Ne cherches pas à trouver des excuses valables ...
7 Posté par geouf le 27 août 2009 à 14:29 | Quote: Ne cherches pas à trouver des excuses valables ... Meuh non, c'etait juste un moyen de placer une fois de plus le fait que j'ai pu assister a cette preview ! Mais plus serieusement, je pense que ca a pu jouer un chouia... Je reverrai Inglourious Basterds en DVD et je verrai bien si mon opinion change (elle n'a pas change apres revisionnage de Death Proof, mais sait-on jamais!).
8 Posté par w3c le 28 août 2009 à 09:36 | J'ai en fait le même avis que geouf et raphaelB : Inglorious Basterds est dans la suite parfaite des autres films de Tarantino (dialogues, musiques, références), mais parfois s'enlise un peu dans les dialogues. Par ailleurs, les scènes de dialogue filmées en travelling à 360° m'ont mis mal à l'aise au sens propre. Il reste bien sûr les très bonnes performances d'acteurs (je rigole encore des minettes venues dans la salle pour "Braaad"), et les moments de violence qu'on aime chez Tarantino (aussi bien les diverses scènes de scalp, que la fusillade dans le bar ou la dernière séquence dans le cinéma).
9 Posté par Ddx le 28 août 2009 à 09:37 | Bon décryptage. En parlant d’Indien, il faut noter l’hommage au western allemand (western choucroute qui permettra l’émergence du western spaghetti) avec l’évocation de Winnetou, l’indien mythique du cinéma allemand (joué par le français Pierre Brice, demeuré inconnu dans l'hexagone en dépit de sa célébrité Alain-Delonienne outre-Rhin). Une saga Winnetou dont la naïveté volontaire avait pour but, d'ailleurs, d’apporter de la légèreté à un peuple allemand emprunt au sentiment de culpabilité post-nazisme.
10 Posté par pau le 28 août 2009 à 23:35 D\'accord avec pas mal de coms. Fan du sieur Quentin, je pressentais la déconvenue dès la bande-annonce et son ton tarantinien complètement en décalage avec le sujet. Ce style très iconique, outré, délibérément toc et jouissif, outrageusement cinématographique, et auquel j\'adhère volontiers d\'ordinaire, ici paraît très mal adapté au contexte choisi, la Seconde guerre mondiale. Certes, il est louable d\'adopter un ton neuf et une vision un peu loufoque d\'un thème archi-balisé. Mais du coup, le film n\'est pas crédible une seconde, pour faire pédant, il ne provoque jamais la suspension d\'incrédulité si nécessaire à l\'empathie. Je me contrefoutais, du début à la fin, du sort des personnages et tout autant de leur mort. De même que les effets habituels, l\'esthétique pop pour les noms de nazis apparaissant à l\'écran, les débauches d\'hémoglobine grand-guignol, les autoréférences (musique de Kill Bill au moment où Shoshanna est emmenée à la réception nazie), sonnent faux, tant ils ressemblent à des réflexes ou à des appels du pied aux fans (wéé une musique de western, wéé un gros plan gratos sur un strudel). Bref, je ne reproche pas à Tarantino d\'être fidèle à lui-même, je trouve juste qu\'il aurait pu éviter de transformer les nazis en guignols, nous infliger une scène gratuite de discutaille de complot chez les anglais pour étaler grossièrement sa culture (ce qu\'il fait d\'habitude avec finesse), et même couper dans ses dialogues. De sa part il proprement scandaleux de se fader un échange hurlant d\'artificialité, entre Mélanie Laurent et son mec, parlant d\'éliminer les plus grands leaders du IIIème Reich comme de réparer la chaudière, parce que le tuyau fuit, et merde ça va bien maintenant. Les scènes réellement réussies sont celles avec l\'incroyable Waltz, et à mon sens les deux véritables pics du film sont la magnifique exposition et la confrontation avec le pied (toujours...) de Diane Kruger. Deux vrais moments de tension. Quelques moments drolatiques avec les Basterds (excellent Brad), mais ils sont sous-exploités et expédiés comme quasiment toute la galerie de persos. Et surtout, cette fameuse inversion, très finement vue par la critique, entre les juifs et les nazis, paroxystique avec la scène finale du four crématoire, m\'a parue grotesque, de mauvais goût, vaine, déplaisante, vraiment complètement à côté de la plaque. Bref, c\'est sans doute subjectif, mais l\'humour potache et les délires trash ne marchent pas pour moi dans ce film. En plus de ses failles plus objectives, comme le peu de profondeur des personnages et les facilités ponctuelles. Après je reconnais que l\'amour du verbe, de la langue exacte, du jeu avec les accents, est la thématique la plus passionnante du film, et la seule réellement aboutie. La réflexion sur le cinéma plus-fort-que-l\'histoire m\'ayant laissée sceptique tant elle était appliquée à la truelle. Voilà, désolée de la redondance et de la longueur du propos (hommage au film, peut-être ) mais je me permets de disconvenir : ce n\'est pas son chef-d\'oeuvre.
11 Posté par Lord Henry le 30 août 2009 à 12:37 ha je suis pas le seul a avoir trouve ce tarentino moins bien que les autres, enfin a la sortie du ciné c'est ce que je me suis dit apres en y repensant, il y a quand meme des passages exellents, mais j'ai trouvé l'ambience moins bien rendue que celles des autres films alors c'est peut etre un probleme culturel, avec la france comme décor c'est peut etre moins dépaysant que les etats unis il faut aussi signaler la tache faite par shoshana, en tout cas l'actrice qui l'interprete, on avait presque un casting tres bon, mais mettre une cruche comme ca au beau milieu et ruiner la coherence alors c'est bien gentil de coller des acteurs francais, mais si c'est pour prendre des mauvais -_-
12 Posté par Thibault le 01 septembre 2009 à 03:00 Tarantino me fait un drôle d'effet. Je frémis à la plupart de ses films,je m'envole devant un Kill Bill, je me suis littéralement levé pour applaudir à la fin de la séance du "Boulevard de la mort" (Véridique). Son derniers opus n'échappe à la règle. Capable d'allier la maîtrise narrative à une profonde réflexion tant sur le cinéma que sur le pouvoir de l'image et du langage, porté par des situations savoureuses et des personnages typés sans être trop archétypés, un scénario inattendu et pourtant parfaitement cohérent, ce film est une foutue merveille. J'ai envie d'y retourner. 3 ou 4 fois tiens. Je regretterais une chose. Juste une chose: Les dialogues de Mélanie Laurent sonnent comme faux.
13 Posté par Zug le 01 septembre 2009 à 10:19 Pau : "Ce style très iconique, outré, délibérément toc et jouissif, outrageusement cinématographique, et auquel j\'adhère volontiers d\'ordinaire, ici paraît très mal adapté au contexte choisi, la Seconde guerre mondiale." Pourquoi demeurer si mal à l'aise dès lors qu'un réalisateur envisage une fiction dans le contexte de la seconde guerre mondiale, de l'occupation nazie présentement ? Tarantino a parfaitement défini son cadre grâce au carton introductif : nous entrons dans son monde où plus que jamais le cinéma s'impose comme une force de résistance, un moyen de lutter sur le terrain idéologique de la propagande, le moyen ultime d'un renversement vengeur. Aucune ambigüité sur ses intentions et pourtant certains parlent de révisionnisme ou d'un manque de sérieux que cette période particulière impose ! Mais QT est loin de traiter son sujet et le contexte par dessus la jambe ou le sourire en coin. Dans l'économie du film et le programme énoncé par cette magistrale ouverture de 20 minutes (et superbement analysée par Méro) Tarantino est tout ce qu'il y a de plus crédible. Et sérieux. Pourquoi un tel contexte imposerait un ton sentencieux ? Peut être est-ce le manque de retenue de Tarantino qui est visé. Mais comment lui reprocher alors que l'on pénètre d'emblée dans une fiction qu'il soumet à sa vision, à sa perception de plus en plus affinée et affirmée du cinéma ? "...une scène gratuite de discutaille de complot chez les anglais pour étaler grossièrement sa culture (ce qu\'il fait d\'habitude avec finesse)..." Gratuite ? Etalage grossier de référence ? QT exprime certes sa cinéphilie par l'intermédiaire de Hicox non pas pour impressionner la galerie mais pour définir la mission et ses instigateurs. La mission s'appelle Opération Kino (cinéma en allemand) ! Hicox est engagé par le général Mike Myers au vu de ses impressionnants états de service qui dans l'univers tarantinien consiste non pas dans des faits d'armes mais dans la capacité analytique dont font preuve ses personnages. Ses deux livres d'analyses critique ont été publiés, c'est ce qui lui vaut d'être considéré comme le plus apte à mener à bien cette mission. Une scène loin d'être gratuite car elle définit le personnage de Hicox qui parviendra dans la taverne à déjouer un temps la suspicion du major de la Gestapo grâce à ses connaissances cinéphiliques. le film est dans son ensemble superbement construit, les 5 chapitres se concluant par de violents climax venant ponctuer la montée en pression progressive des échanges verbaux où la maîtrise sémantique le dispute à une réappropriation et une compréhension de codes purement cinématographiques et où le rire engendré par certaines situations burlesques ne sert pas seulement de soupape mais participe amplement à l'instauration de la tension (la séquence dans la taverne !!). C'est un chef-d'oeuvre dont, à l'instar de celui livré plus tôt par Eastwood avec Gran Torino, on n'a pas encore épuisé la puissance.
14 Posté par raphaelB le 02 septembre 2009 à 19:30 | Oui, mais je crois que ça fait long comme scène, juste pour amener le truc dans la scène due la taverne. Je pense juste que tarantino aime faire parler des personnages "experts", ou croyant l'être. Ça lui plaît. L'intro de reservoir dogs, les girls de bd de la mort, tous discutent de sujets qui nous sont familiers...ou non. C'est une façon d'exposer ses persos. En général ça marche bien, surtout quand Tarantino apporte de l'humour ou "vulgarise" un peu son savoir. Dans le cas de cette scène de IB, humour et vulgarisation sont quand même moins présents, conséquence : je l'ai trouvé aussi un peu longue et gratuite. Peut-être n'était-ce pas l'intention de tarantino, mais l'impression est là. Je suis moi aussi sorti de la salle avec une sensation de malaise. Pas à cause du révisionnisme, je ne tomberai pas dans ce genre de parano. Cela dit, je trouve tarantino parfois peu clair sur son parti pris. Il montre parfois que le nazi c'est aussi un homme avec un enfant, sa vie, tout ça, pas juste un uniforme. C'est bien, mais il retombe direct ensuite dans le gros massacre de tous les nazis confondus. Massacre symbolique, ou en tout cas il le voulait. Mais le fait de dépeindre des nazis plus en demi-teinte dessert ce symbolisme absolu. Et quand la salle applaudit à tout va à la fin du film, je ne peux pas m'empêcher de me sentir mal à l'aise, car le gros massacre final est tout de même choquant, le meurtre du jeune papa aussi, celui du soldat agenouillé dans les bois aussi etc, etc. Sinon je trouve l'entrée du bear jew killer à la batte franchement ratée. La montée d'angoisse est gâchée par un montage trop répétitif (trop de plans sur le trou noir), et surtout ruinée par l'arrivée du bear jew, très décevant formellement. Enfin je m'excuse, mais que nos supers basterds trop fort, qui ont scalpés une centaine de nazis, se fassent dégommer dans une taverne par une bande de jeunots avinés...Je m'excuse, mais moi j'ai halluciné devant la facilité scenaristique de ce massacre (formidablement filmé, là n'est pas la question). Ce n'est tout simplement PAS CREDIBLE, dans le parti pris du film.
15 Posté par the dude le 02 septembre 2009 à 20:44 rien n'est crédible puisque c'est un conte. "one upon a time in france" donc la tuerie de la caverne n'a pas a être crédible.seule l'iconisation , les dialogues et la mise en scène sont à critiquer.
16 Posté par Macfly le 02 septembre 2009 à 20:58 | Facilité scénaristique ? Juste avant cette scène, on peut voir Brad Pitt prévenir au moins trois fois qu'une opération dans une cave est une très mauvaise idée. En plus, il est évident que les Basterds sont aussi bons en action qu'ils sont complètement à la rue en infiltration (dans la scène du bar, c'est l'anglais et l'actrice qui font tout, et dans la séquence du ciné à la fin, ils sont juste ridicules.) Et Je ne vois pas pourquoi on trouverait ça étonnant, puisque c'est dans la suite logique du précédent film de Tarantino. Tout comme Stuntman Mike dans "Boulevard de la Mort", les Basterds, figures machos, sont de plus en plus pathétiques au fur et à mesure que le film avance (excepté à la toute fin, m'enfin bon). C'est sûr que les geeks du forum d'en face qui attendaient un "300 - Le Retour" ont dû être un peu déçus. "quand la salle applaudit à tout va à la fin du film, je ne peux pas m'empêcher de me sentir mal à l'aise, car le gros massacre final est tout de même choquant, le meurtre du jeune papa aussi, celui du soldat agenouillé dans les bois aussi etc, etc." Tu veux des Basterds invincibles trop forts qui défoncent tout, mais dans le même temps tu te sens mal à l'aise quand quelqu'un exulte de voir des Basterds qui défoncent tout. Y'aurait pas un problème ?
17 Posté par Macfly le 02 septembre 2009 à 21:33 | the dude > "People have asked me questions like, is this movie a fairytale. Well, the first thing I wrote was 'Chapter One: Once Upon a Time in Nazi-Occupied France'. So people have then said, 'oh, so does that mean it's a fairytale?'. Well, you know, if you want to look at it that way, then feel free to look at it that way, and I think the movie works quite well in that regard. I personally do not look at it that way. The way I look at it is this - my characters change the course of history. Now, that didn't happen, because my characters didn't exist, but if they had have existed, then everything that happens is actually quite plausible. " Source.
18 Posté par raphaelB le 02 septembre 2009 à 22:01 dude : Conte ou pas conte, tu te dois de créer des évènements crédibles par rapport aux personages que tu construits. Sinon plus aucune histoire n'a de sens, plus aucune histoire n'est immersive. Je ne reproche pas au film de ne pas être réaliste, je lui reproche de ne pas être cohérent vis à vis de son propre univers. (sur une scène hein) mcfly : "Tu veux des Basterds invincibles trop forts qui défoncent tout, mais dans le même temps tu te sens mal à l'aise quand quelqu'un exulte de voir des Basterds qui défoncent tout." ALors ça c'ets vraiment indigne de toi mec. Tu sors des phrases de leur contexte et tu relies deux argumentaires qui n'ont rien à voir (non crédibilité d'une scène d'une part et symbolique mal gerée d'autre part). Un peu déçu par le manque de dialogue entre nous autour de ce film, j'ai un peu l'impresion que la messe est dite et que c'est comme ça,pas autrement. Dommage, y a des choses à discuter pourtant.
19 Posté par Macfly le 02 septembre 2009 à 23:43 | "Un peu déçu par le manque de dialogue entre nous autour de ce film" J'ai répondu à ton objection sur le film. Ca s'appelle un dialogue, non ? Et le fait que la messe soit dite (car oui, la messe est dite : Inglourious Basterds est le meilleur film que j'ai vu depuis très longtemps) ne t'empêche pas de tenter me convaincre qu'elle ne l'est pas. Il ne me semble pas avoir sorti tes phrases de leur contextes. J'ai simplement conclu que si tu prennais le fait que les Basterds se font avoir comme des bleus dans le bar pour une facilité scénaristique (ce qu'il n'est pas, à moins que tu ne rabroues mes arguments cités plus haut au lieu de me reprocher un manque de dialogue), c'est que forcément tu attendais un comportement bien précis de leur part, en l'occurence qu'ils continuent à scalper des nazis pères de familles. D'où mon étonnement puisque tu avouais ton manque d'aise face à un public surexcité juste avant.
20 Posté par pau le 03 septembre 2009 à 09:37 Tout à fait d'accord avec raphaelB. Ce n'est pas parce que le film ne joue pas sur un registre d'exactitude historique, ce que je ne lui reproche pas, on n'est pas chez Arte, qu'il ne doit pas être crédible. > Zug : je n'accuse absolument pas Tarantino de révisionnisme, c'est une fiction, il fait ce qu'il veut et heureusement, en revanche je dis ce que je ressens. On est chez les nazis, sujet rebattu par des centaines de films, donc on sait tous de quoi ça parle. Et je trouve que sa distorsion apportée à l'Histoire n'est pas crédible du tout, donc pas immersive. Je ne peux pas m'empêcher de tiquer quand je vois un Hitler imbécile s'énerver devant ses conseillers pétrifiés, ou Goebbels sourire bêtement quand il se fait féliciter. C'est juste trop facile et potache, et ça invalide ses tentatives d'humaniser les nazis, par le biais du futur papa dans le bar. De même, certains gags sont parfaitement indignes du talent du réal et de son humour habituellement corrosif et subtil : le complice d'Eli Roth qui se vautre dans la rangée de cinéma, pas drôle. Les inserts sur l'inflammabilité des pelloches ou sur les "relations" entre Goebbels et sa pouffe française, ou encore la vision furtive d'un des Basterds en train de se faire fouetter : pas subtil, gratuit, mal amené. Et aggravés par les rires systématiques dans la salle à chaque fois qu'un de ces "trucs" se manifestait à l'écran... Quant à la scène de présentation de la mission Kino (cinéma, oui je sais merci ), je maintiens qu'elle aurait pu être moins bavarde et plus rapide dans son exposition des faits d'armes d'Hicox... D'autant plus qu'on n'a pas le temps de s'attacher à lui, il est expédié aussi sec ! Certes, l'issue violente de la scène de la taverne est finement amenée, mais elle a pour effet d'éradiquer une bonne moitié des personnages qui nous avaient été présentés, sans avoir été approfondis. Du coup toute leur existence au sein du film paraît gratuite et sans intérêt. Alors oui, la thématique du langage est forte, mais les personnages, à part Landa, ne le sont pas. Ils sont esquissés, remplissent chacun une fonction narrative précise (vengeance pour Mélanie Laurent, manipulation pour Diane Kruger, justiciers de la mort pour les Basterds) qui évoque le western spaghetti. Mais tant que le climax de mise à mort n'est pas chargé d'émotion, la violence qui s'ensuit paraît gratuite. Je maintiens que ce film est complètement vide d'émotion, et également dépourvu du côté jouissif de la violence, justement parce que ce fameux contexte historique m'empêche de sourire à un dézingage massif de nazis. En fait, je répète ce qui a été dit, mais je suis aussi d'accord sur le ratage complet de l'arrivée du Bear Jew. La batte qui frappe régulièrement contre un mur, j'ai pensé à Red is Dead et ça m'a instantanément tué la tension ^^Code:
21 Posté par the dude le 03 septembre 2009 à 10:24 pour ce qui est de l'elimination des basterds dans la caverne cela s'explique facilement. les basterds ne sont jamais montrés comme des heros invicibles ! brad pitt à une cicatrice à la gorge. le dernier basterds se fait emprisonner avant de rejoindre le groupe. personne n'est infaillible dans ce film. melanie laurent crève de trouille lorsqu'elle voit landa dans le restaurant ! la cohérence est donc là. c'est un conte sans héros. de ce fait, ils se font dezinguer à n'importe quel moment.
22 Posté par Elgé le 03 septembre 2009 à 11:42 Connaissez-vous les "brigades du Nakam" ? A la fin de la guerre, les brigades du Nakam ("Vengeance" en Hébreu) étaient formées d'un petit groupe de juif européens, presque tous surivants des camps de la mort, se sont jurés de venger l'assasinat de six milions de juifs, alors que les américains se préoccupaient beaucoup plus de combattre le communisme, jusqu'à "sauver" pas mal de SS pour ce faire... Le Nakam tua jusqu'à deux mille criminels nazis... Comme quoi, très loin du "révisionnisme", Tarantino n'a peut-être pas tout inventé...
23 Posté par raphaelB le 03 septembre 2009 à 11:53 | ! spoilers ! mcfly : ok ok, je m'emporte un peu. Je suis juste un peu déçu et étonné par l'enthousiasme monolithique de l'ouvreuse pour ce film. Certaines scènes m'ont vraiment enthousiasmé, mais d'autres méritent honnêtement d'être critiquées. (on parle de "chef d'oeuvre" tout de même !) Je n'attendais pas des basterds invincibles qui ne meurent jamais. Mais ces types qu'on nous présente comme des supers terreurs (hitler les connait quand même merde) et qui ont dézingué plein de nazis ne peuvent pas se faire avoir par de la bleuzaille ivres morte. (le basterd qui a son flingue en place dès le début sur les couilles du ss est un super pro, il aurait du abattre tous les jeunes en un clin d'oeil). Entre parenthèses, le coup des types qui se braquent tous entre eux, ce n'est plus de la référence, c'est du rabâchage. Que les basterds se fassent avoir, je suis très demandeur !C'est même nécessaire (sinon il n'y a pas d'ennemi dangereux, pas de tension). C'est parfois réussi (la fin de diane, pas mal), parfois prévisible (la fin de mélanie), parfois...raté. Que ces types se fassent avoir par un malheureux coup de pas de chance, l'éternel grain de sable, je n'ai aucun problème avec ça, au contraire c'est le seul moyen crédible de les crever. (ou alors il faut un traitre). Mais que le mauvais coup du sort suive une certaine logique interne au récit, sinon...
24 Posté par Macfly le 03 septembre 2009 à 11:55 | pau > "En fait, je répète ce qui a été dit, mais je suis aussi d'accord sur le ratage complet de l'arrivée du Bear Jew. La batte qui frappe régulièrement contre un mur, j'ai pensé à Red is Dead et ça m'a instantanément tué la tension" Bizarre, moi je pense à un autre film... A partir de 1:40. A la seule différence que cette arrivée est mise en scène par les personnages du film eux-mêmes, comme s'ils s'inspiraient du cinéma. "For us it's like going to the movies. ", dixit Aldo.
25 Posté par raphaelB le 03 septembre 2009 à 12:46 | Moi j'ai surtout pensé à l'apparition du trex dans jurassic park !
26 Posté par pau le 03 septembre 2009 à 13:44 Chacun ses interprétations... Effectivement la référence à Leone paraît la plus crédible, ça ne m'avait même pas traversé l'esprit. (bon je me doutais vaguement qu'il ne pensait pas aux Nuls, c'est juste moi et mon esprit malade) Mais la scène de Leone elle-même, en la revoyant, souligne mon propos. Elle est parfaite au niveau tension à cause de ce qu'elle suggère hors-champ, rien qu'avec les bruitages, suivie de l'arrivée théâtrale du maychant. En revanche, chez les Basterds, l'apparition d'Eli Roth n'a pas cette portée dramatique, d'abord parce qu'on le connaît, on l'a déjà vu en simple troufion se faisant invectiver par Brad Pitt. Il n'a pas l'aura du nouveau venu sorti de nulle part. Et surtout, je maintiens, bordel, le bruit répété de la batte n'est pas angoissant parce qu'on sent bien qu'il la frappe contre un mur ! On aurait entendu des vrais bruits sourds, des hurlements, un truc qui évoque un crâne qui s'ouvre, là on aurait eu de la tension, de l'expectative. Alors oui, c'est une mise en scène pour faire flipper le nazi, donc l'artificialité de l'attente est voulue. Mais ça ne fonctionne pas puisque du coup tout est au second degré, les Basterds sont au spectacle, et leur espèce de délectation à confondre film et réalité, moi, me met mal à l'aise et me pourrit l'intégralité de la scène qui n'est plus crédible, tout simplement. (je me répète, mais c'est parce que c'est fondamentalement le problème du film).
27 Posté par feriot le 04 septembre 2009 à 15:10 Un chef d'oeuvre selon moi !!!
28 Posté par Ulysse le 05 septembre 2009 à 19:03 Ce film défonce. Ce qui me fait marrer, c'est que les détracteurs de tarantino vont scruter dans les moindres détails du film et baver leurs critiques sans fond sur du détail, oubliant que si n'importe qui d'autre que Tarantino avait fait ce film, on aurait hurlé au chef d'oeuvre (ou au plagiat eheh)ne serait ce que pour la scène d'exposition. Moi j'hurle au chef d'oeuvre. Outre les qualités divertissantes essentielles, humour, action, suspens, émotion (si si), les qualités esthétiques, photo élégante et magnifiquement datée, interprétation intense, parfaite, musique au millimètre, et la réflexion à la fois érudite et audacieuse sur le ciném, on voit ici l'incroyable capacité qu'à Tarantino de renouveler sa patte à chaque film, de plus en plus mature et abouti, de plus en plus auteur au sens propre du terme. Certains ralent au manque de réalisme, mais personnellement si je vais au ciném c'est (entre autre) pour qu'on me prenne par la main et qu'on m'emmène là ou je n'aurai pas pensé aller, et si on nie cette qualité à Tarantino alors c'est qu'on a rien compris au cinéma. Chacun de ses films réinvente un univers différent, mélancolique et violent, tragicomique et toujours maitrisé, et je dis merci. Et surtout je tiens à renouveler une fois mon amour à Michael Fassbender, qui depuis Hunger me fait toujours un effet de fou.
29 Posté par Christian le 06 septembre 2009 à 16:35 J'ai globalement bcp aimé le film, mais certains points m'ont laissé dubitatifs : comme le très mauvais jeu de Jacky Ido, ou encore le coté factice des décors en extérieurs parisiens (d'autant plus qu'il me semble que Tarantino avait pourtant tourné certains extérieurs à Paris même, et pourtant on peine à croire à ses scènes de rue : j'aurai aimé par exemple qu'elles soient peut être plus animées ou/et introduites par quelques plans plus larges). Je regrette également le manque d'empathie que l'on ressent pour les personnages (notamment pour l'héroïne, dont on se fout tout de même pas mal). De plus je rejoins certains internautes : la scène avec Mike Myers me parait trop longue et assez platement mise en scène. Enfin, je trouve que le film manque de cohérence vers la fin lorsque (SPOILER) on découvre que Hitler et sa clique ne sont protégés que par 2 gardes (on peut constater lors de l'explosion du ciné, qu'il n'y a aucun soldat postés devant). Je n'ai aucun problème avec le parti-pris historique de Tarantino, mais la facilité avec laquelle les basterds accèdent à Hitler m'a carrément fait sortir du film... Mais heureusement les dialogues sont souvent très bons, les jeux de Brad Pitt et Christoph Waltz sont aussi drôles qu'excellents, l'humour fait mouche à chaque fois (aaahh ce plan avec Julie Dreyfus en levrette) et certaines scènes comme celles de la batte ou de la cave sont carrément jouissives. Bref malgré toutes les réserves ci dessus, j'ai hâte d'y retourner :-).
30 Posté par raphaelB le 06 septembre 2009 à 16:41 | Ulysse, je pense que les lecteurs de l'ouvreuse sont tous ou presque des amateurs de tarantino...Et puis là n'est vraiment pas la question. Les gens qui se sont ici exprimés "contre" le film (ceux qui bavent comme tu l'as si élégamment dit) ne se posent absolument pas en "détracteurs de tarantino". Ce n'est pas parce qu'on a des réserves sur un film qu'on globalise sur un réalisateur... "Certains ralent au manque de réalisme". Pas dans les commentaires en tout cas... : "Je ne reproche pas au film de ne pas être réaliste, je lui reproche de ne pas être cohérent vis à vis de son propre univers." (comment 1
31 Posté par Ulysse le 06 septembre 2009 à 17:50 "Pas cohérent par rapport à son propre univers". Who cares ? Tarantino n'est pas là, dans ce film en tout cas, pour livrer un film carré et sophistiqué, à l'intrigue LeCarré-style et béton comme un sujet d'ENS ! Voyez ce film comme une succession de saynettes sans conséquences si ça peut vous faire saisir le peu d'importance qu'à l'intrigue par rapport à l'intense recherche que Tarantino consacre à chacune de ses scènes comme une entité distincte. comment peut on attendre d'un film ou le SS principal est un gamin polyglotte tout excité qu'il soit "cohérent" ? La première scène d'ouverture est déja par elle même complètement fantaisiste, complètement surréaliste ! Des nazis qui laissent une juive s'échapper pour jouer un deuxième round, Bien sur ! lister tout ce qui est impossible dans ce film serait tellement long qu'il faudrait être limité pour ne pas y voir une intention franche de Tarantino.
32 Posté par the dude le 06 septembre 2009 à 18:49 "être limité" ? tu tu tu ! vous vous égarez mon cher ! même si j'ai vue ce parti pris de tarantino à ne pas forcement être ultra-réaliste, je conçois que d'autre ne le voient pas. faites en de même , ou sieur nicco va se jeter sur vous, les griffes en avant ! ( et quand on sait qu'il y a des restes de kebab de 2 semaines sous ses griffes, ça donne pas envie ...)
33 Posté par Halv le 06 septembre 2009 à 19:04 Quote: La première scène d'ouverture est déja par elle même complètement fantaisiste, complètement surréaliste ! C'est un compliment venant de toi, mais merci. Hormis l'astuce surestimée du "je-passe-en-anglais-on-croit-que-c'est-une-facilité-de-style-mais-en-fait-non", cette scène d'intro est un gag. Je passe sur l'arrivée vaguement Monty-pythonesque des nazis sur leurs side-cars, qui mettent trois heures à parcourir 10 mètres. Si tout le film avait été conçu avec ce parti-pris décalé, il aurait sans doute été plus intéressant. Ou drôle, disons. Au moins ça. Mais la scène entière... Jamais amusante, mais à l'inverse glaçante à aucun moment, réaliste à aucun moment, elle ne contribue absolument pas (comme je le lis et le relis de part et d'autre) à rendre les nazis effrayants, et encore moins à les recontextualiser avant de tout faire péter avec la suite. Et la faute en revient principalement au rôle du colonel Landa. Savoir que Waltz a reçu un prix d'interprétation me laisse perplexe. Il en fait à peine moins que Johnny Depp dans Pirates des Caraïbes. A peine. C'est le rôle qui est écrit comme ça, j'entends bien, je suppose que Tarantino s'est dit que ça ferait top dans son film trop lol sur les gros nazis qui puent (parce que sincèrement, malgré toutes les analyses et indulgences possibles, pour moi Inglorious se résume à ça), mais d'où sort ce prix ? Je me désole de cette impression de culte aveugle dès qu'il s'agit de Tarantino. Ses acteurs cabots deviennent fantastiques et bouleversants (non mais Mélanie Laurent, sans déconner, personne d'autre que moi n'a envie de lui coller des baffes quand elle ouvre la bouche ou hausse supérieurement un sourcil ?) et ses délires de gosse des chefs d'oeuvres. Voilà, le film en revient à ça : "on dirait que maintenant ça serait les Juifs qui gagneraient". Tarantino le dit lui-même. Si mes persos avaient existé, l'histoire aurait été différente. C'est dire à quel point il est à côté de la plaque, et à quel point le film peut difficilement être vu autrement que sous cet angle. Je vais prendre Hitler et Goebbels, je vais en faire des gros débiles gesticulants qui vocifèrent de façon ridicule (ça sera trop drôle quand Hitler deviendra tout rouge et postillonnera, hu hu), en face je vais mettre une gentille juive amoureuse d'un noir (ce qui prouvera bien qu'elle sera dans le camp des gentils, et aussi elle fera une moue bien visible quand Landa dira le mot "nègre", comme ça on comprendra encore mieux) et à la fin, youhou, et ben les nazis vont tous crever par le feu (et comme je suis Tarantino, je mettrai ça dans un cinoche, et on dira que l'art c'est plus fort que toi). Tout ça sans aucun recul, sans aucune profondeur, aucune subversion, aucune méchanceté. C'est du pastiche lourdingue (la scène où Landa étrangle Kruger, sérieux, "fear-je-suis-un-psycho-imprévisible" (parce je suis un méchant nazi, t'as vu)), et ça ne véhicule rien, ça ne mène à rien. Je passe sur le fait qu'aucun personnage n'est suffisamment creusé pour qu'il soit attachant, ou ne résume pas en tout cas à un personnage-fonction (on est loin des monstres de charisme qu'étaient Travolta et Willis dans Pulp fiction), et je passe sur les éternels dialogues tarantinesques qui sont toujours axés sur la même mécanique (je t'explique un truc fun auquel personne n'avait pensé avant (like a virgin, l'identité de superman, les écureuils et les rats...) et qui ne semblent plus avoir d'autre intérêt que de rappeler aux fans que "JE SUIS QUENTIN TARANTINO !" On pourra dire ce qu'on voudra sur les 360 références cinématographiques qui meublent le film, et sur le message éclairé aux spotlights "le cinoche est salvateur" (ce que le film énonce mais ne montre aucunement), l'absence de perversion et de prise de hauteur par rapport au traitement, font de ce film une farce primaire sans intérêt, et même pas drôle car mal jouée.
34 Posté par Ddx le 06 septembre 2009 à 20:26 | Cela me chagrine de voir qu'ici non plus les lecteurs ne sont pas foutus d'exprimer leur points de vue et interprétations sans fustiger l'ignorance ou l'aveuglement de ceux qu'ils contredisent. Gratuit, immature et sans intérêt...
35 Posté par the dude le 06 septembre 2009 à 22:26 nicco ! nicco ! nicco ! non mais sérieux ! on a l'impression que halv à vue la même image des nazis dans inglourious que dans les indiana jones ! et la mise en scène ? hein ? qu'est ce que t'en fait ? même ça c'est a mettre aux oubliettes ? allons ! arrêtes de pinailler parceque le film ne tombe pas dans le "fameux" point goodwin ! ( on a l'impression que t'aurais aimé ...)
36 Posté par Ulysse le 06 septembre 2009 à 23:24 Halv, la manière dont tu écris discrédite profondément ton propos, qui n'en avait déja pas franchement besoin. Si j'écrivais mes papiers comme ça, je pourrais faire passer la Ligne Rouge pour Alien Apocalypse, alors reformule tout ça sans jouer l'ersatz de Malausa et peut être que ça deviendra intelligible.
37 Posté par Ulysse le 06 septembre 2009 à 23:27 Tiens, en passant, un ptit truc, cher Halv, a propos de ton "Aucune Subversion"... Montrer un SS intelligent qui assimile en trente secondes King Kong à la traite des noirs, dans un film qui va taper dans la dizaine de millions d'entrée, c'est subversif ; si tu le nies, c'est que tu n'as rien compris à la manière dont fonctionne la censure, la morale et donc la "subversion" aux états-unis.
38 Posté par Halv le 07 septembre 2009 à 01:50 Ulysse, je n'argumente pas moins que toi dans ton post précédent, et je ne fais que donner mon avis sur le film, que j'ai trouvé puéril et globalement mal interprété (j'ai expliqué pourquoi, sans doute avec pas suffisamment de détails, mais je vais pas recommencer - je le vois comme un "on va tuer les méchants nazis et ça sera bien fait pour eux, nananère", et la réaction du public qui applaudit à la scène de l'incendie me donne à penser que je ne suis pas le seul à le recevoir comme ça, il doit donc bien y avoir quelque chose qui déconne aux entournures, quelle que soit l'intention supposée de Tarantino). Au contraire de toi, je pense que si ça avait été réalisé par un autre que Tarantino, hormis peut-être pour certains dialogues (dont effectivement le passage avec King Kong, qui fait mal je te l'accorde), on aurait simplement considéré ça comme une curiosité pas totalement mature, et certainement pas comme un chef d'oeuvre. Quant au fait que je fustigerait l'aveuglement de ceux que je contredis, je parlais surtout du prix d'interprétation de Waltz, pour moi totalement incompréhensible. Le reste c'est du franc-parler, et il ne me semble pas en faire usage de façon plus outrée que vous (mais j'aime bien ça, comprenons nous bien).
39 Posté par nicco le 07 septembre 2009 à 21:11 The dude > Oui ? On m'appelle ?
40 Posté par Zug le 07 septembre 2009 à 22:34 "e le vois comme un "on va tuer les méchants nazis et ça sera bien fait pour eux, nananère", et la réaction du public qui applaudit à la scène de l'incendie me donne à penser que je ne suis pas le seul à le recevoir comme ça, il doit donc bien y avoir quelque chose qui déconne aux entournures, quelle que soit l'intention supposée de Tarantino). " C'est là où c'est fort justement, que Tarantino parvienne à engendrer une réaction dans la salle qui fait écho aux applaudissements des nazis devant le film de propagande "La Fierté de la Nation" !
41 Posté par gotmilk? le 08 septembre 2009 à 11:28 "Montrer un SS intelligent qui assimile en trente secondes King Kong à la traite des noirs, dans un film qui va taper dans la dizaine de millions d'entrée, c'est subversif ; si tu le nies, c'est que tu n'as rien compris à la manière dont fonctionne la censure, la morale et donc la "subversion" aux états-unis." mais bien sûr, comme watchmen est subversif parce quon voit le zizi de docteur manhattan hum hum
42 Posté par Ulysse le 08 septembre 2009 à 21:02 Nan, justement. Si Watchmen est subversif ça sera plutot parce que la fin semble montrer la vraie nature de la Realpolitik adoptée il est vrai aux Etats Unis. Les USA ont une conception différente de la notre de la subversion.
43 Posté par the dude le 09 septembre 2009 à 07:24 mais ce zizi ! ce zizi ! mes chers amis !!!! la plus belle zigounette du cinéma ! ( hormis la subliminale de fight club ...)
44 Posté par Benny le 24 septembre 2009 à 14:49 Nan mais arrétez d'halluciner, ce film, c'est du bas de gamme. C'est pas passkya que des boites pour chien à manger que la paté pour chat devient nécessairement un plat raffiné.
45 Posté par Lord Galean le 21 octobre 2009 à 14:25 en terme de zizi, je pense que tu as dû occulter celui de Munich qui est bien plus intéressant symboliquement que le jouet CGI de Watchmen (fall )
46 Posté par Noonsa le 26 janvier 2010 à 23:18 Quelle surprise de constater que les fans habituels de Quentin Tarantino ou simplement les cinéphiles appréciant le bonhomme n'ont pas su lire Inglourious Basterds comme il se doit. Ou, ces mêmes fans n'ont-ils d'intérêt que les scènes de fusillades et de pan-pan... On ne peut décemment pas parler de mauvais goût tant le film sert la cause humaniste et tant c'est fichtrement bien tourné. L'inversion des rôles pour un sujet puissant est d'une intensité dramatique implacable, offrant des scènes mémorables. Belle trouvaille, belle audace. Sans doute tous ces satanés mots qui forment des phrases dans cette histoire fort singulière auront achevé la patience de quelques-uns. Les crescendos c'est vieux jeu! Peu touché par Tarantino jusqu'à présent, il signe avec IB un petit chef d'œuvre, et l'un des meilleurs films de l'année. Allez, le deuxième...