Harry Potter Et Le Prisonnier D'Azkaban

Lumos !

Affiche Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban

Harry Potter, troisième du nom. Après deux opus laborieux mis en scène par mon cousin de 12 ans (nd L'ouvreuse : ha, le mien est scénariste), le spectateur se demande à quelle sauce il va être mangé, ou plutôt sous quelle couche de guimauve il sera noyé.


Or dès les premières scènes, on voit que quelque chose a changé. Un vrai montage, une vraie mise en scène... Pincez-moi je rêve. Mais non, le film avance et le miracle est bien réel : on regarde du cinéma, du bon.
Le miracle a un nom : Alfonso Cuaron. Celui qui fera plus tard Les Fils De L’Homme (LE film de ce début de millénaire) s’empare de la franchise avec une remarquable intelligence, et place son film à des kilomètres au-dessus du reste de la série. Explications.

Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban
Alfonso Cuaron à la barre


ADAPTATION.
Adapter un livre à succès au cinéma, c’est casse-gueule. Il y a d’un côté la fan hardcore qui a chez elle des posters de Daniel Radcliffe torse-nu et une écharpe des Gryffondor. Elle veut retrouver dans le film chaque personnage, chaque scène, chaque ligne du bouquin. De l’autre, il y a le spectateur qui n’a jamais lu Harry Potter, et qui doit pouvoir regarder le film en comprenant quand même un peu ce qui se passe. Alors, qu’est-ce qu’on garde, qu’est-ce qu’on coupe ?
La vraie question en fait est "qu’est-ce qui fait l’essence de ce livre ?". L’essence de Harry Potter, c’est : une année scolaire par livre dans une école merveilleuse, un monde peuplé de créatures fantastiques, a life less ordinary. La base du succès est là. Ensuite, il faut évidemment un peu de péripéties et de suspense, mais ce qui démarque la série des autres romans fantastiques n’est pas là. C’est bien "le petit monde caché plein de vie dans le monde réel agressif et triste" qui rend l’œuvre attachante.
A ce titre, l’adaptation du Prisonnier D’Azkaban est pertinente : il y a une prise de liberté par rapport à la stricte trame du récit (pour rendre le film plus cohérent), mais un respect scrupuleux et un enrichissement de l’univers magique décrit dans le livre. L’exemple type de cet enrichissement est la scène très courte de la femme de ménage à l’auberge du chaudron baveur. Elle ouvre la porte d’une chambre pour nettoyer, se prend un monumental et cartoonesque rugissement et repart en traînant les pieds. Cela n’existe pas dans le livre, ça ne dure pas plus de dix secondes, mais l’impact suggestif est énorme.
L’univers de Rowling est dépeint par ce genre de petites touches poétiques et/ou humoristiques. Elles ponctuent le film et suggèrent tout le long la richesse du monde magique : elles insufflent l’esprit des livres.


COHERENCE NARRATIVE
Une chose distingue Le Prisonnier D’Azkaban des autres films de la série : le thème particulier du temps. C’est le fil conducteur, la boussole qui emmène le film vers une direction précise.
Il y a d’abord les scènes les plus évidentes : celles du saule cogneur aux quatre saisons. Outre le fait qu’elles apportent une respiration poétique bienvenue dans le récit (une sorte de haïku de sorcier : un arbre sommeille, les feuilles repoussent, l’oiseau morfle), elles servent aussi complètement l’essence de Harry Potter précédemment citée : une année par tome. Le saule incarne ce temps-là.

Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban
Le saule-cogneur à poil sans ses feuilles


Le spectateur est en fait aiguillé sur ce thème central du temps dès le départ : la scène de titre en tic-tac (jour, nuit, jour, nuit, accentué par le zoom/dézoom). On trouve ensuite le coucou dans la scène avec l’horrible famille moldus, puis le temps "magique" dans le magicobus, qui se dilate et se contracte à volonté. On trouvera plus tard le majestueux balancier de l’horloge de Poudlard, qui incarne le temps solaire, mesuré, à respecter.
Un arbre sous plusieurs saisons, des horloges... Ce sont en fait des pré-échos de la grosse scène finale, celle de la boucle temporelle. Voilà pourquoi on nous prépare le terrain tout le long du film : quand cette séquence arrive, on baigne déjà dans la thématique du temps. La cohérence narrative est ainsi préservée, on nous a emmené vers le point culminant du film en exploitant son thème fondateur. Bien joué !

Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban
Ça, c’est une grosse rousse


Un autre thème parcourt également film : celui de la monstruosité et de la transformation physique. De l’infecte tante moldue transformée en ballon, en passant par le livre déchaîné qui se cache sous le lit, les bonbons qui déforment ou le cours de créatures magiques, la galerie est complète. Là aussi, le thème amène le spectateur vers deux moments forts : la transformation du professeur Lupin en loup-garou (et en chien pour Sirius Black), et le combat contre les détraqueurs. Notons le charisme de ces derniers, dont l’arrivée rappelle deux grandes scènes du genre : l’apparition du t-rex dans Jurassic Park, la vision du nazgul penché sur les hobbits dans La Communauté De L’Anneau.


METTRE EN SCÈNE LE MONDE MAGIQUE
On l’a vu, le temps scolaire est une caractéristique importante des livres. Le film respecte et exploite cela en créant des scènes de vie scolaire crédible, qui ornent et servent le récit. C’est par exemple Drago Malefoy qui lance un avion en papier à Potter : suggestion du chahut version sorcier. La scène avance : le papier représente un Harry Potter mis en danger au Quiddistch, et c’est l’amorce de la scène suivante, la périlleuse partie du jeu en question. Voilà une séquence très courte qui fluidifie le récit en enrichissant l’univers. Citons encore le cours de défense contre les forces du mal, qui dynamise le film (séquence musicale rythmée), épate visuellement (effets spéciaux) et emporte le spectateur vers la suite de l’histoire (évocation du professeur loup-garou et du combat contre le détraqueur).

Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban
Drago Malefoy, un petit côté poète refoulé ?


La scène de la pré-rentrée dans les dortoirs est un autre excellent exemple. Potter et ses potes se font une soirée top-déconne dans les dortoirs, en mangeant des bonbons magiques. Cette séquence dit plein de choses. D’abord, elle décrit des ados. Parallèle évident avec les premières soirées bières et drogues du monde réel, c’est une évocation crédible de la jeunesse d’un sorcier. Secundo, c’est une scène de vie quotidienne de Poudlard, le grand intérêt des livres jusqu’ici sous-exploité. Tertio, la caméra qui s’éloigne de la chambre pour basculer vers un extérieur froid et pluvieux annonce des dangers venir. Enfin la scène humanise Harry Potter, qui gagne considérablement en crédit sympathie.
Globalement, tous les personnages gagnent d’ailleurs en crédibilité et en sympathie. Le professeur Lupin met de la musique, Dumbledore utilise poétiquement des métaphores, Hagrid fait des ricochets monstrueux... Il suffit de peu pour étoffer des personnages ! La différence du jeu même des acteurs principaux est étonnante par rapport aux autres films. Le choix de Cuaron d’utiliser des plans longs y est peut-être pour quelque chose. Son sens de la direction et de la mise en scène, sûrement.
Une scène résume assez bien ce génie du metteur en scène. Au début du film, dans la salle commune de l’auberge, Harry Potter rencontre les Winsley qui rentrent de vacances. En un seul plan se succèdent : la suggestion de l’univers magique (la vaisselle qui bouge toute seule, le journal), l’arrivée des personnages principaux (Ron et Hermione), de l’humour (les jumeaux), puis la mise en place de l’intrigue et la naissance d’une menace sur le héros (on apprend l’évasion de Sirius Black). Clair, net et précis.

Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban
Un plan suffit : la scène commence joyeusement, les personnages assis en groupe dans la lumière...Et se termine dans le noir, en un face à face oppressant

 

Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban
 

Pour le reste de la production, c’est du bon (effets spéciaux), du très bon (photographie) ou de l’excellent (musique). C’est important, mais disons que pour un film de ce type c’est presque normal (ce qui n’empêche pas certains réalisateurs de le foirer).
La grande force du film réside surtout dans cette intelligence cinématographique trop rare, cette capacité à imaginer et mettre en scène des séquences efficaces et marquantes, tenues avec cohérence par des fils conducteurs forts.
Au milieu du naufrage cinématographique que représente l’adaptation de Harry Potter au cinéma, ce film fait figure de marginal. Il est étonnant et infiniment regrettable que les producteurs n’aient pas reconduit l’expérience sur un épisode postérieur.


HARRY POTTER AND THE PRISONER OF AZKABAN
Réalisateur : Alfonso Cuaron
Scénario : Steve Kloves d'après le roman de J.K. Rowling
Production : Chris Columbus, David Heyman, Mark Radcliffe...
Photo : Michael Seresin
Montage : Steven Weisberg
Bande originale : John Williams
Origine : GB / USA
Durée : 2h21
Sortie française : 2 juin 2004




   

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