Sur Ecoute - Saison 2

Greek connection

Affiche Sur Ecoute

Franck Sobotka, le chef du syndicat des contrôleurs, a du mal à gérer la pénurie d’activité sur les docks de Baltimore. Aussi se compromet-il avec des trafiquants en faisant passer des cargaisons douteuses.


Une affaire conclue avec un certain Grec tourne mal lorsque un container est laissé sur les lieux. L’agent Bea Russell de la police des docks découvre que la fameuse cargaison contient treize jeunes femmes mortes asphyxiées. Une rivalité de polonais à propos de dons de vitraux pour l’Eglise a déjà attisé les soupçons du commandant Valchek sur Franck Sobotka. Bien décidé à se venger, le beau-père de Prez arrive à dépêcher une équipe pour remuer la merde. Prez parvient à le convaincre de la faire troquer contre l’ancienne équipe de Daniels, à l’exception de McNulty.
Le même McNulty, exilé aux affaires maritimes suite à ses coups d’éclat de la saison 1, découvre quand à lui le cadavre d’une femme près du port. L’affaire va au comté mais il ne l’entend pas de cette oreille et se lance pour objectif de la refiler à la crim’. Les affaires de Russell et McNulty finiront bientôt par converger, plaçant Sobotka et son syndicat dans l’œil du cyclone.
Pendant ce temps, Bunk cherche Omar pour témoigner au procès de Bird et Stringer Bell gère au mieux la situation pour les dealers du West Side en l’absence d’Avon Barksdale. Celui-ci, entre les barreaux, garantit déjà sa sortie.

David Simon et Ed Burns n’ont pas fait dans la facilité pour ce second round. Après une année passée dans le ghetto du West Side à se familiariser avec Barksdale & co, voilà qu’ils nous invitent à placer les écoutes sur les docks avec de nouveaux personnages. L’idée a découlé de la rétrogradation de McNulty à l’unité maritime, mais elle fait sens quand on pense au but des compères qui n’est ni plus ni moins que de nous amener à constater l’étendue de la déchéance du pacte social américain. C’est aussi une manière de lancer aux spectateurs du show que tous les horizons sont ouverts et qu’ils n’auront jamais à s’endormir sur leurs lauriers. Eux savent déjà que la récompense au bout sera au moins au niveau des attentes. Et en terme de récompense, cette fournée dépasse clairement la précédente.
Celui qui est arrivé jusqu’ici se sera habitué au rythme, accoutumé aux procédures et aux manœuvres, ainsi qu’aux bassesses de la hiérarchie. Le jeu continue mais avec de nouvelles parties qui se dévoilent et qui s’imbriquent aux précédentes. On n’abandonne pas les histoires et les personnages de la première saison qui suivent leur cours et qui n’ont plus besoin d’être introduits. La vue sur l’East Side de Baltimore qu’ouvre cette saison permet juste de se déplacer du coté des ouvriers, d’explorer en amont le réseau de la drogue (entre autres) et de se frotter à la criminalité organisée.
Là où on s’enfonçait en première saison dans les quartiers du West Side, on est maintenant assez familiarisé pour tenter un panorama exhaustif de la ville. On a le nez dans le réseau. Mais où qu’on aille, Simon et Burns s’assurent plus que jamais de l’immersion du spectateur. La description à niveau d’homme des ouvriers atteignant en peu de temps le niveau d’authenticité atteint sur le ghetto, on peut vite se permettre de faire des allées et venues constants de l’un à l’autre, tout en continuant de développer les personnages de la brigade qui nous sont maintenant bien familiers.

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RETOUR AUX SOURCES 
La fine équipe de la saison 1 a éclaté, chacun ayant été transféré dans des services différents, et cette saison assemble patiemment les morceaux qui les réuniront durant les premiers épisodes, comme on feuillette un bon bouquin dont on connaît l’issue mais en admirant les routes qu’il traverse. C’est aussi un premier pont entre les saison 1 et la 3 qui se joue. Cette affaire sur les docks est une chance pour Daniels et les siens de revenir sur le devant de la scène par la formation d’une major case unit au sein de la crim’ avant de se réintéresser au West Side dans la saison prochaine. Il en faudra beaucoup plus à McNulty pour être réintégré, mais ça c’est une autre histoire.
Le mot d’ordre au sein de la nouvelle unité de Daniels est toujours de privilégier une enquête minutieuse et renseignée au long cours plutôt que le travail expéditif des pontes. Naturellement, l’enquête prend son essor et on ressent bientôt la même satisfaction que Prez devant ce tableau quand les connexions s’établissent enfin. L’alternance est brillamment gérée et la réalisation intègre un jeu de montage ponctué de courses contre la montre docks/brigade qui installe dans la deuxième partie de la saison un suspens à couper au couteau.

Cette saison 2 est aussi plus drôle que la première. Elle se permet de jouer sur le lien de complicité établi entre le spectateur et les personnages. McNulty sort plus que jamais le grand jeu. Il tire dans les pattes de Rawls, son ancien chef, qui refuse les quatorze crimes pour conserver son taux d’élucidation. On se délecte de la façon dont il bidouille les détails qui feront passer l’affaire sous la juridiction de la criminelle, puis on se retrouve un peu dégoutté quand le bébé est refilé à Bunk et Freamon après qu’ils aient fêté le coup avec McNulty. Le détective fait du zèle pour se maintenir à flot, avant de sombrer complètement dans une séquence mémorable de l’épisode 8.
Omar fait du procès de Bird un grand moment, Bunk et Freamon forment le duo de choc de la crim’, Herc et Carver ratent à peu près toutes leurs surveillances et se débattent avec un transmetteur dans une balle de tennis tandis que les dockers font faire le tour du monde à la camionnette de surveillance du district de Valchek. La charmante Bea Russell, lien humain avec les docks, vient quand à elle apporter un supplément d’âme à une équipe de briscards désabusés que plus rien n’étonne.

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DOCKS SIDE STORY 
Les docks du district de Middle River sont un des derniers endroits de Baltimore où se trouvaient encore des ouvriers blancs, mais l'explosion des services au détriment de l'industrie ne les a guère épargnés. Les cargos se faisant plus rare, ce sont les plus anciens qui bénéficient du travail en priorité. Il se crée donc un décalage entre les anciennes générations de travailleurs et les nouvelles qui ne peuvent plus retrouver la dignité de leurs aînés et se valoriser à leurs yeux. Frank Sobotka se débat pour tout maintenir à flot malgré l’absence de soutien extérieur et la menace de constructions qui pourraient éliminer le projet d’un nouveau quai, seul espoir qui se profile pour les générations futures.
De ce postulat, Simon et Burns construisent une véritable tragédie moderne. La convergence malheureuse des événements et des affaires va conduire Sobotka et sa famille à une fin tragique. Cette tragédie est d’autant plus dure qu’elle se jouera au-delà des clairons. Et comme derrière chaque tragédie il y’a un destin inéluctable qui agit tel un marionnettiste sur les personnages, cette histoire ne faillira pas à la règle.

Le marionnettiste, celui qui contrôle véritablement le jeu dans cette saison, c’est une mystérieuse et insaisissable entité dirigée par le Grec, sorte d’émanation du personnage de Fernando Ray dans French Connection. On découvre ce personnage énigmatique dans une scène de torture à l’encontre du capitaine du cargo ayant amené les femmes, suivie d’une exécution horrible qui annonce la couleur. On découvre aussi que cinquante mille prostituées de l’Est ont été déportées ces dernières années aux Etats-Unis et que le Grec et son conglomérat ont beaucoup joué dans ce business, autant que dans la fourniture de produits nécessaires à la fabrication des drogues qui circulent à l’Est sous la houlette de Proposition Joe, l’homologue d’Avon Barksdale.
Franck, Niko et Ziggy Sobotka se frotteront malgré eux à cette entité et en sortiront broyés. La dérive du premier, pourtant animé des meilleures intentions, entraînera irrémédiablement celle de son neveu Niko, puis de son fils Ziggy, celui-ci glissant vers la criminalité ordinaire pour prouver sa force et n’étant pas gâtée par une stupidité et une inconséquence qui le destinent à foncer dans le mur.
L’inéluctabilité du destin de Sobotka père trouve son climax dans les dernières minutes du onzième épisode de cette saison, un morceau de télévision intense et éprouvant magnifié par le jeu de Chris Bauer et qui conclue dans un montage parallèle posant les bases de l’intensité qu’atteindront désormais les plus grands moments de la série.
Son arrêt de mort sera signé par une simple information transmise au service anti-terroriste du FBI, qui collabore avec le Grec en échange de renseignements.
L’inefficacité du système de protection des témoins est un thème récurrent de la série mais il s’agit plus ici de mettre en exergue l’opacité des services qui se court-circuitent les uns les autres ainsi que les effets pervers des priorités des Etats-Unis. Le même FBI refusera plus tard de poursuivre ses investigations au-delà de l’inculpation du syndicat, ce qui laissera perdurer le trafic, tout comme Valchek, tel un gamin capricieux, qui reviendra sans cesse au nouveau but de sa vie : condamner Sobotka !
C’est finalement le maillon le plus faible et le plus désintéressé de la machine qui servira d’exutoire tandis que le monde continuera de tourner. Il ne restera plus au final qu’un survivant terrassé qui regarde à l’horizon mourir ce qu’ont construit les siens.

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A L'OUEST, RIEN NE VA PLUS…
L’enfermement de Frank Sobotka fait écho à celui de D'Angelo, autre personnage tragique de la saison. On l’avait laissé en prison avec Avon Barksdale et ses hommes de mains, mais même enfermé au sein d’une institution protégée et malgré sa volonté de changer de vie, il ne parviendra pas à quitter le jeu.
Cette saison 2 dans le West Side a la fonction clairement affichée d’installer progressivement le contexte du feu d’artifice de la saison 3. On y voit déjà Stringer Bell doubler Avon Barksdale en cédant des tours à Proposition Joe en échange d’un meilleur "produit" (celui du Grec). Des personnages haut en couleur occupent le terrain, le plus marquant étant Brother Mouzone, un exécuteur lettré en costume et nœud pap’ envoyé par Barksdale depuis sa cellule pour le représenter. Omar forme et aguerrit son gang de braqueurs atypiques. On profite même d’un drame au cœur de la saison pour introduire Bunny Colvin, qui aura un rôle prépondérant à jouer par la suite.

L’autre présage est la présence de plus en plus active de George Pelecanos à l’écriture. Le grand écrivain de polars washingtoniens finira par rejoindre la production de la série à l’issue de cette saison 2.
Une saison brillante qui restera dans les mémoires comme un vrai plaidoyer sur la condition des ouvriers et un des polars les mieux écrits de ces dernières années. 


THE WIRE - SEASON 2
Réalisation : Ed Bianchi, Elodie Keene, Steve Shill, Tim Ernest Dickerson, Daniel Attias, Rob Bailey, Tim Van Patten, Robert F. Colesberry, Thomas J. Wright
Scénario : David Simon, Ed Burns, George P. Pelecanos, Rafael Alvarez, Joy Lusco Kecken
Producteurs exécutifs : David Simon, Robert F. Colesberry, Nina Kostroff Noble
Photo: Uta Briesewitz
Interprètes : Dominic West, John Doman, Wendell Pierce, Chris Bauer, Lance Reddick, Deirdre Lovejoy, Sonja Sohn, Paul Ben-Victor, Domenick Lombardozzi, Clarke Peters…
Origine : USA




   

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