Revoir X-Files - 1ère partie

La vérité avant-dernière

Affiche The X-FilesA moins d'avoir vécu ces derniers mois dans les caves du FBI, vous n'êtes pas sans savoir que The X-Files revient : en BR avec l'intégrale des 9 saisons joliment restaurées en HD, et sur la Fox avec six nouveaux épisodes dès le 24 janvier.


Avant de juger sur pièce ce revival, il nous semblait important de revenir sur la création de Chris Carter tant elle fût un jalon essentiel vers la modernisation de la fiction télé, et régulièrement omise par la petite histoire de l'anoblissement récent du support moulée autour de la success story de HBO (la tendance s'inverse). Rappeler ce qu'était The X-Files, c'est rappeler sa fraîcheur, sa liberté de ton, sa profondeur, son large spectre thématique, sa variété de traitements, tout cela permis par une formule inédite à mi-chemin entre le procedural et le monster of the week, les ambitions artistiques de ses auteurs et des conditions de production innovantes (ce sera l'objet d'un article à venir). C'est également rappeler que The X-Files était un nerdasm hebdomadaire de quarante-cinq minutes (qui devinrent rapidement trois heures sur M6), une lucarne vers un monde infini de possibilités à une époque bien terne en matière de séries TV, et de SF tout court.

The X-Files - Coeurs De Tissu
The X-Files peut enfin se savourer en HD.

Il aurait été très aisé de rappeler tout ceci via les segments constituant le mytharc (le récit feuilletonnant du show, sa colonne vertébrale), via les chefs-d'œuvre acclamés (Projet Arctique, Le Fétichiste, Grotesque, Voyance Par Procuration, Le Pré Où Je Suis Mort, Folie A Deux, Agua Mala, toute la saison 6, cette parenthèse est vraiment longue quelle série dites donc) ou encore via les épisodes devenus cultes (Faux-Frères Siamois, Prométhée Post-Moderne, Les Hurleurs, La Guerre Des Coprophages, Le Seigneur Du Magma, Improbable…). Mais pour nous remettre dans le bain, nous avons préféré nous tourner vers une dizaine d'épisodes marginaux, les petits, les oubliés, les sans-grades, les opus mal aimés ou mal reçus, ces petites pépites ou monuments incompris qui eux aussi, à leur manière, disent ce qu'était The X-Files.


FESTIVAL DE CANINES
Février 1994, Gillian Anderson tombe enceinte en pleine production de la saison 1. La jeune actrice craint que cela lui coûte sa place dans le show mais Chris Carter n'est pas très motivé à l'idée de se séparer de celle qu'il imposa au network. Il planifie la fin de la première saison afin de justifier plusieurs épisodes d'absence de Scully lors de la seconde. C'est ainsi que l'arc mythologique s'étoffe soudainement avec Les Hybrides (1x24) puis l'épique diptyque Duane Barry (2x05 et 2x06) durant lequel la partenaire de Mulder disparaît. Arrive donc cet épisode 2x07, Les Vampires (3 en VO), dans lequel l'agent du FBI, seul pour la première fois du show, traîne comme une âme en peine dans un Los Angeles crépusculaire, rougi par les incendies ravageant les collines avoisinantes, afin d'enquêter sur une trinité de tueurs en série qui se repaissent du sang de leurs victimes.

The X-Files - Les Vampires
"Mulder, si je t'attrape je te mords."

Ecrit par le duo d'auteurs star Glen Morgan & James Wong, devenus célèbres dès leur premier script pour la série (ils y donnaient vie à Victor Eugene Tooms, lui aussi un vampire à sa manière), et aidés de Chris Ruppenthal, Les Vampires n'est pas un épisode qu'on retiendra pour son scénario très Hollywood Night, mais parce qu'il constitue la première réelle rupture de ton dans des X-Files qui atteignaient à peine leur vitesse de croisière. L'absence de Scully et le folklore vampirique permettent à un show jusqu'ici très prude (si ce n'est les allusions à l'addiction de Mulder au porno) de se déniaiser un peu. Duchovny, pas le dernier pour les bons bails, en profite pour venir faire jouer la croqueuse de jugulaire par Perrey Reeves, sa petite amie de l'époque, insufflant à leurs (courtes) scènes le soupçon d'érotisme qui manquait jusqu'ici.
Derrière la caméra, David Nutter, pilier du show, se débrouille assez bien pour retranscrire la désolation d'un L.A. cramoisi, la solitude des personnages et le spleen de la cité des anges si on tient compte du fait qu'ils se trouvent à Vancouver. On est certes plus proche d'Adrian Lyne que de Michael Mann, mais nous sommes à la télé en 1994 et la série star du moment est Un Drôle De Shérif (mais si, Emmy Award de la meilleure série dramatique 93, vous vous en souvenez). Après un passage raté par le grand écran avec Comportements Troublants en 98 (quelle idée aussi de shooter un script de Scott Rosenberg), Nutter deviendra un seigneur du petit, se rappelant aux bons souvenirs de l'hémoglobine avec Les Pluies De Castamere.


DE ROUILLE ET DØD
L'équipe vient de mettre en boîte le second diptyque de la saison (La Colonie 1 et 2, 2x16 et 2x17), imposant morceau de bravoure et bonne saignée dans les réserves budgétaires. Il reste encore sept épisodes à produire avant les vacances donc toutes les économies sont bonnes à prendre. Par chance la Marine canadienne propose à la production un de ses navires pour un tournage. Ni une ni deux Howard Gordon et Alex Gansa s'attèlent à livrer un script pour profiter de l'aubaine : ce sera Le Vaisseau Fantôme (Død Kalm en VO, 2x19), bottle episode à grande production value comme disent les connoisseurs. Connoisseurs qui toutefois tremblent quelque peu car la dernière fois que la série se jeta sur l'opportune mise à disposition d'un lieu clos pour un épisode bouteille à faible coût ça a donné le bien nommé Espace (1x09). Et nous n'en dirons pas plus. Mais un an s'est écoulé depuis l'incident, toute l'équipe a gagné en expérience et sait maintenant gérer les huis-clos semi-improvisés comme le démontre ce merveilleux Vaisseau Fantôme investigué par Mulderéscully et leurs marins norvégiens : rongé par la rouille, le bâtiment semble être victime d'un paradoxe qui accélère le temps. Mais comment en être sûr…

The X-Files - Le Vaisseau Fantôme
The X-Files, c'est avant tout une équipe qui mûrit vite.

Le Vaisseau Fantôme, sous ses airs d'épisode stand-alone de fortune, va définitivement fixer la grande règle d'écriture de The X-Files : les héros ne savent rien. Et l'autre grande règle : ils ne savent rien mais ils sont intelligents. Alors ils cherchent, ils enquêtent, ils questionnent, ils déduisent, ils avancent des théories, des solutions, ils se plantent, ils font marche arrière, ils échouent. Grand coup de pied dans le ronron de la fiction à papa, Le Vaisseau Fantôme est un modèle d'écriture nerveuse à travers laquelle s'épanouissent les deux caractères opposés de Mulder et Scully sans jamais dévier de leur propre logique. C'est d'une telle maîtrise que les auteurs se permettent de faire passer trois informations (TROIS) par une simple ellipse (nous sommes à la télévision, en 1994, Un Drôle De Shérif, tout ça). Sublimé par la mise en image du futur réalisateur de Fight The Future, Rob Bowman, le segment propose même dans son avant-dernière séquence, renversante, la première grande partition de Mark Snow.
Après ce chef-d'œuvre, le co-auteur Alex Gansa quittera la série pour travailler sur ses propres projets. Une traversée du désert d'une dizaine d'années plus tard, il créera un petit show sympa, Homeland.


THE PEACOCK SOCIETY
On saute directement à la quatrième saison. Contre toute attente, The X-Files est entretemps devenu un énorme succès de télévision, un phénomène de société, une série culte, tralala tout ça tout ça. Tonton et tatie se sont mis à suivre les aventures des enquêteurs du surnaturel, Télé 7 Jours recycle Scully et Mulder en Une tous les quinze jours, la Fox fait pêter les bouteilles de champ'. C'est alors que les deux gros trolls Morgan & Wong reviennent de leur série annulée, Space 2063, et se chargent de calmer toute la smala dès le premier loner de cette nouvelle année : une femme accouche dans une ferme putride par une nuit d'orage, trois grands mutants sortent avec le petit sous le bras, font un trou, y posent le nourrisson et le bordent de quelques pelletées. Salut tatie, salut Télé 7 Jours. Générique.

The X-Files - La Meute
Tatie, voyons…

A ça, il ne fallait pas annuler leur space opera au couple Mong, maintenant ils sont très colère : inceste, infanticide, mutation et barbarie. Un bien bel épisode champêtre que cette Meute (Home, 4x02) qui désigne la famille Peacock, freaks dégénérés ayant muté après quelques décennies de reproductions entre cousines dont la mère fut créée d'après un affreux souvenir d'enfance de Chaplin. L'épisode, bien que violent (oui, faut reconnaître), aborde notamment la question de la maternité, qui commence à travailler Scully, et l'asociabilité de Mulder, qui se verrait bien retiré à la campagne. Etonnamment, les producteurs ne sont pas vraiment arrêtés sur ces jolis moments d'échange entre les deux protagonistes et ont fait comme un blocage sur les mœurs animales des Peacock. Un des prod' tenta de ramener tout le monde à la raison mais Kim Manners, réalisateur de la chose (il mettra en boîte le quart des X-Files), lui rétorqua calmement : "Dans le cadre de l'horreur, c'est tout ce qu'il y a de plus normal". Que voulez-vous répondre à ça ? D'autant plus que c'est vrai, si on se place dans le contexte de l'horreur des 70's désacralisatrice dont s'inspirent Morgan & Wong. C'est ensuite le département "CSA" de la Fox qui frise la syncope, mais l'épisode est finalement diffusé quasiment en l'état (l'avantage d'être la série amirale de la chaîne).
Un petit scandale plus tard, la Fox s'engage auprès des soldats de la Ligue pour la vertu à ne plus jamais rediffuser
La Meute. Conséquence : chaque rediffusion en syndication sur les câbles locaux sera un événement. En France, M6 dut intervertir l'ordre des épisodes pour le programmer à 23h00. Télé 7 Jours n'a jamais mis Mme Peacock en couverture.


To be continued...


Revoir X-Files : 2ème partie
Revoir X-Files : 3ème partie




   

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