Revoir X-Files - 3ème partie

Une croix sur les dossiers

Affiche The X-Files

Previously : lorsque débute la production de la septième et normalement dernière saison à la rentrée 99, Millenium est annulé depuis mai à l'issue de sa troisième année et Harsh Realm est éjecté de la grille après trois épisodes. 


De son, côté David Duchovny attaque la Fox pour des impayés relatifs à des clauses de son contrat. Devant gérer ces premières déconvenues, les plus importantes depuis le début de X-Files, Chris Carter doit aussi faire face à des fans et médias pressés de voir comment les auteurs vont boucler les affaires en cours tout en renouvelant une série qui vient d'atteindre lors de la sixième saison une certaine extase. Pour cerner l'état d'esprit qui règne alors chez Carter et son équipe, sachez que l'épisode Fight Club (7x20), où tout le monde finit par se cogner dessus, a été écrit par le showrunner pour passer ses nerfs, possiblement peu après qu'il ait appris que la Fox prolongeait la série.


COUP DE TÊTE
Maleeni le magicien fait disparaître des boules, cela amuse la foule, mais voilà qu'un twittos hater se plaint de la désuétude du numéro. Maleeni tente alors un tour de magie légendaire qui consiste à faire un tour complet avec sa tête. Il réussit, puis meurt en perdant la boule. 

Maleeni Le Prodigieux

Malgré son sujet, Maleeni Le Prodigieux (The Amazing Maleeni, 7x08) n'était pas destiné à devenir un épisode décalé ou humoristique, ce qui depuis la saison 3 servait de plus en plus régulièrement aux auteurs à décompresser tout en déconstruisant les codes de X-Files pour mieux les exploiter par la suite. Désiré par Gilligan, cet hommage au métier de prestidigitateur devait s'inscrire dans la lignée du tour d'honneur de l'ultime année du show en portant un regard attendri sur les genres ou séries qui ont nourri leur passion. L'Appétit Monstre du mois précédent (7x03) adoptait ainsi le point de vue du freak et posait Mulder en lieutenant Columbo du paranormal. Ici, c'est vers les séries cheesy des 80's telles que Le Magicien ou Pour L'Amour Du Risque qu'on lorgne, avec leurs intrigues à tiroir, leurs rebondissements téléphonés avant chaque coupure pub, leurs méchants gentils et l'inconséquence globale de ce qui peut s'y dérouler. Mais la production ayant fait appel à de réels magiciens pour les incarner à l'écran afin de produire les tours à même le plateau (l'illusionniste Ricky Jay est Maleeni), le tournage devint une petite cour de récréation. Au lieu de lutter contre l'ambiance générale et obliger les acteurs à garder leur sérieux, on les laissa y aller de leur petite réplique, de leur réaction émerveillée, de leur  impro naïve. Puis pouvait-on attendre autre chose du réalisateur Thomas J. Wright, routier de la télé et auteur du décontracté Cadence De Combat en 1989 ? A l'arrivée, ce n'est pas l'épisode du siècle, juste le résultat d'une équipe qui gère tellement bien son affaire qu'elle se permet de finir en roue libre quand ça lui chante. 


FEAR FACTOR
Certain que la fin tant attendue approche, Carter lâche les élastiques et donne son accord pour les idées les plus farfelues (Cf. Hollywood…). Il est donc permis à Gilligan de mettre sur pied le projet qu'il ressasse depuis trois ans : envoyer Mulderéscully dans son show de real TV préféré, Cops.
 
Peur Bleue

C'est peut-être l'épisode concept le plus osé de la série, probablement le décalage le plus abouti depuis Prométhée Post-Moderne et certainement le meilleur crossover jamais produit (si l'on s'entend sur le fait que c'en est un car ça fait débat. Les vrais techniciens de Cops y participant, on va dire oui sinon ça m'oblige à récrire le paragraphe) : Peur Bleue (X-Cops, 7x12) n'a pas eu l'accueil qu'il méritait chez nous, le show parodié étant quasi inconnu des français. Aux States, la Fox mît un carton pour prévenir les téléspectateurs que X-Files n'avait pas été déprogrammé à la dernière minute, et informe à chaque rediffusion et sur chaque support que l'aspect de la chose est voulu. Les responsables du network ont même dû batailler avec Gilligan pour imposer le générique de la série, persuadés que l'épisode ainsi conçu allait trop dérouter l'audience. Il faut dire que Peur Bleue est si parfaitement exécuté que c'en est presque troublant. Mettant enfin à profit son tournage à Los Angeles, l'équipe livre un segment visuellement épatant, coordonnant des plan-séquences ambitieux mais qui, à l'instar de Triangle, n'écrasent jamais l'intrigue, la folie ambiante et la performance des acteurs. Car, et c'est le plus remarquable ici, en aucune façon le concept tient lieu d'intrigue : l'idée derrière le script est brillante, l'exploitation du duo en mode fish out of water leur donne une nouvelle dimension (Mulder force son expertise et son humour caustique, Scully joue à cache-cache avec les caméras) et met en relief ce qu'ils sont vraiment au sein de la diégèse de la série, à savoir des loufoques condamnés à échouer dans leurs quêtes, à voir leurs interprétations des faits jouer contre eux. Très consciente de ça, Scully a peur que leurs méthodes d'investigation les décrédibilisent aux yeux du grand public. Peur Bleue mettant en scène une contagion qui matérialise les pires frayeurs de chacun, l'épisode se révèle être ainsi une parfaite mise en abîme de la condition des deux protagonistes. Bref, n'ayons pas peur de le dire, c'est la perfection.




UN CRIME DANS LA TÊTE
Dès 1995, Carter et son équipe pensaient conclure la série avec un long-métrage à l'issue de la cinquième saison en mai 98. C'était bien naïf de leur part et la Fox leur rappela qui était le patron, qu'on ne tue pas inopinément l'alien aux œufs d'or et que business is business. Ne voulant pas laisser le bébé à des inconnus, Carter et Ten Thirteen rempilèrent pour deux années supplémentaires, mais la chaîne en voulait toujours plus. Il y eu donc la huitième saison malgré la fin de contrat de Duchovny, puis la neuvième, la dernière promit la Fox, juré craché, celle-ci possédant maintenant des têtes de gondole pouvant remplacer X-Files en audience et en bonne presse (24 Heures Chrono en tête). C'est dans ce contexte que fut créé le personnage de John Doggett, globalement bien accueilli par les X-philes, les auteurs ayant eu l'intelligence de ne pas proposer un clone de Mulder mais quasiment son contraire (un flic thug et terre-à-terre, Scully étant maintenant la "croyante"), et la production de caster Robert Patrick, solide acteur apprécié des SciFi geeks pour Terminator 2, bien sûr, et la série B ufologique Fire In The Sky de Robert Lieberman (sortie en DTV chez nous au mitan des 90's). 

Amnésie

Amnésie
(John Doe, 9x07) réalisé par l'excellente Michelle MacLaren est un Doggett-centric qui propulse l'agent dans un patelin perdu du Mexique où il se réveille amnésique, d'où le titre. Passons aussi rapidement que les scénaristes sur l'argument fantastique (un type au service des cartels, qu'on voit environ 29 secondes, efface la mémoire avec ses yeux) car ce qui compte réellement ici est le parcours du pauvre homme, livré à lui-même et au seul souvenir qui lui reste, celui de son fils Luke vivant. Une épreuve, et le spectateur le sait, qui ne peut que se terminer tragiquement : ou bien l'agent reste amnésique, ou bien la mémoire lui revient et il revit une seconde fois le deuil de son enfant.
Rare épisode de
X-Files tourné en extérieur et en plein soleil, illustrant ainsi la singularité de Doggett au sein du show, Amnésie est à l'image du combat intérieur mené par ce dernier : âpre, crasseux, dur. Un traitement visuel qu'on rapprocha en son temps au Traffic de Soderbergh (filtre + Mexique, faut pas chercher plus loin), or c'est ici nettement plus beau : granuleuse, écrasée, proche d'un traitement en bleach bypass, cette lumière sauvage et déprimante de Bill Roe sera réutilisée à bon escient par les p'tits gars de Battlestar Galactica. Mais il faut surtout retenir de cette Amnésie la performance de Robert Patrick, qui redonne une intense profondeur à son personnage un an après son arrivée sur la série et regonfle l'intérêt dramatique de sa relation avec l'agent Reyes (Annabeth Gish) pour les loners à venir.  


KIDS FILES
Ultime saison oblige, les auteurs mettent un point d'honneur à boucler tous les arcs de chaque personnage dans les dernières semaines du show. Cela a commencé avec les Lone Gunmen et N'Abandonnez Jamais (Jump The Shark, 9x15). Ça continue avec William (9x16) et Clairvoyance (Release, 9x17) et les deux aborderont le très distrayant thème de la perte d'enfant, comme si Chris Carter voulait nous dire quelque chose. Le premier épisode, co-écrit et réalisé par Duchovny, montre ce qu'il advint du bébé miraculeux de Mulder et Scully à travers le retour d'un personnage trouble, proche du bureau des affaires non-classées. Etonnamment intimiste, la mise en scène de Duchovny cherche à faire passer un sentiment familial entre les trois agents du FBI Scully, Reyes et Doggett, manière peut-être d'acter que dans X-Files c'est du lien du sang que sont venues les plus grandes déceptions et trahisons. Et on se surprend à constater qu'en neuf ans, c'est le premier épisode qui se passe entre un divan et une chambre. Ça dissone mais ça fonctionne, William laissant ainsi à Gillian Anderson toute la latitude pour préparer son simili deuil et dire adieu à son bébé. 

William
La destinée du Messie se joue sous nos yeux. Et il n'y a plus de spéculos.

Dans le second, écrit par David Amann et John Shiban et réalisé par le taulier Kim Manners (décédé il y a quasiment sept ans jour pour jour le 25 janvier 2009), c'est Doggett qui parvient à accepter le triste décès de son gamin, une affaire de meurtre évoqué dans Empédocle (Empedocles, 8x17) et Ecorchés (Hellbound, 9x08). Aidé d'un étudiant en médecine légale qui jouit de grandes capacités de profiler, soit un "descendant" de Mulder et Scully, l'ancien flic pense parvenir à découvrir le meurtrier de Luke. Seulement, son aide providentielle ne semble pas être ce qu'elle prétend.

Clairvoyance

Ce Clairvoyance, un des derniers épisodes stand-alone de la série, ne tient peut-être pas toutes les belles promesses de son premier acte : personnage de l'étudiant fascinant, ramifications entre l'histoire personnelle de Doggett et la bureaucratie fédérale, ambiance d'anéantissement général via de superbes tableaux (du héros grattant un mur pour y trouver un cadavre à un entretien au milieu d'une scène de crime gore). Quelque part, on fait face ici au genre d'épisode où l'absence de Mulder se fait le plus durement sentir, sa sensibilité et sa sagacité permettant bien souvent de traiter sous un angle nouveau un postulat de thriller plus ou moins psychologique, et plus ou moins bateau. Néanmoins Clairvoyance capte l'essentiel, la colère puis le soulagement d'un père, avec un Robert Patrick qui fait toujours aussi bien le boulot, épaulé ici par sa femme à la ville dans le rôle de son ex. Voilà c'est super, X-Files est bientôt fini et tout le monde chiale un peu plus à chaque épisode. Heureusement Gilligan viendra ambiancer tout ça avec Irréfutable avant de laisser place aux boss Carter et Manners pour le grand final.  

Il n'y a maintenant plus qu'à attendre la suite (et nos dossiers sur l'écriture de la série, sa production, les œuvres de Chris Carter...), ou à voir et revoir X-Files.


Revoir X-Files : 1ère partie
Revoir X-Files : 2ème partie


Bonus : les très belles bandes-annonces pour les saisons 6 et 7 conçues par M6








   

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