Lost - 2ème partie

ReLocked

Affiche Lost

Des ours polaires, des Autres, des voyageurs temporels, des mecs qui parlent aux morts, une fumée tueuse...mais aussi le Yi King, Carl Gustav Jung, Pirandello et les notions de synchronicité et de happening. C'était quoi cette île ? Une véritable auberge espagnole !


Pendant six ans, les fans du passionnant feuilleton télévisuel Lost ont rivalisé d'interprétations pour savoir ce qu'était vraiment cette île. Même si ce n'est pas le plus important, s'interroger sur ce qu'était cette série permettrait sinon d'en tirer une seule vérité du moins de l'envisager sous une nouvelle perspective.

Comme envisagé dans la première partie du dossier, pour éviter d'être totalement largué dans cet écheveau inextricable d'intrigues, de sous-intrigues (plus ou moins bien gérées), de paradoxes et variations temporelles, il convient de se raccrocher aux personnages et en premier lieu aux émotions qu'ils véhiculent. C'est parfaitement théorisé par Daniel Faraday lorsqu'il énonce, à propos de Desmond dont la conscience se transporte dans son passé, que pour retrouver une certaine stabilité, il faut pouvoir déterminer une constante, sa constante. Pour Desmond il s'agit de Pénélope, pour Daniel, il s'agit de Desmond. Et pour nous spectateurs, qu'elle est-elle ? Tout simplement les personnages de la série eux-mêmes.


JUNG FOOD
L'essentiel de la série repose sur ses protagonistes, ce qu'ils vivent sur l'île, ce qu'ils ont vécus avant d'y "atterir" (les flashbacks), après s'en être échappés une première fois (les flash-forwards) et après leur mort (les flash-sideways de la dernière saison). Les auteurs créant ainsi une multitude de connexions narratives qui vont se complexifier et s'intensifier lorsque nous apprendrons au fil des épisodes qu'ils entretenaient tous des liens plus ou moins ténus entre-eux avant le crash, l'un rencontrant fortuitement un membre de la famille d'un autre ou bossant dans une entreprise appartenant à un des héros. Des coïncidences invraisemblables dont chaque téléspectateur tentera de définir la cause puisque comme le répète à l'envi John Locke dans les débuts de la série, ils ne sont pas ici par hasard, c'est leur destin (prend toi en main, tout ça...), bref quelqu'un dans l'ombre a fait en sorte que tous se retrouvent à prendre le même avion.
Bien que Jacob soit rentré en contact direct avec huit des personnages principaux (Sawyer, Jack, Kate, Locke, Hurley, les Jin et Sayid), difficile de lui octroyer une responsabilité directe dans le sort du reste du casting même si par ces actions il a influencé les probabilités. Pas de grand ordonnateur (d'ailleurs, comme il le répète, il leur laisse toujours le choix d'accomplir telle action), il faut plutôt envisager les évènements comme résultant d'une fantastique synchronicité, phénomène étudié et défini par Carl Gustav Jung comme "coïncidence temporelle de deux ou plusieurs événements sans lien causal entre eux et possédant un sens identique ou analogue. Le terme s'oppose à synchronisme, qui désigne la simple simultanéité de deux événements. La synchronicité signifie donc d'abord la simultanéité d'un certain état psychique avec un ou plusieurs événements parallèles signifiants par rapport à l’état subjectif du moment, et - éventuellement - vice-versa."

Éminemment lié à la Bible de par son nom, Jacob dans sa volonté de ne pas interférer et laisser les hommes disposer de leur libre-arbitre peut aussi bien figurer le mode de pensée du fondateur de la psychologie analytique car comme Jung il semble croire que c'est la prise de conscience de ses difficultés, de ses traumas, qui mènera l'individu à la lumière (ici la caverne-source représentant le coeur de l'île). C'est d'autant plus remarquable que l'antagoniste de Jacob, son frère jumeau, est représentée sous la forme d'une fumée noire, ce qui renvoie à un des principaux archétypes, l'Ombre défini par Jung comme “la personnification de tout ce que le sujet refuse de reconnaître et d'admettre en lui". Rien d'étonnant alors à ce que cette fumée, cette représentation de l'ombre de Jacob (on nous montre clairement la “naissance” du monstre résultant du contact de son frère jumeau avec la source lumineuse de la caverne) s'incarne en tant que Locke, véritable double psychique et comportemental de Jack (homme de foi versus homme de science).

Lost
Je te l'avais dit Jack qu'il ne fallait pas laisser Hugo gérer seul le stock de bières...


Donc, la série consiste principalement en une confrontation, une acceptation de ce que chacun a refoulé, étape primordiale dans le processus d'individuation. Ce qui pour la plupart, et on l'a vu dans la partie précédente, consiste en un retour à un état d'équilibre, du monde et personnel. Dans cette perspective, le choix de donner le nom de Dharma au projet scientifique s'étant établi sur l'île est significatif. En effet, vivre en harmonie avec la Loi naturelle c'est vivre selon ce que l'hindouisme défini comme le sanatana Dharma. Dans la série, le Projet Dharma est désigné par sigle octogonal représentant un "bagua". Dans la mythologie chinoise, cet octogone est composé de huit trigrammes (un sur chaque côté, donc) qui, si on les combine de diverses façons, forment à leur tour d'autres figures appelées hexagrammes. Ces 64 hexagrammes se retrouvent dans le Yi-King, ou livre des transformations. Sorte de recueil de prémonitions, les différents hexagrammes combinés pouvant être interprétés comme divers états du monde (à noter que le Yi-King est un élément important du roman de Philippe K. Dick Le Maître Du Haut-Château, énième référence littéraire).
S'il est présomptueux de considérer Lost comme une tentative de relecture moderne et occidentale du Yi King les rapprochements sont tout de même intrigants surtout si l'on s'en tient à la préface de Jung à l'édition de 1949 du Yi King. D'ailleurs, une phrase tirée de cette préface pourrait très bien définir la série telle qu'envisagée par Abrams, Lindelof et Cuse : "C'est une tâche pleine d'incertitude que de proposer à un public moderne une collection de formules magiques avec l'idée de les rendre plus ou moins acceptables."

Bon, si nous sommes loin d'une série entièrement bâtie sur des conceptions psychanalytique poussées, ces quelques concepts s'avèrent tout de même intéressants et éclairants pour appréhender la fonction de cette île, donc de la série.
Et à défaut de la définir comme une cartographie de l'inconscient, à l'image de la série de David Lynch et Mark Frost Twin Peaks, certains fans se sont évertués à en dresser une carte détaillée et complète.Une fan-attitude qui sera même encouragée par les showrunners au travers divers supports mis en place pour compléter et développer l'univers de Lost.


HAPPENING
En multipliant, parfois à outrance, les mystères, les références et les connexions diverses, les concepteurs du show rendent la série parfois difficile à suivre même pour les plus fidèles (et quasiment impossible à prendre en cours de diffusion) au risque de basculer dans un hermétisme presque rédhibitoire. Cependant, ils persévèrent dans cette voie mais prennent soin de récompenser les plus accrocs en mettant en place des éléments fictionnels hors de toute continuité et débordant la réalité. Soit un gigantesque happening artistique qui va rythmer les hiatus entre deux saisons.
On peut dire que les créateurs vont porter à son paroxysme la définition qu'en donne le Grand Larousse : Forme de spectacle qui suppose la participation des spectateurs et qui cherche à faire atteindre à ceux-ci un moment d'entière liberté et de création artistique spontanée. Rivalisant avec le sensationnel happening constitué autour de la génialissime saga Matrix.

Cela commence par la création de jeux de réaltité alternative (ou A.R.G pour Alternate Reality Game en VO) et dont le premier d'entre-eux The Lost Experience s'intègre entre les saisons 2 et 3. Plutôt que de paraphraser, je préfère reproduire ici une partie de l'article qu'Ecrans a consacré au jeu en septembre 2006 :

"Tout a commencé en mai par un spot diffusé lors d’une coupure pub d’un épisode de la série. Il vante les mérites humanistes de la Hanso Foundation, un institut sectaire évoqué dans la série, et invite les spectateurs à appeler un numéro de téléphone. Une boîte vocale les y attend, donnant des codes pour pénétrer dans le site de la Fondation. De messages codés en faux blog, l’ARG Lost Experience a tenu en haleine les centaines de milliers de spectateurs tout l’été. Avec deux points d’orgue. Le premier en mai lorsque un roman est publié chez Hyperion : Bad Twin d’un certain Gary Troup. Les sites promotionnels du réseau de librairies Barnes & Nobles diffusent même une interview de l’auteur qui accuse violemment la Fondation Hanso de menacer gravement l’humanité. Réponse de la secte quelques jours plus tard dans des quotidiens américains avec une pub d’un quart de page invitant les lecteurs à boycotter le livre. Sur le Net, les forums s’en donnent à cœur joie : l’anagramme de Gary Troup est « Purgatory », et quelques fins observateurs ont repéré que le gars en question ressemblait furieusement à un figurants de Lost qui, dans le tout premier épisode, trouve une mort atroce en étant aspiré par le réacteur de l’avion juste après le crash. Le roman, effectivement, est un fake, une supercherie qui ne vise qu’à alimenter le buzz sur la série.
Second moment de bravoure de l’ARG : l’intervention de Rachel Blake. Cette jeune et jolie fille anime un blog virulent contre la Fondation Hanso. Elle diffuse des vidéos par petits bouts pour prouver les intentions maléfiques de cette secte. Evidemment, tous les fans de la série, captivés par l’expérience qu’ils vivent, sont suspendus au blog de Rachel Blake. Le 22 juillet, ces mêmes fans suivent l’intervention de toute l’équipe de Lost au Comic-Con de San Diego. Cette manifestation annuelle est la plus importante convention américaine de fans : séries, BD, cinéma, littérature, tout y passe. Alors que scénaristes et comédiens répondent aux questions des participants, une jeune femme dans la salle interpelle violemment J.J. Abrams et son compère Damon Lindelof. C’est Rachel Blake : « Parlez nous de la fondation Hanso ! ». Le trouble est à son comble quand elle les accuse de faire la promotion de cette secte dont elle dit détenir les preuves de son existence réelle. « Du calme mademoiselle », répondent les scénaristes embarrassés, « ce n’est que de la fiction, vous savez... » explique Abrams. « Je suis la preuve vivante que tout cela n’est pas de la fiction. Vous utilisez la télévision pour faire passer leur message », lance Rachel Blake avant d’être expulsée de la salle.“

Une confusion parfaitement mise en scène et orchestrée qui se poursuivra l'année suivante avec un autre ARG se déroulant cette fois entre les saisons 3 et 4 et intitulé Find 815. L'intrigue cette fois-ci tourne autour d'un ancien technicien informatique de Oceanic Airlines, Sam Thomas, décidé à retrouver sa compagne, Sonya, laquelle était hôtesse à bord du vol Oceanic 815.

Puis entre les saisons 4 et 5 vient la campagne de recrutement du Projet Dharma, un A.R.G se déroulant en trois phases et impliquant de rechercher des volontaires pour les tester afin d'éventuellement les recruter. Les différentes étapes permettant d'accéder à des contenus exclusif concernant la saison 5 (qui, on le rappelle, verra une partie de nos héros intégré justement le projet Dharma du fait de leur pérégrinations temporelles) et notamment des vidéos présentées par Cuse et Lindelof. Une campagne complétée par les Mysteries Of The Universe qui est censée être une courte série télévisée des années 1980 qui aurait été diffusée sur la chaîne ABC et qui bien entendu se révèle comme une pure création fictionnelle des producteurs de Lost. Celle-ci l’introduit de la façon suivante : "Ce qui suit est un épisode d’une courte série télévisée des années 1980. Les sujets explorés peuvent être d’un intérêt particulier pour les fans de Lost".

Enfin, le dernier A.R.G se déroulant entre les saisons 5 et 6 se nomme Damon, Carlton And A Polar Bear mettant en scène Paul Scheer, un comédien, qui souhaite réaliser puis mettre en vente des tableaux inspirés de la série. Il se heurte dans un premier temps à une concession commerciale, Ronie Midfew Arts, qui réclame des droits d'auteur sur ses pièces, mais finit par s'associer avec elle. La plupart des évènements sont rapportés sur le blog de Paul Scheer dont les mésaventures sont aussi l'occasion de faire quelques révélations concernant la saison 6.
Une façon ludique de prolonger le plaisir d'explorer l'univers de la série qui peut prendre des formes parfois très retorses. C'est le cas de la révélation du nom de la divinité représenté par la fameuse statue égyptienne dont le pied (ou l'ombre) recèle l'antre de Jacob. Il aura fallu aux acharnés se procurer le numéro du mois de mai 2009 (paru à peu près à la même période que la diffusion du 15ème épisode de la saison 5) du magazine Wired co-édité par Abrams et qui contenait dans les pages 104 et 105 une série de nombres décryptables grâce au chiffre de Vigenère, ce qui donnait une clé cette fois-ci littérale ("Use letters backwards from end") à utiliser pour déchiffrer dans le numéro du mois d'août du même magazine ! Ouf. Tout ça pour apprendre que la statue représenterait Taouret la divinité de la fertilité (mais dont la matérialisation dans la série fais plutôt penser à Sobek, autre divinité liée à la fécondité, mais bon, on va pas chipoter pour si peu après tant d'efforts !).

Lost
Comment ça plus de bières ? Vous voulez dire qu'on en aura plus jusqu'à la fin ?


Un happening implique la participation du public et les fans ne sont pas en reste puisque ceux-ci iront jusqu'à créer une vidéo de présentation de la station Dharma baptisée La Flamme, se subsitituant à son absence dans la fiction. Sans compter bien sûr tout le merchandising (jouets, jeux-vidéos, figurines articulées, comic-books, t-shirt, etc...) lié à la série.

Mais ce qui rend cette série si particulière et même par certains aspects exceptionnelle est le mystère entourant la véritable nature de l'île. Sans verser dans l'élaboration d'une théorie alambiquée, on peut tout de même admettre qu'une partie de la solution a été donnée dès les premiers épisodes de la première saison et développée par la suite. Preuve s'il en est que les auteurs savaient parfaitement où ils allaient même si on pouvait penser qu'ils s'étaient égarés en cours de route.
Ainsi, dans le cinquième épisode de la saison 1, intitulé A La Recherche Du Père, John Locke décrit sa rencontre avec le Monstre (dont on ne connaissait alors pas l'aspect) en ces termes : "I've looked into the eye of this island. And what I saw was beautiful". La sixième saison nous montre clairement que le monstre de fumée noire est directement issu de la caverne où Jacob précipite son frère. Un lieu considéré par leur mère comme le coeur de l'île, sa source créatrice. Et si, en plus d'une figure paternelle, la recherche des principaux personnages se doublait, au moyen de mises en abyme successives, de la quête d'un créateur ? Mais attention, pas un créateur au sens biblique du terme.


THE EYELAND
Il existe de nombreuses correspondances entre ce que les personnages vivent sur l'île et ce qu'ils ont vécus avant. Mais on constate que des correspondances entre la diégèse et le réel se forment tel le roman Bad Twin de l'écrivain fictif Gary Troup dont le manuscrit lu par Sawyer dans la saison 1 se retrouve édité dans notre réalité. La fiction sort de son cadre et s'immisce dans le tissu du réel.Et cette propension au débordement va même s'accentuer au fil des saisons.

En fin de saison 4, les fantômes de Libby puis de Christian Sheppard apparaissant à Michael quand celui-ci se trouve face à deux bombes (l'une à actionner, l'autre à désamorcer) sont deux émanations d'une entité supérieure qui veut empêcher la première fois que la bombe explose (Libby demande à Michael de ne pas appuyer sur le bouton) car ce n'est pas le bon moment dans l'histoire. Michael choisi de ne pas suivre les conseils. Or, il s'avère que c'était une fausse, donnée par Ben pour tester la détermination de Michael et lui prouver qu'il vaut mieux que Widmore, puisque une fois enclenchée, elle donne pour résultat un papier où il est inscrit "Not yet" ("Pas pour l'instant"). La volonté de l'entité inconnue, de l'île, intervenant via un subterfuge scénaristique, est autant l'oeuvre de Linus que des véritables scénaristes de la série. A contrario, lorsque le père de Jack se manifeste, c'est justement au moment où la bombe doit exploser, lorsque Jin arrive sur le pont du cargo d'où l'hélico emmenant ses amis et sa femme décolle, soit le point de dramatisatoin extrême de cette fin de saison. Christian Sheppard dit alors à Michael au moment de mourir dans la déflagration "Tu peux partir". C'est-à-dire qu'il n'est plus utile pour la série, il a accompli tout ce que sa fonction dans l'histoire lui permettait. L'île en a fini avec lui. Autrement dit, la volonté des scénaristes et de la fumée noire prenant l'apparence de personnages disparus se confondent, pour ne former qu'une. Et ce genre de mise en abyme, la série en regorge.

Peu à peu l'envers du décor va être dévoilé, aussi bien aux téléspecateurs qu'aux personnages eux-mêmes. Dans l'épisode 13 de la saison 4, Locke et Ben s'engouffrent dans la station de l'Orchidée afin de déplacer l'île. Tandis que Ben s'affaire, il donne à John la cassette de présentation de la station. Ce dernier est complètement absorbé par les révélations du docteur Chang sur les recherches effectuées ici sur l'espace-temps, notamment grâce à la cabine dans laquelle Ben entasse tout un tas d'objets métalliques, allant à l'encontre des recommandations de Chang, comme lui fait remarquer Locke. Mais Ben n'en a que faire car il sait que ce genre de vidéo n'est qu'une distraction pour détourner l'attention de l'essentiel. Et en faisant exploser la cabine, il révèle son envers, soit un passage secret conduisant à la roue permettant le déplacement de l'île.

Ces stations ne servent à rien. Leur caractère factice a beau se révéler, tout le monde reste focalisé sur leur mystérieuse fonction. La Perle est une station d'observation, d'où la présence d'écrans montrant les activités dans les autres bunkers de l'île. Les personnes qui l'habitaient avaient pour rôle de consigner la moindre de leurs activités dans des cahiers qu'ils envoyaient ensuite à leurs superieurs par le biais d'un système de tubes pneumatiques qui atterrissaient en pleine nature, constituant une décharge naturelle de capsules inutiles.
La station du Caducée, dans l'épisode Congé De Maternité (saison 2, épisode 15) révèle une station servant de nurserie. Parmi les meubles, il y a un berceau avec un mobile muni de quatre petits avions Oceanic Airlines. Il y a aussi plusieurs décorations accrochées aux murs, dont l’image d’un bateau ressemblant à celui des Autres. Lorsqu'elle explore la station, Kate trouve un vestiaire et examine l'un des casiers. A l'intérieur, elle trouve les déguisements déchirés portés par les Autres. Elle découvre également une boîte en cuir brun, contenant des vieux flacons pharmaceutiques Dharma portant l'étiquette "Theatrical Glue" (colle théâtrale) ainsi qu’une fausse barbe.
Le faux village des Autres dans lequel est détenu Michael en fin de saison 2 fonctionne selon la même perspective.
A cela s'ajoute touts les méta-commentaires émis par les personnages comme dans l'épisode 7 de la saison 6 (Dr Linus) où lorsque Hurley demande à Richard Alpert pourquoi il ne vieillit pas, celui-ci lui répond un cinglant "Pas maintenant", qui vaut autant pour le téléspectateur, ces révélations attendront l'épisode 12 (Ab Aeterno).
Enfin, les nombreuses morts subites de certains personnages émaillant la série viennent un peu plus appuyer cette approche méta-textuelle. Rien que dans la saison 6, la mort d'Iliana explosant à cause de l'instabilité de la dynamite (à l'instar de Hartz en fin de saison une) provoque de la part de Ben un laconique : "The island was done with her." Elle n'était plus d'aucune utilité pour la série et les créateurs s'en sont débarrasés. Il en va de même de la mort de Zoé, l'assistante de Widmore. Quand elle commence à répondre à la question de l'Autre Locke demandant qui elle est et que Widmore lui intime l'ordre de ne pas parler ou dire quelque chose, l'entité représentant le coeur de l'île réagit en tranchant sa gorge, son mutisme la rendant inutile au développement de l'intrigue, nul besoin de conserver ce personnage.

Lost
Alors J.J, Damon et Carlton, vous êtes contents ? Vous avez vu le bordel que vous avez foutu sur mon île ? Gardez vos réponses pour vous mais donnez nous des bières ! Je fais comment moi pour qu'ils obéissent à toutes les conneries que je leur suggère, hein ?!


Cette série est une mise en abyme perpétuelle des personnages de fiction, la réalité diégétique s'ingéniant à mettre à l'épreuve leur statut fictionnel en les confrontant au bon vouloir de leurs créateurs. Un procédé courant dans le cinéma, en littérature (Stephen King et sa saga de La Tour Sombre) ou dans les comics (Animal Man par le génial Grant Morrisson). De sorte que l'on peut admettre que tous ces personnages sont en quête d'auteur. Une façon "pyrandellienne" d'aborder cette série (référence au dramaturge italien du 20ème siécle, Pirandello, dont la spécificité des pièces étaient de confronter ses personnages à leur statut fictif - le théâtre dans le théâtre - et de jouer avec la subjectivité de chacun d'eux - à chacun sa vérité).

Mais cette démystification constante, les personnages ne parviennent pas à en prendre conscience avant l'ultime saison et les fameux flash-sideways. Cette réalité alternative créée par leurs soins pour leur permettre de se retrouver une fois tous décédés. C'est du moins ce qu'affirme le père de Jack. Mais considérant tout ce qui a précédé, on peut aussi bien affirmer qu'en se rappelant ce qu'ils ont vécu sur l'ïle, ils prennent conscience non pas de leur mort mais bien de leur statut fictionnel. Certes, ce n'est pas dit explicitement (et ne pas être aller au bout de cette ambition est le gros regret à émettre) mais ce n'est pas une énième théorie fumeuse ou interprétation embrumée. D'ailleurs, ce que l'on nous dit de la nature de l'île vient même corroborer cette hypothèse. Jacob, puis Jack, puis Hurley et Ben, bref un gardien, doit veiller sur le coeur de l'île représenté par une grotte dans laquelle se déverse les flots d'un cours d'eau (Noun, l'océan primordial ?) et d'où s'échappe une intense lumière. La source du pouvoir de l'île (ses propriétés magiques, curatives, électromagnétiques), autrement dit une source créatrice. Cette île est un véritable réservoir d'histoires et d'Histoire si l'on considère les différents éléments épars la composant : un temple aztèque, une statue représentant une divinité égyptienne, un gallion du 17ème siècle, des scientifiques voulant bâtir une utopie, etc.
Les flashs blanc qui concluent chaque saison depuis la deuxième sont à chaque fois liés à la forte activité énergétique de l'île qui déverse son trop plein, créant de nouveaux fils narratifs. Ainsi, la conclusion dans l'église peut s'interpréter de façon très classique comme l'attente avant le grand voyage final mais c'est surtout l'illustration pour ces personnages d'un retour à la source créatrice dont ils sont issus. L'île ou ce qu'elle figure, l'imagination des auteurs du show.

Une analyse qui peut sembler capilotractée, je vous l'accorde.
Aussi autant conclure, encore une fois, sur le principal moteur de ce feuilleton détonnant. Dans l'épisode 16 de l'ultime saison, alors que John appelle la police, Ben lui dit qu'il croit avoir vu quelque chose pendant qu'on le frappait, que son agresseur ne voulait pas de mal à John mais qu'il voulait "l'aider à lâcher prise". Kate dans le double dernier épisode dit la même chose à Jack, lui intimant de lâcher prise, sous entendu avec la fiction, de partir ("let go"), de sortir de son rôle.C'est également une invitation lancée aux spectateurs de laisser tomber (enfin) toutes les théories, à rechercher des explications à tout et se laisser enfin porter par les émotions.


P.S : un gros big up aux contributeurs de l'encyclopédie Lostpédia certes incomplète mais précieuse pour se remémorer certains épisodes clés. 

 

LOST
Créateurs : J.J Abrams, Jeffrey Lieber, Damon Lindelof, Carlton Cuse
Réalisateurs : Jack Bender, Stephen Williams, Paul A. Edwards, Tucker Gates, Eric Laneuville...
Scénario : J.J Abrams, Jeffrey Lieber, Damon Lindelof, Carlton Cuse, Adam Horowitz, Edward Kitsis, Elizabeth Sarnoff..
Producteurs : J.J Abrams, Brian Burke, Damon Lindelof, Carlton Cuse, Adam Horowitz, Edward Kitsis, Elizabeth Sarnoff, Ra'uf Glasgow...
Photo : John S. Bartley, Michael Bonvillain, Cort Fey, Stephen St-John, Larry Fong, Edward J. Pey
Montage : Stephen Semel, Mark Goldman, Christopher Nelson, Mary Jo Markey, Sarah Boyd, Henk Van Eeghen, David Eisenberg, Lance Stubblefield
Bande originale  : Michael Giacchino
Origine : Etats-Unis
Durée : 121 x 42 mn
Sortie française : 25 juin 2005 au 23 juin 2010




   

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