Lost - 1ère partie

The island has you

Affiche Lost

Depuis le 23 mai (et le 23 juin pour les masos ayant suivi la série sur TF1 à des heures indues et aléatoires le mercredi soir), c'en est fini de la série phénomène Lost. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que cette dernière saison aura divisé les aficionados. Attention, l'article qui suit est blindé de spoilers!


Le 22 septembre 2004, le vol 815 d'Oceanic Airlines ralliant Sydney à Los Angeles se disloque en plein vol au-dessus d'une île du pacifique. Aussi improbable que cela puisse paraître, il y a des survivants, 47 au total (du moins avant de faire la connaissance avec ceux de la queue de l'appareil) qui vont tout faire pour fuir et d'abord survivre à ce lieu hostile. Entre un monstre de fumée noire juge et bourreau de nombreuses victimes, une tribu baptisée par nos héros Les Autres et dirigée par Benjamin Linus qui va leur mener la vie dure, les mercenaires envoyés par Charles Widmore pour faire la peau à Linus dans une vendetta bien près de tourner au massacre général, des voyages dans le temps, des fantômes, des bases scientifiques où se livrent de mystérieuses expérimentations, une trappe en pleine jungle donnant dans un bunker où l'unique occupant doit rentrer une série de chiffres toutes les 108 minutes pour sauver le monde (!?), des ours polaires se baladant tranquillement (bien qu'un peu agressif tout de même) en milieu tropical, etc., on peut dire que leurs luttes auront été acharnées et mouvementées pendant six incroyables saisons. Bien sûr tout n'aura pas été parfait, certaines saisons souffrant par endroit d'un certain coup de mou.

Mais dans sa globalité, J.J Abrams, Damon Lindelof et Carlton Cuse auront livré une série incroyable d'intensité,pleine de rebondissements palpitants et dont chaque épisode concluant la saison était un insoutenable cliffhanger. Ce que l'on retiendra surtout est la capacité des créateurs a générer des questions dont les réponses entraînaient d'autres questions. Il n'en faut pas plus aux détracteurs pour affirmer que les auteurs ne savent pas où ils vont malgré leurs déclarations répétées qu'ils savent très bien comment la série se terminera. Il est vrai que par moments le doute était permis. Mais si certaines zones d'ombres ne seront jamais éclairées, les principales réponses auront été apportées, et notamment au cours de la sixième et dernière saison, qu'elles soient soumises à interprétations est même assez logique tant le propos de la série est justement de refuser les réponses faciles que l'on vous livre clés en main. Série réclamant une attention extrême, elle ne se suit pas d'un oeil distrait en faisant du repassage et nécessite la vigilance constante des  téléspectateurs quant à ce qu'il se dit et ce que l'on nous montre.


MYSTERES DANS LA BRUME

Ainsi, les auteurs vont échafauder tout un tas d'intrigues tournant autour des stations scientifiques élaborées par la Dharma Initiative, une suite de nombre maudits (4-8-15-16-23-42) qui pourrait être responsable de leurs malheurs, d’un cargo censé venu les sauver, les liens familiaux et les coincidences qui semblent unir chacune des personnes présentes sur l‘île, pour tenir en haleine son audience. Les réponses apportées s’avérant insuffisantes pour appréhender dans sa totalité et son énormité l’univers complexe créé et dont les personnages n’ont qu’un bref aperçu, Abrams et consort vont donc disséminer une multitude d’indices qui permettront aux téléspectateurs les plus attentifs d’approfondir les mystères de la série. Et en premier lieu, par le biais de références littéraires.

Comme L'ïle Mystérieuse de Jules Verne, Sa Majesté Des Mouches de William Golding ou Le Magicien D'Oz (Henry Gale, nom d'emprunt de Ben le leader des "Autres" est le nom de l'oncle de Dorothy). Le 1er épisode de la 3ème saison s'intitule A Tale Of Two Cities, titre d'un roman de Charles Dickens (par ailleurs auteur favori de Desmond, l'écossais qui occupait la trappe). Sans parler des noms Locke, Rousseau, Bentham qui renvoient aux écrits des philosophes ainsi cités.

Une piste de décrypatage d'autant plus séduisante lorsqu'à la fin de la saison 2, tandis que la station du Cygne est en train de se désagréger faute d'avoir rentrer les nombres dans l'ordinateur, Desmond se précipite dans la bibliothèque afin de prendre la clé permetant d'activer le système de sécurité qu'il extrait de l'intérieur d'un ouvrage de Dickens. La clé est dans un livre, difficile de faire plus explicite et ironique. A cela s'ajoute les nombreux signes saturant la fiction entre les références cinématographiques, bibliques ou mythologiques, les auteurs sollicitent constamment le désir interprétatif des plus assidus.

Mais la recherche éperdue d'un grand dessein en accentue au contraire le brouillage. Comme les fameux nombres que Hurley joue au loto lui faisant gagner le gros lot : un beau paquet de fric et une série de micros-évènements malheureux qui le conduiront à prendre le fameux vol 815. Des nombres que l'on retrouve partout dans la série sous différentes associations pour former de nouveaux signaux à déchiffrer (plaques, numéros de chambres d'ôtel, horaires...). Une vidéo trouvée sur le Net mettant en scène Alvar Hanso, un des instigateurs de l'Initiative Dharma, révèlera que cette suite numérique compose rien de moins que l'équation de Valenzetti (scientifique fictif) qui déterminerait le temps restant avant l'Apocalypse. Seulement ces nombres n'ont que la signification que l'on veut leur donner. Ainsi, pour Hurley ils sont une malédiction. Mais ce ne sont que des nombres. De même que les noms barrés dans l'antre de Jacob sous la falaise ne sont que des traits. Pas de signification cachée ou de malédiction à craindre. A noter la manière ironique, une fois encore, dont les auteurs parsèment les épisodes d'indices soit disant décisifs au travers des vidéos (bien souvent des fragments) retrouvées dans chaque station et titrée “Orientation – suivi du nom de la station en question”. Mais au vu des informations parcellaires ainsi dévoilées, on pourrait plutôt les rebaptiser vidéos de désorientation !

Lost
 

Toutes les théories, les pistes entraînant vers la révélation d'un complot fomenté par la Fondation Hanso ne sont créés que pour divertir le téléspectateur, soit le distraire en lui permettant d'étancher sa soif de réponses. Car le plus important ne réside pas dans la compréhension de manoeuvres qui nous échappe autant qu'aux personnages mais de se focaliser justement sur les actions de ces derniers, leurs réactions, leurs comportements, leurs sentiments. Lorsque Jack balance dans les flammes le manuscrit de l'écrivain fictif Gary Troup que Sawyer est en train de lire, cette simple action pour un téléspectateur lambda ne fait que souligner l'antagonisme entre le docteur et le bellâtre mais pour le fan scrutantassidument la trame médiatique (presse, Internet, télévision), la destruction d'un indice majeur accentue le désarroi. Cette séquence anodine montre modestement le talent des scénaristes à impliquer autant les téléspectateurs réguliers que les plus fervents passionnés. La série propose ainsi un double plaisir, lié à un double cheminement. Soit on vibre aux aventures extraordinaires de nos héros aussi vierges et perdus qu’eux quant aux évèvements, soit on tente d’en déterminer les rouages, les connexions, afin d’en décrypter les intentions. Autrement dit, se contenter de ce que l’on voit ou chercher ce qui est dissimulé, privilégier le sensitif ou l’intellect. Sachant que la combinaison des deux décuple le plaisir.

Mais si la mythologie créée autour de cette île fantastique est importante en tant que moteur des intrigues, elle n’est pas essentielle car ce qui importe sont ses répercussions sur les interractions entre personnages. A l’instar de X-Files, elle devient secondaire car on devine rapidement que tout ne sera pas résolu et d’une certaine façon tant mieux car cela évitera d’être déçu par des réponses imparfaites et/ou insatisfaisantes. Par contre, un sentiment de frustration intense peut légitimement germer au sein de la communauté d’aficionados tant l‘impression de s’être fait rouler dans la farine prédomine. Accuser les créateurs et les scénaristes de facilité et de paresse intellectuelle est sans doute justifié. Mais avant de les brûler sur le bûcher de leur vanité parce qu’eux-mêmes n’ont pas toutes les réponses peut être faut-il s’interroger sur ce que l’on recherchait soi-même dans cette série. Une vérité bien établie ou sa vérité ? N’est-il pas préférable que chacun ait sa pétite idée, sa grande théorie sur le pourquoi du comment cette foutue île fonctionne ? Comme pour chacun des personnages, l’île de Lost représente quelquechose de différent pour chaque téléspectateur. Par contre, il est indéniable que ce qui rassemble le plus grand nombre soit l’incroyable diversité émotionnelle vécue pendant six ans. Bien sûr tout n’a pas été parfait, loin s’en faut mais cette série restera comme l’une des plus passionnantes et intrigantes. Et c’est peut être là l’essentiel, se rappeler les meilleurs moments, ceux qui nous ont fait vibrer (et il y en a eu un paquet) pendant 121 épisodes.



LA DER DES DER
D’ailleurs, si la saison 6 charrie son lot de surprises et nouvelles révélations (on sait qui est Jacob, pourquoi il a attiré les survivants sur l’île, d’où sort ce monstre de fumée noire, pourquoi Richard Alpert ne vieillit pas, etc.), elle est avant tout teintée d‘un puissant sentiment de nostalgie qui ne fera que s’accentuer à mesure que les épisodes
s’égrenent jusqu’a la conclusion.
Parfaitment rythmée par des boucles temporelles s’entrecroisant sans perdre le téléspectateur, la saison 5 se conclut par la tentative de Jack et ses camarades de faire sauter une tête nucléaire dans la poche électromagnétique sur laquelle sera construite la station du Cygne dans l’espoir d’empêcher le crash de leur avion presque trente ans plus tard. Une sorte de reload qui perttrait de tout effacer et repartir à zéro, ultime moyen d’échapper à cette île. Mais cela induit également d’effacer leur souvenirs et tout ce qu’ils ont vécus et partagé pendant trois ans (sur l’île - six ans pour nous). Malgré toutes leurs réticences, ils parviennent à unir leurs efforts une dernière fois et c’est Juliet qui sa sacrifie in fine pour faire exploser Jugghead. La saison se termine dans un grand flash de lumière blanche (comme les saisons précédentes). Mais la saison 6 montre que cette action aura eu pour effet de les renvoyer dans leur présent et de créer une réalité alternative où leur avion s’est posé à Los Angeles sans encombres et où les passagers retrouvent une vie normale et même améliorée par rapport à ce que l’on a pu apprendre au long de la série.

Pendant ce temps sur l’île, le monstre de fumée noire, prenant désormais l’apparence de Locke, tente de tuer les candidats à la succession de Jacob (Jack et sa bande) pour pouvoir enfin quitter cette île qui le retient prisonnier depuis plusieurs centaines d’années (voire des millénaires si l’on considère la gravure murale dans le temple représentant le dieu égyptien Osiris se confrontant à une familière colonne de fumée noire vindicative). On suppose au départ que l’enjeu de la dernière saison consistera à faire coîncider la réalité alternative avec les évènements en cours pour livrer le fin mot de toutes ces histoires. Pas vraiment. Les deux intrigues sont indépendantes et n’ont aucune incidence l’une sur l’autre. Cela dit, elles restent tout de même connectées à l’île dans leur manière de faire progresser les protagonistes chacune à leur manière. L’intérêt de la lutte finale réside ainsi dans la confiance mutuelle qui se créée enfin entre les naufragés et dans l’acceptation de leur rôle et de leur sort. Les flash-sideways quant à eux ont pour objectif de leur faire prendre conscience de l’importance de ce qu’ils ont vécu ensemble en leur faisant se remémorer les souvenirs de leur vie passée (et donne lieu à une succession terrassante d’intenses émotions lorsque Jin, Sun, Charlie, Claire, Kate et Jack se souviennent).
Oui, car la réalité alternative est une sorte de zone tampon où les âmes (perdues ?!) se retrouvent en attendant le grand départ. Live together, die together ? Oui et non, car s’ils se retrouvent tous au même endroit après leur mort, ils sont décédés à des moments différents, certains sur l’île d’autres bien après leur départ. Le final dans l’église avec le père de Jack ouvrant grand les portes pour laisser pénétrer une grande lumière blanche a fait crier de nombreux fans à la trahison. Pourtant, c’est une conclusion parfaitement logique et qui est loin de trahir l’esprit de la série. Oui, cette dernière saison est une gigantesque réunion (You all everybody) d’anciens élèves ou ici en l’occurence d’acteurs du show. C’est oublier tous ces moments de grâce ayant émaillés les saisons lorsque les personnages se retrouver et s‘enlacaient sur une plage, heureux de se retrouver pour un moment d’acalmie. Fustiger le lieu de la conclusion est oublier que cette église est située juste au-dessus de la dernière station Dharma, La Lanterne, qui avait permis à Eloïse Hawking de localiser l’île pour y renvoyer les Six de l’Océanic. Cette lumière blanche est avant tout caractéristique des propriétés explosives de l’île et on peut donc supposer qu’après leur mort, ils y retournent pour y devenir des murmures plus ou moins audibles dans les recoins de cette jungle pas si inhospitalière.



BOUCLER LES BOUCLES
Si elle souffre d'un certain manque de rythme dans ses premiers instants (jusqu'à ce que le détonnateur Desmond entre en jeu), la sixième saison va permettre d'apporter, en plus de certaines réponses, un nouvel éclairage sur des évènements passés et surtout de boucler la boucle ou plutôt les boucles.
De manière évidente et très appuyée lors du final du double épisode terminal lorsqu'un Jack blessé au flanc s'étend à l'endroit même où il s'était réveillé (éveillé même) juste après le crash, son oeil droit qui se ferme renvoyant au même qui s'ouvrait six ans plus tôt. Mais c'est également le plan de Ben et “Locke” tenant des torches et regardant au fond du puits menant à la source de l'île, rappelle le plan de Locke et Jack regardant au fond de la trappe à la fin de la saison 1 et au début de la saison 2, leurs regards portant à chaque fois vers des endroits où Desmond est enfermé.

Surtout, cette dernière pièrre à l'édifice permet de mettre en évidence et à postériori la structure en miroir de la série dont le point d'achoppement se situe entre la saison 3 et la saison 4. Plus précisément, au cours de l'épisode qui voit le sacrifice de Charlie et très justement intitulé Through The Looking-glass. Une référence au livre de Lewis Caroll qui entretient ici un rapport étroit avec le nom de la station de communication sous-marine, Le Miroir (The Looking-Glass en VO donc). Et effectivement, nous sommes passés de l'autre côté, comme semble le suggérer le plan montrant Charlie submergé par les flots et se noyant en train de se signer de la main gauche (donc à l'envers), comme si on nous montrait son reflet. La saison 4 sera d'ailleurs le reflet de la 3, puisque si dans cette dernière les survivants tentent tout pour s'échapper (Jack est sur le point de communiquer avec l'équipage du bateau d'où provient Naomi), une fois revenu dans leur monde, ils voudront y retourner ("Kate, we have to go back"). On observe que les flash-backs de la troisième saison ont laissé place à des flash-forwards. Il en va de même des rapprochements entre les saisons 2 et 5, la première nous faisant découvrir la trappe où était enfermé Desmond puis sa destruction, la saison 5 détaillant quant à elle les évènements amenant à sa construction (découverte de la poche électromagnétique). De même, la saison 2 nous montrait les fameux “Autres” à l'oeuvre ainsi que les manigances et manipulations de leur leader, la 5ème nous amène à côtoyer les membres de l'Initiative Dharma et voit Ben devenir la poupée du nouveau Locke. Enfin, la saison 6 est un fantastique récapitulatif de la saison inaugurale, des dialogues, des actions, des retours de personnages morts et surtout des souvenirs constituent de remarquables réminiscences de la saison 1, intensifiés par le nouvel angle adopté (une même phrase est ainsi dite par deux persos différents) et par le poids de tout ce qu'ils ont traversés. Le chemin parcouru et les émotions ainsi créées nous remontant implacablement à la gueule, la structure du récit en forme de boucle (narrative après les boucles temporelles précédentes) nous faisant prendre douloureusement conscience que cette fois, c'est bientôt fini. On ne reverra plus Jack, Kate, Sawyer, Hugo, Locke, Sun, Jin et les autres.


Lost
 


TROUVER L'ÉQUILIBRE
Or donc, la dernière saison de Lost permet de révéler le pourquoi de la présence de nos héros sur cette maudite île. Comme l'explique Jacob, ils sont tous candidats pour prendre la relève en tant que gardien de la source (la caverne d'où luit une lumière mordorée) parce que comme lui, ils ont eu jusqu'à présent une existence insatisfaisante et solitaire.
Que Jack se désigne lui-même comme le remplaçant de Jacob est une évidence considérant son parcours depuis six ans. Leader charismatique puis en plein doute, une fois hors de l'île il ne rêvait que d'une chose y retourner afin d'accomplir non pas sa destinée mais bien s'accomplir.
Jack homme de science, il est médecin, est devenu un homme de foi, cette nouvelle caractéristique ne venant pas se subsituer à l'autre mais bien la compléter. C'est là tout le propos de la série, nous inviter à mettre à l'épreuve notre esprit cartésien et logique dans une recherche effrénée de sens dans tous les signes et références que recèle Lost comme la confrontation avec des évènements inexplicables (pouvoirs de Walt, voyages dans le temps, murmures, véritable nature de l'île, du monstre de fumée...) et finalement qui resteront inexpliqués. La série tout entière nous invite à lâcher prise, à accepter l'impossible, surtout à accepter que certaines choses qui arrivent arrivent (le "what happenned happened"de Daniel Faraday) sans que l'on puisse forcément les modifier ou qu'elles soient le fait d'une conspiration ou une conjuration. Lost est une magnifique ode à la réunion de l'intellect et du sensitif, renouer avec la magie tout en conservant ses facultés analytiques. Soit parvenir à l'équilibre.

Un équilibre symbolisé par la balance trouvée dans la grotte de Jacob où une pierre blanche et une pierre noire reposent chacune sur un plateau. L'enjeu final de la série n'est pas qu'une simple bataille entre le bien et le mal comme le laissait supposer le jeu de backgammon auquel joue Locke dans la première saison et plus tard le jeu du Senet (ancêtre antique du backgammon) qui voit la première confrontation entre Jacob et son frère jumeau ou une simple opposition morale (les prises de position fluctuantes de tous les personnages l'invalident) et philosophique. Tout est beaucoup plus contrasté que ne le laisse supposer la dichotomie apparente entre Jacob tout de blanc vêtu et son frère en noir. Un équilibre qui ne se résume pas à contrebalancer les mauvaises actions par des bonnes.
La recherche de l'équilibre est  le coeur de la série et il est aussi bienpersonnel et comportemental quecosmogonique, les deux étant intrinsèquement liés puisque en s'intéressant aux parcours individuels des rescapés du vol 815 on en vient à des considérations qui les (nous) dépassent (préserver l'île, protéger la source, empêcher que le “mal” ne se répande...). Plus encore, cela transparaît dans les notions de libre arbitre et de déterminisme qu'incarnent respectivementJacob et l'homme en noir (ce dernier lui expliquant dans le dernier épisode de la cinquième saison, en parlant des hommes, que : "They come, they fight, they destroy, they corrupt. It always ends the same") et que partagent les personnages, notamment Sayid et Jack refusant d'accepter l'idée que tout est écrit et joué d'avance, au contraire de John Locke croyant en la destinée, que rien n'est le fruit du hasard. Un équilibre qui se traduit également, et là encore la dernière saison le met en évidence, dans le parcours intime des persos qui contre-balancent le désengagement des figures parentales en totale perdition dans la série. En effet, il faut que Sun et Kate deviennent des mères accomplies pour “neutraliser” la folie animant la mère adoptive de Jacob et son frère et celle qui investira une Claire désepérée après la “perte” d'Aaron. D'ailleurs, l'évolution des rapports de Kate et Claire est l'exacte inverse (ou reflet) de ceux de la mère adoptive et de la mère naturelle des jumeaux. La mère folle prend de force le relais de Claudia (en la tuant !) tandis que la mère adoptive d'Aaron, Kate, se subsitue à sa mère naturelle, Claire, restée sur l'île et folle de chagrin.

Lost
 

Rattraper ses erreurs, c'est aussi le but poursuivi par Eloïse Hawking, la mère de Daniel Faraday qui pour se faire adopte pourtant un comportement parfaitement contradictoire. Si elle empêche son fils de devenir un pianiste émérite pour l'obliger à suivre exclusivement une voie tournée vers la science pure (et plus particulièrement celle liée à la mécanique quantique) c'est pour lui donner la possibilité de modifier son avenir (et donc son passé à elle puisque elle y tuera son voyageur temporel de fils) tout en préservant la ligne temporelle. Ses manoeuvres et manipulations sont uniquement animées par son amour maternel. Toutes les intrigues liées au déplacement spacio-temporel de l'île et de la conscience de Desmond dans la saison 5 avaient à la fois pour objectif d'expliquer l'impossibilité de localiser ce lieu littéralement hors du temps tout en renforçant à postériori la situation tragique de cette famille. Du grant art.
Tout comme sont remarquablement utilisés les allers-retours temporels au profit de l'intrigue principale. Dans l'épisode 16 de la saison 5, l'homme en noir demande à Jacob s'il sait à quel point il veut le tuer et annonce qu'un jour il trouvera une faille (loophole en V.O ). Il s'avère que la saison 6 dévoile qu'il s'agit d'une faille temporelle. Ainsi cette séquence suréaliste où l'homme de fumée noire ayant pris l'apparence de John Locke,  envoie Richard à la rencontre  de son propre “lui” passé (et pris dans les flashes), préserve à la fois la cohérence de la saison passée et rend possible son action.
On peut dire que les scénaristes se sont livrés à un véritable travail d'équilibriste pour ne pas se perdre dans les possibilités narratives ainsi tissées.
Enfin, cette notion d'équilibre est liée pour pratiquement tous les personnages principaux à une figure paternelle avec qui ils ont un contentieux affectif et que leurs aventures sur l'île permettent d'exorciser. Locke est manipulé par son père biologique qui est la cause directe de son infirmité, Jack Sheppard était en conflit ouvert avec le sien, Kate l'a tué, le père de Sun est un ponte de la pègre coréenne et emploie son mari, etc.
C'est également une des principales motivations de Iliana qui dans l'épisode 7 de la saison 6 explique pourquoi elle est dévoué à la protection de Jacob : “Jacob was the closest thing I’ve ever had to a father."

Et c'est surtout l'émouvant aveu de Ben à Jacob avant de le poignarder dans l'épisode concluant la saison 5, qui s'adresse à cette entité supérieure comme un fils à son père : “Oh… so now, after all this time, you’ve decided to stop ignoring me. 35 years I lived in this island, and all I ever heard, over and over. Richard would bring me your instructions. All those slips of paper, all those lists. And I never questioned anything. I did as I was told. But when I dared to ask to see you myself, I was told, you have to wait. You have to be patient. But when he asked to see you ? He gets marched straight up here as if was Moses. So… why him ? Hmm ? What was it that was so wrong with me ? What about me ?!

Alors oui la série est baignée d'incohérences, d'approximations parfois, laissant dubitatifs ceux qui s'attendaient à une résolution claire et définitive tant de nombreuses pistes resteront à jamais sans réponses. Mais le plus important était de vivre aux côtés des survivants.
En ce sens, on peut dire que le double épisode final répond à toutes les questions. Pas les plus importantes pour la compréhension globale des mécanismes narratifs mais les questions essentielles quant à la résolution intime de chaque destinée / voyage / parcours

Le final, même s'il peut légitimement décevoir, donne envie de revoir l'entière série enfin libérée de toutes les interrogations parasites sur l'initiatuve Dharma, Widmore, les Autres..., afin d'appréhender et apprécier au mieux ce fantastique voyage dans la nature humaine que fut Lost.
Et si Lost en a fini avec moi, je n’en ai pas fini avec elle.

To be continued...



LOST
Créateurs : J.J Abrams, Jeffrey Lieber, Damon Lindelof, Carlton Cuse
Réalisateurs : Jack Bender, Stephen Williams, Paul A. Edwards, Tucker Gates, Eric Laneuville...
Scénario : J.J Abrams, Jeffrey Lieber, Damon Lindelof, Carlton Cuse, Adam Horowitz, Edward Kitsis, Elizabeth Sarnoff..
Producteurs : J.J Abrams, Brian Burke, Damon Lindelof, Carlton Cuse, Adam Horowitz, Edward Kitsis, Elizabeth Sarnoff, Ra'uf Glasgow...
Photo : John S. Bartley, Michael Bonvillain, Cort Fey, Stephen St-John, Larry Fong, Edward J. Pey
Montage : Stephen Semel, Mark Goldman, Christopher Nelson, Mary Jo Markey, Sarah Boyd, Henk Van Eeghen, David Eisenberg, Lance Stubblefield
Bande originale  : Michael Giacchino
Origine : Etats-Unis
Durée : 121 x 42 mn
Diffusion française : du 25 juin 2005 au 23 juin 2010




   

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