Décembre 2010

Monde de merde

Leslie Nielsen

Ces célèbres derniers mots de George Abitbol auraient pu être partagés par l’autre star du rire, Leslie Nielsen, interprète de l’éternel Frank Drebin. En tous cas, ces paroles reflètent précisément l’état d’esprit des cinéphiles face à une nouvelle vague de décès, la distribution de certaines œuvres et la prépondérance médiatique de pieds-nickelés critiques.


Décidemment, cette année 2010 s’avère malheureusement prolifique en disparitions de personnalités du cinéma, endeuillant un peu plus à chaque fois la communauté. Pas de panégyrique exhaustif mais quelques rappels des hauts faits d’Irvin Kershner, Leslie Nielsen et Mario Monicelli.

Décédé le 27 novembre dernier, Irvin Kershner restera à la postérité pour avoir réalisé le meilleur opus de toute la saga Star Wars avec L’Empire Contre-Attaque. On a tendance à réduire sa carrière à ce seul film mais il est vrai que ce classique impérissable matérialisant la quintessence dramaturgique et mythologique de la franchise (ce que Lucas lui-même ébauchait avec Un Nouvel Espoir et qu’il évacuera avec les films suivants) occulte sans peine les bons Les Yeux De Laura Mars, Jamais Plus Jamais ou Robocop 2.

Irvin Kershner
 


Le lendemain, soit le 28 novembre, trépassait une autre figure légendaire du cinéma, Leslie Nielsen. Sa fin de carrière honteuse placée sous le signe de la débandade (Scarie Movie 3 et 4, Y a-t-il un flic pour sauver l’Humanité ?, Super-Héros Movie…) ne doit pas nous faire oublier son talent pour incarner et donner une certaine envergure à des rôles de seconds couteaux (Planète Interdite, L’Aventure Du Poséidon). Acteur ayant participé à de nombreuses séries (Hawaï Police D’Etat, M.A.S.H, Kung Fu, Naked City dont un épisode sera réalisé par Irvin Kershner) c’est bien évidemment dans la comédie délirantes que ce Peter Graves loufoque s’imposera et nous éclatera les zygomatiques avec ces personnages d’ahuris joviaux peuplant les comédies estampillées Z.A.Z telles que Y a-t-il un pilote dans l’avion ? et la célébrissime saga des Naked Gun (Y a-t-il un flic pour sauver la Reine / le Président ?), développement cinématographiqe de leur série Police Squad.


Affiche teaser Naked Gun 3
 


Terminons par Mario Monicelli, scénariste et réalisateur italien, un des maîtres de la comédie à l’italienne dont on retiendra bien évidemment des films tels que Le Pigeon, La Grande Guerre ou Mes Chers Amis, mais également l’engagement politique puisqu’il était très proche de la gauche italienne et appelait encore en juin dernier les étudiants à s’élever contre les coupes budgétaires. En se jetant, à l’âge de 95 ans ( !), le 29 novembre dernier, de la fenêtre de sa chambre d’hôpital où il était soigné pour un cancer en phase terminale, Monicelli aura eu une fin digne de la grandiloquence de ses contemporains qu’il s’amusait à mettre en boîte…


Marion Monicelli
 


Outre ces tragiques évènements, cette fin d’année n’est pas, loin s’en faut, des plus réjouissantes sur les écrans. Même si la sortie deux fois repoussée de Scott Pilgrim Vs. The World ne présageait rien de bon quant à l’intérêt d’Universal pour le déstabilisant film de Edgar Wright, on est toujours attristé de voir une œuvre aussi artistiquement ambitieuse reléguée dans les bas-fonds de l’exploitation. Lorsque le responsable marketing de la branche française du studio explique en toute honnêteté sur le plateau d’Arrêt Sur Images
qu’ils ne savent pas quoi faire pour promouvoir ce genre de délire, on a envie de lui dire de confier ce boulot à des critiques de la trempe de Yannick Dahan, le toulousain azimuté aux chroniques viscéralement enthousiastes (que ce soit pour encenser ou descendre en flammes). Que l’on soit d’accord ou pas avec lui a posteriori, ses diatribes parfois enflammées dans son émission Opération Frisson donnent clairement envie de laisser une chance à telle œuvre, et, surtout, il en parle le plus justement possible.
On ne peut pas en dire autant des convives du Cercle de Beigbeder qui, à propos de Scott Pilgrim, ont montré leur incapacité à appréhender l’inventivité formelle au service de l’évolution émotionnelle des protagonistes et l’audace narrative d’une histoire d’amour délirante dont le héros est aussi couard et antipathique avec ses conquêtes féminines. Qu’unetelle déteste ou tel autre adoooore n’est pas la question. Ce qui reste le plus gênant est de constater le vide abyssal qui structure l’expression de leur perception du film. Et encore, on n’a pas trop à se plaindre, Bégaudeau n’a pas traité Wright de nazi pour sa trop grande maîtrise (sans doute que ce running gag a fini par le lasser lui-même). Le plus pathétique étant sans conteste ce brave Aurélien Férenczi. Le pauvre met pourtant de la bonne volonté à nous faire croire qu’il connaît (on ne dira pas "maîtrise", faut pas non plus exagérer), qu’il aime même, les univers mis en scène dans ces bandes décapantes. On y croirait presque jusqu’à ce qu’il lâche que l’intrigue de Scott Pilgrim pourrait être du Rohmer. Il disait à la place "Allan Moyle" ou "John Hughes" et c’était presque dans la poche.


Triste épitaphe pour le film du réalisateur de Hot Fuzz qui sort sur à peine 64 copies quand le mollasson Machete du tâcheron Rodriguez bénéficie du triple. Machete, que notre tonitruant Yannick Dahan taille à la serpe dans La Quotidienne Du Cinéma présentée par Laurent Weil sur canal + (dans l’émission du 30 novembre, à partir de 40 minutes - on est sympa, on veut pas vous faire endurer la purge qui a précédée). Une intervention réjouissante comme à l’accoutumée mais qui réveille le désespoir de voir une parole libérée et non formatée imprégner le petit écran aux heures de grande écoute. La prestation de Dahan est loin d’être parfaite et encore moins de valoir ce qu’il produit chaque mois dans son émission sur le satellite mais il a des circonstances sacrément atténuantes. Non seulement il doit s’exprimer dans un temps imparti horriblement court mais doit faire face aux regards de confrères mi-amusés mi-fascinés par cette bête curieuse qui s’agite face à eux. Dahan se trouve complètement isolé dans l’espace du plateau (à un bout de la table, les autres chroniqueurs regroupés en vis-à-vis) comme dans les idées exprimées. Oui, on peut lui reprocher son énervement et sa propension, ici, à lever la voix, mais sans doute est-ce le seul moyen de se faire entendre dans le vide qui l’entoure. En tous cas, saluons son courage de persévérer face à un animateur qui se fout de lui en tapant sur la table et ânonnant "Carpenter, Carpenter, Carpenter !" à l’annonce de Jack Burton Dans Les Griffes Du Mandarin ou la condescendance de sa "collègue" féminine lorsqu’il est question du caméo de Don Johnson, entre autres. Cette suffisance et cette ignorance qui s’affichent à longueur d’émission soi-disant consacrées au cinéma (alors qu’elles ne sont généralement conçues que comme des podiums promotionnels) sont proprement insupportables (lire à ce sujet Une semaine dans le PAF).
Il ne reste plus qu’à surfer sur le Net ou parcourir les rayons cinéma des librairies pour se sustenter et trouver de quoi éprouver une véritable pensée critique. Mais attention où vous mettez les doigts et les claviers…


To be continued next month...




   

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